‹ Œuvres completes de BergierChapitre 222 sur 255 · PART. IV. TH. DOCM. ET MOU. — SECT. I. TH. MOU. —"LOI NATUHLLLK · texte numérisé non relu

PART. IV. TH. DOCM. ET MOU. — SECT. I. TH. MOU. —"LOI NATUHLLLK

de cet homme? non, encore une fois; mais c'est parce qu'il sera vrai de dire, s'il ne lui impose aucune obligation, qu'il a agi en insensé.

Il est donc vrai que Dieu a ordonné nécessairement aux créatures intelligentes de lui témoigner de l'amour, de la reconnaissance, de la soumission, etc., qu'il leur a commandé, et voilà ce que nous appelons sainteté de Dieu. 11 est'donc vrai encore, par la notion que nous avons donné de ces termes commander, ordonner, obliger, que Dieu veut nécessairement punir ceux qui ne l'auront pas aimé, servi, lionoré; et la fidélité de Dieu à satisfaire à celte nécessité, c'est ce que nous appelons justice en Dieu.

Les attributs de justice et de sainteté sont donc des attributs réels en Dieu et aussi réels que l'attribut d'intelligence, de sagesse, de bonté que les déistes y reconnaissent euxmômes. Et il n'est pas moins évident qu'on doit dire la même chose, de la providence, de la miséricorde. Or, que ces attributs soient des attributs relatifs à nos actions, c'est-à-dire des attributs qui nous mettent dans une nécessité morale, ou autrement dans l'obligation de faire certaines actions ; c'est ce qui parait évident par ce que l'on vientdedire.il est donc vrai que les attributs de Dieu, ou ce qui est le môme, que Dieu, en vertu de ses attributs, exige nécessairement quelque chose de ses créatures, et qu'il y a une loi nécessaire qui nous oblige à lui rendre certains devoirs. Cela me paraît démontré. L'on remarquera en passant que cette preuve ne tombe point dans le ridicule qu'on veut nous donner dans l'objection : nous ne disons point que nous devons quelque chose à Dieu précisément parce que c'est un être plus parfait que nous; mais parce que nous avons reçu l'être de lui, et qu'il n'a pu nous créer que pour lui, comme le dit l'Ecriture.

Voyons maintenant si on ne peut pas démontrer de même l'existence nécessaire de certains devoirs à l'égard du prochain.

Dieu, en créant l'homme, l'a destiné à vivre en société; l'examen seul de la nature nous en convainc. A quoi servirait Je précieux don de la parole si l'homme était destiné à vivre comme un ours au milieu des forêts? quel animal plus misérable que lui s'il était dans cet état? Sénèque en fait une peinture également vive et louchante (liv. iv, De benef. , c. 18). Or la société ne peut subsister sans l'accomplissement de certains devoirs ; cela est évident ; si le larcin, le meurtre, la pertidie sont des actions permises, que deviendront les hommes? Conserverontils ensemble une société? ne sera-ce pas plutôt une guerre, un massacre perpétuel? Dieu a donc voulu que les hommes observassent les uns envers les autres certains devoirs de la société. Or, comment a-t-il dû effectuer cette volonté? Comment a-t-il dû porter les hommes à l'accomplissement de ces devoirs? Il n'a pu les y porter par une nécessité physique, puisqu'il les avait créé libres, et que c'aurait été détruire leur liberté; il a donc

dû les y porter par une nécessité morale, par une obligation ; par l'espérance de la récompense et la crainte du châtiment.

Nous n'avons donc pas eu tort, comme on nous le reproche dans l'objection, du supposer que Dieu veut le bien commun de la société, c'est-à-dire sa conservation; la nature même de l'homme nous en convainc; si Dieu, en le créant pour la société, n'avait pas voulu la conservation de cette société, il aurait agi en insensé. 11 est facile de reconnaître ici l'extravagance du raisonnement de Hobbes . « Les sociétés, dit-il, ne se sont formées qu'en vue de l'avantage que les hommes ont espéré d'en retirer ; par conséquent, je ne suis pas obligé d'être en aucune société avec un nomme de qui je ne puis rien attendre, ni de lui rendre aucun devoir. »

11 est bien vrai que les hommes n'ont formé entre eux les sociétés particulières que dans la vue d'en tirer des avantages : mais il faudrait prouver que , antécédemment à ces sociétés particulières, l'auteur de la nature n'avait pas formé entre les hommes une société générale qui les oblige à des devoirs généraux. Le principe même de Hobbes le fait évidemment sentir; car s'il voulait réfléchir, il reconnaîtrait évidemment qu'il n'est aucun homme sur la terre à qui nous ne soyons engagés, même par intérêt de rendre des devoirs. Voici comme je le démontre: Si je ne suis obligé d'en faire sociéléetde ne rendre des devoirs qu'à ceux de qui je puis attendre quelque chose , personne ne me doit rien par la même raison, à moins qu'il n'attende quelque chose de moi. Ainsi, si je ne suis pas obligé de retirer du bourbier un passant que je ne connais pas, parce que je ne puis rien attendre de lui ; ce passant n'est pas obligé de m'en tirer si c'est moi qui y suis, à moins qu'il n'espère quelque chose de moi. Or, je sens évidemment qu'il est de mon intérêt que tout passant soit obligé de me tirer d'un bourbier, soit qu'il attende quelque chose de moi, soit qu'il n'en attende rien. Donc, il est de mon intérêt que je sois obligé moi-même à rendre ce devoir de charité à tout homme, quel qu'il soit, pour que je puisse prétendre au droit ae représailles à l'égard de tout homme en pareille occasion. Donc, il a été de l'intérêt îles hommes en général , qu'ils fussent obligés les uns envers les autres à des devoirs antérieurs à toute société particulière. Donc Dieu qui a voulu nécessairement le bien des hommes en les créant, parce qu'il est bon, a établi entre eux cette société générale et ce commerce mutuel de devoirs, desquels ils ne sauraient évidemment se passer.

Ne peut-on pas fonder les devoirs de l'homme envers lui-même à peu près sur les mêmes principes? L'homme ne s'est pas fait lui-même, il n'est donc pas le maître de lui-même; il n'est donc pas le maître de se conserver ou de se détruire. Dieu , en le créant, lui a imprimé l'amour de soi-même et de sa conservation. Dieu veut donc qu'il se conserve , et, comme i icu n'est plu« pro-

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