Chapitre V
Pes devoirs de l'homme envers lui-même.
80. Après Dieu, qu'on doit aimer par dessus loutes choses, l'homme n'a rien de plus cher que lui-même. La nature lui en fait une loi : on regarderait comme un insensé celui qui se voudrait du mal plutôt que du bien, et qui se haïrait lui-même.
87. Cet amour de soi-même n'est point injuste, pourvu qu'il ne trouble point l'ordre. L'effet île <o sentiment est de se complaire dans ses propres perfections et dans son bonheur, de chercher à conserver ses propres avantages, et à les augmenter de plus
on plus. Dieu ayant voulu qu« nous ayons l'existence, nous ayant doués de qualités éiuinentes, ayant de [dus mis a notre portée des moyens de parvenir au bonheur, il a voulu aussi que nous nous conservions, que nous soyons attentifs, à conserver et augmenter ce qu'il y a de bon en nous; enfin que nous cherchions à nous procurer ce bonheur, c'est-à-dire, en un mot, que nous nous aimions.
88. L'homme étant par la volonté de Dieu même obligé à tout ce qui peut le conserver et le mènera sa perfection età son bonheur,
OEUVRES COMPLETES DE BERClER.
bitude dans l'amour du vrai bien, et i'éloignement de tout ce qui est mal.
95. Il reste à parler du corps, dont la perfection consiste en ce qu'il ait toute sa vi gueur et sa force pour exécuter tous les mouvements nécessaires ; par conséquent nous sommes obligés d'être attentifs sur nous-mêmes, soit quand nous prenons des aliments ou que nous nous livrons à quelque travail et d'éviter tout ce qui pourrait altérer notre santé, ou tendre à notre destruction ou à la perte de nos membres.
96. Mais inutilement recommandera-t-on et étant composé d'un corps et d'une âme, toutes ces choses si la pauvreté nousôte les et son âme ayant deux facultés, savoir l'en- moyens de suivre un genre de vie plus sa
tendemeut et la volonté, il est de son devoir de se conserver lui-même, de perfectionner son entendement, sa volonté son corps, et de maintenir son état extérieur.
89. Quoique ces devoirs ne doivent point se séparer, cependant si nous ne pouvons les accomplir qu'à l'exclusion les uns des autres, il est manifeste que de deux avantages nous devons préférer le plus nécessaire et le plus excellent; par conséquent que nous devons préférer ce qui regarde I âme à ce qui regarde le corps.
90. La première obligation de l'homme et la plus absolue est de conserver ses jours et d'éviter sa destruction, à moins que l'âme, sûre d'obtenir par la mort un bien plus précieux, ne s'y livre avec courage, quoique sans la choisir de son plein gré.
91. Il suit de là que ceux qui se donnent à eux-mêmes la mort agissent contre leur devoir. Cette action répugne à la nature de Vamour et à l'essence du bien. Elle ne peut s'accorder avec cette confiance que nous de-
lubre, et de modérer le travail d'une manière convenable. Un homme doit donc, autant qu'il est en lui, faire des provisions pour sa subsistance, et pour prévenir la misère et le besoin. Cet approvisionnement se nomme biens, facultés et même richesses, lorsqu'il est considérable ."chacun est donc obligé d'acquérir quelque bien, quand il le peut, par des voies légitimes, de conserver celui qu'il a, et de l'administrer avec prudence.
97. Or le travail et l'industrie étant le moyen le plus légitime d'acquérir les biens qui nous sont nécessaires, il s'en suit que chacun est obligé d'endurer le travail avec courage, de se donner toutes les peines qu'exige le genre de vie qu'il a choisi; et par conséquent que celui-là pèche, qui, par son oisiveté , est réduit à une honteuse indigence : mais la pauvreté n'est pas imputée à celui qui n'ayant rien omis de ce qu'il devait faire pour conserver sa fortune, s'en trouve dépouillé, soit par une calamité pu-
vons avoir en Dieu, ni avec l'acquiescement blique, soit par un malheur particulier à sa volonté, deux dispositions qui font par- 98. Si un homme est tenu de ne rien tie des devoirs de l'homme envers Dieu, omettre de ce qui peut le conduire au bon- Ajoutons que si l'homme est obligé d'aimer heur et de conserver ou augmenter ce bonson prochain comme lui-même, il doit s'ai- heur, on ne peut révoquer en doute que mer lui-même comme son prochain; car l'a- l'estime des autres hommes, qui consiste mour de justice ne nous permet pas de tuer dans le jugement favorable qu'ils portent de
un homme ; donc de nos qualités et de notre vertu, ne contri-
92. Ces conséquences s'appliquent à ceux bue à ce bonheur. L'estime est un senti-
qui par des travaux immodérés ou des pas sions déréglées hâtent leur mort , ou du moins altèrent leur santé; ou qui, sans nécessité, sans devoir urgent, s'exposent volontairement, et attirent sur eux des maux qu'ils pouvaient éviter.
93. La perfection de l'entendement humain consiste dans la connaissance du bien et du mal. Tout homme doit s'efforcer d'acquérir cette connaissance , de saisir toutes les occasions de s'instruire, d'étudier son esprit, son caractère, son talent, de consul-
ment qui dispose l'homme à aider au bonheur de la personne estimée, à conserver ce bonheur, à l'augmenter. 11 est donc du devoir de l'homme d'avoir :#oin de sa réputation , et de chercher à se concilier l'estime générale par une bonne conduite, par des actions honnêtes.
99. En conséquence chacun a le droit de faire tout ce qui dépendra de lui pour repousser la calomnie, c'est-à-dire, les mensonges par lesquels on le taxerait de vices etd'imperfections qu'il n'a pas, à moins que
ter des gens prudents lorsqu'il est en doute? ces calomnies ne soient si palpables, ou que
L'ignorance, qui est un effet de la négligence, est un crime.
94-. La perfection de la volonté consiste dans la facilité ou la force qu'elle a de se porter au bien et de s'éloigner du mal, de préférer un plus grand bien à venir à un moindre bien présent, quelquefois même de s'exposer à la douleur pour parvenir à un bien ; en un mot, à se fortifier par l'ha-
leur auteur ne mérite si peu d'attention, qu'il suffise de s'en venger par le mépris. 100. Mais quoique l'amour de soi-même soit très-légitime, il dégénère en vice sitôt que, troublant l'ordre naturel des affections il se porte au delà de celui qui est dû à l'Etre suprême. On a déjà tiré cette conséquence, d'où il suit que la maxime vulgaire nécessité na pas de loi, n'est pas toujours
PART. IV. TH. DOGM. ET MOU. — S1X.T. I. TH. MOU. - PRINCIP. I>K MOU. 1358
vraie. Elle l'est quelquefois, die l'est même
souvent mais il faut distinguer les cas. On n'entrera pas ici dons cette discussion qui mènerait trop loin.