‹ Œuvres completes de BergierChapitre 223 sur 255 · IZ · texte numérisé non relu

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m h sa conservation que la tempérance et es autres vertus qui regardent l'homme en ui-même ; il est évident que Dieu l'a obligé à ces vertus.

A la vérité, les théologiens dont nousavons ranporlé et suivi le système n'ont pas tout à lait suivi le même tour que nous venons de prendre pour prouver la réalité de nos devoirs à l'égard du prochain et de nousmêmes ; mais il ne paraît pas que la manière dont nous avons appliqué leurs principes soit moins efficace que la leur. Après avoir supposé que l'excellence de la nature divine et ses attributs infinis exigent que l'on rende à Dieu le culte suprême, ils en concluent que ces mêmes attributs, participés d'une manière limitée et finie par l'homme qui est l'image de Dieu, exigent que les autres hommes lui rendent, comuie à une portion de la divinité, pour ainsi dire, une partie de ce culte, de cet amour qu'ils rendent à la divinité même; et que Dieu n'a pas pu se dispenser plutôt de commander aux hommes qu'ils aimassent la portion d'être qu'il a mise dans les autres nommes, que de leur commander d'aimer et de respecter en lui la plénitude de l'être. Delà, la nécessité d'aimer tous les hommes, et de rendre certains devoirs particuliers à certains hommes qui participent d'une manière spéciale à quelque attribut de la divinité; par exemple, le devoir du respect envers les parents, qui ont, à l'égard de leurs enfants, une portion de la perfection par laquelle Dieu est l'auteur de toutes choses, etc.

Ils concluent de même la nécessité des devoirs de l'homme par rapport à lui-même, de ce qu'il reconnaît évidemment en lui l'image de Dieu et une émanation Je ses perfections, qu'il doit aimer, par conséquent avec proportion, comme il en aime 1 original et la source; Dieu a été aussi indispensablemenl obligé à lui commander de s'aimer soi-même qu'a lui commander d'aimer son Créateur.

Cette manière d'établir les devoirs de la loi naturelle envers les autres hommes et envers soi-même est peut-être solide ; mais j'y aperçois un inconvénient. Toutes lescréatures, de quelque espèce qu'elles soient, sont une participation du moins imparfaite des divins attributs de môme que l'homme, peut-on dire cependant que nous ayons des devoirs envers toutes les créatures de quelque espèce qu'elles soient. Un cheval, quoique l'ouvrage de Dieu, est totalement destiné à mon usage, j'en puis disposer comme bon me semble ; y aurait-il eu plus d'inconvénient que Dieu destinât un homme à mon usage, s'il l'avait voulu, de manière que je pusse en disposer à ma volonté, comme je dispose d'une autre créature9 Si l'on répond que, dans ce cas-là, je ne serais dispensé envers lui des devoirs de l'humanité que par une concession gratuite de Dieu; il faudra donc dire de môme que c'est par une concession gratuite que nous

sommes dispensés de porter du respect à. un cheval.

On ne peut pas douter nue Dieu on créant . les hommes n'ait voulu leur bien; or leur ff bien dépend nécessairement de l'accomplissement de certains devoirs.

, Dieu a créé les hommes capables de so- " ciété, il a donc eu en vue de les faire vivre - en société; il a donc voulu leur imposer ' l'obligation d'observer les devoirs sans lesquels la société ne peut subsister; au reste il est aussi nécessaire que l'homme soit sociable qu'il est nécessaire qu'il soit raisonnable.

Dieu a voulu essentiellement l'ordre dans son ouvrage, autrement il n'aurait pas été sage. Or l'ordre renlcrme la subordination et des devoirs.

Pour attaquer solidement' les fondements de la loi naturelle, il faut [trouver que nonseulement Dieu n'exige rien des nommes, mais qu'il n'a pu même en rien exiger; parce que sans cela la révélation seule pourra apprendre ce que Dieu a fait ou ce qu'il n'a pas fait.

C'est une supposition fausse que de prétendre que les devoirs que l'on exige d'un inférieur ne soient fondés que sur le besoin que l'on a de ces devoirs : que l'on suppose un homme au comble des grandeurs, s'il apprend l'ingratitude d'un homme qui lui doit tout, quelque peu intéressé qu'il soit a. la reconnaissance de cet homme, il ne pourra pas empêcher que son premier mouvement ne soit un mouvement d'indignation.

Autre erreur de dire que 1 idée que nous avons des devoirs envers le prochain ne vienne que de l'éducation; que l'on suppose un sauvage élevé au milieu d'une foi et, qu'il vienne à rencontrer par hasard pour la première fois de sa vie son semblable; on ne craint pas de supposer que le premier mouvement de ce sauvage , s'il est homme et raisonnable, ne soit un mouvement de joie et d'amour.

Mais ce mouvement» serait peut-être un mouvement purement machinal, comme serait celui d'une bête dans pareille occasion; et par conséquent nécessaire; pourvu que l'on accorde que ce mouvement vient du fond de la nature , cela suffit; c'est donc le Créateur qui l'y a imprimé, et comme il ne l'a imprimé qu'afin que l'homme le suivît, il est évident que l'homme étant libre de le suivre, il sera punissable s'il ne le suit pas. (Jue ce mouvement soit purement machinal et ne vienne point de la raison, cela est évident; l'homme n'a ses idées que par l'expérience, point d'idée innée chez lui ; or quelle idée le sauvage peut-il avoir par rapport à son semblable et à l'amour qu'il lui doit?

L'ignorance que l'on suppose dans ce • sauvage, la voix de la nature absolument muette chez lui sur les devoirs naturels, sont-elles un préjugé contre la loi naturelle?

Sans contester les faits, ne pourrait-on pas les tourner même en preuve. L'homme est né pour la société ; ôtez l'en, il est déplacé, plus il en est éloigné, plus l'humanité

4il)l r.vwi. IV. TH. DOGM. F.T MOU. — SECT. !. TH. MOU. — I.ETTK. Stllt L'ENTH.

chez lui est imparfaite; il n'a plus les idée9 qui lui conviennent, il ne connaît ni la société ni ses devoirs; qu'en conclure? lorsqu'il vit en société les idées qu'il a de ces devoirs sont-elles moins de la nature et du sens commun? il a besoin de la société pour en avoir l'idée, niais l'inclination qu'il sent a les remplir, dés qu'il les connaît, ne vient point de la société? J'ai besoin de la société pour avoir l'idée îles nombres et de leurs proportions; mais l'assentiment que je donne à une proposition qui exprime exactement les proportions de ces nombres, vient-il de elui qui m'en a donné l'idée? Non, cela vient de mon propre fond.

Ce sauvage sans doute ne saurait former aucuns sons articulés : s'ensuit-il pour cela que le don de la parole ne lui serait pas naturel? Voyez ce que dit Abbadie à celte objection :

Est-il pour cela nécessaire d'avoir recours aux idées innées; et M. Locke qui les nie porte-t-il par là quelque préjudice à l'existence de la loi naturelle?

M. Loeke n'est pas le seul qui les rejette, d'autres que lui les combattent, qu'il serait injuste et môme ridicule d'accuser d'avoir voulu par là favoriser l'athéisme. Que la loi naturelle et la distinctiou du bien et du mal se connaissent par des idées innées ou seulement par voie d'expérience, de sentiment, et de raisonnement, qu'importe? la manière dont une loi est connue ne fait rien à son existence.

Ne suflit-il pas pour la prouver cette existence de faire voir que c'a toujours été là le sentiment de tous les hommes qui ont fait usage de leur raison? Or que tous les hommes aient toujours pensé, de cette manière, c'est ce dont on ne peut disconvenir, et ce que Bayle lui-même a reconnu expressément : Les règles des mœurs, dit-il, les plus générales, se sont conservées presque partout, et pour le moins elles se sont maintenues dans toutes les sociétés où l'on cultivait l'esprit. (Continuât, des Pensées div., p. 762.) C'est ce qu'avait reconnu avant lui Cicéron (De legiù., I. i, c. 11).

Mais comment Dieu traitera-t-il cet homme qui a violé les lois naturelles faute de les connaître. Sans deviner on peut répondre

qu'il le traitera comme un enfant mort sans baptême. Le sauvage n'a pas plus fait d'usage de la raison à l'égard de la loi naturelle que l'enfant. Ils sont tous les deux absolument dans le môme cas.

Mais (Mi raisonnant toujours dans la mémo supposition, plusieurs nommes pourraient donc se trouver ensemble, faire un corps et une république OÙ tous les devoirs de la loi naturelle seraient violés impunément et sans qu'ils on fussent coupables.

Je ne le crois pas : la société, quelqu'irnparfaite qu'elle soit parmi eux, leur donnera bien des idées d'où résultera nécessairement la connaissance du moins des principaux devoirs qu'ils ne pourront violer sans crime.

Ainsi toutes les propositions que les théologiens regardent comme des principes, savoir qu'on ne peut pas ignorer invinciblement ni Dieu ni les principes de la loi naturelle, sont vraies par rapport à l'homme vivant en société, ayant, si je puis ainsi m'exprimer, son humanité entière, ayant les idées communes aux hommes vivant en société, et il ne me paraît pas que le défaut de société rende un homme moins innocent des fautes qu'il fait que Je défaut de liberté, parce qu'en effet l'un entraîne l'autre. Le principe de saint Thomas aura aussi une partie du moins de sa vérité.

Au reste supposer que Dieu ne peut pas laisser un homme môme sauvage sans lui donner les idées de lui-môme et de ses devoirs, c'est supposer que Dieu ne peut pas mettre un enfant au monde sans lui donner les mômes idées. Ce sauvage grand est capable de recevoir ces idées et l'enfant aussi.

Le principe de l'Ecriture-Sainte, non est aliud nomen sub cœlo datW7i hominibus, est vrai, parce que de môme que les enfants morts sans baptême ne sont pas sauvés parce que les mérites de Jésus-Christ ne leur sont pas appliqués de même, etc.

La manière dont la loi naturelle est imprimée dans notre cœur s'explique par ia définition du bon sens que donne le P. Buffier.

Le besoin naturel qu'a tout homme de vivre en société ne prouve de la part du Créateur au une destination physique de l'homme pour ta société et non pas une destination morale.

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