CHAPITRE VII
DU THÉISME OU DU DÉISME ; DU SYSTEME DE l'optimisme ET DES CAUSES FINALES.
§ 1. Quand nous pourrions oublier pour un moment les preuves palpables et invincibles de l'existence de Dieu ; quand nous fermerions le* yeux sur l'ordre do l'univers, sur la nature de la matière , sur notre propre nature, sur les fondements nécessaires de la morale et de la société ; quand séduits, comme les incrédules, par la vanité de nous distinguer des autres hommes, nous serions tentés d'embrasser un système extraordinaire, il nous serait encore impossible de devenir matérialistes. Les variations continuelles des partisans de cette opinion; la contradiction frappante de leurs principes ; les idées révoltantes qu'ils adoptent; l'obstination même avec laquelle ils les répètent , suffiraient pour nous en dégoûter. La mauvaise foi perce de toutes parts dans leur procédé ; on voit que sans être persuadés ils cherchent seulement à s'aveugler; qu'ils seroidissent par réflexion contre l'évidence qui les frappe , et contre la conscience qui les accuse; que, semblables à des enfants peureux qui tremblent dans les ténèbres, ils tâchent de se rassurer et de s'enhardir par des clameurs. La vérité s'annonce avec moins de bruit ; un système raisonnable, prouvé, conséquent, n'a pas besoin de tant d'artifices pour faire des prosélytes : un écrivain qui sent ses forces, et qui compte sur le poids des raisons, n'est ni enthousiaste ni déclamateur ; il ne fatigue point ses lecteurs par des répétitions affectées, par des invectives continuelles contre ses adversaires; par un ton de mépris et d'insulte envers ceux qu'il souhaite véritablement d'éclairer ; ce n'est point sous les enseignes du fanatisme que l'on combat pour la vérité et pour la vertu. Quand les docteurs de l'athéisme voudront persuader, qu'ils prennent un ton plus modeste et p'/us insinuant, qu'ils commencent par raisonner de sang-froid, par imposer silence à la passion et à l'humeur.
Pour croire un Dieu, pour avoir une religion, l'homme n'a pas besoin de se livrer à des méditations profondes, il lui suffit d'interroger son propre cœur. La raison peut s'égarer dans des spéculations abstraites; le sentiment est presque toujours un guide plus sûr ; dans le calme des passions la vérité parle au cœur plus efficacement qu'à l'esprit. Nous sentons ce que nous sommes, et tous les sophismes possibles n'étoufferont jamais la voix intérieure de la nature.
Elle nous dit que nous avons commencé d'être ; que nous ne tenons point l'existence de nous-mêmes; que celui qui nous l'a donnée n'avait aucun besoin de placer un être de plus dans l'univers ; qu'en déployant sa puissance pour nous former, il n'a pu avoir d'autre motif que d'exercer sa bonté. La vie , la satisfaction seule d'exister et de penser sont un bienfait; la joie pure que nous inspire une bonne action ou un sentiment vertueux; l'attendrissement que nous cause un trait d'humanité, dont nous sommes les auteurs ou les témoins ; les douceurs de l'amitié; le lien des affections sociales ; le pouvoir de contribuer quelquefois au bonheur de nos semblables, font chérir la vie à un cœur bien fait : il se sent sous la main d'une Providence attentive et prodigue de ses dons : un moment de retour vers l'Etre suprême répand en lui une douce émotion , lui fait oublier les maux inséparables de la nature.
Quand la reconnaissance parle , la philosophie doit se taire ; la religion entre d'ellemême et sans effort dans l'homme sensible. Celui qui croit un Dieu par sentiment n'a rien à redouter de l'athéisme. Quand ce monstre parviendrait à étonner la raison, l'humanité réclamerait toujours; accabiée du poids de vingt sophismes, elle dirait encore : Je sens qu'il y a un Dieu.
§ II. C'est contre cet instinct môme que notre matérialiste dirige ses traits. Selon lui, les sentiments des Yiommes sur la Divinité ne sont point constants ni uniformes ; chaque individu a sa façon de l'envisager , se fait un Dieu particulier d'après son propre tempérament, ses dispositions naturelles, son imagination plus ou moins exaltée , et selon la manière dont il est affecté dans des temps différents. L'idée de la Divinité est perpétuellement flottante dans les esprits, et varie à chaque instant pour tous les êtres de l'espèce humaine ; il n'en est pas deux qui admettent précisément le môme Dieu ; ii n'en est pas un seul qui, dans des circonstances variées, ne le voie diversement. De là les cultes différents qu'ils lui rendent, les disputes sur la religion, les inconséquences de leurs opinions et de leurs systèmes. (Pages 191 et 192; Contagion sacrée, ch. 2, p. 23 et 24.)
Par un artifico qui lui est ordinaire l'auteur confond ici deux objets très-différents : le sentiment de l'existence de Dieu, commun à tous les hommes, et les opinions spéculatives des philosophes sur la nature de Dieu. Tout homme , quel qu'il soit, cultivé ou sauvage , ignorant ou philosophe , heureux ou malheureux, reconnaît un Dieu auteur de son être; créateur, conservateur et moteur de la nature. Point de diversité, de variations, ni de dispute sur ce point; le concert est unanime et la dissension n'a pas lieu. Tel est le sentiment profond sur lequel ont été fondées toutes les religions , tous les cultes établis, tous les autels érigés : les idées particulières sont entées sur
celle-là , et les opinions les plus bizarres n'ont pu l'étouffer parmi les hommes.
Que dans un accès de mélancolie, ou de douleur aiguë, un insensé s'échappe jusqu'à blasphémer contre Dieu, lui reprocher les maux qu'il endure, lui disputer le titre de Dieu bon et bienfaisant ; cette fureur passagère ne le pousse poiut à nier que Dieu soit l'auteur de son être et de tout eo qui arrive dans la nature : son impiété môme atteste le contraire, puisqu'il s'en prend à Dieu de la sensation qu'il éprouve. Dès que la passion calmée aura fait place à la raison , il désavouera dans son cœur le blasphème que sa bouche a prononcé.
Si les hommes ont disputé sur la nature divine, ce n'est point la religion , mais la vaine curiosité qui a produit cet abus. Ils n'y sont tombés que quand ils sont devenus philosophes, ou quand ils ont cru l'être. La vanité, l'envie de se distinguer, le désir d'avoir des admirateurs et des prosélytes ont fait naître les opinions différentes sur la nature divine. L'ignorance avait enfanté la pluralité des dieux, et les bizarreries dans le culte ; une affectation de science, et souvent la jalousie ont divisé les sectes des philosophes ; et la même cause produira toujours le même effet.
Toutes ces sources de division prouvent d'une manière sensible la nécessité d'une révélation ; et Dieu y avait pourvu dès le commencement du monde. C'est en perdant de vue celte révélation primitive que les hommes se sont égarés : pour opposer une barrière éternelle à l'erreur, Dieu s'est révélé d'une manière plus éclatante aux Juifs ; ainsi il a préparé les voies à la révélation qu'il youlait donner par Jésus-Christ, et qui subsistera jusqu'à la fin des siècles.
Mais les hommes ont disputé sur la révélation môme ; cela n'est pas étonnant, puisqu'ils disputent sur tout. L'auteur nous dit après Hobbes, que si les hommes y trouvaient quelque intérêt, ils douteraient de la certitude des éléments d'Euclide. (Chap. 4-, p. 127.) 11 a soutenu que les hommes étant différemment organises ne peuvent avoir exactement la même opinion sur aucun sujet, pas seulement la même notion de Yunitc. (Tome I, c. 10, p. 181 et 182.) Qu'est-ce que prouvent donc los disputes sur la nature de Dieu?
Il est ridicule d'objecter que l'on ne dispute point sur les principes de géométrie. Mettez l'intérêt et les passions de la partie, vous verrez si l'on ne disputera point. D'ailleurs les pyrrhoniens ne convenaient d'aucune vérité : enfin, proposer le matérialisme, est-ce un bon moyen de bannir les contestations? Déjà depuis deux mille ans l'on combat sur cette hypothèse insensée. Tous les hommes ont-ils la môme notion de la matière? L'auteur soutient qu'elle est active et éternelle ; le reste des hommes prétend qu'elle est contingente et passive : pour que la dissension fût plus complète , quelques-uns ont douté de son existence ; et l'on argumente sur les différentes notions
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que les hommes ont de Dieu! (Page 19i; Contag. sac, c. 1 , p. 6.)
§ III. « Quel est, demande notre philosophe, le concept qui constitue Dieu ce qu'il est, et duquel découle la démonstration de tout ce qu'on dit de lui ? » (Page 195.) Nous avons montré, d'après Cl arke, que le concept est Y Etre nécessaire ou existant par lui-même. Si quelques philosophes pensent autrement, cela ne prouve rien.
« Il y a, selon lui, contradiction à dire qu'un esprit sans étendue puisse exister dans l'étendue, ou mouvoir la matière qui a de l'étendue, ou créer un être étendu ; et il n'y a qu'un renversement de cervelle qui puisse faire admettre des contradictions. » (Note, p. 195.)
Le lecteur fera l'application de cette maxime comme il lui plaira. Nous avons dit que Dieu est présent à l'étendue ; mais qu'à proprement parler il n'existe point dans retendue, et qu'il n'est point borné par l'étendue : il existe en lui-même dans sa propre immensité, comme il existait avant la création. Dieu ne meut point la matière par un choc ou par le contact, à la manière des corps, mais par sa volonté, de même que notre âme donne le mouvement à notre corps. Dieu a créé la matière, non par émanation, comme si la matière avait déjà existé en lui , mais par un seul acte de sa volonté. C'est à l'auteur de prouver qu'il y a contradiction dans cette manière de concevoir l'action de Dieu.
« L'intelligence universelle , dit-il, dont les vues doivent s'étendre à tout ce qui existe, ne peut avoir des rapports plus directs et plus intimes avec l'homme, qui ne fait qu'une partie insensible du grand tout. » (Contagion sacrée, c. 2, p. 27 ; c. 10, p. 66 ; Lucrèce, liv. v, 157; Essai sur les préjugés, c. 2, p. 3i.)
Cela est faux; ces rapports plus directs sont fondés sur les attributs particuliers que Dieu a donnés à l'homme en le créant, sur son intelligence, sur le talent de faire servir à son bien-être la plupart des créatures, sur les qualités morales de son cœur; qualités dont les autres êtres sensibles sont incapables.
11 est indécent de comparer l'homme aux insectes et aux fourmis d'un jardin. Il n'en a pas plus coûté à Dieu de créer l'homme que de faire naître des insectes; mais il n'a pas fait à ceux-ci les mômes dons qu'à l'homme. Ces dons mêmes nous mettent à portée de connaître jusqu'à un certain point les desseins de Dieu sur l'homme, de deviner son plan, d'admirer les vues de sa sagesse. (Pâtre 196.)
« Les effets bons ou mauvais, favorables ou nuisibles à hOus-mêmcs, qui partent de la Toute-Puissance et de la Providence divine, ne sont point des effets nécessaires de sa sagesse, de sa justice, de ses décrets éternels. » Il n'y a point en Dieu d<> décrets absolument nécessaires, parce qu'il a dans les trésors de sa puissance des moyens variés à l'infini d'exécuter ses volontés, tous
également conformes à sa sagesse et à sa justice. Dieu, pour exercer sa justice, par exemple, n'est point obligé de punir l'homme au moment où il pèche; il peut différer le châtiment pendant toute la durée de cette vie; il peut le châtier plus ou moins rigoureusement pour le faire rentrer en lui-même; il peut le convertir en un instant par une grâce extraordinaire; il peut le laisser dans l'impénitence, et ne le punir que dans l'autre vie. Et, dans aucun de ces plans divers, il n'y a rien de contraire à la justice ni à la sagesse de Dieu.
§ IV. Mal à propos on nous accuse de demander à Dieu des miracles, lorsque nous lui adressons nos prières. Dieu, selon le cours ordinaire de sa providence, n'empêchera point en notre faveur le feu de brûler, quand nous nous en approcherons de trop près ; mais, sans blesser notre liberté, il nous empêchera, par une réflexion et un mouvement inattendu, de nous y précipiter imprudemment. Il n'empêchera point qu'un édifice qui tombe ne nous écrase, quand nous passerons à côté de lui ; mais par une délibération contraire il nous détournera d'y passer. Il ne changera point la nature des humeurs qui causent la fièvre ou la goutte; mais il nous fera découvrir des remèdes efficaces, et nous donnera la patience pour supporter nos maux. Le corps est moins malade, lorsque l'esprit est tranquille. Il ne rendra point notre patrie heureuse sous l'oppression d'un conquérant ambitieux ou d'un tyran; mais il changera le cœur de cet homme terrible, et le rendra plus humain.
Toutes ces ressources et mille autres, que nous ne connaissons pas, ne sont point des miracles: elles entrent dans le cours ordinaire de la Providence envers les créatures libres et intelligentes. Lorsque Dieu parle à notre esprit, cela n'est pas plus contraire aux lois et à l'ordre de la nature, que lorsqu'un homme parle à un autre homme, et lui fait connaître ses pensées. L'homme sans doute ne doit pas se flatter d'être plus sage que son Dieu, ni de lui faire changer de volonté ; mais il peut se flatter qu'étant vertueux et soumis, Dieu a la volonté éternelle de le protéger et de le récompenser.
L'éternité des décrets divins n'est point incompatible avec la liberté de Dieu, ni avec celle de l'homme; ces décrets supposent en Dieu la connaissance claire et distincte de tous les événements, de toutes les déterminations possibles de la part de l'homme. Par le pouvoir infini de changer à son gré nos volontés, sans gêner notre libre arbitre, Dieu est exempt de la nécessité de changer les siennes.
Il est absolument faux que toutes les religions de la terre soient fondées sur l'espérance de changer les volontés de Dieu, de régler sa conduite, de détourner ses arrêts, de réformer son plan. (Page 197; Contag. sac, c, 10, [). 52.) El I es sont fondées sur ce principe dicté par la raison, que Dieu a formé son pian et réglé ses arrêts sur les
actions libres des hommes qu'il a prévues de toute éternité, et sur le pouvoir qui lui appartient de diriger ces mêmes actions comme il lui plaît, sans blesser aucunement la liberté des créatures.
Il est donc faux que la religion suppose en Dieu de l'inconstance, de 1 impuissance, de la faiblesse, ni dans l'homme le pouvoir de troubler la félicité de son souverain maître; mais elle suppose que Dieu distingue la vertu d'avec le vice, la soumission d'avec la désobéissance, la fidélité d'avec la révolte. Elle suppose que Dieu en créant l'homme libre, capable de mériter et de démériter, a voulu qu'il fit de cette faculté un usage raisonnable, utile à lui-même et au* autres. Dieu n'est point pour cela un être faible ou changeant, puisqu'il l'a ainsi réglé de toute éternité. (Page 198.)
Il n'y a dans tout cela aucun sujet de triompher de la religion, ni de conclure que Dieu, tel qu'elle le dépeint, est un être impossible. (Page 199.) Jamais les matérialistes ne montreront dans ces notions une contradiction claire, telle que nous la faisons sentir dans leurs principes.
Vainement il répète que la religion est l'ouvrage de quelques fourbes adroits, de quelques enthousiastes, de quelques prêtres intéressés, dont les hommes sont les dupes et les esclaves : il a démenti lui-même ce reproche en remontant à la première origine de la religion et du sacerdoce. (Chap. 1, § 2, 3 et 7, p. 200; Contagion sac, ch. 3, p. 57; c. h, p. 64 et suiv.) Quant à la religion chrétienne, Jésus-Christ, son auteur, n'a été ni un fourbe, ni un enthousiaste, ni un maître intéressé : il a donné des exemples éclatants des vertus contraires.
§ V. Nous nous abusons sans doute, quand nous citons les avantages que le culte de Dieu a procurés aux hommes; ses ennemis sont bien éloignés d'.en convenir. Ils répondent que l'utilité d'une opinion ne la rend pas plus certaine; qu'il faut savoir d'abord si c'est une erreur ou une vérité; qu'une erreur ne peut être véritablement utile au genre humain; que l'existence de Dieu, abstraction faite de son utilité, est impossible à croire, et répugne à toutes les notions communes. (Pages 201 et 229.)
Cette réponse renferme seulement deux contradictions. 1' Sans avoir prouvé la vérité du matérialisme, l'auteur a voulu nous le persuader à cause de son utilité (tome I, c. 12) ; il a posé pour principe que l'utilité était la pierre de touche des opinions humaines. (Ibid., p 224.) 2° Peut-on dire que l'existence de Dieu est impossible à croire, après avoir reconnu que tout le monde la croit? qu'elle répugne à toutes les notions communes, pendant que l'on avoue que c'est la notion commune de tous les hommes? Avant de déclamer dans le chapitre suivant contre les effets de la religion, l'auteur soutient qu'elle n'est utile ni aux hommes heureux, ni aux malheureux. En vain un homme, comblé des faveurs de la Providence, lui dit: Laissez-moi remercier la
source de tant de bienfaits; plus vainement encore un infortuné lui crie: Souffrez que f adore un père compatissant et tendre qui m' éprouve en ce monde. « Non, répond fièrement le bénin philosophe; la vérité ne peut jamais vous rendre malheureux; c'est elle qui console véritablement. (Pages 202 et 203.) » Comment console-t-elle? Quel secours le matérialisme donne-t-il contre les maux de ce monde? Voilà ce qu'on ne nous apprend point. Ainsi, hommes fortunés, soyez ingrats; hommes souffrants, gémissez sans espérance, la philosophie vous l'ordonne.
Mais non, il est encore une ressource, c'est de blasphémer contre la Providence. « La terre est couverte de malheureux qui ne semblent y être venus que pour y souffrir, gémir et mourir. La contagion, Ta peste, la guerre, les révolutions physiques et morales, la stérilité et les poisons, le ciel et les éléments, les tyrans et leurs ministres se relayent pour tourmenter, pour désoler, pour anéantir la race humaine. Dieu est doncaussi souvent injuste, rempli de malice, d'imprudence, de déraison, que de bonté de sagesse et'd'équité. C'est un Dieu capricieux ; ce n'estpoinl un ami et un père, c'est un bourreau. «(Pages 204 et 205; Contagion sac, ch. 7, j). 138 et suiv.) Ainsi, ou à peu près, parlent et raisonnent les damnés dans l'enfer; et voilà comme les matérialistes sont heureux.
Oublions, s'il est possible, toutes ces horreurs. L'auteur, revenu de son délire, et honteux de ses propres excès, avoue qu'il y a dans la nature un mélange constant de biens et de maux. « S'obstiner, dit-il, à n'y voir que du bien, serait au.ssi insensé que de ne vouloir y apercevoir que du mal. » Ce mélange a lieu dans le physique et dans le moral : ce qui réjouit un individu en plonge d'autres dans le deu;l et dans la tristesse : les êtres sensibles vivent aux. dépens les uns des autres, sont alternativement sujets au plaisir et à la douleur. 11 conclut qu'il n'y a pas plus dé raison d'admettre un Dieu bon qu'un Dieu méchant; que l'homme n'est pas plus l'objet des soins de la Providence que les autres créatures; qu'on ne peut point le regarder comme cause finale de la création ; que nous ne pouvons attribuer aucun but, aucun dessein (ixe à la Divinité. (Page 206.) Autant de fausses conséquences.
1° Uappelons-nous la confession de l'auteur. La somme des biens de ce monde est plus grande que celle des maux ;si l'homme n'est pas heureux en gros, il l'est en détail (tome I, ch. 16, p. 252 et 254) : le mal est nécessaire à l'homme ; s'il n'y était pas sensible, il ne pourrait pas éprouver du bien, ni conserver son être. (Tome II, ch. 1, p. 3 et 21.) 11 est donc faux que Dieu ait créé l'homme pour le rendre malheureux : quoiqu'il ne lui ait pas accordé tout le bien dont un être sensible est capable, il ne s'ensuit pas qu'il soit méchant à son égard.
2° Les facultés de l'homme sont plus étendues et plus variées^que celles des au-
très créatures sensibles ; il jouit donc d'un bonheur plus parfait. 11 est le seul être intelligent et libre, capable de connaître et d'adorer son Créateur ; il y a donc entre Dieu et lui un rapport plus marqué, une liaison plus étroite.
3° 11 y a une relation évidente entre la plupart des êtres et nos besoins: c'en est assez pour juger que Dieu a fait les uns pour les autres.
k" Nous pouvons donc attribuer un «but et un dessein à la Divinité, quand même nous ne comprendrions pas toutes ses vues et tous ses desseins. Quand nous ne saurions pas pourquoi Dieu a fait l'homme, s'ènsuivrait-il qu'il ne lui a pas donné les yeux pourvoir, les pieds pour marcher, la langue pour parler, l'amour de soi pour se conserver ; que c'est par hasard , et sans aucun dessein de la part du Créateur, que nos organes sont conformés de la manière la plus propre à remplir toutes les fonctions nécessaires à la vie? Les causes finales ne supposent donc point la connaissance de toutes les vues et de tous les desseins de Dieu. [Vày. première part., eh. 5, § 2.)
§ VI. L'auteur fait encore un autre aveu important. « Ce sont, dit-il, des hommes contents, d'une âme sensible, d'une imagination vive, qui croient voir dans la nature entière des preuves marquées de bienveillance et de bonté , l'empreinte d'une intelligence parfaite, d'une sagesse infinie, d'une providence tendrement occupée du bien-être de l'homme, et à qui cette persuasion inspire de la reconnaissance. Cette prévention leur persuade que les maux sont nécessaires pour conduire l'homme à une plus grande félicité ; que les désordres de ce monde ne sont qu'apparents. C'est à cette espèce d'ivresse qu'est dû le système de l'optimisme ; l'opinion que, même pour l'homme, tout est bien dans une nature où le bien est constamment accompagné de mal, et où tout est nécessaire. » (Pages 207 et 208; Contagion sacrée, ch. 1, p. 5.)
11 est consolant d'entendre un matérialiste rendre gloire à Dieu. Les âmes sensibles, les cœurs reconnaissants ne sont point tentés de méconnaître la Providence, d'attribuer tout à la fatalité. « Ces idées naissent, dit -il, d'un tempérament malheureux, d'une humeur fâcheuse, d'un esprit chagrin; d'un caractère mélancolique, aigri par des malheurs et par des infirmités. » (Pages 213 et 214.) Heureusement ces hommes, nés pour être le fléau de leurs semblables, ne sont pas le plus grand nombre de notre espèce. On reconnaîtra aisément l'original du tableau que l'auteur vient de tracer.
Le système de l'optimisme est faux, en ce qu'il suppose que ce monde est ie meilleur 'et le plus parlait que Dieu ait pu produire : c'est borner sans raison la puissance divine. Si Dieu n'a pas pu créer un monde où il y eût plus de bien et moins de maux, il n'est pas infiniment puissant.
Mais ce système n'est pas nécessaire pour mettre à couvert '« bonté de Dieu : obliger
cette bonté infinie à faire en toutes choses le meilleur, c'est la réduire à l'impossibilité et tomber en contradiction. (Voyez chap. 3,
5*.) Pour la justifier, il n'est pas nesoin non
plus de connaître te but du tout (page 209); c'est assez de savoir que la somme des biens est plus grande que celle des maux, et l'auteur en convient,
11 pouvait se dispenser de nous demander si nous sommes les confidents de la Divinité, pour savoir qu'elle veut tirer un plus grand bien des maux de ce monde. (Page 210). Elle a daigné nous faire cette confidence par l'épreuve que nous faisons de sa bonté, par l'idée qu'elle nous donne de sa justice, par la notion de l'Etre infiniment parfait étroitement liée à celle de Vôtre nécessaire, par la conviction intime des récompenses dues à la vertu : et cela est évident à tous ceux qui n'ont pas un tempérament malheureux, une humeur fâcheuse, etc.
Le dogme de la vie future et de l'immortalité de l'âme, qui justifie pleinement la Divinité, qui fait le soutien et la consolation de l'homme de bien, qui fait trembler le méchant et le matérialiste même, malgré son intrépidité apparente, n'est point un dogme peu probable. (Page 211). Nous en avons donné les preuves (r. première part., c. 13, § 1), et jamais l'auteur ne pourra les détruire.
11 est inutile de nous arrêter plus longtemps à des reproches auxquels nous avons déjà satisfait plus d'une fois
§ VII. Par une révolution singulière, nous allons nous réunir pour quelques moments aux matérialistes : l'auteur défend une thèse sur laquelle nous sommes presque entièrement de son avis. C'est aux déistes qu'il en veut. Il soutient que leur système n'est point conséquent; que dès qu'ils admettent un Dieu, ils sont forcés de recevoir tous les dogmes qui sont la base des religions révélées; qu'il n'y a plus aucune barrière à laquelle on puisse s'arrêter; qu'il n'y a point de milieu raisonnable entre ce qu'il nomme la superstition et l'athéisme. 11 est essentiel de suivre toutes ses réflexions.
I 1° Dès que les déistes conviennent qu'un Dieu intelligent, juste, bon et sage a créé ou arrangé l'univers , ils sont obligés de répondre à toutes les objections des athées contre la Providence, sur lesquelles notre auteur continue h insister; Ks sont forcés de recourir aux différentes hypothèses que l'on établit pour expliquer l'origine du mal ; de supposer que l'homme a une âme ; qu'il est libre; qu'il peut offenser Dieu; qu'il y a une autre vie après celle-ci : autant d'absurdités, selon les matérialistes. L'auteur relève en passant l'inconséquence de ceux qui nient la liberté de l'homme, et qui cependant s'obstinent à parler d'un Dieu vengeur et rémunérateur. Comment, dit-il, un Dieu juste peut-il punir des actions nécessaires? (Note, p. 212.)
La remarque es'. Ircs-senséc; mais l'auteur
r,io
se perce de ses propres traits ; il a nié la li- idées si grandes, si sublimes, si sages, si berté, et il a soutenu que la société était en consolantes, a été indépendamment de sa droit de punir des crimes nécessaires. Si un divinité et de sa mission bien prouvées, la
Dieu juste ne le peut pas, une société juste le peut-elle davantage?
2° 11 convient que les idées d'ordre et d'harmonie dans l'univers, de justice, de sagesse, de bonté dans son Créateur, peuvent être adoptée? par les hommes sains, d'un tempérament heureux, d'une imagination riante. « Mais l'homme d'un tempérament mélancolique, aigri par des malheurs et des infirmités, l'homme chagrin et d'une humeur fâcheuse, ne peut voir dans ce inonde que désordre , difformité, malice, vengeance de la part d'un Dieu fantasquehei jaloux. Ce sont ces idées sombres qui ont fait éclore sur la» 'erre les cultes bizarres, les superstitions cruelles et insensées, tous les systèmes absurdes , toutes les notions et \cs opinions extravagantes, » etc. (Pages213, 214, 215; Contagion sacrée, ch. 2, p. 23.)
Ainsi l'auteur paraît convenir que l'athéisme et le matérialisme ne sont pas faits pour entrer dans une tête saine et bien organisée ; c'est le délire de quelques rêveurs nourris de bile, ou enivrés de la fureur philosophique, que leur humeur atrabilaire dispose à la méchanceté (page 215), de même que la superstition. La religion tient un sage milieu entre ces ;'eux excès.
Conséquemment nous sommes dispensés de répondre à ceux qui nous objectent, les pratiques insensées et absurdes, les opinions folles et cruelles que plusieurs peuples ont fondées sur la créance d'un Dieu ; ces abus
plus belle âme, le plus heureux caractère, le législateur le plus respectable qui ait jamais paru sur la terre, et qu'il faut préférer sa doctrine à toutes les autres. En troisième lieu, que rien n'est plus nécessaire aux hommes qu'une religion lixe, indépendante de leur caractère, de leur tempérament, de leurs idées particulières ; que si l'on s'en écarte un moment, U faudra changer de créance, suivant les diverses altérations de la machine, suivant les événements, ou selon les idées du premier philosophe qui trouvera le secret de nous subjuguer :
l'auteur en convient. (Page 216.) Nous ne pouvons donc assez bénir la Providence de nous avoir, par la révélation, mis à couvert de ce danger auquel les déistes, qui n'ont d'autre guide que leurs propres lumières, sont nécessairement exposés.
§ VIII. « Le théisme, continue notre philosophe, ou la prétendue religion naturelle , ne peut avoir de principes sûrs; ceux qui la professent sont nécessairement sujets à varier dans leurs opinions sur la Divinité et sur la conduite qui en découle. Leur système, fondé dans l'origine sur un Dieu sage, intelligent, dont la bonté ne peut jamais se démentir, dès que les circonstances viennent à changer, doit bientôt se convertir en fanatisme et en superstition. Ce système, médité successivement par des enthousiastes de différents caractères , doit éprouver des variations continuelles , et se
réglée
sont nés du délire et d'une imagination dé- départir très-promptement de sa prétendue
simplicité primitive. La plupart des philosophes ont voulu substituer le théisme à la superstition ; mais ils n'ont pas senti que le théisme était fait pour se corrompre et pour dégénérer. En effet, des exemples frappants nous prouvent cette funeste vérité ; le théisme s'est partout corrompu; il a formé peu à peu les superstitions, les sectes extravagantes et nuisibles dont le genre hu-
la religion n'est point responsable de Ja folie des nations, ni de celle des particuliers. Comme le matérialisme n'a sureaa&at.pffsîe pouvoir de guérir un mal dont il est atteint lui-même, nous ne pouvons mieux faire que de nous attacher au christianisme, qui nous préserve de. tout culte insensé, de toute superstition cruelle, .de toute morale fausse et pernicieuse. Sous le
joug de cette religion sage et sainte, la tête main s'est infecté. » (Pages 217 et 219.)
des particuliers peut se déranger, sans que la maladie devienne épidémique : si ce frein salutaire était retranché, nous serions à la merci du premier visionnaire, et toutes les affections de cerveau seraient contagieuses.
3° Sur le même principe, l'auteur prétend
U s'attache à prouver ce fait par l'énumération des différentes religions qui subsistent aujourd'hui. La religion d'Abraham, dit-il, paraît avoir été dans l'origine un théisme imaginé pour réformer la superstition des Chaldéens;le théisme d'Abraham fut corrompu par Moïse, qui s'en servit
que c'est uniquement dans la diversité des pour former la superstition judaïque tempéraments et des passions qu'il faut On doit faire attention, 1° qu'Abraham
chercher la différence que nous voyons entre le Dieu du théiste, de l'optimiste, de l'enthousiaste heureux, et celui du dévot superstitieux (page 215); que la Divinité doit prendre nécessairement la teinture du caractère des hommes. (Page 216; Conlag. sac, c 2, p. 23 et suiv.)
De là nous concluons en premier lieu qu'il faut chercher dans la même source les idées fausses et odieuses que les athées se forment de la Divinité , pour avoir droit d'en nier l'existence. En second lieu, que Jésus-Christ, qui nous a donné de Dieu des
n'est pas l'auteur de sa religion ; il la tenait de ses pères ; elle est aussi ancienne que le monde. Ce n'était pas un système imaginé, mais une doctrine révélée aux premiers hommes; 2° que Moïse n'enseigna aux Hébreux aucun nouveau dogme : leur créance était établie et fixée avant lui ; il ne fit qu'en prévenir l'altération, par le culte extérieur et \nr les lois qu'il leur donna. Puisque le théisme s'était corrompu chez les autres nations, rien n'était plus nécessaire que de prévenir le même abus chez les Juifs : le succès a rendu témoignage
PART. 1. THEOLOt.ll. PHILOS. — EXAMEN 1>U MATERIALISME.
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à !a sagesse et à l'utilité de cette précaution.
Nous convenons que le théisme de Socratc et do Platon s'est corrompu; que les disciples de ce dernier, Proclus, Jamblique, Plotin, Porphyre, auxquels il faut joindre l'empereur Julien, furent de vrais fanatiques, plongés dans la superstition la plus grossière. Mais ni Socratc ni Platon n'étaient exempts eux-mêmes de cette contagion, puisqu'ils adoraient l'un et l'autre les dieux d'Athènes, observaient toutes les pratiques de l'idolâtrie, enseignaient qu'il ne fallait rien changer à la religion de leur patrie.
Mahomet, en combattant le polythéisme de son pays, a eu sûrement d'autres vues que de ramener les Arabes au théisme primitif d'Abraham et d'ismaël, puisqu'il a inspiré à ses sectateurs une haine violente contre les Juifs et contre les chrétiens qui ne sont pas polythéistes : et il n'est pas surprenant que le'maliomélisnie soit divisé en .soixante-douze sectes.
On peut ajouter que le culte d'un seul Dieu, enseigné par Zoroastre, a dégénéré chez les Perses; que l'ancienne religion des Brahmines est devenue une idolâtrie grossière ; que chez les Chinois, le théisme ancien s'est, partagé; qu'une partie des disciples de Confucius est tombée dans le matérialisme; l'autre dans le culte insensé du dieu Fo; que ceux même des lettrés, qui ne donnent point dans ces excès, ne laissent pas d'être sujets à plusieurs superstitions, telle que la créance des esprits, la divination, le culte des ancêtres, etc.
Mais il n'est pas vrai que la religion de Jésus ait été un pur déisme ou théisme qui s'est corrompu peu à peu. Dans les livres qui renferment sa loi, il est question trèsexpressément de culte, de prêtres, de sacrifice, d'offrandes; et l'on y trouve en termes plus ou moins exprès, tous les dogmes du christianisme actuel; nous l'avons prouvé dans d'autres ouvrages. (Apol. de fa relig. chrét., seconde partie, art. Christianisme.)
C'est un trait d'équité et de justesse admirable d'enseigner que le christianisme est devenu la plus nuisible des superstitions ; il est plus nuisible sans doute que le mahoraétisme, et cela parait clairement par les effets : car enfin les Turcs sont plus instruits, plus vertueux, mieux policés, plus heureux que nous.
§ IX. Un nouveau reproche que notre auteur l'ait aux déistes, c'est qu'ils ne s'accordent point. « Les uns supposent que Dieu, retiré dans la profondeur de son essence, après avoir fait sortir la matière du néant, l'abandonne pour toujours au mouvement qu'il lui a une fois imprimé. Ils n'ont besoin d'un Dieu que pour enfanter la nature; cela fait, tout ce qui s'y passe, n'est qu'une suite nécessaire de l'impulsion qui lui fut donnée dans l'origine des choses; il voulut que le monde existât, mais, trop grand pour entrer dans les détails de l'administration, il livre tous les événements aux causes secondes ou naturelles; il vit dans une parfaite indifférence à l'égard de ses créatures, qui n'ont
Œuvres coupl. nn Rergier. I.
plus aucun rapport à lui, et demeure entièrement inutile aux hommes. (De l'esprit, troisième discours, c. 9, p. 118.)
« D'autres supposent des rapports plus particuliers entre l'agent universel et l'espèce humaine; prétendent que l'homme a des devoirs à remplir envers son Créateur, doit imiter sa bonté et faire comme lui du bien aux créatures. Quelques-uns s'imaginent que Dieu, étant juste, réserve des récompenses à ceux qui font du bien, et des châtiments à ceux qui font du mal à leurs
semblables Comme chacun de ces spécu-
lateurs se fait à part un système de religion, ils ne sont aucunement d'accord sur leurs cultes ni sur leurs opinions, et ne savent à quoi s'en tenir. »
Il ajoute que les écrits des déistes sont communément remplis de paralogismes et de contradictions, que leurs systèmes sont souvent de la dernière inconséquence. Les uns disent que tout est nécessaire, nient la spiritualité et l'immortalité de l'âme, refusent de croire la liberté de l'homme. ISe pourrait-on pas leur demander dans ce cas à quoi peut servir leur Dieu? (Page 220.)
Cependant, ceux qui supposent un Dieu juste, -ne sont-ils pas obligés d'admettre des devoirs et des règles émanés de cet être, que l'on ne peut offenser, si l'on ne connaît ses volontés? Ainsi, de proche en proche, le théiste se trouve forcé de souscrire à toutes les hypothèses auxquelles on arecours pour expliquer la conduite de Dieu, !e péché d'Adam, la chute des anges rebelles, la liberté de l'homme, le pouvoir d'offenser Dieu et de l'apaiser ensuite. Il faut un culte., des cérémonies, des mystères. Cjue sait-on si Dieu, pour se manifester aux hommes, n'a pas eu recours à des incarnations, h des transsubstantiations? Toutes ces choses soutelles plus incroyables et moins possibles que les idées du théisme, qui supposent qu'un Dieu immatériel a pu créer et mouvoir la matière, peut avoir de l'intelligence et penser comme les hommes, peut consentir au désordre, etc. ? (Pages 221 et 222.)
Est-il dans aucune religion du monde un mystère plus inconcevable que celui de Ja création ou de réduction du néant? L'n mystère plus diflicileà comprendre que l'essence même de Dieu, qu'il est pourtant nécessaire d'admettre?
Il conclut que le superstitieux le plus crédule raisonne d'une façon plus conséquente, ou du moins est plus suivi dans sa crédulité, que ceux qui, après avoir admis un Dieu, dont ils n'ont qu'une idée confuse, s'arrêtent tout d'un coup, et refusent d'admettre des systèmes de conduite, qui sont, des résultats immédiats et nécessaires de la supposition d'où ils sont partis. (Page 225.) C'est aux déistes de voir si l'auteur a fort de leur faire ces objections.
§ X. Enfin, notre philosophe soutient que le déisme doit être sujet à autant d'hérésies et de schismes que la religion. « Les déistes, dit-il, ont des principes communs avec les oartisans de la révélation, et ceux-ci ont
souvent de l'avantage dans leurs disputes contre eux. S'il existe un Dieu qui a des rapports avec nous, pourquoi ne lui rendrions-nous pas un culte? Mais quelle règle suivre dans le culte que nous devons lui rendre? Le plus sûr serade prendre le culte de nos pères et de nos prêtres. » (Page 224.) Ce sera le plus sûr sans doute, s'il est dé
elles un torrent d'injures et de calomnies; 5° que tout ce qu'il a dit sur l'utilité de connaître la vérité, et sur la nécessité de la montrer aux hommes, n'est qu'un langage de parade, auquel il ne croit point lui-môme.
§ XI. Encore une fois, c'est aux déistes de répondre aux arguments qu'il fait contre leur
montré par de bonnes preuves que ce culte système; si cependant ils ont jamais eu un
est révélé, et si nos prêtres ont des témoignages non récusables d'une. mission divine; ces deux circonstances ne se trouvent réunies que dans la religion catholique. Aussi, soutenons-nous que tout déiste de bonne foi et qui sait raisonner, ne peut se dispenser d'être chrétien soumis à l'Eglise; et qu'il n'y a point de milieu raisonnable entre notre religion et l'athéisme.
« Le théisme, continue l'auteur, est, par •apport à la superstition, ce que la réforme ou le protestantisme a été par rapport à la religion romaine. Les réformateurs, révoltés de quelques mystères, n'en ont point contesté d'autres qui n'étaient pas moins révoltants. Dès que l'on peut admettre le Dieu théologique, il n'est rien dans la religion que l'on ne puisse adopter. D'un autre côté si, nonobstant la réforme, les protestants ont été souvent intolérants, il est à craindre que les théistes ne le fussent de même; il est ddïicile de ne pas se fâcher en faveur d'un objet que l'on croit très-important". » Nous ferons usage de cette observation dans la suite.
« Les opinions des hommes ne sont dangereuses que lorsqu'on veut les gêner, ou
système fixe et déterminé : Je seul point sur lequel ils se réunissent est de déclamer contre la religion.
Il tious paraît démontré que, dès que l'incrédulité a fait un premier pas, il n'y a plus de bornes fixes où elle puisse s'arrêter, et qu'en raisonnant conséquemment , elle est forcée d'en venir à l'athéisme décidé ; les preuves en sont sensibles.
Les déistes rejettent la révélation, 1° parce qu'elle propose des mystères ; or ils ne peuvent disconvenir qu'il n'y ait des mystères dans la religion naturelle; 2° parce qu'elle est fondée sur des miracles; ils en attaquent non-seulement la certitude, mais encore Ja possibilité. On ne peut soutenir que les miracles sont impossibles , qu'en supposant l'immutabilité des lois de la nature, la nécessité absolue, la fatalité; et celte prétention va droit au matérialisme. 3° Pour^combattre la certitude des miracles, les déistes posent ordinairement pour principe qu'il n'y a point de certitude proprement dite, que la certitude géométrique et métaphysique; que la certitude morale et la certitude physique ne sont que des probabilités (Dictionnaire philosophique, art. Certitude; OEuv.
quand on s'imagine être obligé défaire pen- philos, de Hume, quatrième essai et suiv.) ;
ser les autres comme on pense soi-même. Nulles opinions, pas même celles de la superstition, ne seraient dangereuses, si les superstitieux ne se croyaient pas en conscience obligés de persécuter, etn'en avaient pas le pouvoir. C'est ce préjugé que, pour le bien des hommes, il est essentiel d'anéantir; et, si la chose est impossible, le seul objet que la philosophie puisse raisonnablement se proposer, sera de faire sentir aux dépositaires du pouvoir, que jamais ils ne doivent permettre à leurs sujets de faire du
qu'on doit se défier même du témoignage des sens. (Pensées philos., n. 20.) Et cette manière de raisonner conduit bientôt à douter des preuves de l'existence de Dieu. 4° Ils s'élèvent contre la révélation, parce qu'ils veulent établir la tolérance absolue de toutes les opinions, sans exclure même l'athéisme : c'est tout ce que prétendent les athées pour triompher. 5° Ils soutiennent qu'un Dieu juste n'a pas pu donner la révélation à un peuple plutôt qu'à un autre; qu'il y aurait de la partialité dans cette
mal pour leurs opinions religieuses. » Note, conduite. On leur prouve que cette objection
p. 224; Essai sur les préjugés, ch. 2, p. 23.) Nous remarquerons, l°que personne n'a le pouvoir physique de gêner les opinions ni les pensées ; mais, sous prétexte de la liberté de penser, vouloir encore jouir de la liberté de parler, d'écrire et d'agir comme on juge à propos, c'est un artifice dont personne n'est la dupe; 2U que jamais les philosophes n'ont joui d'une liberté plus entière et plus
peut se tourner contre la religion naturelle et contre la conduite générale de la Providence ; or admettre un Dieu sans providence, c'est n'en point admettre du tout.
Ne soyons donc pas surpris, si la plupart des philosophes , en partant des mêmes principes que leurs prédécesseurs, ont fait les mêmes progrès, et sont arrivés au même point, au matérialisme pur. La chaîne des
absolue que celle qu'on leur accorde aujour- erreurs se tient aussi étroitement que celle
d'hui; s'ils se plaignent encore, on doit juger par là de l'étendue de leurs prétentions ; 3° que jamais personne n'a enseigné qu'il fût permis aux sujets de faire du mal pour leurs opinions religieuses; 4° que, puisque les opinions mêmes de la superstition ne sont pas dangereuses, c'est bien mal à propos que notre philosophe s'élève contre toutes les religions, et vomit contre
des vérités ; dès que l'on est saisi par le premier anneau, il faut la parcourir tout entière. Cette considération seule fait sentir à tout homme sensé la nécessité absolue d'une religion révélée et du joug de la foi, pour arrêter la fougue de la raison humaine, et la préserver des égarements où elle est toujours prête à se précipiter.
Le reste du chapitre que nous exami-
nom ue contient que des objections rebattues, el auxquelles nous avons déjà répondu.