CHAPITRE X
LES HOMMES NE PEUVENT-ILS BIEN CONCLURE DES IDÉES QU'ON LEUR DONNE DE LA DIVI- NITÉ? — l'inconséquence DE LEUR CON- DUITE PROUVE-T-ELLE QUELQUE CHOSE ?
§ 1. On ne doit pas s'attendre à trouver de nouvelles réflexions et de nouveaux raisonnements dans le chapitre que nous allons uémonstrativement qu'ils ne sont pas per examiner; l'auteur se propose de montrer suadés. Les effets naturels de la conviction que les notions que nous avons de la Divi- sont le calme de l'âme et le flegme de la nité ne peuvent servir à fonder le culte ni raison : dès que la passion se montre, c'est la morale, parce qu'elles sont obscures et le cœur qui parle, et son langage est toucontradictoires. C'est pour la dixièim fois jours suspect. Le simple amour de la vérité au moins qu'il renouvelle la même préten- ne fait point fermenter la bile si violemtion, et le lecteur doit en être fatigué. (C'est ment; si l'auteur avoit raisonné avec plus aussi le sujet du dixième chap. de la Con- de sang-froid, son livre serait infiniment plus tagion sacrée.) Mais avec tout 1 esprit imagi- dangereux.
Comment des hommes qui se donnent pour philosophes peuvent-ils se dissimuler à eux-mêmes l'injustice et le ridicule de leur procédé? Ont-ils raison de s'emporter contre l'humanité, parce qu'elle mes objections sur la nature de Dieu, et sur a conçu une opinion dans laquelle la nature
nable, que pouvait faire l'auteur d'un système impossible à prouver? Comment le persuader à tout homme capable de réflexion? Il n'y avait d'autre ressource que de l'étourdir, à force de lui répéter les mê-
les idées que nous pouvons en avoir; parce que c'est la partie du système religieux qui satisfait le moins notre esprit curieux et borné. Il fallait suppléer à la faiblesse des raisonnements par l'énergie du style, par la vivacité des invectives, par la variélé des tours et des expressions : c'est ce que l'auteur a exécuté supérieurement.
Mais les preuves directes de l'existence de Dieu subsistent dans toute leur force ; les athées ne parviendront jamais à les détruire ; le sentiment de la Divinité est ineffaçable dans l'homme, aucune objection ne peut l'étouffer; les contradictions et les
l'entraînait par un penchant invincible, surtout selon le système de la fatalité? Y a-t-il du bon sens à "déclamer contre les législateurs et contre les souverains, parce qu'ils ont établi les fondements de la société et de la politique, sur un principe avoué par la nature et adopté par fous les hommes?
Pour gouverner le genre humain, fallait-il choquer de front une croyance universellement répandue, un penchant irrésistible dont ils éprouvaient eux-mêmes l'impulsion? Est-ce le cas d'invectiver contre les prêtres, parce que, convaincus de la vérité, de l'utilité, de la nécessité d'une religion,
conséquences pernicieuses du matérialisme ils travaillent à opérer la même conviction
sont évidentes et palpables; toute l'adresse dans tous les hommes? Un philosophe peut-
de ses partisans ne réussit point à les sau- il les blâmer, sans prononcer sa propre con-
ver. Les doutes que l'on cherche à nous damnation? 11 sera permis à un athée de
inspirer, les ténèbres dans lesquelles on prêcher l'athéisme ; et il ne le sera pas à un
nous plonge, les difficultés que l'on accu- homme religieux d'enseigner la religion?
mule, peuvent nous causer de l'embarras et n'opèrent point la conviction. La nature se révolte, la conscience réclame, la raison proteste contre le matérialisme ; à moins que les passions, d'accord avec lui, n'achèvent d'entraîner le cœur et de séduire l'esprit, la Divinité se montre toujours à
Mais il est décidé que les matérialistes ne seront jamais raisonnables.
§ IL L'auteur prétend que le fruit de toutes les recherches, de toutes les méditations sur la Divinité a été d'en rendre l'idée plus obscure; que sa nature ne sera pas mieux connue par nos descendants, qu'elle
nos yeux et demeure en possession de nos ne l'a été par nos ancêtres; qu'il eût mieux
hommages
Ceux qui croient être parvenus à en bannir absolument l'idée, conviennent qu'ils ont eu de rudes assauts à soutenir; qu'il a fallu des efforts redoublés pour imposer à la raison le silence sombre et farouche dont ils s'applaudissent; on voit qu'ils cherchent à se dédommager des fatigues qu'ils ont es-
valu demeurer tranquillement dans notre ignorance. (Page 289; Essai sur les préjugés, ch. 11, p. 255.)
11 oublie ce qu'il a enseigné lui-même, et qu'il répétera bientôt (pag. 317], que la croyance d'un Dieu a été l'effet nécessaire et inévitable de l'impression que les phénomènes de la nature ont faite sur les hom-
suyées dans cet affreux combat; qu'ils se mes; que des êtres ignorants, malheureux et
vengent contre la Divinité même de la vio- tremblants se feront toujours des dieux ; il n'a
lence qu'elle leur a faite pendant longtemps, donc pas été au pouvoir de nos ancêtres de
pour les retenir dans la soumission qu'ils demeurer dans une ignorance absolue de la
appellent un esclavage (Lucrèce , liv. i, Divinité; nous ne le pouvons pas nous-
bO) : ils osent insulter à sa puissance sur mêmes, et nos descendants seront dans la
môme impuissance. Pour nous épargner la peine de créer île nom-eaux dieux, il est beaucoup plus simple de retenir le culte d'un Dieu seul et unique que nous connaissons.
Malgré les recherches et les méditations
des philosophes sur l'essence de la matière,
elle nous est encore inconnue; l'auteur en a lait l'aveu plusd'une fois : il faudrait donc ignorer l'existence de la matière aussi bien que l'existence de Dieu; adopter, non pas le matérialisme, mais un pyrrhonisme absolu et universel.
Si une Intelligence souveraine gouverne le momie et veut être connue, elle devrait donc se faire mieux connaître, et donner aux hommes une idée plus claire et plus distincte de sa nature ; peu de personnes sont en état de méditer sur ce sujet. « Entre cent mille hommes, il n'en est peutêtre pas deux qui aient la môme idée de Dieu, tandis qu il est très-rare de trouver des personnes pour qui son existence soit un problème : cependant la conviction suppose l'évidence, qui seule peut procurer la certitude a l'esprit. » (Pages 291 et 292.) C'est la réflexion de l'auteur.
On apercevra fort aisément qu'il confond deux choses très-différentes: l'évidence des preuves de l'existence de Dieu, et l'évidence de son essence ; il faut que les preuves de l'existence de Dieu soient d'une évidence palpable, puisque de son aveu il est rare de trouver des personnes pour qui celte existence soit un problème; les hommes n'ont pas coutume de se réunir par acclamation dans la croyance d'un fait ou d'une opinion, sans y être forcés par des ireuves évidentes. Quant à la nature ou à 'essence de Dieu, il est clair qu'une connaissance parfaite et intuitive de ce qu'elle est, ne nous est point nécessaire, qu'elle est même impossible. Avons-nous besoin de connaître l'essence de la matière, pour être évidemment convaincus de son existence.
Quand nous ne connaîtrions Dieu que comme V Auteur de notre être, c'en serait assez pour que nous fussions obligés à l'adorer et h l'aimer.
« Ce n'est jamais que sur parole, continue le philosophe, que des peuples entiers adorent le Dieu de leurs pères et de leurs prêtres. » (Page 293; Essai sur les préjugés, c.3.) Ce reproche est-il fondé? 1° Il exige que la morale soit un fruit de l'éducation, et cela est très-sensé; s'ensuivra-t-il que l'homme n'observe la morale que sur parole; que les idées morales sont vaines et ne portent sur rien ? L'homme est né pour la société; il est naturel qu'il reçoive d'elle non -seulement son éducation physique, niais encore son éducation morale ; et la notion de Dieu en est une partie essentielle. Nous apprenons de nos pères et de nos maîtres tout ce que nous savons, même les mathématiques : on n'en conclura pas que nous croyons sur parole aux démonstrations de 'géométrie. 2° Les premiers qui ont adoré un Dieu , n'y ont pas cru sur pa-
rôle ; quand nous pourrions oublier celui qu'on nous a fait connaître, l'auteur convient que nous nous en ferions bientôt un autre, et cela est certain. C'est donc sur la parole de la nature entière, et de notre propre conscience, que nous croyons un Dieu.
« Toutes les religions du monde, dit-il, sont fondées sur l'autorité (page 293; Essai sur les préjugés , c. 1, note p. 7) , et défendent l'examen. » Nouveau grief à éclaircir. Une religion révélée est nécessairement fondée sur l'autorité, parce que la révélation est un fait : or un fait passé ne peut se prouver que par autorité ou par des témoignages. Ce n'est point la révélation qui nous a convaincus qu'il y a un Dieu, et qui nous a fait connaître ses principaux attributs; c'est la raison, et nous les avons démontrés. La révélation a répandu une nouvelle lumière sur ces objets : elle les a mis à portée des plus simples et de ceux qui n'étaient pas en état d'en saisir les preuves raisonnées ; mais en vain on aurait annoncé une révélation à des hommes qui n'auraient eu aucune notion même imparfaite de la Divinité. La révélation a donc perfectionné la raison, et elle ne nous en a point interdit l'usage sur les matières qui sont de son ressort : jamais on a fait un crime aux philosophes d'examiner et de prouver par des raisonnements l'existence de Dieu et ses principaux attributs.
Outre ces vérités déjà connues par la lumière naturelle, sur lesquelles la révélation a répandu un nouveau jour, auxquelles elle a ajouté un nouveau degré de certitude et d'évidence, elle nous a enseigné d'autres vérités que la raison n'aurait jamais pu découvrir, qui passent notre intelligence, qu'il serait par conséquent ridicule de soumettre h notre examen ; c'est ce que nous appelons des mystères. Mais jamais la religion ne nous a défendu l'examen des preuves, des témoignages, des monuments, des faits qui démontrent la réalité de la révélation; ou plutôt ces preuves et ces faits sont portés à un degré d évidence morale qui nous dispense de tout examen accompagné de doute et qui ne demande pour être sentie, que le moindre degré d'attention. Nous l'avons fait voir dans d'autres ouvrages. (Déisme réfuté, lettre 3 et k ; Apol. de la relig. chrétienne, eh. 6.)
§ 111. L'auteur prétend que l'enseignement des prêtres est suspect, soit parce qu'ils sont trompés eux-mêmes , soit parce qu'ils ont le plus grand intérêt de nous tromper. (Note, p. 293 ; Contag. sacr. c. k, p. 04 et 71; <;h. 10, p. 70 ; Essai, c. 1 p. 13.)
Les peuples ont tort certainement de no pas préférer aux leçons des prêtres l'enseignement des incrédules; ces messieurs l'emportent sur les prêtres à tous égards. 1° Us ne sont jamais trompés : doués d'une infaillibilité souveraine, ils sont inaccessibles û l'erreur: ils ont raison lors même ( u'i's se contredisent; leur doctrine est l'évidence même, beaucoup plus à portée du peuple que la doctrine chrétienne. Tout
OEUVRES COMPLETES DE BERGIiZR.
est matière, voilà tout le symbole ; suivez les désirs de votre cœur, v oilà toute la morale. 2° Ils sont incapables détromper ; quel intérêt peuvent-ils avoir de nous séduire? Ce n'est ni la vanité, ni la jalousie, ni l'entêtement, ni l'esprit d'indépendance qui les fait agir, c'est un tendre amour pour l'humanité : voilà pourquoi ils sont si doux, si charitables, si indulgents pour les erreurs des autres, si modérés dans leurs écrits, si sincères dans l'examen des opinions, si patients lorsqu'on les attaque et qu'on les contredit.
Pour les prêtres, ils n'ont pas le sens commun, il n'y en a pas un seul qui ait eu assez d'intelligence pour comprendre que le mouvement est essentiel à la matière-, pas un qui ait pu se mettre dans l'esprit qu'il n'y a point de Dieu. Ce sont des forcenés qui commencent par se garrotter des chaînes de la religion, [tour avoir le plaisir d'en embarrasser les autres ; des fourbes et des insensés qui se consument de veilles, de fatigues, desoins ennuyeux, qui s'exjKDsent au mépris, aux insultes aux calom-
terme : c'est le projet des ouvriers de Babel.
Non; convenons enfin que c'est la vanité qui excite aujourd'hui I attention, et qui nourrit le goût pour les écrits des philosophes ; il n'est personne, même parmi les femmes, qui ne se pique de les lire et de les entendre ; mais dès que les connaissances philosophiques seront une contagion populaire, le beau monde n'en voudra plus on reviendra peut-être à la simplicité religieuse, par vanité et pour se distinguer ; et le mal sera réparé.
§ IV. Si Dieu est bon, comme tous les hommes s'obstinent à le penser ; s'il veut être connu et adoré, pourquoi ne point se manifester à toute la terre d'une façon non équivoque? Au lieu de ces révélations différentes qui se contredisent, et qui semblent accuser la Divinité d'une partialité fâcheuse pour quelques-unes de ses créatures. « An lieu de suspendre un soleil dans la voûte du firmament, et de répandre sans ordre les étoiles et les constellations qui remplissent l'espace, n'eût-il pas été plus conforme aux vues d'un Dieu jaloux de sa gloire d'é-
nies des incrédules, uniquement pour faire crire, d'une façon non sujette à dispute, son
juger qu'ils reconnaissent un Dieu : ce sont des hommes inutiles , qui ne croient exister que pour enseigner les ignorants, soulager les pauvres, consoler les affligés, redresser ceux qui s'égarent ; de toutes les
nom, ses attributs, ses volontés permanentes en caractères ineffaçables et lisibles également pour tous les habitants de la terre? » (Pages 296 et 297.) Il faut avouer que si Dieu eût consulté
vertus que l'on s'est avisé d'introduire par- les philosophes en créant l'univers, ils lui
mi les hommes, la moins nécessaire est sûrement la charité.
Mais ils ne s'accordent point sur les idées qu'ils nous donnent de la Divinité; ils sont en contestation sur les preuves mêmes de
auraient donné de bons avis ; ils lui auraient appris émettre plus d'ordre dans l'arrangement des étoiles et dans la marche des cieux, et tout irait beaucoup mieux.
On doit cependant présumer que Dieu a
l'existence de Dieu : il est impossible de écrit son existence, ses principaux attributs rien comprendre à leurs disputes, et tout le et ses volontés en caractères très-lumineux ; monde veut y prendre part par vanité. (Pa- puisque jusqu'à présent tous les hommes
ges 29i et 295.)
11 est vrai que, jusqu'à présent, les philosophes se sont beaucoup mieux accordés que les théologiens, et que l'objet de leurs disputes a été beaucoup plus clair. Les épicuriens, les stoïciens, les cyniques, les académiciens, les péripatéticiens, les platoniciens, les éclectiques, etc., n'ont jamais disputé entre eux : il régnait entre ces différentes écoles un concert et une paix admirables, et les peuples profitèrent infiniment des lumières qui partaient de ces divers tlambeaux. Aujourd'hui cette unanimité est encore plus parfaite, surtout depuis que les athées sont aux prises avec les déistes ; nous avons vu dans le chapitre 7 comme ces messieurs sont disposés à se ménager ; combien le public doit être édifié des coups qu'ils se portent, et de la vénération qu'ils ont les uns pour les autres (13). Il est vrai encore qu'ils sont tous réunis dans le dessein de détruire la religion ; mais les routes qu'ils suivent sont un peu différentes, il n'est pas aisé de comprendre qu'elles puissent les conduire au même
les ont lus, et se sont réunis à dire que les cieux nous annoncent la gloire de Dieu. Il a mieux fait encore, il les a gravés dans le cœur et dans la conscience de tous les hommes ; de manière que les aveugles mêmes ont pu les lire, se convaincre de l'existence et des volontés de la Divinité, comme ceux qui ont des yeux.
A la vérité, un petit nombre de philosophes se sont crus trop habiles pour s'instruire dans le même livre que les ignorants ; ils se sont piqués, non pas d'écouter les leçons de la Divinité, mais de lui faire la loi et de lui prescrire un plan de conduite ; et, parce qu'elle n'a pas jugé à propos de le suivre, ils ont conclu qu'elle n'existait pas. Mais, pour vaincre leur opiniâtreté et leur folie, la bonté de Dieu n'exige point qu'il refasse l'univers; s'il fallait le changer toutes les fois qu'il y aura des insensés, ce serait tous les jours à recommencer.
Ce n'est point dans les cieux qu'est la source du mal, c'est dans le cerveau et dans le cœur des athées : toutes les erreurs viennent de r organisation; telle est leur maxime.
(13) Voyez les différents portraits que J. ceux-ci lui ont répondu.
-J. Rousseau a tracés des philosophes, et la manière dont
(Pages 301. 303, 305 ; Contagion sacrée, rh. 10, p. 6V.) Dieu sans doute aurait pu lesor-
fianiser ditléremment ; niais, malgré toute 'organisation possible, l'homme est toujours libre de déraisonner et d'être fou quand il lui plftlt.
N'est-ce pas un principe et une morale admirables, de supposer que, plus un homme a^inse de>i bienfaits et des lumières que Pieu lui a données, plus il est en droit de se plaindre et d'en exiger de nouvelles; que, plus il est ingrat, plus il est obligé de lui faire du bien ?
La révélation accordée à un peuple plutôt qu'à un autre, ne montre en Dieu au- < une partialité; la distribution inégale des bienfaits surnaturels ne déroge pas plus a sa bonté, que l'inégalité des dons naturels. Les matérialistes prétendent que deux particules lie matière ne peuvent pas être exactement semblables, et ils voudraient que tous les hommes fussent parfaitement égaux pour l'organisation, pour les talents naturels, pour le degré de lumière, pour la conformation du cœur et du caractère : ce n'est point là le plan de la Providence; et si on veut l'examiner de près, c'est une absurdité. Dieu, en favorisant particulièrement certains hommes ou un peuple particulier, n'a point abandonné entièrement les autres; sa Providence n'a point cessé de veiller sur eux et de leur faire du bien ; il a continué de parler à leurs veux et à leur cœur : Jamais il n'a cessé de se rendre témoignage à lai-même. [Act, xiv, 16.)
§ V. L'auteur fécond en questions se propose de nous accabler , et de prouver que les attributs divins ne peuvent fonder un culte ; il faut tâcher de lui répondre brièvement : « Si Dieu est infiniment bon, quelle raison aurions-nous de le craindre? » La bonté de Dieu n'exclut point sa justice, elle la suppose ; Si Dieu n'était pas juste, s'il ne mettait pas une différence entre la vertu et le crime, il ne serait pas bon. Plus sa bonté est grande, plus nous devons craindre d'en abuser : nous ne craignons point Dieu comme on craint un tyran ou un être malfaisant, mais comme un enfant bien né craint de déplaire à son père; un apôtre nous enseigne qu'une charité parfaite ne laisse plus aucun lieu à la crainte : Pcrfecta charilas foras mittit timorem. (I Joan. iv, 18.)
« S'il est infiniment sage, pourquoi nous inquiéter sur notre sort?» Aussi Jésus- Christ nous avertit de ne nous pas inquiéter, mais de nous reposer sur la Providence. [Matth. ti, 25, etc. ; Contag. sac, c. ik, p. Y.yl.) « S'il sait tout, pourquoi l'avertir de nos besoins et le fatiguer par nos prières? » Parce qu'il veut que nous méritions ses laveurs par nuire soumission et notre confiance ; les prières ne peuvent fatiguer qu'un être dur et impuissant.
« S'il est partout, pourquoi lui élever des temples? » [Contag. sac., c. 3, p. 53.) Afin de contenir noire imagination vagabonde, en multipliant autour de nous les signes dç
la présence divine. « S'il est le maître de tout, pourquoi lui faire des sacrifices et des offrandes? » Afin de nous répéter continuellement à nous-mêmes cette vérité, que Dieu est le maîtro de tout, que nos biens sont un don de sa libéralité, qu'il peut les ôter quand il lui plaira. Le culte extérieur, les temples, les sacrifices, les prières, ne sont pas nécessaires à Dieu, mais ils sont nécessaires pour nous.
«S'il est juste, comment croire qu'il punisse des créatures qu'il a remplies de faiblesse ? » (Contag, ne, c. 2, p. 36.) Nos faiblesses ne nous ôtent point la liberté; Dieu remédie à ces faiblesses par des secours continuels, quand nous sommes fidèles à les lui demander. Si Dieu ne punissait pas le crime, la société ne pourrait subsister. « Si la grâce fait tout en nous, quello raison aurait-il de nous récompenser ? » Sa grâce fait tout en nous, mais non pas sans nous ; et il nous est libre d'y consentir ou d'y résister.
« S'il est tout-puissant, comment l'offenser, comment lui résister? » Dieu ne fait point usage de sa puissance pour gêner notre liberté, autrement il n'y aurait plus de lieu d'exercer sa justice. « S'il est raisonnable, comment se mettrait-il en colère contre des aveugles, à qui il a laissé la liberté de déraisonner? » La liberté physique n'emporte point l'indépendance morale ou l'affranchissement de toute loi : il est un aveuglement volontaire, et qui mérite punition, tel est celui des matérialistes.
S'il est immuable, de quel droit prétendrions-nous faire changer ses décrets ? » Les décrets de Dieu, par rapport à nos actions, ne sont point absolus ; ils supposent la prévoyance, par conséquent l'usage de notre liberté. « S'il est inconcevable , pourquoi nous en occuper? » Parce que cela est nécessaire pour nous retenir dans l'ordre; nous le concevons assez pour sentir ce qu'il exige de nous. « S'il a parlé, pourquoi l'univers n'est-il pas convaincu? » Parce que l'univers libre n'a pas voulu écouter, non plus que les athées d'aujourd'hui. « Si la connaissance d'un Dieu est la plus nécessaire, pourquoi n'est-elle pas la plus évidente et la plus claire? » Elle est très-évidente et très-claire pour tous ceux qui ont le cœur bon et l'esprit droit; aussi tous les hommes l'acquièrent sans difficulté, à la réserve d'un très-petit nombre aveuglés par la folie des systèmes.
« Si Dieu est méchant, colère, vindicatif, comment l'aimer?». Dieu n'est pas méchant; ce blasphème révolte tous les hommes; il est faux qu'ils le pensent sans oser l'avouer. (Pag. u299). Par un instinct uniforme et universel, tous le nomment le Dieu bon, le père et îe bienfaiteur des créatures.
§ VI. En vain les athées se vantent d'être plus tranquilles et plus heureux que ceux qui croient en Dieu (pag. 300); la fureur avec laquelle ils se déchaînent contre lui, dément cette ostentation de sécurité : toute passion suppose le trouble de l'âme, et 11
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passion perce de toute part dans leurs écrits. L'auteur pose pour principe incontestable, qu'une erreur invincible, un crime involontaire ne peuvent ',être punis (pie par le plus cruel et le plus injuste des tyrans; ce sont ses termes (pag. 304-} : principe vrai, dicté par le sens commun; mais
ajouter que l'athée hypocondre a besoin d'un Dieu contre lequel il puisse blasphémer pour évaporer sa bile.
1° Selon ce principe merveilleux, est-ce une entreprise beaucoup plus sensée de proposer le matérialisme à tous les hommes, comme une hypothèse propre à les réunir
principe que l'auteur s'est obstiné à contre- tous, capable de se prêter à tous les tempé-
dire dans tout ce qu'il a écrit contre la li berté. (Voy. première part,, c. 11, § 5; et c. 12, § 2 et suiv.). C'est ainsi qu'il travaille constamment à se réfuter lui-même. L'ignorance de Dieu ne peut ôtre invincible, puis
raments et à tous les caractères possibles? Les hommes qui ne peuvent s'accorder sur l'idée de Dieu , s'accorderont-ils mieux sur l'idée de la matière et sur son essence inconnue? L'auteur devrait se contenter d'ensei-
que tous les hommes le connaissent; quand gner sa doctrine a ceux qui sont organisés elle serait excusable jusqu'à un certain point dans un homme stupide et sauvage, elle ne peut pas l'être dans un philosophe: s'il est punissable pour son ignorance affectée , il l'est encore davantage pour ses contradictions.
Si la différence seule de la disposition machinale est cause que nous voyons les hommes tantôt raisonner juste et tantôt déraisonner, il faut convenir que l'organisation des matérialistes n'est pas heureuse, puisqu'ils déraisonnent constamment.
Une autre question est de savoir si c'est par le dérangement de leur machine, ou par l'affaiblissement de leurs organes qu'ils se
comme lui. 2° Malgré toutes les variétés imaginables dans l'organisation, tous les hommes se sont réunis à croire l'existence d'un Dieu, a le regarder comme le père de la nature et le bienfaiteur du genre humain, qui exige un culte et qui impose des lois, qui punit le crime et qui récompense la vertu : il n'en faut pas davantage pour fonder la religion. Tous se sont encore accordés à regardor la matière comme une substance inerte et passive, qui ne peut se donner le mouvement. Tous ont conspiré a juger que l'ordre de l'univers est l'effet d'une cause . intelligente. Il faut donc que ces vérités soient d'une évidence invincible,
convertissent quelquefois à la mort. (Contag. puisque la différence des tempéraments, de
sac, ch. lk, p. lG0.)Nous soutenons aucon traire que c'est par une heureuse révolution dans leur tempérament et dans leur cerveau, que jamais leur esprit n'est plus malade, que lorsqu'ils sont en bonne santé. Le sang toujours agité, la bile en fermentation, l'humeur noire, excitée par des rêveries creuses , les mettent presque hors d'état de raisonner sensément : lorsque ces mouvements sont calmés par une maladie de langueur la raison leur revient, ils envisagent les choses avec le même sang-froid «pie les autres hommes , et finissent par déplorer leurs égarements. Nous ne préten
l'éducation, des préjugés, l'influence du climat, la révolution (\c^ siècles, le changement des mœurs et des habitudes, n'ont pu empêcher sur ce point l'uniformité des opinions ni l'unanimité des suffrages. L'observation du philosophe prouve directement contre lui.
Nous convenons qu'un esprit agité par des passions incommodes ne peut manquer de se rendre tôt ou tard incommude à ses semblables. (Page 311.) Et comme nous avons lieu d'observer ce phénomène chez les matérialistes encore plus que chez les hommes retenus par une religion, nous en prenons
dons cependant point que dans les accès de droit de conclure que ce n'est pas la croyance
leur mélancolie, il soient absolument incapables de réflexion et de liberté : Dieu seul peut juger jusqu'à quel point la mauvaise humeur peut rendre l'homme excu sable.
d'un Dieu, mais les passions qui rendent certains individus très-incommodes.
Cette observation même nous fait sentir l'absurdité des prétentions de l'auteur.
Puisque, selon lui, c'est le tempérament qui
§ VIL En suivant toujours le même prin- moditie dans chaque individu l'idée qu'il se
cipe, l'auteur pense que deux hommes, dont le tempérament et l'organisation sont nécessairement différents, ne peuvent avoir la même opinion sur la Divinité; que ce serait une entreprise insensée de vouloir prescrire aux nommes ce qu'ils doivent penser sur Dieu et sur là religion; qu'une âme tendre a besoin d'un Dieu qu'elle aime; que l'enthousiaste heureux veut un Dieu qu'il remercie; l'enthousiaste infortuné, un Dieu qui prenne part à ses peines ; au dévot mélancolique, il faut un Dieu qui maintienne en lui le trouble devenu nécessaire à son organisation malade; au pénitent frénétique, un Dieu cruel ; au fanatique emporté, un Dieu aussi fougueux que luimême. (Pag. 310; Contag. sac, ch. 14, p
forme de la Divinité; ce n'est donc pas cette idée qui rend l'un enthousiaste, l'autre paisible; celui-ci gai et content, celui-là fâcheux et mélancolique : l'idée qui est l'effet de leur tempérament, ne peut pas être la cause de ce mêmetempéramentni de son influence sur leur conduite. Il n'y a pas de milieu, ou la religion est indépendante du tempérament, ou c'est le tempérament qui est la cause première et complète de tout le mal, s'il y en a.
Que sert-il de dire que des hommes vicieux , inquiets et méchants, prêteront à Dieu leur propre caractère, et s'autoriseront de son exemple pour donner un libre cours à leurs passions? (Pag. 311.) Ces passions auront-elles un cours moins libre, lorsque
lbG.) Pour achever l'énumération , il fallait ces hommes ne croiront point de Dieu et
ses
seront matérialistes ? Des passions assez puissantes pour pervertir l'idée que la lumière naturelle nous donne de Dieu, ne pervertiront-elles pas de même tons les principes de morale et de conduite (pic la raison peut nous fournir?
11 est done absurde d'objecter que les méchants se serviront de l'idée qu'ils se m «ut formée de Dieu pour justifier leurs fnrfaits. (Page 312; Conlag. sac, cb. 14, p. 158.) Dès que leur Ame est assez perverse , et leur conscience assez fausse pour concevoir une idée monstrueuse de la Divinité , elles le seront de môme assez pour justifier leurs forfaits indépendamment de cette idée. En un mot, cette idée ne peut tout au plus que se prêtera la corruption de leur cœnr ; mais elle ne peut en aucun sens produire cette corruption.
11 est encore plus absurde d'ajouter que la croyance d'un Dieu sera toujours une arme à deux tranchants, dont les hommes se feront à eux-mêmes des blessures mortelles. Selon le principe de l'auteur môme, cette notion est une cire molle qui prend l'empreinte de tous les caractères; ces caractères sont donc bons ou mauvais indépendamment de la chimère qu'ils se sont forgée à eux-mêmes. Tout ce que l'on pourrait conclure en rigueur dans cette supposition, c'est que l'idée de Dieu ne sert à rien, qu'elle ne réforme point les passions des hommes , parce que les hommes savent la plier à leurs passions comme il leur plaît.
Je dis, dans cette supposition, et erï accordant à l'auteur tout ce qu'il peut prétendre; mais cette supposition même est-elle sensée? 1° L'auteur soutient que le plus grand nombre des hommes sont mal organisés, ont le cœur méchant et l'esprit de travers : opinion fort honorable au genre humain, et qui peint au naturel le caractère d'un matérialiste. 2" Que les hommes .-ont absolument les maîtres de se former de la Divinité l'idée qui leur plaît. Quand cela serait vrai dans létal naturel, est-ce la même chose dans une religion révélée, qui a fixé irrévocablement les notions que nous devons avoir de Dieu , et les règles morales qui en découlent? L'Evangile se prêtera-t-il au tempérament, au caractère, aux passions de ses sectateurs ?
Qu'est-ce que l'auteur a donc prouvé en exagérant la dépravation du cœur et de l'esprit humain? 11 a démontré invinciblement la nécessité d'une révélation pour fixer le dogme et la morale, pour réprimer les attentats des passions , pour empêcher l'homme d'empoisonner le remède même que sa raison pouvait lui fournir. 3' Il suppose que l'homme suit ordinairement dans sa conduite l'idée qu'il a conçue de Dieu, et la morale dont il est persuadé ; nous avons déjà observé que cela est faux; l'auteur luimême ne tardera pas d'en convenir expressément et de le prouver. L'homme, dominé par ses passions, contredit tout à la fois la raison et la religion; l'idée que la lumière naturelle lui doune de Dieu, et celle qu'il
en a reçue par la révélation : ir fait le mal, non par principe, mais contre tous ses principes. Ce malheur a lieu dans la religion naturelle et dans la religion révélée, dans la vraie religion et dans les fausses. Il n'aurait pas lieu dans l'athéisme, parce que l'athéisme n'oppose aucun frein aux passions; il ne donne d'autre morale que de suivre les penchants du cœur ou les passions.
Dans ce cas là, dira-t-on, voilà l'inutilité de la morale religieuse évidemment démontrée, et c'est ce que notre auteur a souvent ohjecté. Je soutiens au contraire (pie c'est une démonstration de sa nécessité : un frénétique s'est trouvé assez fort dans un accès de fureur pour briser ses chaînes ; donc il était inutile de l'enchaîner. Voilà le sophisme éternel qu'on nous oppose. L'homme n'est pas toujours dans un accès de frénésie; ses passions ne sont pas toujours exaltées, au moins dans leur état ordinaire elles sont retenues par la religion : de ce que les lois n'arrêtent pas tous les crimes, il ne s'ensuit pas qu'elles n'en préviennent aucun.
§ VIII. L'auteur soutient que nous n'avons aucun sujet de remercier Dieu; 1° parce que Dieu n'a pas besoin de no're reconnaissance; 2° parce que s'il nous fait quelquefois du bien, souvent aussi il nous fait du mal; 3" parce que tout est un elfet de la nécessité; 4° parce que si l'existence est le plus grand des biens, la mort doit être le plus grand des maux; 5° parce qu'en nous plaçant sur la terre, Dieu nous fait jouer un jeu dangereux et inégal, auquel nous risquons un malheur éternel. (Pages 314 et 315.)
Jamais l'ingratitude ne fut plus éloquente; mais il est à craindre que ceux qui manquent de reconnaissance envers Dieu, ne soient pas fort enclins à en avoir pour les hommes. Nous avons déjà dit que Dieu ne nous impose point des devoirs par besoin, mais par amour de l'ordre, parce qu'il ne peut se contredire lui-même, ni contredire notre nature telle qu'il l'a faite. Nous avons observé après notre auteur que les maux sont une suite nécessaire de la sensibilité physique, et que sans elle nous serions incapables de sentir aucun bien ; que la vicissitude des biens et des maux rend à la vérité notre existence moins heureuse qu'elle ne pourrait l'être, mais non pas absolument malheureuse, et l'auteur en est convenu. De ce qu'un bienfaiteur pouvait nous accorder plus qu'il ne nous a donné, il ne s'ensuit pas qu'il nous a fait du mal, et que nous avons droit d'être ingrats. Nous avons prouvé q^ue la nécessité est une chimère ; que 1 homme étant libre, Dieu l'est à plus forte raison. Nous ajoutons que la mort est le plus grand des maux pour un athée, mais non pas pour un chrétien qui est assuré d'une meilleure vie après celle-ci; que la liberté que Dieu lui a donnée n'est point un jeu dangereux ni inégal, puisque son sort ne dépend point du hasard, mais de sou choix.
Notre philosophe répond qu'en supposant pour un moment l'existence d'une autrp
vie, il faudrait du moins suspendre notre reconnaissance jusqu'à cette autre vie; que puisque Dieu n'a pas voulu, ou n'a pas pu nous rendre heureux on ce monde, il est fort incertain s'il le voudra , ou s'il le pourra dans un autre. En vain continue-t-il aurons-nous recours à la révélation ; elle nous apprend que Dieu réserve des supplices éternels au plus grand nombre des hommes; il est donc très-probable que nous serons de ce plus grand nombre, et nous n'avons pas lieu de savoir gré à celui qui nous a donné ia vie. (Page 316; Contag. sac. , ch. 9, p. 10.)
Tout homme sensé lui répliquera que quand un bienfait est certain et dépencT de nous, il n'y pas lieu de suspendre notre reconnaissance; que cette reconnaissance
moins capable que la religion de remplir l'univers de carnage et de folies.
§ IX. Aussi l'auteur a prévu l'impression que son système doit faire sur tous les lecteurs sensés, et la manière dont il doit être accueilli. 11 reconnaît que le plus vain des projets serait l'espoir de détruire en un instant la religion parmi les hommes. « Les anciennes révolutions de la terre, dit-il, ont fait éclore ses premiers dieux ; de nouvelles révolutions en produiraient de nouveaux, si les anciens venaient à s'oublier. Des êtres ignorants, malheureux et tremblants se feront toujours des dieux. » (Contag. sac, c. 14, p. 146; Lucrèce, 1. vi, 57.)
Parlez plus sensément, philosophe calomniateur de vos frères , Tordre et le mouvement réglé de l'univers a donné aux homme me est le plus sûr moyen de le mériter; mes la première notion d'un Dieu, tant que
ipie les maux de cette vie, loin de nous faire douter du bonheur à venir, nous en donnent la certitude; parce qu'il est certain par la lumière naturelle que Dieu est juste. 11 n'est pas vrai que la révélation nous apprenne que Dieu réserve des supplices éternels au plus grand nombre des hommes, du moins parmi ses adorateurs : elle nous enseigne au contraire que Dieu veut sauver tous les hommes, que Jésus-Christ s'est livré pour la rédemption de tous (I Tim. u, 4, 6), que Dieu est le Sauveur (le tous les hommes, surtout des fidèles. (I Tim. iv, 18.)
Après d'aussi faibles objections, qui ne peuvent faire impression que sur les mauvais cœurs, l'auteur peut-il se flatter d'avoir démontré que « l'intérêt du genre humain exige que l'on renverse une idole enfantée par la crainte, nourrie par la mélancolie,
cet ordre subsistera, elle ne s'effacera point: des êtres sensibles, nourris des bienfaits de la Divinité, ne pourront jamais la méconnaître ni l'oublier; des cœurs reconnaissants détesteront toujours vos principes : la religion établie sur cet instinct puissant, ne peut être détruite que quand l'homme sera dénaturé.
« Inspirons du courage, dit-il, à ceux qui n'ont point ia force de briser avec leurs illusions. » (Page 318.) Eh ! quel courage! Celui d'un forcené, qui veut égorger sou père. Rassurons l'homme de bien : Beau moyen [tour le rassurer, de lui ôter toute espérance et de le réduire à la destinée des brutes ! Ne rassurons point le méchant. Et que peut-il avoir à craindre pour des crimes nécessaires, dont Dieu ni les hommes n'ont aucundroit de le punir? Quels maux peut-il
dont l'idée et le nom ne sont propres qu'à redouter,lorsquo endurci contre les remords, remplir l'univers de carnage et de folie ? » roidi contre la honte, à couvert par la force, (Page 317.) Puisqu'il est démontré que la il peut également braver le ciel et la terre? Divinité ne peut avoir pour ennemis que Pour détourner l'esprit du lecteur de ces des ingrats, et des hommes qui ont sujet de réflexions, pour lui inspirer le même fanala craindre, il s'ensuit clairement que la re- tisme dont il est saisi, l'auteur répète enligion est venue, non de la crainte, mais de core « les forfaits sans nombre, que le nom la reconnaissance; tant que ce sentiment de Dieu a causés sur la terre, son affreuse aura quelque force parmi les hommes, les histoire et celle de ses odieux ministres, autels seront en sûreté; et jamais l'intérêt du qui ont partout souillé l'esprit de vertige, genre humain n'exigera que l'univers soit de discorde et de fureur. » (Page 319; Conpeuplé de cœurs insensibles aux bienfaits, tagion sacrée, c. 5, p. 93 ; Essai sur les pré-
L'opinion de la fatalité, qui étouffe toute re connaissance envers Dieu, ne peut laisser aucun motif d'en avoir pour les hommes. Dès que l'intérêt présent est le seul mobile de toutes nos actions; dès qu'un bienfaiteur ne peut obliger qu'autant qu'il y trouve son compte, dès qu'il agit envers moi par une impulsion nécessaire, je suis dispensé de lui savoir aucun gré du bien qu'il me fait. Plus de reconnaissance, plus d'amitié, plus de générosité, plus de vertu parmi les mortels ; tout est réduit à un vil commerce d'intérêt, à un simple échange de commodités et d'avantages réciproques ; il faut calculer avant que d'agir; le cœur de l'homme, desséché par l'esprit mercenaire , est au plus offrant, également vendu au crime et à la vertu, selon les circonstances. On laisse à
juges, c. 14, p. 860.) Jamais ces ministres , que l'on peint sous des couleurs si noires, n'ont exhalé dans leurs écrits, ni dans leurs discours , autant de fureur que nous en voyons dans ceux des athées. Ce n'est point le nom de Dieu qui a causé des forfaits, ce sont les liassions qui ont abusé de ce nom adorable; ces mêmes passions que l'auteur nourrit et canonise, dont il fait (les seules règles de la morale. Nous n'avons pas encore l'affreuse histoire des maux que l'athéisme peut causer sur la terre, parce qu'il n'y ? jamais régné; et fasse le ciel qu'il n'y règne jamais ; on n'aurait pas la peine d'en faire l'histoire, parce qu'il anéantirait la société et le genre humain. Mais nous pouvons en juger par ses principes et par l'esprit dont ses prédicateurs sont animés. Il
penser si ce plan de morale et de société est n'y a pas d'apparence que personne soit
tonte de préférer leurs leçons à celles des prêtres, ni le joug de leur philosophie meurtrière à celui de Ta religion.
De leur propre aveu , l'on peut abuser de la morale de l'athéisme, tout comme l'on abuse de la morale religieuse : jusque-là les choses sont donc égales. D'ailleurs la perversité naturelle d'un homme peut le porter à l'athéisme, et l'athéisme peut le confirmer dans cette mauvaise disposition : l'on n'en a que trop d'exemples. Prouverat-on jamais qu'un homme a de la religion , parce qu'il est naturellement méchant; ou qu'il est méchant , parce qu'il a de la religion ?