‹ Œuvres completes de BergierChapitre 48 sur 255 · tome 111, p. 132.) • et de Rome, on vous avait cité les faits de · texte numérisé non relu

tome 111, p. 132.) • et de Rome, on vous avait cité les faits de

Point du tout ; il n'est pas nécessaire d'en- Socrate, qu'auriez-vous répliqué?

trer dans tout te détail , pour savoir que 1& Supposons qu'un incrédule, profitant de

résurrection d'un mort est un miracle ;'quand votre réponse, attaque ainsi la preuve que

nous n'aurions, pour prouver le Christian is« vous avez donnée de la vérité de l'Evangile :

me, d'autre prodige que la résurrection de Considérez dont, de grâce, qu'il est tout à fait

Jésus-Christ, il n'en faudrait pas davantage, dans l'ordre que des faits humains soient at-

Rientôt je vous montrerai que , pour établir testés par des témoignages humains ; ces lé-

r.e fait, il ue faut pas une authenticité plus moigvages suffisent pour me faire croire les

grande» que pour certifier tout autre fait son- faits de Socrate, parce que ce sont des faits

sible. Ce n'est point un signe particulier fait humains :mais ils ne sont pas suffisants pour

(tirant peu de gens obscurs, et dont tout le me persuader les faits de Jésus-Christ , qui

reste des hommes ne saura jamais rien que sont des prodiges , des événements surnatu-

par oui-dire. (Emile, tome III, p. 133. ) C'est rels, ni par conséquent, pour me convaincre

un fait vu par plus de cinq cents témoins de la vérité de l'histoire qui les rapporte. A

à la fois, qui en ont déposé comme témoins cela, Monsieur, que répondriez-vous? Voilà

oculaires, qui l'ont soutenu en face aux comme vous êtes constant dans vos prinei-

.luifs, dans le temps qu'il eût été facile de pes. Ce serait donc à nous de nous égayer à

les démentT, si le fait eût été faux, qui ont vos dépens ; mais nous laissons les ràille-

donné leur vie pour sûreté de leur déposi- ries à ceux qui n'ont rien de meilleur à

tion. De pareils témoignages ne sont point dire. La remarque de l'incrédule serait

des ouï-dire. aussi fausse que la vôtre, nous le verrons

11 ne sert à rien d'opposer à un événe- dans un moment,

ment aussi éclatant les prodiges que le peu- Il est tout à fait dans l'ordre que des faits

pie et les simples disent avoir vus. ( Emile , humains soient attestés par des témoignages

p. 13i.) Des laits qui manquent de preuves, humains ; ils ne peuvent l'être par aucune

n'ébranlent point la certitude de ceux qui autre voie. Cela est vrai; mais par la même

sont solidement appuyés. raison , il est tout à fait dans l'ordre qu'un

Quand on vous dit que le fait de la rêvé- fait public, sensible, palpable, comme la pré-

lation est attesté comme tous les faits his- dication et les miracles de Jésus-Christ et

toriques, comme l'existence de Sparte ou de des apôtres, soient attestés par le témoi-

itnme, vous feignez d'abord de vouloir plai- gnage des sens, par la déposition des té-

santer, et voici ce que vous répondez : Çon- moins oculaires, par leurs effets, par leurs

sidérez donc, de grâce , qu'il est tout à fait monuments qui en subsistent; et je vous

duns l'ordre que des faits humains soient ut- soutiens qu'ils ne peuvent l'être par aucune

testés par des témoignages humains; ils ne autre voie. Ce sont des faits sensibles, pal-.

peuvent l'être par aucune autre voie, je ne pables, dont, par conséquent, les sens sont

puis savoir que Sparte et Rome ont existé, juges naturels, et non récusables.

que parce que des auteurs contemporains me D'ailleurs, continuez-vous, nul n'est obli-

le disent; et entre moi et un autre homme qui gé, sous peine de damnation , de croire que

a vécu loin de moi, il faut nécessairement des Sparte ait existé; nul, pour en avoir douté,

intermédiaires : mais pourquoi en faut-il en- ne sera dévoré des flammes étemelles. Tout

tre Dieu et moi? Et pourquoi en faut-il fait dont nous ne sommes pas les témoins,

d'aussi éloignés , qui en ont besoin de tant n'est établi pour nous que sur des preuves

d'autres? Est-il simple, est-il naturel que morales, et toute preuve morale est suscepti-

Dieu ait été chercher Moïse pour parlera ble de plus et de moins. Croirai-je que la

Jean-Jacques Rousseau? (Lettre, page 100.) justice divine me précipite à jamais dans,

Oserais-je vous demander, Monsieur, l'enfer, uniquement pour n'avoir pas su marpourquoi, au lieu de Moïse, vous n'avez pas quer exactement le point où une telle preuve parlé de Jésus-Christ? Est-il simple, est-il devient invincible? (Lettre, page 101.) naturel que Dieu ait été chercher Jésus-Christ II n'est pas question de marquer exacte-; pour parler à Jean- Jacques Rousseau? Car ment ce point ; mais il s'agit de savoir si la enfin la raison est égale. Mais alors vous preuve morale étant à ce point, Dieu n'est eussiez révolté tout le monde; on vous eût point en droit d'exiger que je m'y rende, accusé de ne pas croire même à Jésus- et de punir mon opiniâtreté, si je refuse d'y Christ , tandis que vous protestez le con- acquiescer, tandis que je crois, sans craintraire. Il s'agit bien clairement de la révéla- drede me tromper, bien d'autres faits intélion chrétienne, dans l'endroit que vous vou- ressants, infiniment moins constatés. Il s'al<z réfuter, et vous nous renvoyez à Moïse, git de savoir si celui qui ajoute foi sans ré- C'est une petite supercherie de votre part; pugnance aux faits de Socrate, est pardonne vous demande pardon, si j'ai l'indiscré- nable de nier ou de révoquer en doute ceux tion de la dévoiler. de Jésus-Christ, qui sont, de votre aveu,

En voulant plaisanter, comment n'avez- beaucoup mieux attestés, vous pas vu le ridicule dont vous alliez Vous ne pouvez dont-, sans contredire cet vous couvrir? Vous avez fait vous-même la aveu, disconvenir que la mission de Jésuscomparaison que vous blâmez, en disant que Christ et des apôtres ne soit au plus haut les faits de Socrate dont personne ne doute, point d'évidence et de certitude dont la tont moins attestes que ceux de Jésus Christ, preuve morale puisse être susceptible

C'est l'évidence morale qui nous détermine jour toutes les actions de la vie, pour tous es devoirs de la société, pour nos intérêts es plus chers : pourquoi ne nous déterminerait-elle pas de même pour les devoirs

citée, le principe contradictoire au vôtre, que les preuves morales suffisantes pour constater les faits qui sont dans l'ordre des possibilités morales y sont également suffisantes pour constater les faits d'un ordre surnaturel.

de religion? C'est la seule espèce de preuve Le détail de cette démonstration serait long; qui soit également à portée de tout le monde, je n'en prendrai que la substance. On s'est

des ignorants comme des savants; la seule sur laquelle portent tous les liens de la société : n'était-il donc pas convenable, nécessaire même, qu'elle servît de fondement à la religion , qui oblige également tout le inonde?

Par un raisonnement semblable, vous sau-

servi précisément de l'exemple que vous apportez, de la résurrection d'un mort. On a montré que, pour la prouver, il suffît de constater deux faits sensibles; l'un, la mort précédente de l'homme , l'autre , sa vie actuelle. Sur quoi on vous demande : Les mêmes sens qui ont jugé avec une certitude

verez de la damnation toutes les espèces physique que cet homme était mort, ne sont-

d'impies qui rejettent même la religion naturelle. Croirai-je, dit un athée, que la justice divine me précipite à jamais dans l'enfer, uniquement pour n'avoir pas su bien exactement, si une démonstration métaphysique de son existence doit l'emporter sur

ils plus suffisants pour juger avec une égale certitude qu'il vit actuellement? Ces sens n'ont point changé de nature, et la vie d'un homme n'est pas {dus difficile à constater que sa mort. Donc le même nombre de témoins qui suffisait pour prouver la mort

les objections qui la combattent? Croirai-je, ()oit suffire aujourd'hui pour prouver sa vie dit un matérialiste, que Dieu me damnera précisément, ponr n'avoir pas su comprendre si la matière était ou n'était pas capable de penser?

Vous leur répondrez, sans doute , que Dieu ne damnera personne pour des erreurs involontaires; mais qu'il damnera sûrement les libertins et les opiniâtres, parce qu'ils errent de propos délibéré, pour se mettre

La résurrection n'est qu'une conséquence nécessaire de ces deux faits : elle se démontre par ce raisonnement fort simple : Cet homme était mort, cela est physiquement certain ; il vit aujourd'hui, cela est vérifié de même : donc il est ressuscité : conséquence aussi certaine que les premières.

Ainsi la jolie réponse que vous attribuez à M. l'archevêque de Paris, fit la conclusion

plus à l'aise, et se délivrer du frein que la *lue vous en tirez, sont également fausses

religion oppose à leurs passions. Cela ne nous surprend plus; c'est votn

La difficulté qui reste, est de savoir si les méthode ordinaire,

preuves qui suffisent pour contester un fait Vous attaquez la certitude des preuves

naturel, ne suffisent plus pour rendre un de fait par des exemples. S'il y a dans le

miracle croyable. Qui est-ce qui m'osera monde une histoire attestée, c'est celle des

dire combien il faut de témoins oculaires vampires. Bien n'y manque ; procès-verbaux,

pour rendre un prodige digne de foi? (Emile, certificats de notables, de chirurgiens, de

tome 111, p. 135 jJ'ose vous répondre, Mon- curés, de magistrats. La preuve juridique

sieur , avec l'auteur de la Dissertation sur la certitude des faits, qu'il n'en faut pas davantage que pour attester tout autre fait sensible.

Vous prétendez prouver le contraire. Vous supposez un homme qui vient annoncer à

est des plus complètes. Avec cela, qui est-ce qui croit aux vampires? Serons-nous daynnés pour n'y avoir pas cru? (Lettre , pag. 101.) Je vous nie d'abord que ces attestations soient aussi authentiques, ni la preuve juridique aussi complète que vous le préten-

M. l'archevêque de Paris qu'il a vu de ses dez, puisqu'après des informations exactes,

yeux le diacre Paris ressuscité, sur quoi les faits ne se sont pas trouvés suffisam-

vous faites répondre par le prélat : Je sais ment constatés. Quand ils le seraient, que

que deux ou trois témoins , honnêtes gens et prouveraient-ils? Qu'il a régné en Hongrie

de bon sens , peuvent attester la vie ou la mort une maladie de cerveau causée par la peur,

d'un homme ; mais je ne sais pas encore coin- dont plusieurs personnes ont été attaquées ;

bien il en faut pour constater la résurrection que les malades croyaient voir des esprits

d'un janséniste;.... d'où je conclus , ajoutez- ou des revenants qui leur suçaient le sang ;

vous, que, selon tout homme sage , les preu- que l'effet de ce délire était de les consu

tes morales , suffisantes pour constater les faits qui sont dans l'ordre des possibilités înorales , ne suffisent plus pour constater des faits d'un autre ordre, et purement surnaturels. (Lettre, p. 102 et 104.)

Vous avez tort, Monsieur, de prêter à M. l'archevêque de Paris votre méthode de

mer peu à peu , jusqu'à ce qu'ils en mourussent, et qu'effectivement plusieurs en sont morts. Voilà les seuls faits qui pourraient résulter de la preuve. Qu'il y eût du surnaturel dans tout cela, ce serait une autre question qui est du ressort de la physique, et qui ne se décide point par des

raisonner ; elle est trop défectueuse et trop attestations. L'histoire des vampires est donc

fausse pour qu'il l'adopte jamais. Première ment, ceci est une nouvelle contradiction avec la preuve que vous avez donnée de la vérité des faits de Jésus-Christ , en les comparant à ceux de Socrate. En second lieu , on a démontré, dans la Dissertation déjà

une objection pitoyable contre les miracles de Jésus-Christ et ceux des apôtres.

Quelque attestés que soient , dites-vous, au gré même de l'incrédule Cicéron, plusieurs des prodiges rapportés par Tite-Live, je les regarde comme autant de fables; sûrement je

ne suis pas le seul. Mon expérience constante et celle de tous les hommes, est plus forte en ceci que le. témoignage de quelques-uns. (Lettre, page 101.)

Vous supposez très-gratuitement que les prodiges rapportés par 'i'ite-Live étaient suffisamment attestes, et que Cicéron les a jugés tels. L'un et l'autre sont également faux. Cicéron les appelle en propres termes des contes forgés à plaisir, commentitiis fabulis. Tous ces prodiges, loin d'être rapportés iar des témoins oculaires, ou confirmés lardes monuments aussi anciens que le ait, ne sont appuyés que sur des on dit. La plupart môme sont des phénomènes trèsnaturels, comme des pluies de pierres ou de sang , des monstres , etc. Ce n'est donc point l'expérience qui décide ici contre des témoignages , ce sont les témoignages qui manquent dans les uns , et qui ne [trouvent point le surnaturel dans les autres. Aucune de ces deux exceptions ne peut être appliquée aux miracles quiprouventla révélation.

Après avoir attaqué la certitude des faits surnaturels, vous en contestez les conséquences ; vous prétendez qu'il? ne prouvent rien. Reste enfin l'examen le plus important dans la doctrine annoncée : car , puisque ceux qui disent que Dieu fait ici-bas des miracles, prétendent que le diable les imite quelquefois avec les prodiges les mieux constatés , nous ne somtnes pas plus avancés qu'auparavant ; et , puisque les magiciens de Pharaon osaient, en présence même de Moïse , faire les mêmes signes quil faisait par l'ordre exprès de Dieu, pourquoi dans son absence , n'eussent-ils pas, aux mêmes titres, prétendu la même autorité? Ainsi donc , après avoir prouvé la doctrine par le ' miracle , il faut prouver le miracle par la doctrine , de peur de prendre l'œuvre du démon pour l'œuvre de Dieu. Que faire en pareil cas pour éviter le diable? Une seule chose; revenir au raisonnement et laisser là les miracles. Mieux eût valu n'y pas recourir. (Emile , tome 111, page 135, Lettre, p. 1.)

Pour éclaircir plus aisément toutes ces difficultés, il eût fallu les séparer; mais vous m'auriez accusé d'afFaiblir vos raisons. Cette plainte n'aura pas lieu. Reprenons , Monsieur.

Reste l'examen le plus important dans la doctrine annoncée. Je vous ai prouvé , et môme plus d'une fois , que dans le cas où Dieu a révélé une doctrine incompréhensible, cas non-seulement possible, mais réel; cas où nous sommes de votre propre aveu, l'examen de la doctrine est la chose du monde la plus inutile et la plus ridicule. De quoi peut servir un examen dont tout le résultat doit ôtre de dire : Je n'y comprends rien? De ce résultat que conclurai je? Mon ignorance, et rien davantage. Si j'en conclus : Donc cette doctrine est fausse , donc je ne dois pas la croire, quelles seront les prémices de ces deux conclusions? Voici celles de la première. Je comprends tout, et il n'est aucune vérité que je ne comprenne : or, je ne comprends pas cette doctrine : donc

elle est fausse. L'argument est en forme; je vous laisse tout le plaisir de vous prouver à vous-même la majeure. Pour la seconde, le raisonnement ne sera pas moins fort; Je ne dois croire que ce que je conçois ; or ie ne conçois pas cela, donc je ne dois pas le croire. Vous me forcez de répéter quo j'ai démontré la fausseté de la première proposition.

Je vous ai représenté aussi plusieurs fois que cet examen de la doctrine annoncée est absolument impraticable au peuple , c'està-dire aux trois-quarts du genre humain : si Dieu n'a donné d'autres moyens pour s'assurer de la vérité d'une religion, que cet examen , il veut que les trois-quarts du genre humain n'en aient aucune , ou qu'ils la reçoivent aveuglément du premier imposteur qui voudra leur en donner une.

Puisque le diable imite quelquefois les miracles avec les prodiges les mieux constatésy nous ne sommes pas plus avancés qu'auparavant. Je nie absolument , Monsieur, que le diable puisse imiter assez parfaitement les miracles opérés au nom de Dieu, pour que l'on ne puisse plus distinguer l'opération divine de l'œuvre du démon ; et j'ose vous défier de me citer un seul cas où il l'ait fait. Celui des magiciens de Pharaon que vous apportez , prouve pour moi et contre vous; ils ne purent contrefaire q.:e quelques-uns des miracles de Moïse. En vain ils voulurent tenter d'imiter les autres, ils furent forcés d'avouer leur impuissance, et de faire cette confession humiliante : Le doigt de Dieu est ici. (Exode, vm, 19.)

Par la même raison, je vous nie que, dans aucun cas, le démon puisse faire directement, pour prouver aucune fausse doctrine, des miracles tellement apparents , que l'on ne puisse en découvrir la fausseté. L'erreur serait alors inévitable, et Dieu ne peut pas le permettre. Une preuve de l'impuissance du démon, c'est qu'il ne l'a jamais fait; ce n'est pas , sans doute, faute de mauvaise volonté. Il n'est pas nécessaire d'examiner jusqu'où peut s'étendre le pouvoir naturel du démon; il suffit de savoir que Dieu ne lui permettra jamais d'en user, au point de rendre l'erreur inévitable.

11 est donc faux qu'après avoir prouvé la doctrine par le miracle, il faille prouver le miracle par la doctrine; jamais personne ne fut assez insensé pour procéder de cette manière. Si vous prétendez insinuer que nous le faisons, c'est une imputation calomnieuse. Cela est formel, dites-vous, en mille endroits de l'Ecriture (Emile, tome III, p. 136, en note); nous allons voir comme vous le prouvez.

Selon le précepte même de Moïse, qu'on me montre des miracles, et je refuserai encore de croire une doctrine absurde et déraisonnable qu'on voudrait étayer par eux : et vous nous renvoyez au treizième chapitre du Dcutéronome. (Lettre, p. 106.) Je vous proteste, Monsieur, que jamais Moïse n'a pensé à donner aux Juifs le précepte que vous lui attribuez. Voici ce qu'il dit, dans l'endroit môme quo vous citez; au cas que je falsifie son texte,

vous me relèverez. S'il s'élève au milieu de vous un prophète ou quelqu'un qui dise qu'il q, eu un songe, et qui vous présente un signe ou un phénomène ; si ce quil a prédit arrive, et qu'il vous dise: Allons honorer les dieux étrangers, que vous ne connaissez pas, et leur rendre notre culte ; vous n'écouterez point ce prophète ou ce rêveur... Ce prophète ou ce forgeur de songes sera mis à mort. (Deut. m, verset 1. Est-il question-là de miracles?

Vous savez que le nom de prophète ne signifie rien autre chose qu'un homme qui prédit l'avenir: que dans la rigueur du terme, on peut le donner à tout faiseur de pronostics. Vous savez encore que chezjes Hébreux, on appelait de ce nom tout honamo qui parlait en public, qui annonçait quelque chose au peuple. Il n'est donc ici question que d'un astrologue, d'un conteur de songes ou de visions, qui annonce au peuple un phénomène, qui veut faire croire que cette prédiction lui est venue par inspiration divine, et qui prétend s'en servir pour engager les auditeurs à l'idolâtrie. Encore une fois, où sont les miracles?

Mais je suis dans l'usage de vous accorder vos suppositions, quelque fausses qu'elles soient. Supposons donc encore que Moïse ait dit ce que vous lui prêtez; voici quel serait alors le sens de l'avis qu'il donne aux Juifs: Vous avez vu les miracles éclatants que Dieu a faits, par mon ministère, pour confirmer les lois et la religion, que je vous ai données de sa part ; si donc il venait dans la suite un faux prophète, qui fît des miracles apparents pour vous persuader l'idolâtrie, n'y croyez pas; tous ces miracles ne peuvent être que des prestiges Dieu ne peut plus faire des miracles pour décréditer des vérités qu'il a établies lui-même par des miracles; il se contredirait lui-même.

Q;i>pourriez-vous conclure de là, Monsieur, contre les miracles opérés en faveur de la prédication de Jésus-Christ et des apôtres, en faveur du christianisme? Dieu avaitil fait des miracles éclatants pour confirmer l'idolâtrie? S'était-il ainsi engagé à n'en point faire pour la détruire?

Le christianisme est donc maintenant dans le même cas où était la religion des Hébreux; Dieu a autorisé son établissement par des miracles incontestables. Si, aujourd'hui, il vient un imposteur nous apporter de prétendus miracles, pour prouver une doctrine contraire à celle de l'Eglise, ne sommesnous pas en droit de les rejeter sans examen, et de lui dire : Dieu a fait des miracles pour établir son Eglise, et lui a promis son assistance jusqu'à la fin des siècles ; il n'en peut plus faire contre elle, parce qu'il ne peut pas se contredire. Conclurez-vous de là : donc, dans tous les cas, c'est la doctrine qui doit prouver les miracles, et non les miracles qui doivent prouver la doctrine?

Telle est cependant votre manière de raisonner.

M. l'archevêque de Paris vous avait dit, que, quand une do Ltrine est reconnue vraie, âivÏPt, fondée sur une révélation certaine, par

conséquent sur des miracles, puisqu'ils sont la preuve de la révélation, c'est le cas de la religion des Hébreux et de celle des chrétiens : remarquez cette hypothèse: alors on s'en sert pour juger des miracles, c'est-à-dire, pour rejeter, sans autre examen les prétendus prodiges que des imposteurs voudraient opposer à cette doctrine; c'est ce que l'on a fait à l'égard des miracles que l'on prétendait avoir été opérés pour {trouver une doctrine contraire à celle de l'Eglise : qu'il ne se trouve là ni abus du raisonnement, ni cerclevicieux. (Lettre, p. 106 et 10,)

Le lecteur en jugera, répondez-vous d'un ton vicieux : pour moi, je n'ajouterai pas un mot.

Votre triomphe ne sera pas long, Monsieur; je vais en démontrer le ridicule. Ce qu'on appelle vulgairement un argument ad hominem, est-il un abus du raisonnement, ou un cercle vicieux? J'argumente ainsi contre un partisan du diacre Paris : Vous qui êtes chrétien, vous croyez que Dieu a fait des miracles éclatants pour fonder son Eglise, et qu'il lui a promis d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles : donc Dieu ne peut, sans se contredire et sans manquer à sa parole, faire aujourd'hui des miracles pour autoriser une doctrine contraire à celle de son Eglise. Donc, quand vous m'apportez de prétendus miracles pour en faire un pareil abus, je suis en droit de les rejeter sans autre examen. N'est-ce pas là un argument ad hominem, c'est-à-dire, un raisonnement tiré des propres principes de mon adversaire?

Montrez-nous que l'on peut en faire un semblable contre Jésus-Christ et ses apôtres, alors vous triompherez à votre aise, nous vous céderons le champ de bataille,

Vous vous contentez de le supposer, mais, vous vous êtes réservé la preuve. Quand les païens, dites-vous, mettaient à mort les apô-* très, leur annonçant un Dieu étranger, et prouvant leur mission par des prédictions et des miracles, je ne vois pas ce qu'on avait à leur objecter de solide, et qu'ils ne pussent o) l'instant rétorquer contre nous. (Emile, tome III, p. 136, en note.)

Voyons, Monsieur, si, selon nos principes, les païens ont eu raison de mettre à mort les apôtres, et s'ils étaient dans le cas dont parle Moïse; cela mérite assurément d'être examiné. Il serait bon de savoir, 1" en quel sens vous appelez Dieu étranger, le seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, que les apôtres prêchaient aux Juifs et aux païens; et si c'est de lui que parle Moïse, quand il défend d'annoncer des dieux étrangers; 2° quel Dieu pouvait être étranger à l'égard des païens, qui multipliaient les divinités suivant leur caprice, qui adoptaient souvent celles de leurs voisins, qui dressaient même des autels aux dieux inconnus ;3° quel autre moyen Dieu devait prendre pour retirer les païens de l'idolâtrie, que de leur envoyer des hommes capables de s'attirer leur créance par des œuvres surnaturelles. FaK lait-il leur adresser des philosophes avec

des arguments? Depuis quatre cents ans, les philosophes enseignaient, argumentaient, disputaient, et ne convertissaient personne ; la superstition et le libertinage allaient leur train.

Cela ne vous embarrasse guère; il ne fallait envoyer personne : il était beaucoup mieux de laisser substituer l'ignorance et les vices. Les païens ont bien fait de mettre à mort ceux qui voulaient les éclairer.

Cependant, selon vous, c'est là du bon sens le plus simple, qu'on n'obscurcit qu'à force dé distinctions tout au moins très-subtiles. Des subtilités dans le christianisme ! Mais Jésus- Christ a donc eu tort de promettre le royaume des deux aux simples. Il a donc eu tort de commencer le plus beau de ses discours par féliciter les pauvres d'esprit , s'il faut tant d'esprit pour entendre sa doctrine, et pour apprendre à croire en lui. (Emile, tom. 111, p. i3G, en note.)

Je pourrais vous dire d'abord que, quand vous nous objectez des subtilités, on est forcé de vous en répondre; que des objections faites avec autant d'esprit, d'étude, de malignité que les vôtres, ne sauraient toujours être résolues par des réflexions simples et à portée de tout le mondp,

Je pourrais vous représenter que vous entendez mal les paroles de Jésus-Christ, Bienheureux les pauvres d'esprit; qu'il est question là, de ceux qui ont l'esprit détaché des biens de ce monde, et non pas de ceux qui ont peu d'esprit : que dans une seule page où vous citez deux fois l'Ecriture, deux fois >ous la prenez à contre-sens. Mais il faut vous répondre directement.

Quelle subtilité y a-t il à soutenir que Dieu ne peut pas se contredire? Que quand une fois il a fait des miracles pour établir la vérité , il n'en peut plus faire pour la détruire ? Voilà toute notre réponse.

11 y a plus. Je soutiens que ce n'est point nous qui prouvons la religion par des subtilités, que c'est vous-même. Pour apprendre à croire en Jésus-Christ, nous disons qu'un simple n'a que ce seul raisonnement à faire : Jésus-Christ et les apôtres ont converti le monde, les ignorants aussi bien que les savants; donc ils ont fait et ils ont dû faire des miracles , parce que c'est la seule preuve proportionnée aux ignorants. Cela n'est pas fort subtil. Pour croire en Jésus- Christ, selon votre méthode, il faut comparer sa morale avec celle des philosophes , ; ses discours avec les leurs , ses actions avec celles des plus fameux sages de l'univers, la mort avec celle de tous les héros. 11 faut connaître le génie et les mœurs des Juifs, pour sentir qu'ils n'ont pas pu forger l'Kvargile. 11 faut en confronter les faits avec \es dogmes et les préceptes pour se convaincre que cette histoire ne saurait être une fable. Pour croire seulement en Dieu , nous avons vu quel appareil et quelle étude il faut apporter. Comptons, Monsieur, combien, dans un siècle, vous pourrez faire de prosélites, et puis venez nous dire qu'il faut

mesurer nos raisonnements à la capacité d'un pauvre d'esprit.

Vous persistez à soutenir que les miracles ne conviennent point pour prouver la révélation. C'est l'ordre inaltérable de la nature (jui montre mieux l'Etre suprême; s'il arrivait beaucoup d'exceptions, je ne saurais plus qu'en penser. (Emile, tom. 111, p. 134.) Oui, sans doute, cet ordre montre l'Etre suprême aux yeux qui sont assez clairvoyants et assez attentifs pour l'observer; mais vous avez remarqué que le peuple et les hommes grossiers n'y font point attention. Plus cet ordre est inaltérable , plus les expressions en sont frappantes, plus elles sont propres à réveiller des esprits pesants et stupides. Jamais ces exceptions n'ont été assez fréquentes pour nous faire douter des lois de la nature; Dieu n'en a point interrompu le cours i sans nous en avertir ; c'est à lui seul qu'il appartient de juger quand est-ce qu'il convient d'avoir recours aux prodiges, et il n'a jamais pu le faire pour un sujet plus grave que pour prouver la révélation.

La nature, vous en convenez, n'obéit point aux imposteurs. (Emile, tom. III, pag. 144.) Puisqu'elle a obéi à Jésus-Christ et à ses apôtres, sans leur opposer jamais de résistance , leur mission est à l'abri des soupçons de l'incrédulité. Ils n'ont point fait leurs miracles dans des carrefours et des lieux cachés, mais au milieu des rues et des places publiques, dans le temple, aux yeux d'un peuple entier: si Jésus-Christ en a fait dans le désert , c'est en présence de cinq ou de sept mille hommes. Ils ne les ont point opérés à la vue d'un petit nombre de spectateurs , déjà prévenus et disposés à tout croire, mais sous les regards des prêtres , des pharisiens , des docteurs de la loi, c'est-à-dire , des ennemis les plus soupçonneux et les plus incrédules.

Après avoir attaqué les miracles, vous rejetez les prophéties. Elles ne font pas autorité pour vous. Pour quelles la fissent, dites-vous, il faudrait (rois choses, dont le concours est impossible, savoir que j'eusse été témoin de la prophétie , que je fusse témoin dé l'événement, et qu'il me fut démontré que cet événement n'a pu quadrer fortuitement avec là prophétie. Car, fût-elle plus précise , plus claire , plus lumineuse qu'un axiome de géométrie; puisque la clarté d'une prédiction faite au hasard n'en rend pas l'accomplissement impossible, cet accomplissement , quand il a lieu, ne prouve rien à la rigueur pour celui qui l'a prédit.

On ne saurait, en vérité, pousser plus loin la prévention ; 1° il faut que vous soyez témoin de la prophétie et de l'événement ; ! c'est-à-dire, que vous ne croyez aucun fait !; que ceux dont vous êtes témoin vous-même, t et que , malgré la profession que vous avez "f faite d'admettre la preuve morale et la certitude historique, il n'en est cependant rien. ■ Vainement on lit la prédiction que Jésus- Christ a faite de l'établissement de son Évangile par la prédication de ses apôtres, malgré les persécutions et l'opposition de toutes

ŒUVRES COMPLETES DE BKllGILR.

les puissances de la terre. Vous ne lui avez point entendu prononcer vous-même cette prophétie, vous ne la croyez pas : et c'est ainsi que vous ajoutez foi à l'histoire de l'Eglise, aux faits de Jésus-Christ, quoique mieux prouvés que ceux de Socrate; 2° au moins i»our celle-ci vous êtes témoin de

pants; celui-là n'oppose aucun oostacle aux

impressions de la vérité : un seul motif raisonnable suffit pour l'y attacher et le rendf3 fidèle. Vous comprenez que la première chose à faire pour l'instruire est de lui persuader l'existence et les attributs de Dieu , non pas avec le secours de vos démonstra-

l'accomplissement : et sur cet article, votre tions, qui ne sont pas faites pour lui, mais

défiance n'a pas lieu. Mais quand vous n'en seriez pas témoin , un événement aussi éclatant, qui a changé la face de l'univers , n'en serait pas moins certain; 3° il est évident que , quand l'accomplissement d'une prophétie exige, comme dans celle-ci, le concours d'une infinité de circonstances que la prudence humaine ne peut pas prévoir, leur réunionne saurait être l'effet du hasard, ou bien il faut renoncer aux principes par

par le spectacle de la nature et quelques retours sur lui-même. Peut-il saisir les premières vérités de la religion naturelle, sans apercevoir le besoin qu'il avait de cette instruction, sans être pénétré de reconnaissance envers la divine Providence qui la lui procure ? Dieu , dont il éprouve à ce moment la bonté, ne lui aurait-il envoyé des extrémités du monde un guide que pour le tromper et le conduire à l'erreur par les

lesquels vous avez prouvé qu'une intelli- vérités de la religion naturelle? Je prétends,

gence a présidé à la création et gouverne le monde. Le hasard peut encore moins rassembler ces circonstances , quand il s'agit d'un événement miraculeux ; impossible selon le cours naturel des choses humaines, tel que l'établissement de l'Evangile. Il est donc très-faux qu'alors la clarté et le détail

Monsieur, que sa foi , fondée sur ce seul motif de la bonté de Diau à son égard , est suffisamment certaine et capable de le conduire au salut , dès qu'il n'est point à portée de s'instruire plus à fond des preuves de la révélation.

Argumentez tant qu'il vous plaira sur les

circonstancié de la prophétie n'en rendent possibles, vous ne [trouverez jamais qu'un

oas l'accomplissement impossible par le hasard. Vos trois exceptions sont par conséquent aussi mal fondées l'une que l'autre.

Quand les preuves que nous croyons avoir de la révélation suffiraient pour nous convaincre, vous prétendez du moins qu'elles ne suffisent pas pour les peuples qui habitent un autre hémisphère. Un sauvage du Canada, que l'on veut amener à la foi de l'Evangile, est-il obligé de passer les mers pour venir vérifier les faits sur les lieux, ou doit-il se fier à la parole du missionnaire qui l'instruit ? Quels peuvent être, à l'égard de cet homme, les motifs de croire en Jésus- Christ ? (Emile, tom. III, p. 157.)

Cette objection sur laquelle vous vous êtes étendu avec complaisance, et que j'abrège, n'est pas aussi insoluble que vous

l'imaginez : 1° s'il était vrai qu'il n'y eût ab- et manifestes pour être distinguée et connue solument aucun motif raisonnable pour un pour la seule véritable. Ces signes sont de sauvage de croire à l'Evangile, il ne serait tous les temps et de tous les lieux, également pas obligé d'y croire, et Dieu ne le damne- sensibles à tous les hommes, grands et petits, rait pas pour n'y avoir pas cru ; tout comme savants et ignorants, Européens , Indiens, vous dites qu'il ne sera pas damné pour Africains, sauvages. S'il était une religion n'avoir pas connu et adoré Dieu, s'il n'a pas sur la terre, hors de laquelle il n'y eût que été capable de le connaître : et cette excep- peine éternelle, et qu'en quelque lieu du tion singulière ne prouverait rien pour le monde, un seul mortel de bonne foi n'eût pas reste des hommes. été frappé de son évidence, le Dieu de cette

2° Il faut convenir que les preuves de la religion serait le plus inique et le plus cruel révélation sont beaucoup plus à portée des des tyrans. (Emile, tome III, p. 128.) peuples qui vivent en société que des sau- Voudriez -vous, Monsieur, prendre la vages; mais il en est de même des preuves peine de répondre le premier à cette objec-

sauvage qui croit de cette manière , se conduise contre les lumières de sa raison. S'il ne doit pas croire les mystères qu'on lui enseigne, parce qu'il ne les comprend pas, il ne doit pas croire non plus les attributs de Dieu , qu'il ne comprend pas mieux ; et s'il doit rejeter la révélation , il doit aussi rejeter la religion naturelle. En croyant donc, il agit sagement et sensément; s'il refusait de croire , il serait coupable ; les difficultés que vous mettez dans sa bouche, pour le révolter contre la doctrine chrétienne , seront dissipées avec l'objection suivante :

Ou toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu, ou s'il en est une qu'il prescrive aux hommes, et qu'il les punisse de méconnaître, il lui a donné des signes certains

delà religion naturelle. Vous aimerez mieux sans doute être obligé d'instruire les premiers que les seconds : que s'ensuit-il de là contre la nécessité de la religion naturelle? 3° Je soutiens qu un sauvage qui ne croit encore rien, mais qui a du bon sens, est beaucoup plus susceptible de la foi, qu'un homme plus instruit , mais élevé dans une fausse religion. Celui-ci a des préjugés à

tion; elle tombe aplomb sur Ja religion naturelle. Je n'ai besoin que de changer quelques termes pour vous le faire sentir. S'il esl une religion naturelle que Dieu prescrive aux hommes, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être distinguée et connue pour la seule véritable. Ces signes N sont de tous les temps et de tous les lieux, également sensibles à tous les hommes,

vaincre, il lui faut des motifs plus frap- grands et petits, savants et ignorants, Eu

ropéens, Indiens, Africains, sauvages. S'il se trouve en quoique Hou du monde un seul mortel de bonne foi qui ne soit pas frappé de son évidence, le Dieu de cetle religion est le plus inique et le plus cruel des tyrans.

Or, selon vous, il est d'une impossibilité démontrer qu'un sauvage puisse jamais élever ses réflexions jusqu'à la connaissance du vrai Dieu, ni par conséquent jusqu'à la connaissance de la religion naturelle. (Emile,towclll, p. 32G: Lettre, p. 39.)

Aussi prétends-je, direz-vous, que son ignorance ne lui saurait être imputée à crime, et qu'il ne sera pas puni pour n'avoir point eu de religion. Mais nous vous disons de même que l'infidèle ou le sauvage ne sera pas puai «pour n'avoir pas reconnu la religion révélée, s'il n'a point eu de moyen pour la connaître. C'est le sentiment unanime de tous les théologiens catholiques, après saint Thomas, que l'infidélité négative n'est pas un péché, ni par conséquent un sujet de damnation. Ainsi voilà votre objection résolue par vous-même.

C'est donc très-mal à propos que vous faites une longue énumération de tous les pays où les missionnaires ne pénètrent point, et de tous les peuples qui n'ont jamais entendu parler de Jésus-Christ ; tout cet étalage d'érudition est déplacé, et ne fait rien contre nous, puisque encore une fois, aucun homme à qui l' Evangile n'a jamais été annoncé, ne sera damné pour n'avoir pas connu l'Evangile.

A quoi sert donc la révélation, direz-vous? Je vous demande, à mon tour, à quoi sert donc la religion naturelle? Puisque sans elle le sauvage ne laissera pas, selon vous, d'être sauvé. Tel homme parvenu jusqu'à la vieillesse sans croire en Dieu, ne sera pas pour cela privé de sa présence dans l'autre vie, si son aveuglement n'a pas été volontaire. (Emile, tome II, p. 325, et Lettre, p. 38.) Ce que vous répondrez pour la religion naturelle, nous servira pour la religion révélée. Nous reviendrons à ce sujet dans la cinquième lettre.

Je me flatte, Monsieur, de vous avoir tenu fidèlement parole; d'avoir montré que vos plus fortes objections prouvent autant contre vous que contre n«us; que les unes sont des contradictions avec vos principes, les autres de pures suppositions ; que si elles ébranlent d'abord le lecteur, c'est moins par leur solidité, que par l'air imposant et le ton de confiance avec lequel vous les pro-

Je suis, etc.

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