V. DIEU SANCTIFICATEUR
80. Par la manière dont Dieu a établi, maintient et perpétue le christianisme, il est évident qu'il veut sanctifier l'homme et le conduire au salut éternel par la croyance des dogmes, par la pratique de la morale et du culte, par la soumission à la discipline de cette religion; quatre moyens desquels la théologie doit montrer la nécessité et les effets.
Dogmes ou articles de foi.
81. Les principaux dogmes, ou articles de foi du christianisme, sont renfermés dans le symbole des Apôtres ou le Credo; mais il n'est pas certain que le symbole attribué à saint Athanase soit véritablement de ce Père. Plusieurs de ces dogmes sont des mystères incompréhensibles; il ne s'ensuit pas qu'ils soient incroyables. Quelques-uns sont nommés articles fondamentaux que tout chrétien doit savoir et croire d'une foi implicite ou explicite; le devoir des pasteurs et des prédicateurs est de les enseigner au peuple dans les catéchismes, dans les sermons, les homélies, les prônes, les parenèxes ou exhortations, les prédications de dominicale et les sc7'molo(jues.
82. Un des articles de notre foi est que le salut éternel ne peut être obtenu que par les mérites de Jésus-Christ ; que nous avons besoin du secours surnaturel de la grâce intérieure, non-seul< menl pour faire de bonnes œuvres, mais pour former de bons désirs, pour opérer notre conversion, même pour avoir le commencement de la foi; que la persévérance finale est un pur don de Dieu, que sans la grâce habituelle ou sandiiianle il n'y a dans l'homme aucun mérite de vondignité. il est donc de foi que la grâce actuelle est purement gratuite, n'est point le salaire de nos mérites, ni l'effet de nos efforts naturels; qu'elle n'est pas seulement concomitante et coopérante , mais prévenante, sans toutefois qu'elle soit nécessitante. Il n'y aurait ni mérite ni démérite, si nous n'étions pas libres. Telles sont les vérités que saint Augustin a défendues victorieusement contre les pélagiens et les semipélagiens ou massiliens, et que l'Eglise a confirmées par ses décrets.
83. Mais elle n'a pas décidé en quoi consiste l'efficacité de la grâce, si c'est dans une délectation victorieuse, dans une prédétermination physique, ou dans la congruité de la grâce; quelle est la différence essentielle entre la grâce efûcace et la grâce suffisante; si le décret de prédestination des élus suppose la prévision de leurs mérites ou s'il la précède; si la réprobation des méchants est positive ou négative, etc.
84. Aussi les disputes sur ces questions se sont souvent renouvelées et durent encore : au v siècle, les prédestinatiens, au ix* Gotescalc, au xvr les différentes sectes de protestants, et les docteurs catholiques, les ont agitées avec beaucoup de chaleur. Les cot\fessionnistes ou luthériens, qui suivent la confession à'Augsbourg , que quelques-uns nomment isébiens, ont eu parmi eux des intérimisles qui adoptaient l'intérim publié par Charles-Quint, des philippislcs sectateurs d<> Mélanchthon, et des osiandriens. Les calvinistes nommés en France huguenots , protestants, religionnaires , sont divisés en untversalistes et en particularistes, en infralapsaires et supralapsaires , en arminiens ou remontrants et en gomaristes ou conlre-remontrants, en pajonistes et en calixlins , en prédestinateurs lerministes, etc. De nos jouis les partisans du baïanisme, du jansénisme ou de V Augustin de Jansénius, les appelants de la constitution ou bulle Unigenitus , défenseurs du fameux cas de conscience et opposes au formulaire , ont pris faussement le nom à'augustiniens, ont combattu contre les molinisles ou congruistes , ont nommé ceux-ci constitutionnaires ; mais les convulsions et les convulsionnaires ont jeté, sur le parti des appelants et sur leur appel, un ridicule ineffaçable.
85. Parmi les moyens de sanctification que Jésus-Christ a institués, les plus efficaces sont les sacrements ; en nous faisant l'application des mérites de ce divin Sauveur, ils opèrent en nous la justification, nous mettent en état de grâce et de justice iiabi-