LETTRE III
sur l'existence et les preuves d'une révélation.
Nous entrons, Monsieur, dans l'examen de la plus importante des questions que nous ayons à traiter; l'existence d'une révélation : vous l'admettez en quelque chose,
trait pour trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante, que tous les Pères l'ont sentie, et il n'est pas possible de s'y tromper. Quels préjugés , quel aveuglement ne faut-it point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ? Quelle distance de l'un à l'autre! Socrate mourant sans douleur , sans ignominie , soutint aisément jusqu'au bout son personnage ; et si cette facile mort n'eût honoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fut tout autre
vous l'assurez du moins; je l'admets de mon chose qu'un sophiste. Il inventa, dit-on , la
côté, mais sur des fondements bien différents. Examinons d'abord votre système; nous lui opposerons ensuite celui du christianisme, et nous verrons lequel est mieux lié, le plus suivi, lequel s'accorde mieux avec les idées de la bonté et la sagesse de l'Etre suprême.
Je tiens, dites-vous, pour révélée toute doctrine où je reconnais l'esprit de Dieu. (Lettre, page 108.) Je la reconnais, l'authenticité de l'Evangile, en conséquence de l'Evangile et de la sublimité que j'y vois, sans
morale. D'autres, avant lui, l'avaient mise en pratique ; Une fit que dire ce qu'ils avaient fait : il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait été juste avant que Socrate eût dit ce que c'était que justice; Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer sa patrie; Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la sobriété; avant qu'il eût défini la vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux. Mais où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure, dont lui seul a donné
qu'on me l'atteste.-... L'Evangile est la pièce les leçons et l'exemple? Du sein du plus fu
qui décide , et cette pièce est entre mes mains, rieux fanatisme , et la plus haute sagesse se
De quelque manière qu'elle y soit venue, et fit entendre, et la simplicité des plus héroi-
quelqu auteur qui l'ail écrite, j'y reconnais ques vertus honora le plus vil de tous les peu-
l' Esprit divin. (Jbid., page 112.) Le vicaire pies. La mort de Socrate, philosophant tran-
savoyard propose des doutes et des difficultés quillement avec ses amis , est la plus douce
sur les révélations en général , donnant pour- qu'on puisse désirer', celle de Jésus, expi-
tant à la nôtre sa véritable certitude dans la rant dans les tourments , injurié , raillé,
pureté, la sainteté de sa doctrine , et dans la maudit de tout un peuple, est la plus horri-
sub limité toute divine de celui qui en fut ble qu'on puisse craindre. Socrate , prenant
l'auteur. (Lettre, p. 116.) la coupe empoisonnée , bénit celui qui la lui
Voilà vos preuves. Vous les développez présente et qui pleure; Jésus, au milieu d'un
dans le magnifique témoignage que vous supplice affreux, prie pour ses bourreaux
rendez à la divinité de Jésus-Christ et de acharnés. Oui, si la vie et lamortde Socrate
son Evangile. Je le transcrirai tout entier, sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus
quoiqu'il soit déjà imprimé dans trois ou- sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de
V Evangile est inventée à plaisir? Ce n'est pas ainsi qu'on invente, et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que eeux de Jésus-Christ. Au fond, c'est rentier la difficulté sans la détruire ; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs Juifs n'eussent trouvé, ni ce ton, ni cette morale; et VEvangile a des caractères de vérité si grands, si frappants , si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros. {Emile, tome III, p. 165, et Lettre, p. 108.)
Rien de si beau, Monsieur; rien de si é.oquent que ce témoignage; rien de plus glorieux à Jésus-Christ et à son Evangile. <)uel dommage que vous avez détruit , par vos contradictions, toute l'impression qu'il était capable de faire 1 Nous le verrens bientôt. Ecoutons ce que vous ajoutez.
Avec tout cela, ce même Evangile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison, et qu'il est impossible à tout homme censé de concevoir ni d'admettre. Que faire au milieu de ces contradictions ? Etre toujours modeste et circonspect; respecter en silence ce qu'on ne saurait ni rejeter, ni comprendre, et s'humilier devant le grand Etre, qui seul sait la vérité. Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté. (Emile, tome III, p. 165, et Lettre, p. 108).
Permettez-moi de vous demander l'explication de ces dernières paroles. Quel est ici l'objet de votre scepticisme, et de quoi doutez-vous? Est-ce de cette doctrine que vous ne comprenez pas, ou de l'existence même de la révélation? Ces deux doutes sont fort différents. Il me {tarait que vous doutez de l'existence de la révélation : voici mon raisonnement. Autant il est incontestable, selon vous, que la morale pure et sublime de l'Evangile vient de Dieu, autant il est certain, selon vous, que les dogmes absurdes qu'il contient, n'en viennent pas. Je croirais plutôt « la magie que de reconnaître la voix de Dieu dans des leçons contre la raison; ce sont vos paroles. (Lettre, p. 106.) Donc autant la morale prouve que l'Evangile est une révélation de Dieu, autant les dogmes prouvent que ce n'eu est pas une. Dieu, qui est la sagesse et la vérité même, pouvait-il nous révéler un mélange de vrai et de faux, de raison et d'absurdité? Vous n'admettez donc pas la révélation : vous en doutez, vous n'en avez aucune conviction. L'égalilé des raisons pour et contre vous a laissé dans un scepticisme involontaire.
Aussi , vous déclarez que la révélation n'est pas démontrée à vos yeux ( Lettre, p. 62), que vous ne l'admettez ni ne la rejetez. {Emile, tome III, p. 16V.)
Par le même principe, vous devez douter encore de la mission de Jésus-Cbrist. Si, d'un côté, il est impossible qu'un homme ait été capable de prêcher une morale si pure et si sublime, de l'autre, il n'est pas moins impossible, selon vous, qu'un en-
voyé de Dieu ait pu enseigner des dogmes aussi absurdes : conséquemment, dans le parallèle que vous faites de nos trois plus célèbres législateurs, Moïse, Jésus-Christ et Mahomet , vous laissez la question indécise : Ils se sont dits les envoyés de Dieu, cela peut être et n'être pas. (Lettre, p. Sk ) Mais il faut opter : ou Jésus-Christ a été un imposteur, ou c'a été un fou. Vous prenez le dernier parti, comme le moins odieux. Mais quand cela ne serait pas, Une faut point les traiter si légèrement d'imposé teurs. Qui sait jusqu'où les méditations sur la Divinité, jusqu'où l'enthousiasme de la vertu ont pu, dans leurs sublimes âmes, troubler l'ordre didactique et rampant des idées vulgaires? Dans une trop grande élévation, la tête tourne, et Von ne voit plus les choses comme elles sont. (Ibid.) On ne peut pas le dire plus poliment, ni en plus beau style : Jésus-Christ fut un fou sublime, un vertueux enthousiaste; dans ses méditations sur la Divinité, la tête lui a tourné. Ici, un autre que moi crierait au blasphème , mais vous m'y avez accoutumé, Monsieur, et Jésus-Christ me pardonnera ma patience; il sera vengé dans un moment.
Remarquez d'abord la contradiction entre vos divers sentiments sur Jésus-Christ : vous avez dit qu'il n'a point le ton d'un enthousiaste, ni d'un ambitieux sectaire, et vous le faites passer pour un cerveau troublé par l'enthousiasme de la vertu. Ailleurs, vous avez reconnu en lui la plus haute sagesse; ici, c'est un homme qui ne voit plus les choses comme elles sont.
Voici donc où vous en êtes réduit, à croire des mystères plus absurdes que celui de l'Incarnation, et que tous ceux que vous rejetez. Je le prouve. Comme je ne conçois pas ce que c'est que la nature et la personne Divine, je ne comprends pas non plus si la divinité et l'humanité ont pu ou n'ont pas pu être unies à la même personne ; et cela n'est qu'obscur. Mais je conçois trèsclairement ce que c'est que la sagesse et la folie; je comprends parfaitement qu'une sagesse consommée ne peut pas subsister dans la même tête avec une folie complète; que Dieu n'a pas pu nous envoyer un législateur qui fût, tout à la fois, le plus sublime de tous les sages et le plus extravagant de tous les visionnaires. Ainsi , j'aime beaucoup mieux croire Jésus-Christ Dieu et Homme, que de le croire sage et insensé : mon mystère est moins révoltant que le vôtre. Ce n'est encore là qu'une bagatelle.
Cet homme singulier, cet insensé sublime, est venu à bout de communiquer son enthousiasme à douze malheureux, qui en ont été, comme lui, les victimes. Comme lui, ils se sont faits missionnaires , et les missionnaires ne vous semblent guère plus sages que les conquérants. (Lettre, p. 83. \ Comme lui, ils ont fait des miracles, pane qu'ils croyaient bonnement que les mira- ( les prouvaient quelque chose. Comme lui, ils sont morts pour attester qu'ils disaient la vérité : plus heureux que lui, ils ont eu
ŒUVRES COMPLETES DE BERGlER.
le plus brillant succès. En avouant naïvement qu'ils étaient insensés pour l'amour de leur Maître (k) , ils ont forcé toute la sagesse humaine de céder à leur folie; et fouvrago de ce cerveau dérangé subsiste depuis plus de dix-sept siècles. Voilà encore douze mystères dont il faut charger du ciel, les hommes s 'entr 'égorger pour des votre symbole ; le nôtre n'en renferme pas logogryphes (ibid., p. 80); et c'est ainsi tant.
on se battit, on se tua et l'on continue encore. Croirons-nous, suivant ce système, que Dieu voulait le bien de l'humanité, en lui donnant ce monument unique, ce seul organe de la révélation? Non, il voulait plutôt se donner le plaisir de voir, du haut
Non-seulement ces insensés ont éclairé l'univers, mais, ce qui était beaucoup plus difficile, ils l'ont sanctifié; leur Evangile y a causé la plus heureuse révolution. Ils ont fait tomber l'idolâtrie avec toutesv les extravagances , toutes les abominations-, toutes les cruautés dont elle était la source. Us ont supprimé ou adouci l'esclavage, et donné aux mœurs des peuples une douceur, une humanité que les lettres n'avaient pu leur communiquer. Us ont rendu les gou-
qu'il s'amuse depuis dix-sept cents ans.
Mais, si Dieu a établi une nouvelle religion , sans doute il a voulu qu'elle fût reçue de tout le monde. 11 est vrai que ceux qui l'ont annoncée le déclarent ainsi; ils se sont dits envoyés pour la prêcher à toutes les nations. Cependant Dieu lui a imprimé, selon vous, un caractère de réprobation : Elle est fondée sur l'erreur et le mensonge [Du contrat social, liv. iv, ch. 8, p. 34-); elle s'est établie par le fanatisme et se maintient par l'hypocrisie. {Lettre, pag. 76.) Aussi, chaque peu-
vernements plus modérés et moins sangui- pie est fort le maître de demeurer dans sa
naires, par là même moins chancelants et moins sujets aux révolutions : ils ont ainsi pourvu à la sûreté des maîtres et au bonheur des sujets. Vous vous apercevrez , Monsieur, qu'ici je ne fais que vous copier. (Emile, tome III, p. 185.) Comment le fanatisme, ce monstre si abhorré, a-t-il pu opérer tant de, biens? Autre mystère inconcevable.
Dieu a voulu donner une révélation aux hommes ; on croirait que c'était pour les instruire, point du tout : selon vos principes, ce n'était que pour leur tendre un piège et leur commander l'impossible. Il envoie un Messie avec le pouvoir de maîtriser la nature et d'étonner la raison; un homme qui vit en saint et qui meurt en Dieu. Qu'a-til enseigné? D'un côté, une morale pure et sublime; de l'autre, des dogmes qu'il est impossible de concevoir ni d'admettre. A-t-il du moins laissé la liberté de croire l'une, et de ne pas croire les autres? Non, il a dit en termes exprès à ses apôtres : Prêchez l'Evangile à toute créature : celui qui croira, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné. (Marc, xvi, 15.) Point d'exception. Nous voilà dans la cruelle alternative, ou de croire ce qu'il est impossible de croire, ou d'être damnés. Bonté souveraine, est-ce ainsi que vous vous jouez des faibles humains ? Nouveau mystère , mais mystère d'iniquité. C'est bien ici le cas de dire : Je croirais plutôt à la magie, (jue d'admettre une pareille absurdité.
Dès que Dieu nous donnait une révéla-
croyance, et de ne point s'embarrasser de ce que pensent les autres.
Le sublime de tous ces mystères, c'est qu'en nous donnant ces idées de la Divinité, vous êtes le défenseur de la cause de Dieu et de l'humanité, au lieu que ceux qui tâchent de justifier sa conduite sont des exécrables prêtres qu'il faudrait brûler.
Vous avez dit , Monsieur , que vous n'aviez pas une foi robuste. (Lettre, pag. 62.) En vérité, vous êtes trop modeste; je rends hommage à votre foi, elle est plus robuste que la mienne. Jugez à présent de quel côté est le fanatisme.
N'est-il donc pas possible d'éviter toutes ces absurdités , de trouver un système raisonnable? Il est tout trouvé, et Dieu l'a suivi. Vous voulez bien que j'entreprenne ici l'apologie de mon souverain Maître. Remontons, s'il vous plaît, au principe que nous avons discuté dans la première Lettre. Dieu peut nous révéler et nous obliger à croirs des dogmes incompréhensibles, qui ne paraissent point s'accorder avec nos idées naturelles. Je l'ai démontré. S'il le peut, supposons qu'il l'ait fait. Dans cette hypothèse, pst-ce par des raisonnements, ou par des témoignages ; est-ce par l'examen de la doctrine révélée , ou par des faits que cette révélation doit se prouver ? Je soutiens contre vous que c'est par des témoignages et non par des raisonnements.
Exiger des hommes la croyance de plusieurs dogmes incompréhensibles, est un acte libre de la volonté de Dieu; il pouvait
tion, il fallait qu'elle fût prouvée ; et quelle l'exiger ou ne pas l'exiger; c'est le principe
preuve en a-t-il donné? Un livre. L'Evangile, c'est la pièce qui décide. (Lettre, page 112.) Mais les livres sont des sources intarissables de disputes : les peuples qui n'ont point de livres ne disputent point. (Lettre, page 75.) Aussi, selon vous, ce livre énig-
d'où nous sommes partis. Or, un acte libre ne se prouve point par des raisonnements, mais par le témoignage de celui dont il est émané. 11 n'y a point de relation nécessaire entre nos idées et la volonté libre de Dieu : donc Dieu doit alors prouver sa volonté par
matique, vraie pomme de discorde, a-t-il des témoignages, et non par des raisonneété la source des maux du genre humain. A ments.
peine iut-il connu, que l'on commença à dis- Un dogme incompréhensible est celui donï
puter sur ce qu'il contenait. On se querella, la raison humaine ne peut découvrir évi-
(4) A' os stulti propter Çhristum. (1 Cor. îv, 10.)
déminent la vérité ni la fausseté, qui doit aiôme lui paraître absurde, dès qu'elle le compare à ses autres idées. Donc, si Dieu le révèle, nous ne sommes pas en droit de le rejeter, parce qu'il nous paraît faux; donc ce n'est point l'examen de la doctrine qui doit décider de la vérité ou de la fausseté de la révélation.
La révélation est un fait : or, un fait ne se prouve point par des raisonnements, mais par la déposition des témoins, par ses suites, par les monuments qui en restent : donc la révélation doit se prouver de même.
Si Dieu a parlé aux hommes, s'il leur a donné une religion, elle doit être faite pour tout le monde, se prouver par des motiis qui soient à portée de tout le monde. Or, une religion qui se prouve par des raisonnements, par des démonstrations, par l'examen de la doctrine , peut être bonne pour des philosophes, et non pas pour le peuple. Donc une religion révélée doit se prouver par des faits, parce que les faits se vérifiant par les sens, sont une preuve qui frappe tout le monde.
Avec des raisonnements et des démonstrations , les philosophes d'autrefois n'ont éclairé personne, et n'ont enseigné qu'une religion monstrueuse; ceux d'aujourd'hui, avec la même méthode, ne nous débitent que des absurdités. Au contraire, douze pêcheurs, avec des faits, ont converti, éclairé, sanctifié l'univers. 11 convenait donc que la religion fût prouvée par des faits, et non par des raisonnements.
Voilà nos preuves, Monsieur ; si elles sont fausses, vous nous ferez plaisir de le montrer; nous vous aurons obligation de nous avoir tirés de l'erreur.
Nous avons du moins sur vous un avantage. C'est que ces raisonnements se trouvent exactement conformes à la conduite de Dieu et à l'histoire de notre religion. Jésus- Christ, dont vous reconnaissez quelquefois la haute sagesse, n'a point argumenté comme vous; pour prouver sa mission divine, il a dit aux Juifs : Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres... Les œuvres que je fais au nom de mon Père, rendent témoignage de moi. (Joan. x, 25 et 38.) Si je riarais pas fait des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient point de péché. (Joan. xv, 24.)
Quand il a envoyé ses apôtres, il ne leur a pas dit : Faites examiner votre doctrine; les païens ne s'en seraient pas donné la peine, et ils n'étaient pas en état de le faire; mais il leur a dit : Allez prêcher, et dites que que le royaume des deux est proche : guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. (Matth. x, 7.) Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront la foi; ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront les serpents avec la main; et s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains sur 1rs malades, et h:s mul.ades seront guéri». [Marc
VYI, 17.)
Pour prouver la divinité de leur Maître, les apôtres renvoient à ses miracles. Vous savez, disent-ils aux Juifs, que Jésus de Nazareth a été un homme autorisé de Dieu parmx vous, par les guérisons, les prodiges et les merveilles que Dieu a opérés par son ministère au milieu de vous. (Act. Il, 22.)
A son exemple, ils prêchent partout, le Seigneur agissant avec eux, et confirmant sa parole par les miracles qui l'accompagnent. ( Matth. xv, 20. ) Loin d'inviter leurs auditeurs à examiner la vérité et l'évidence de leur doctrine, ils déclarent, au contraire, que la sagesse et le raisonnement n'ayant servi qu'à égarer les hommes, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. ( / Cor. i, 21.)
Les œuvres surnaturelles sont lo seul genre de preuves auquel les hommes aient été sensibles. L'Evangile nous atteste que ce sont les miracles de Jésus -Christ qui lui ont attiré des disciples. Dans les Actes des apôtres, nous voyons les peuples croire à l'Evangile, à la vue des prodiges. Ils ont eu tort, sans doute, si l'on veut s'en rapporter à vous ; Dieu a trompé Je monde, et le monde s'est laissé séduire.
Point du tout, répondez-vous : Dieu vous doit-il compte des tromperies d'un imposteur ? Quand vous vous laissez duper, c'est votre faute et non la sienne. ( Lettre, p. 99.) Oui , Monsieur, Dieu me doit compte des tromperies d'un imposteur, si cet imposteur prétendu se trouve revêtu d'un caractère de sainteté, de sagesse, de divinité si éclatant et si marqué, qu'il soit impossible de ne pas s'y rendre. Si Dieu a permis qu'un tel homme annonçât des erreurs, je suis en droit de dire avec un pieux auteur : Seigneur, si je suis trompé, c'est à vous que je dois m'en prendre : Domine, si error est a ta deeepti sumus, (Richard de S. Victor.) Dieu, sans blesser sa bonté, sa sagesse, sa justice, n'a pu permettre qu'un législateur aussi divin que l'a été Jésus-Christ, de votre propre aveu, enseignât autre chose que la vérité, ou abusât ses auditeurs par des prestiges. S'il l'a permis, il n'y a plus de Providence; c'est le hasard qui conduit l'univers.
Remarquez, Monsieur, que la conduite que nous attribuons à Dieu, est un plan suivi, et qui ne dément point sa sagesse; celle que vous lui prêtez, est une vraie comédie; l'établissement de la plus sainte religion qui fut jamais, est un chaos et une extravagance. Si on eût suivi vos idées, jamais il n'y aurait eu un chrétien dans le monde. Dans notre système, nous sommes obligés de croire des mystères, mais nous les croyons sur le témoignage de Dieu; la raison elle-même nous invite à préférer ce flambeau à nos faibles lumières. Dans le vôtre, on rejette les mystères que l'on ne conçoit pas, pour admettre des absurdités cent fois plus inconcevables. Chez vous c'est l'enthousiasme seul qui décide; l'Evangile vous paraît un livre divin. Aux yeux d'un juif, l'Evangile est une fable, et le Thalinud vient de Dieu. Selon le jugement d'un ma-
ica
horoétan , l'Evangile n'enseigne qu'une doctrine imparfaite; c'est l'Alcoran qui est descendu du ciel. Quels principes pourront servir à vider la contestation ? Chez nous , il est question d'abord de prouver la mission du prédicateur, et de la prouver par des signes, dont le juif, le mahométan, l'idolâtre, le savant et l'ignorant, soient également touchés. Ce point unique une fois véritié, tout est décidé.
Remarquez encore, je vous prie, que la preuve que vous donnez de la divinité de l'Evangile, qui est si frappante et si lumineuse pour tout homme instruit, est nulle pour un ignorant. Celui qui ne sait pas lirr\ est-il en état de comparer la morale ^de Jésus-Christ avec celle des philosophes 7 Le ton modeste et insinuant de ses discours avec la pompe fastueuse de leur éloquence? Est-il capable de faire le parallèle entre la vie et la mort de Jésus et de Socrate ? Connaît-il assez la grossièreté de l'esprit et des mœurs judaïques, pour sentir les vues supérieures qu'a eues la Providence, en faisant éclore la révélation chez un peuple si méprisable? En sait-il assez pour comprendre, par l'enchaînement des dogmes, des préceptes, des faits de l'Evangile, que cette histoire n'a pu être composée par un imposteur, et surtout par des auteurs juifs ? Cette preuve, dont vous vous savez si bon gré, est donc défectueuse ; elle ne peut faire impression sur les trois-quarts du genre humain. Ce n'est point celle qui a converti le monde, et dont Dieu a voulu se servir.
Pourquoi vous y bornez-vous, Monsieur ?
Vous convenez qu'.à rejeter la révélation , les difficultés ne sont pas moindres qu'à l'admettre. (Lettre, page 62.) L'aveu est remarquable; mais vous n'avez pas pris la peine a'exposer ces difficultés. Vous avez rassemblé avec grand soin toutes les objections que l'on peut faire contre elle, et pas un mot des preuves qui l'établissent, pas un mot des inconvénients où l'on tombe en la rejetant. Est-ce là instruire de bonne foi, et mettre le lecteur en état de balancer également de part et d'autre les raisons et les difficultés ? Il m'a donc fallu suppléer à votre silence; mais la vérité y perd : vous eussiez fait sentir avec plus de force et d'éloquence que moi, les absurdités qu'il faut dévorer en rejetant la révélation, et cette sincérité vous eût fait honneur.
Mais c'est à faire des objections que vous triomphez ; vous n'en avez omis aucune : votre livre sera désormais le recueil des incrédules. Je tâcherai, en y répondant, d'y mettre un peu plus d'ordre, et je m'engage à vous convaincre de trois choses : 1° que comme en rejetant les mystères, vous êtes forcé d'en admettre plus que nous, de même en refusant de croire aux miracles, vous les multipliez; 2° que la plupart de vos difficultés contre la religion révélée, sont toutes aussi fortes contre la religion naturelle, et que vous êtes obligé d'y répondre aussi bien que nous ; 3° que plusieurs sont une rétractation formelle de l'hommage que vous
avez rendu à l'Evangile. Je vous en avertis d'avance, afin que vous y regardiez de plus près. Déjà j'ai répondu à ce que vous avez dit pour prouver l'impossibilité et l'inutilité de la révélation; nous n'v reviendrons plus.
Dieu lui-même a parlé aux hommes; pourquoi donc n'ai-je rien entendu ? Il a chargé d'autres hommes de vous rendre sa parole. J'entends; ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J'aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même; il ne lui en aurait pas coûté davantage, et j'aurais été à l'abri de la séduction, (Emile, tome III, p. 130.)
Voilà, en vérité, Monsieur, une façon singulière de raisonner. Dieu pouvait me parler à moi-même ; il ne l'a pas fait, donc je ne dois pas le croire, lorsqu'il me parle par d'autres. J'aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même; donc il devait me parler lui-même. Ajoutez, pour rendre l'argument complet, parce que Dieu doit faire ce que j'aime le mieux.
Il ne lui en aurait pas coûté davantage : nous verrons tout-à-1'heure le contraire. J'aurai été à l'abri de la séduction. Je me flatte de vous montrer que quand Dieu vous parle par d'autres hommes, vous êtes autant à l'abri de la séduction, que s'il vous parlait à vous-même. Allons par ordre, s'il vous plaît.
Pourquoi faut-il des intermédiaires entre Dieu et moi ? (Lettre, p. 101.) Parce que Dieu m'ayant révélé une doctrine incompréhensible dans plusieurs points, l'examen de cette doctrine ne suffit pas pour me faire connaître si elle vient de vous, ou si elle n'en vient pas. Tous les examens possibles ne la rendront point claire; ils ne me mettront point en état de juger si elle est vraie ou fausse. Il faut donc que Dieu me prouve, par des signes extérieurs, que c'est lui qui parle, et qu'il veut que je me soumette, Or, ces signes extérieurs ne peuvent être constatés que par la déposition ou l'attestation des sens. Ainsi, quand ce serait à moi-même que Dieu aurait parlé , mes sens seraient nécessairement intermédiaires entre Dieu et ma raison. S'il a parlé et donné ces figures à d'autres, il faut que ces autres soient les témoins ou les intermédiaires entre Dieu et moi.
Mais enfin, vous voulez que Dieu vous parle à vous-même ; j'y consens, Monsieur. S'il vous révèle une doctrine incompréhensible, je vous demande de quels signes il pourra se servir pour vous faire connaître qu'il veut que vous la croyiez, sinon des miracles? S'il faut que vous les voyiez vous-même et qu'ils soient faits pour vous seul, Dieu est donc obligé de les renouveler autant de fuis qu'il y aura d'hommes à instruire. Au lieu que, dans notre système, un seul miracle bien avéré suffit pourconvaincre tout l'univers, il faut dans le vôtre que Dieu les multiplie à l'infini. 77 en coûterait donc davantage à Dieu pour vous parler à vousmême, que pour vous parler par d'autres hommes ; l'indécence de cette expression ne doit pas m'être imputée,
PART. 1. TI1E0L0LIE PHILOS
LE DEISME REFUTE PAR LUI-MEME
Vainement contesterez-vous cette supposition, que Dieu vous révèle une doctrine incompréhensible ; elle est prouvée d'avance ; et je vous ai averti que tout ce que nous avons à dire en est une suite nécessaire.
Ce que Dieu veut qu'un homme fasse, ditesvous, il ne le lui fait pas dire par un autre homme; il le lui dit lui-même; il l'écrit au fond de son cœur. (Emile, tome II, p. 162.) Je le veux encore pour un moment. Sera-t-il donc défendu d'aller instruire ces peuples sauvages, ces hommes abrutis , auxquels Dieu n'a rien dit jusqu'ici, du moins qui n'ont pas entendu sa voix, qui n'ont point encore su lire les préceptes de la loi naturelle au fond de leur cœur? Lorsque vous direz à l'un d'entre eux que ces préceptes sont gravés dans le cœur de tous les hommes, et que Dieu leur parle par la raison Eour les leur enseigner ; s'il vous demande rusquement : Pourquoi donc rien ai-je rien entendu? Que lui répondrez-vous? Selon vos principes, ces malheureux sont (rès-bien fondés à rejeter toute instruction et à ne point vouloir admettre la religion naturelle. Ce que Dieu veut que je fasse, vous répondront-ils, il me le dira lui-même au fond de mon cœur ; je n'ai pas besoin des leçons d'un homme, il me faut celles de Dieu.
Et comment Dieu lui-même instruira-t-il immédiatement des hommes sourds à la voix de la nature, sinon par une voix plus puissante que la nature? Comment ouvrira-t-il des yeux fermés aux lueurs de la raison, sinon par l'éclat plus vif d'une lumière surnaturelle? Voilà donc autant d'aveugles et de sourds qu'il faut guérir par miracles, puisque les hommes ne doivent pas s'en mêler. Ainsi, pour épargner les prodiges, nous allons encore les multiplier. C'est le premier inconvénient dont je vous ai averti. Mais vous l'avez prévenu, et votre expédient est admirable : Ou l'homme apprendra ses devoirs de lui-même, ou il est dispensé de les savoir. (Emile, tome III, p. 151.) Par conséquent, des qu'il est une fois devenu sauvage et barbare, Dieu doit plutôt le laisser tel, que de lui envoyer quelqu'un pour l'enseigner, ou de faire un miracle pour l'éclairer. Si l'homme doit apprendre ses devoirs de lui-même, par quelle autorité prétendez vous enseigner la religion naturelle à votre élève?
Vous êtes cependant bien satisfait de votre objection ; vous la répétez, vous retendez, vous la tournez de cent façons. Ce sont toujours des hommes qui nous attestent la parole de Dieu, et qui nous l'attestent en des langues qui nous sont inconnues. (Emile, tome III, p. 130; Lettre, p. 98.) Il serait plus aisé de comprendre ce que vous voulez dire, si vous parliez plus exactement. Ce sont des hommes qui nous annoncent la paro!e de Dieu, et c'est Dieu qui atteste que c'est sa parole, et qu'ils sont ses envoyés, par le pouvoir qu'il leur accorde de faire des œuvres surnaturelles. 7/5 nous Y attestent en des lanqv.es qui nous sont inconnues; point
du tout. Quand Moïse et Jésus-Christ ont parlé aux Juifs de la part de Dieu, ils leur ont parlé dans la langue des Juifs; quand les apôtres ont parlé ou écrit aux différents peuples qu'ils voulaient instruire, ils se sont servis de la langue de ces peuples, et souvent par miracle, sans l'avoir apprise ; quand les apôtres ont chargé leurs successeurs de prêcher après eux, ils ne leur ont pas commandé de le faire dans des langues étrangères à leurs auditeurs.
C'est que vous vouliez faire une jolie antithèse ; et, pour y réussir, il a fallu abuser du langage. Ce sont des hommes qui nous attestent la parole de Dieu; souvent, au contraire, nous aurions besoin que Dieu nous attestât la parole des hommes. Aussi l'a— t-i 1 fait; mais vous rejetez cette attestation, parce qu'il ne vous plaît pas de la trouver suffisante. En vain Dieu a fait des miracles pour attester que Jésus-Christ et les apôtres annonçaient sa parole ; dès que la doctrine ne s'accorde pas avec vos idées, vous ne daignez pas seulement examiner l'attestation.
Mais il reste toujours une question à résoudre. Dieu peut-il attester sa parole aux peuples grossiers, aux ignorants? S'il le 3eut, de quel moyen doit-il se servir pour e faire? «Voilà la difficulté dont vous ne nous tirez point.
H est bien sûr, au moins, que Dieu eût pu nous donner sa parole, sans se servir d'organes si suspects. (Lettre, p. 99.) Appelez.vous Jésus-Christ et les apôtres des organes suspects ? S'il est sûr que Dieu pouvait nous parler autrement, il n'est pas aussi sûr qu'il le devait ; et puisqu'il a daigné se servir de tels organes, j'en conclus que cela convenait. Dieu a créé les hommes sociables; il a voulu que la religion fût le lien de cette société. Conséquemment il a réglé que les hommes apprendraient par d'autres hommes les devoirs de la religion, comme ils apprennent les autres devoirs de la vie sociale, comme vous voulez leur apprendre vousmême les vérités de la religion naturelle. A cela, nul inconvénient. 11 y en a un trèsgrand, au contraire, à vouloir que Dieu parle à chaque homme en particulier ; outre que chaque particulier sera toujours aussi libre de rejeter la parole divine, si elle contredit ses idées, la religion de chaque particulier ne sera plus la religion de la société, et chacun s'en formera une à sa mode. Vous voulez que Dieu ne parle aux hommes que par l'organe de leur raison; c'est ainsi qu'il leur a parlé à tous depuis le comencement du monde jusqu'à Jésus-Christ. Vous savez comment ils ont été dociles à cette voix, et en quel état la religion était réduite chez les peuples les plus éclairés et les plus sages. Est-il surprenant que les hommes n'ayant pas profité de ce moyen, Dieu, par un nouveau trait de bonté, ait voulu en employer un autre?
Vous vous obstinez à n'envisager la religion que comme un système de philosophie que l'on peut apprendre tout seul ; ce n'est
point cela, Monsieur, c'est une nouvelle alliance de Dieu avec les hommes. Telle est l'idée que nous en donnent Jésus-Christ et ses apôtres. (Matlh. xxvi, 28, etc. ; / Cor. xr, 25 ; // Cor. m, 6; llebr. vu, 22, etc.) Dieu n'a point voulu faire cette alliance avec vous en particulier, mais avec le genre humain ; il la faut traiter par un corps d'ambassadeurs et leur donner des caractères pour se faire reconnaître. Vous ne voulez point de l'ambassade; vous voulez que votre christianisme soit de votre crû, et qu'il n'ait rien de commun avec celui du peuple. Vous pouvez être sectateur de la morale chrétienne, à la bonne heure; mais pour être chrétien, vous ne l'êtes sûrement pas. On est chrétien par la foi , par le baptêmèvpar la soumission à l'Eglise.
Le vicaire se plaint qu'il faille tant ce te
ment, aussi universellement attesté ? Vous l'avez remarqué vous-même, les faits de Sacrale, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. (Lettre, p. 99.)
Le second fait, que Jésus-Christ et ses apôtres ont fait des miracles pour prouver leur mission, se démontre par les mêmes attestations que le premier. Ces miracles ont été avoués par les Juifs, par les païens, par les mahométans; et si vous doutez de cet aveu, vous pourrez le voir dans l'histoire de l'établissement du christianisme, tirée des seuls auteurs juifs et païens, imprimée récemment. Ces miracles sont rapportés par mille témoins oculaires, qui ont répandu leur sang pour attester qu'ils les avaient vus; les tombeaux, les cendres de ces témoins existent parmi nous. Ici les pierres
moignages humains pour certifier la parole parlent, Monsieur, nous n'avons pas besoin
divine. Que d'hommes, dit-il, entre Dieu et de livres, comme vous le supposez, pour
moi! (Lettre, p. 99; Emile, tome III, p. 130.) nous apprendres les prodiges opérés à l'éta-
ïant mieux, peut-on lui répondre ; vous êtes blissement de l'Evangile. A moins qu'un
d'autant plus assuré qu'ils n'ont pas pu s'ac- déluge universel ne bouleverse de nouveau
corder ensemble à vous tromper sur un fait aussi éclatant que la révélation. Vous comprendrez, Monsieur, mieux qu'un autre, la justesse do cette réponse. Vous ne pouvez ignorer les principes établis dans la Dissertation sur la certitude des faits insérée dans
la face de la terre, les monuments de la révélation ne pourront jamais être méconnus. L'univers changé par les apôtres et leurs successeurs; voilà le livre des ignorants, et c'est le mien. Voulez-vous une preuve plus décisive à
V Encyclopédie , et composée par un de vos mon avis? c'est votre propre témoignage
anciens associés. Vous me permettrez de Après avoir fait les plus grands efforts pour
vous les rappeler, à mesure que vous m'en nous faire douter de ces prodiges, contre
fournirez l'occasion
Lorsque Dieu , maître du choix de ses moyens, en choisit par préférence qui exigent de notre part tant de savoir et de si profondes discussions , le vicaire a-t-il tort de dire
tous vos principes; malgré l'intérêt de système, en dépit de vos préjugés, la force" de la vérité en a arraché l'aveu de votre bouche : vous convenez qu'il est impossible que Vhistoire de l'Evangile soit inventée à
Voyons toutefois; examinons, comparons, vé- plaisir. Voilà le seul témoignage que j'op-
rifions. Oh! si Dieu eût daigné me dispenser de pose désormais à l'incrédulité. Au lieu de
tout ce travail, Ven aurais-je servi de moins dire comme Dioclès : Jamais Jupiter ne m'a
bon cœur? (Lettre, p. 99.) paru plus grand que depuis que je vois
Oui, Monsieur, le vicaire a tort, parce Epicure à ses pieds , je dis ; Jamais les miqu'il suppose une fausseté. Ce n'est point racles de Jésus-Christ ne m'ont paru mieuxnôtre manière d'examiner la révélation qui prouvés, que depuis que Jean-Jacques Rousyxige beaucoup de savoir et de profondes seau a été forcé d'en convenir, discussions, c'est la vôtre. Selon vous, il Etait-ce à vous, Monsieur, qu'il convenait faut examiner les différentes doctrines que de nous objecter la difficulté de constater la fondit révélées, les comparer, vérifier quelle révélation, vous qui avez fait de la religion est la plus digne de Dieu : voilà ce qui exige naturelle un mystère dont il est donné à si du travail, du savoir, des discussions, dont peu de gens de sonder les profondeurs? Si, très-peu d'hommes sont capables. Selon nous, a la vue de vos démonstrations mélaphysiil n'est question que de s'assurer de ces ques, et de tous les sophismes qu'on peut deux faits : si Jésus-Christ et les apôtres ont leur opposer, votre élève s'avisait de dire : prêché, s'ils ont fait des miracles pour at- Oh! si Dieu eût daigné me dispenser de toutester leur mission. tes ces discussions, l'en aurais-je servi de
Faut-il être savant pour se convaincre du moins bon cœur? Quelle serait, votre répremier, dont tous les peuples juifs, maho- ponse?
métans, chrétiens, déposent de concert ; dont Pour être sûr d'un miracle, il faut savoir,
parlent les historiens, même païens, dont on dites-vous, quels faits sont dans l'ordre de
trouve sous ses yeux, même sans savoir lire, la nature, et quels autres faits n'y sont pas.
autant de monuments qu'il y a d'églises, d'au tels, de croix, de fêtes, de cérémonies dans tpute l'étendue du monde chrétien ? Jamais personne, de quelque nation qu'il ait été, quelque religion qu'il ait professée, dans
Pour dire jusqu'à quel point un homme adroit peut fasciner les yeux des simples , peut étonner même les gens éclairés, chercher de quelle espèce doit être un prodige, et quelle authenticité il doit avoir , non-seule-
quelque siècle qu'il ait vécu, n'a nié cette ment pour être cru, mais pour qu'on soit prédication. Y a-t-il un seul fait de l'histoire punissable d'en douter ; comparer les preuprofane, aussi unanimement, aussi constam- ves des vrais et des faux prodiges, et (runyot;
4Cn PART. I THEOLOGIE PHILOS. - LE DEISME REFUTE PAR LUI-MEME» 458
des règles sûres pour les discerner. (Emile, Si (Jonc, au lieu de vous parler de Sparte