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Chapitre premier

Comparaison de l'état de nature et de l'état social.

pei nés et d'inconvénients.

5. Nous avons déjà observé que tous les liommes sont égaux entre eux par nature; donc l'état de nature est l'égalité. Ainsi dans cet état, il n'y a ni supérieurs, ni inférieurs, ni empire , ni sujétion , ni distinction , ni dignité.

6. S'il n'y a ni empire, ni sujet, c'est donc un état de liberté : donc, ni la sujétion politique, ni la servitude, introduites par le droit des gens, n'ont eu lieu en eet état; par conséquent encore, les lois positives humaines, et les magistrats, les punitions, en un mot, tout ce qui ne peut se concevoir sans quelque prérogative, ou quelque puissance d'un homme sur un autre homme, a dû être banni de cet état.

7. Mais si les lois positives et humaines, et tout ce qui s'ensuit, ont dû être bannies de cet état de nature, par la seule raison qu'on suppose que les hommes étaient égaux entre eux, et si cette raison d'égalité laisse subsister tout entier le droit éternel,

chose que le droit naturel môme appliqué à immuable, établi par Dieu lui-même, il est la vie de l'homme social et aux affaires des manifeste que dans l'état de nature , les acsociétés civiles et des nations entières, il tions des hommes sont au moins régies par est évident qu'on ne peut connaître le droit le droit naturel, et que ceux qu'on suppose des gens sans avoir une idée des divers états vivre dans cet état ne sont pas moins oblide l'homme , et des diverses sociétés dans gés que nous, qui vivons dans d'autres états,

1. Nous nous sommes occupés jusqu'ici, du droit naturel qui considère les actions de chaque homme en particulier. Nous allons maintenant développer le principe du droit des gens. Comme ce droit n'est autre

lesquelles il vit.

2. Le mot état, en général, signifie ce qui détermine chaque chose, la limite et la constitue dans une certaine manière d'être.

Ainsi, l'état de l'homme est ce qui détermine et constitue sa manière d'être. C'est Dieu, créateur des hommes, quia déterminé et limité leurs forces , tant du corps que de l'âme. C'est la loi qui limite leurs actions libres. Nous appelons l'état de l'homme limité par le Créateur, état physique; et celui qui est limité parla loi, état moral. Ainsi, comme nous allons traiter du

droit des gens, dont l'objet est de diriger gistrats, ni punitions, les opprimés ne peules actions libres, il ne sera question ici vent trouver qu'en eux-mêmes du secours que de l'état moral de l'homme. et de la protection. Par conséquent, dans

3. Ou cet état moral des hommes est né l'état de nature, chacun aurait le droit de avec eux , ou il dépend de quelque fait ou repousser par la force la violence et l'injusacte des hommes ; dans le premier cas, il se tice; d'exiger à main armée ce qu'un autre nomme état de nature , dans le second, étal lui devrait en vertu d'un droit parfait et riaccessoire. Ainsi, l'état de nature est la qua- goitreux : mais il n'aurait pas le droit d'exilité ou condition imposée à l'homme par la ger de même d'un autre les devoirs d'humanature même et sans le fait de l'homme, nité et de bienfaisance, a moins que cet dans laquelle ses actions libres ne sont li- autre ne s'y fût obligé volontairement, ou mitées que par la loi naturelle. Au contraire, qu'une extrême nécessité ne l'eût forcé à l'état accessoire est la qualité ou condition s'emparer de la chose d'autrui.

de rendre un culte à Dieu et de lui obéir, de s'aimer eux-mêmes et de se conserver, d'aimer les autres hommes comme eux-mêmes, de ne faire tort à qui que ce soit, et de rendre à chacun ce qui lui appartient, enfin , d'accomplir tous les devoirs d'humanité et de bienfaisance.

8. On peut juger par là de l'absurdité du système de Hobbes, qui fait dériver tout droit des conventions réciproques, qui attribue à tous un droit sur tout , et qui bannit de l'état de nature tout droit naturel.

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