‹ Œuvres completes de BergierChapitre 230 sur 255 · SEPTIEME SECTION · texte numérisé non relu

SEPTIEME SECTION

La seule chose, Milord, que je veux inférer de là, c'est que l'enthousiasme est merveilleusement puissant et propre a se communiquer; que c'est l'effort d'un jugement délicat et la chose la plus difficile au monde de connaître pleinement et distinctement : puisque l'athéisme même n'en est pas exempt : car comme quelques-uns ont judicieusement remarqué, il y a eu des athées enthousiastes. L'inspiration divine ne peut pas aisément en être distinguée par ses marques extérieures. L'inspiration est le sentiment réel de la divine présence, l'enthousiasme est un sentiment faux. Mais la passion qui les produit est absolument semblable. Car quand l'esprit est frappé d'une vision et fixe sa vue sur un objet réel ou sutun spectre de divinité ; quand il voit, ou croit voir quelque chose de prodigieux et de surhumain, l'horreur, le plaisir, la confusion, la crainte, l'admiration, ou toute autre passion qui s'y joint ou prévaut dans cette occasion, aura quelque chose de vaste, de monstrueux, et (comme disent les peintres) outre le naturel. Et c'est ce qui donne occasion au nom de fanatisme, comme il était d'usage chez les anciens, dans le sens original, pour désigner une apparition qui aliénait l'esprit.

Il y aura toujours un grain de folie et de fureur quand les idées et les images que l'on reçoit sont trop grandes, pour que l'étroite capacité d'une tête humaine puisse les contenir. Tellement que l'inspiration peut être justement appelée enthousiasme divin; car le terme même signifie présence divine, et il était pris en ce sens par le philosophe que les premiers Pères de l'Eglise nommaient divin, pour exprimer tout ce qui était sublime dans les passions humaines. C'est l'esprit que l'on attribuait aux héros, aux politiques, aux poètes, aux orateurs, aux musiciens, aux philosophes mêmes. Nous ne pouvons de nous-mêmes, nous empêcher d'attribuer à un noble enthousiasme, tout ce

(2315) Ainsi encore Sat. S, I. i, v. 97-

Gnaiiu lymphil

Iratis exirucla. . ...

ou Horace traite ingénieusement le peuple de gnatia,

de lymphatique el d'enthousiaste, de croire u;î miracle de ses prêtres :

Credatjudwut Apella.

\kH OEUVRES COMPLETES DE BERGIER. U2S

qui nous paraît en eux grand et sublime ; 5 leur tête. Parce moyen nous nous prépareproportion de Ja connaissance que nous rons à nous-mêmes un antidote contre l'en— avons de ce principe. Mais de le connaître thousiasme. Et c'est ce à quoi j'ai osé assucomme nous le devons, de le discerner dans rer que l'on parvient le mieux en conscrsesdiiférentes espèces, ou dans nous-mêmes vant la bonne humeur. Car autrement le ou dans les autres, c'est un grand ouvrage; remède lui-même peut devenir une maet parce moyen seul nous pouvons parvenir ladie.

à nous préserver de l'illusion. Car pourj'u- A présent, Milord, que j'ai après tout jusger si les esprits viennent de Dieu, il faut que tifié l'enthousiasme, jusqu'à un certain point, nous jugions auparavant de notre propre et montré le sens propre du terme; si je paesprit, s'il est raisonnable et de bon sens, rais extravagant de m'adresser à vous de la s'il est propre à juger de tout, tranquille, manière que je l'ai fait, vous devez me parfroid, impartial, libre de toute passion ca- donner d'avoir suivi une impulsion. Vous pable de nous entrainer, de toute humeur devez me supposer très-attaché à vous , vaporeuse et mélancolique, c'est la pre- comme je le suis en vérité ; et avec cette raière connaissance et le premier jugement bonté qui vous est naturelle en d'autres ocnéccssaire, de « nous connaître nous-mêmes casions, supporter un ami enthousiaste, qui, et savoir de quel esprit nous sommes. » excepté le seul cas d'un zèle outré, paraître. Nous pourrons ensuite juger de l'esprit dés- toujours avec le plus profond respect, Miautres, peser leur mérite personnel, et le lord, de votre grandeur, etc. poids de leur témoignage par la bonté de

Page 1