‹ Œuvres completes de BergierChapitre 220 sur 255 · LOI NATURELLE · texte numérisé non relu

LOI NATURELLE

miné bobbiste n'est pas à couvert de ces sortes de mouvements de la nature. Le plus grand scélérat ne peut s'empêi lier de rendre justice à la vertu d 'autrui, d'estimer la tempérance, l'équité] la reconnaissance; cetto voix secrète plus forle que tous les préjugés n'est-elle pas un témoin irréprochable de la loi de la nature?

Je ne nierai point que ce sentiment universel répandu dans tous ou presque tous les hommes no soit de quelque poids; mais il me semble que c'est une [neuve bien faible, si on ne démontre pas qu'il est fondé en raison. L'éducation, et l'hauitude de juger constamment de telle manière d'un tel objet ne pourrait-elle pas produire le môme effet que l'on attribue ici à la nature? Le mariage uun frère avoc uae sœur ne parait pas par lui-même être opposé à la loi de nature, puisqu'il a été permis et usité dans le premier ûgedu monde. Qui denouscependantne serait pas secrètement révolté à la proposition qu'on lui en ferait? Si on dit que 1-on n'en serait révolté qu'à cause que l'on le sait rigoureusement uéfendu par la loi positive, il sera donc vrai de dire que la loi positive et les usagesqu'elle introduit sont capables de faire sur nous les mêmes impressions que nous regardons comme des témoins de la loi naturelle. Dans les pays où un usage constant a établi que les femmes se brûleraient vives avec leur mari mort, une femme élevée, nourrie dans cette opinion, et occupée constamment de cette idée ne regarde-t-elle pas la fuite dans celte occasion comme une lâcheté honteuse? et si la crainte de la mort l'avait portée à se mettre en sûreté dans un pays étranger, sommes-nous bien certains qu'elle ne se reprocherait pas sa fuite eomme une infidélité monstrueuse; qu'elle n'envierait pas souvent le sort de ses compagnes nui auraient témoigné plus de fermeté qu'elles jusqu'à ce que les usages contraires du pays où elle serait pour lors, l'eussent habituée à juger autrement? N'est-il pas probable qu'elle serait tourmentée des mêmes remords qu'un chrétien apostat qui aurait refusé dans une persécution de donner sa vie pour,la défense de sa foi? Comment donc pouvons-nous juger que dans celui-ci, c'est la loi naturelle qui se fait entendre; et que ce n'est que le préjugé qui parle dans la premièie? Des crimes dont nous avons horreur, n'ont-ils pas été en usage chez plusieurs peuples? Pourquoi donc la loi naturelle ne parlait-elle pas chez eux sur le même ton que chez vous? L'horreur extrême qu'aura une personne naturellement sensible, d'égorger un animal, est-elle une preuve que cette action est contraire à la loi naturelle? Cette inclination, ces mouvements de la nature ne sont donc pas une preuve convaincante, encore une fois, à moins que l'on ne démontre qu'ils sont fondés en raison.

Quelques autres ont apporté pour règle de la bonté ou île la malice morale l'excellence de la nature humaine; tout ce qui est conforme à cette excellence | ai là même est bon, . ii\. ce qui lui est contraire est mauvais1: Il

semble que ça été là le système des philoso" phes païens,' Mais par quel autre principe pourra-t-on démontrer que telle action est conforme à cette excellence, que telle autre lui est contraire? Un libertin soutiendra sur ce principe (pic l'excellence de sa nature exige qu'il emploie à la rendre heureuse tout ce qui peut y contribuer; que par conséquent tout ce (jui peut lui faire plaisir, par là mémo lui devient permis.

D'autres ont fondé l'existence de la loi naturelle sur la nature de l'homme évidemment destiné par le créateur à vivre en société; or la société ne peut subsister entre les hommes sans l'observation de certains devoirs; permettre à l'homme de faire tout ce que les passions lui auraient inspiré, ce n'eut pas été en faire un animal sociable; mais un animal farouche. Donc le créateur a obligé l'homme à l'observation de certains devoirs. A la bonne heure que l'on établisse sur la sociabilité de la nature humaine les devoirs mutuels des hommes entre eux; ce fondement est solide, et nous nous en servirons même dans la suite, mais les devoirs de l'homme par rapport à Dieu sur quoi les fondera-t-on! Ces devoirs cependant font, ce me semble, la première et la plus essentielle partie de la loi naturelle?

De grands théologiens ont imaginé sur la loi naturelle un système plus réfléchi et plus satisfaisant que tout ce que nous venons de voir. Ils ont établi son existence et sa nécessité sur l'exigence des perfections et des attributs infinis de Dieu. Si vous leur demandez, par exemple, pourquoi le blasphème est un mal moral, un péché, ils répondent que c'est parce qu'il est contraire à la volonté de Dieu qui le défend, et cette opposition d'une action à la volonté de Dieu qui est la règle des mœurs, ils l'appellent la malice formelle. Si vous demandez ensuite pourquoi Dieu a défendu le blasphème, ils répondent que c'est parce que le blasphème est par sa nature opposé à la gloire que la souveraine perfection de Dieu exige nécessairement de nous; et cette seconde opposition ils l'appellent malice exigitive ou fondamentale.

De même, pour les actions qui regardent le prochain ; le meurtre, par exemple, est défendu; voilà la malice formelle; i! est défendu parce qu'il est contraire au bien commun de la société, lequel bien commun Dieu veut nécessairement parce qu'il est bon; voilà la malice exigitive et fondamentale. . Dans ce système la différence est sensible entre la loi naturelle et la loi positive. La loi naturelle, comme nous l'avons déjà remarqué, a pour objet des actions bonnes ou mauvaises par elles-mêmes; elle suppose dans l'action qu'elle commande ou qu'elle défend une bonté ou une malice fondamentale, et comme cette bonté ou cette malice est la nature même des choses, le commandement ou la défense que Dieu en fait est nécessaire et immuable; voilà la nécessité et l'immutabilité de la loi naturelle. La loi positive, au contraire, n'a pour obj'jt

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