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Chapitre II

De la nature des affections humaines, et de leur caractère.

20. Ce que nous venons de dire de l'essence du droit de la nature et de celui des gens prouve clairement qu'ils servent l'un et l'autre à diriger les actions des hommes; ainsi la matière que nous avons à traiter exige que nous examinions d'abord quelle est la nature de ces actions.

21. L'homme éprouve en lui-même divers mouvements et changements, et aucun mouvement ni changement ne peut s'opérer sans cause. Or cette cause se trouve, ou dans l'homme même, ou hors de l'homme. Si elle se trouve dans l'homme même, le mouvement s'appelle action; si elle est hors de l'homme, elle s'appelle en général passion. Ainsi, l'action est un mouvement, un

toujours semblable à elle-même. Dieu même changement produit par l'homme; la pasne -peut rien permettre contre la teneur de sion un mouvement, un changement reçu

fîilo PART. IV. TH. DOGM. F.T MOT. — SECT. I. TH. MOT. - PRINC1P. DE MOR. I3M

dans Thomme (2310 11). Si l'action reste an- Je ces actions, l'entendement H la volonté.

dedans de l'âme, elle s'appelle interne; si 27. L'entendement est cette Faculté dé

elle s'exécute par les facultés du corps et notre Ame gui conçoit, qui juge, qui raipat la volonté, elle se nomme externe. sonne. 11 diffère de l'imagination qui s'oc-

22. Quoique ce que nous appelons pas- cupe d'objets fictifs, absents; l'entendement sion tire son origine d'une cause qui est ne s'occupe que d'idées abstraites ou d'obhors de nous, et que, par cette raison, l'im- jets spirituels.

pression qu'elle fait en nous ne soit pas en 28. Mais si la volonté ne peut rien aimer notre pouvoir , que le plus souvent même ni haïr qu'elle n'y soitexcitée par Fcntendenous la recevions malgré nous, cependant, ment, il s'ensuit qu'elle ne peut aimer une ces passions peuvent quelquefois être ré- action comme juste, ni la haïr comme injuste, primées si nous avons en nous une force à moins que l'entendement ne l'ait comparée suffisante pour résister à la cause qui les avec la loi; ce qui suppose un raisonneproduit; il peut, au contraire, arriver que ment.

nou> aidions à cette cause. Par exemple, 29. Or ce raisonnement se nomme con-

ressentir de la chaleur est une passion; or, science; il est comme tout syllogisme coin-

il y a des cas où nous ne pouvons résistera posé de trois propositions : L'action que je

cette impression reçue, si, par exemple, médite est conforme à la loi: ce qui est eon-

nous marchons dans un air extrêmement forme à la loi esfjuste : donc l'action que je

chaud; quelquefois aussi nous le pouvons, médite est juste. Voilà le syllogisme de la

comme lorsqu'on hiver, nous nous éloignons conscience.

du feu; quelquefois aussi nous y aidons, 30. Le syllogisme de la conscience a pour

comme lorsque nous nous mettons plus conclusion un jugement qui approuve ou qui

près du feu. D'oùil suit que les passions ou blâme, qui absout ou qui condamne, selon

impressions reçues sont quelquefois en no- que l'action est bonne ou mauvaise, c'est-à-

tre pouvoir et* que quelquefois elles n'y dire, conforme ou non conforme à la loi. On

sont pas. appelle bonne conscience celle qui déclare

23. Or, comme le droit de la nature s'oc- innocent, et mauvaise conscience celle qui cupe des actions libres des hommes, c'est condamne. La première est toujours aecomune suite nécessaire, 1° qu'il ne dirige point pagnée de paix et de sécurité; la seconde les passions ou impressions reçues, qui ne craint et se défie, sonitus terroris in auribus dépendent point de nous; 2' que, quoiqu'il impii.

puisse ordonner de certaines choses à l'é- 31. La conscience raisonne sur les actions gard de ces passions, lorsqu'elles dépendent futures, ou sur les actions passées, et s'apde nous, il ne les dirige pas même dans ce pelle ou antécédente, ou conséquente. cas, mais seulement les actions libres, par 32. Dans l'un et l'autre cas, elle compare lesquelles nous pouvons diminuer ou arrê- l'action avec la loi, ou la volonté de Dieu ; ter ces passions, ouïes aider; 3° qu'il faut et comme il n'y a que celui dont l'âme est connaître les devoirs que nous avons à rem- sincèrement vertueuse qui s'applique à replie, pour savoir quand il faut réprimer ces gler l'action future sur la loi, la conscience passions ou les aider. Posons donc pour prin- antécédente ne se montre que dans ceux qui cipeque le droit naturel ne se porte direc- aiment véritablement la vertu; mais la contenant que sur nos actions, science conséquente épouvante même les

2i. Mais, quoique toutes nos actions aient scélérats.

en nous-mêmes une cause suffisante, l'ex- 33. Toutes les fois que nous comparons

périence nous apprend qu'il y a de nos ac- l'action à faire avec la loi, nous découvrons

lions dont nous sentons que nous sommes que l'Ltre suprême l'ordonne, ou la défend,

les maîtres, et qui dépendent de noue vo- ou la permet. La conscience alors nous ex-

lonté; et qu'il y en a d'autres qui naissent cite, ou nous détourne, ou nous avertit sim-

d'une sorte de disposition mécaniqne, et ne plement de nous conduire avec prudence, et

sont point en notre pouvoir. de consulter la raison.

25. Celles qui dépendent de notre volonté 34. La conscience étant un raisonnement, s'appellent actions humaines ou morales; elle est, comme lui, sujette à l'erreur. On celles qui n'en dépendent point s'appellent l'appelle, quand elle se trompe, conscienco actions physiques ou naturelles. Le droit na- erronée; et de même qu'un raisonnement turel ne dirige que les actions humaines peut pécher dans la matière ou dans la ou morales. forme, de même la conscience erre , soit

26. Les actions humaines, morales, étant qu'une fausse loi ou de fausses circonstanlibres eten notre pouvoir, ils'ensuitqu'elles ces la dirigent, soit qu'elle n'ait pas observé sont déterminées et produites par notre vo- les règles du raisonnement. lonté;mais comme notre volonté ne se dé- 35. Dans les raisonnements on tire la termine point qu'elle ne soit excitée par no- preuve, tantôt d'un principe certain, tantôt tre entendement, ou à désirer, ouà craindre, d'une hypothèse ou supposition probable, il s'ensuit que l'entendement concourt plus ou moins. La conscience est certaine, aussi à produire les actions humaines, et quand elle raisonne d'après une loi certaine. que par conséquent il y t a deux principes ÛUe est probable quand elle raisonne d'après

('2jt0-il) On voit clairement ici en quel sens est çuc. Pâli, cliez les Latins, signifie également recc

pris le mol passion ; ce n'est (prune impression re- voit et iouft'rtr.

OLUMIKS COMPLÈTES DE HkcUI.U. I. 43

ŒUVRES COMPLETES DE BEKf.IEU.

une supposition probable; et comme il y a divers degrés de probabilité, on peut d'ire aussi de la conscience, qu'elle est plus ou moins probable.

36. Mais comme ce qui n'est que probable peut être faux ou vrai, et qu'il convient quelquefois de délibérer sur la matière dont il s'agit, on dit qu'en pareil cas la conscience est douteuse et incertaine. Si celte incertitude nous agite et nous tourmente, et paraît aux personnes prudentes n'avoir que de légers fondements, on la nomme alors conscience scrupuleuse. 11 peut arriver encore que l'âme, emportée par des passions vives, n'ait pas toute sa liberté pour raisonner sur ses actions; dans cet état d'esclavage, on dit alors que sa conscience est moins libre; si

taire excuse la faute; celle qui est volontaire et qui a pu être vaincue, ne l'excuse point. Ces distinctions s'appliquent d'ellesmêmes à l'erreur.

43. Le second principe des actions humaines est la volonle\'ceUe faculté de notre âme par laquelle nous aimons le bien et haïssons le mal. L'entendement s'occupe du vrai et du faux; la volonté du bien et du mal.

44. Il suit de cette définition que la volonté ne peut désirer ou fuir que d'après l'idée.du bien et du mal; que son action est plus ou moins vive, à proportion du degré aperçu de bonté ou méchanceté; qu'il peut arriver que le désir d'un moindre bien, ou l'aversion d^un moindre mal, soient réprimés par l'idée

elle sort de cet esclavage, on dit qu'elle a d'un plus grand bien, ou d'un plus grand

repris sa liberté. mal, qui nous est offerte; enfin, que l'aver-

37. Quelquefois les hommes s'endorment sion ne consiste pas dans la seule absence

tellement dans leurs vices, qu'ils n'ont plus du désir, mais qu'elle renferme quelque

aucun sentiment de leur misère. Dans cet chose de positif que quelques philosophes

état de léthargie, on dit que la conscience ont appelé voluntas, volonté qui repousse,

sommeille.; si par une longue habitude du qui rejette

péché, elle s'est endurcie, on dit qu'elle est morte; si l'homme sort de son endurcissement, on dit que la conscience se réveille. 38. On a dit ci-devant que la bonne conscience absout, que la mauvaise condamne.

45. La volonté de l'homme se joint à une autre faculté qui est la liberté. On a vu ailleurs en quoi elle consiste : c'est la faculté de choisir l'une ou l'autre de deux choses possibles : ni la constitution particulière du

Celle qui est douteuse et incertaine produit corps, qu'on appelle tempérament, ni les al-

l'agitation et la perplexité. fections vives, ni les mœurs ou penchants

39. Il suit de ce qui a été dit des diverses fortifiés par une longue habitude, ni même

sortes de consciences, que la conscience ne la violence extérieure, ne peuvent détruire

peut être regardée comme la règle intérieure cette faculté de notre âme, ni l'empêcher de

des actions humaines. Cette règle doit être vouloir ce qu'elle veut, ni la contraindre à

droite, certaine, constante; or, la conscience vouloir ne qu'elle ne veut pas. estquelquefoiserronée,quelquefoiselle n'est Ainsi l'entendement, la volonté, la liberté,

que probable, quelquefois elle est douteuse, trois principes des actions humaines. L'en-

quelquefois obscurcie et même opprimée tendement propose les principes d'agir ou

par les passions déréglées. Ainsi, quoique de ne pas agir, la liberté choisit, la volonté

tout homme qui agit contre sa conscience soit coupable envers la loi naturelle, il ne s'ensuit pas que quiconque en suivrait tous les mouvements, ferait toujours des actions justes.

40. Il suit de là encore que tant que la conscience Hotte entre deux opinions contraires, il est de la sagesse de suspendre l'action, jusqu'à ce que la vérité soit éclaircie.

41. L'ignorance et l'erreur peuvent aussi nous jeter à l'écart et nous empêcher de faire une juste application de la loi. Vignorance est une simple privation de connaissance; Terreur est une idée ou un jugement qui n'est point d'accord avec la nature de la chose. Un homme ignore quand il n'a aucune idée ; il est dans l'erreur quand il a une idée fausse.

42. Quoique toute espèce d'ignorance ne immuable. Donc la règle de nos actions n'est soitfpas un mal, non plus que toute espèce point en nous.

se détermine et exécute.

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