AG
que des choses indifférentes en elles-mêmes. L'action de manger de la chair,- par exemple, antécédcmmcnt à toute défense, est en ellemême fort indifférente. Si donc Dieu défend d'en manger à tel jour ou en tel temps, ce sera là une loi positive, une loi que Dieu était fort libre de ne pas faire, et qu'il pourra changer quand il le voudra. L'action de man-
à agir? et, que peut-on répondre, sinon que Dieu a p:oduit des créatures pour manifester sa puissance et sa sagesse. Mais il n'est donc pas vrai qu'il soit indigne de Dieu de chercher dans ses ouvrages la gloire ou la manifestation de ses attributs. 11 n'est pas vrai que celte gloire soit indigne de Dieu; il est vrai, au contraire, que Dieu la recher-
ger de la chair à ce jour, tant que la défense che et l'exige nécessairement, s'il est sage
durera, aura bien une malice formelle ; mais 11 est donc vrai que quand il a produit des
elle n'aura jamais une malice fondamentale, créatures intelligentes et libres, capables de
Ce système est beau sans doute, il est grand ; mais il n'est pas sans difficulté.
D'abord un déiste nous arrête tout court en nous disant que c'est gratuitement que nous supposons que les attributs de Dieu
le connaître, de l'aimer, de le glorifier, ou de lui refuser ces sentiments, il a eu véritablement et n'a même pas pu ne pas avoir l'intention et le dessein que ces créatures le glorifiassent, ou bien il lésa créé telles sans
exigent quelque chose de nous, que la gloire raison et sans motif. Conséquemment, les
que nous sommes capables de rendre à Dieu est trop indigne de lui pour qu'il puisse l'exiger de nous. Que c'est une autre supposition de dire que Dieu veut le bien commun de la société, dont il ne s'embarrasse nullement. Infiniment heureux par lui-même il est dans une indifférence parfaite sur la manière dont nous nous comportons, soit envers lui, soit envers nos semblables. Ainsi les attributs que nous imaginons en Dieu, de providence, de justice, de miséricorde, de sainteté sont des chimères sur lesquelles nous établissons des opérations de Dieu aussi chimériques: Dieu est un être infiniment grand, infiniment parfait, il est vrai; mais ses perfections sont des perfections absolues qui n'ont aucune relation, ni avec nous, ni avec nos actions. Dire que Dieu exige quelque chose de nous, précisément parce qu'il est plus parfait que nous, c'est une ridiculité; Dieu ne peut-il pas produire des êtres
actes propres par eux-mêmes à lui témoigner ces sentiments, sont pour elles un commandement ; comme il leur a défendu nécessairement tous les actes contraires.
Dieu n'a pas agi sans motif, diront les déistes, il a créé des êtres pour leur faire du bien; ce sont les propres termes de saint Augustin : Ul haberct quibus bcnefaceret, il a voulu faire du bien parce qu'il est luimême le souverain bien, et que c'est une propriété du bien d'aimer à se répandre, à se communiquer; bonum est sui diffusivum; mais par là même qu'il est le souverain bien, il- n'a aucun retour sur lui-même en se communiquant, ses bienfaits sont sans intérêt, il n'exige rien pour ce qu'il donne.
Dieu, comme le souverain bien, a l'inclination de se répandre, cela est évident ; mais il ne l'est pas moins que cette inclination ne forme en Dieu aucune nécessité d'agir; quelque inclination qu'il ait de se communi-
plus parfaits que nous sans que nous soyons quer, c'est toujours librement qu'il se corn-
par là même à leur rendre des devoirs?
Nous voilà donc toujours réduits à l'état de la question, c'est-à-dire à prouver que Dieu exige nécessairement quelque chose de nous. Et c'est ce que l'on va essayer de faire en répondant en détail aux principes des déistes; et en établissant des vérités contraires à ces principes.
Dieu a créé le monde et tout ce qu'il renferme, les déistes en conviennent; il l'a
mimique, qu'il fait du bien : or, si c'est librement, c'est avec réflexion, pour ainsi parler, et pour un motif distingué de cette communication même; et quel autre motif peut-il avoir que sa gloire?
A la vérité, il n'exige pas cette gloire comme une chose dont il ait besoin et qui puisse contribuer à sa félicité; aussi ne dirons-nous pas que Dieu l'exige à titre d'intérêt et de salaire; mais il l'exige parce
créé avec réflexion et avec dessein, tout y est qu'étant sage, ii ne peut agir sans motif, et
qu'il ne peut point avoir d'autre motif que celui-là. 11 veut le bien des créatures, leur bonheur, mais ce bonheur ne peut pas être la fin de son opération, il en est l'objet, et non pas le motif.
Dieu créa l'homme et lui donna des yeux pour voir; cela posé, peut-il se dispenser de créer des objets et de la lumière pour être vus? non; est-ce que Dieu a besoin de ces objets, de cette lumière? ou est-ce que le besoin que l'homme en a, met en Dieu une nécessité de les créer? non, assurément; mais c'est parce que s'il ne les crée pas, il sera vrai de dire qu'il a agi en insensé. De
mesuré, toutyest lié et proportionné; aucun être, aucune partie de ce grand ouvrage qui n'ait son usage et sa destination; nous reconnaissons donc qu'une intelligence et une intelligence infiniment sage a présidé à l'arrangement des parties de la matière. Les déistes le reconnaissent avec nous. Mais celle intelligence qui a eu ses motifs et ses vues dans la fabrique de chaque partie de l'univers, n'en a-t-elle eu aucune sur le total de l'ouvrage, a-t-elle fait une œuvre si parfaite sans dessein, sans savoir pourquoi? L'on ne craint pas que les déistes osent le soutenir, eux qui répètent sans cesse que
Dieu ne peut rien faire qui soit indigne de même, Dieu crée un êlre intelligent capable
lui; et quoi de plus indigne d'une intelli- d'aimer l'auteur de son être et de lui obéir;
gence souverainement parfaite que d'agir peut-il après cela se dispenser de lui en im-
sans motif? poser (l'obligation? non. Est-ce parce que
• Or, on demande le motif qui 3 porté Dieu Dieu a besoin de l'amour et de l'obéissance