‹ Œuvres completes de BergierChapitre 55 sur 255 · SUB LAPOLOGIE DE M. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

SUB LAPOLOGIE DE M. ROUSSEAU

Rien n'est moins agréable ni moins utile, Monsieur, que la discussion qui me reste à finir avec vous : dès que vos opinions sont fausses et pernicieuses , comme je crois

plus de religion publique qui nous incom- l'avoir démontré, peu importe de savoir si,

mode, et tout est bien. en les soutenant, vous avez violé les lois

Pour prouver votre thèse de la prétendue et la bienséance. Pour le faire voir, il faut

souveraineté des prêtres, vous citez en note en revenir à des faits personnels, auxquels

le droit que le clergé a usurpé, selon vous, je voudrais pouvoir m'abstenir de toucher,

de passer seul le contrat du mariage. Il est Mais comme, sous prétexte de vous justifier,

évidemment faux que le clergé dispose seul vous avez traité sans ménagement les ma-

du mariage, ni qu'il ait usurpé ce droit. Un gistrats et le clergé, en examinant votre

contrat si essentiel demande également l'at- apologie; je suis forcé de faire la leur, et de

tention des deux puissances, et le concours vous montrer que vous êtes aussi injuste

égal de leur autorité. Sans les lois qu'elles dans l'attaque, que faible et mal fondé dans

ont portées de concert sur cet article, le la défense.

mariage deviendrait un libertinage et une Commençons par votre profession de foi :

prostitution. Le clergé ne saurait abuser elle était déjà connue par celle du Vicaire

de son pouvoir, puisqu'il ne peut faire exé- savoyard, que vous avez composée ou

cuter des lois de pure discipline, que sous publiée, tout comme il vous plaira. Vous y

le bon vouloir de l'autorité du souverain, avez ajouté de nouveau le sceau de votre

N'a-t-il pas fallu cette autorité pour faire approbation, en déclarant que vous la tien-

recevoir les règlements les plus sages du drez toujours par l'écrit le meilleur et le plus

concile de Trente? utile dans le siècle où vous l'avez publiée.

Si, dans les difficultés survenues entre les (-Lettre, page 19.) On aurait tort de ne pas

deux puissances, le clergé a ordinairement déférer à une sanction si authentique, et de

obtenu ce qu'il demandait, c'est qu'il avait vous troubler dans l'estime dont vous êtes

la justice et la raison de son côté; c'est à pénétré pour vos productions, leur force seule que le gouvernement a cédé. Je suis Chrétien, et sincèrement Chrétien,

Malgré les déclamations réitérées de quel- selon la doctrine de V Evangile. Vous auriez

ques faux sages, l'Eglise a toujours été, et du dire, selon une partie de la doctrine de

sera toujours le plus ferme appui du trône. l'Evangile? puisque vous soutenez que VE-.

Quiconque ose dire : Hors l'Eglise point de vangile est plein de choses incroyables, de

salut, doit être chassé de VEtat La raison choses gui répugnent à la raison, et gu'il est

sur laquelle on dit gue Henri IViembrassa la impossible à tout homme sensé de concevoir

religion romaine, la devrait faire guitter à ni d'admettre. [Emile, tome III, p. 165; Let-

tout honnête homme, et surtout à tout prince tre, p. 115.) Vous ne recevez donc pas tout

qui sait raisonner. Je vous ai montré, Mon- l'Evangile Votre christianisme n'est pas

sieur, que Jésus-Christ même et ses apôtres gênant; les juifs, les mahométans, les ido-

ont osé dire : Hors de l'Eglise point de salut ; lâtres sont aussi chrétiens que vous; pas

que votre décision retombe directement sur un seul qui ne consente à recevoir 1 l'Evan-

eux. Disons mieux, elle ne retombe que sur vous; on ne peut voir sans indignation, qu'en nous renvoyant à l'Evangile , vous osiez condamner, comme pernicieuse, la doctrine qu'il nous enseigne.

Vous nous permettrez de vous dire , que Henri IV raisonna mieux que vous ; son raisonnement en a fait un grand homme et un grand roi. Heureux seraient ceux qui le blâment, s'ils pouvaient penser aussi sensément que lui.

11 s'en faut beaucoup, Monsieur, que j'aie révélé, dans ce chapitre , tout ce qu'il y a de répréhensible. Mais je crois avoir assez dit pour montrer qu'il n'y a, ni suite, ni liaison, ni justesse dans vos idées; que partout vous posez des principes et des conséquences contradictoires ; qu'avant que d'écrire sur des matières aussi essentielles

gile, pourvu qu'on lui permette d'en rejeter ou d'en retenir ce qu'il lui plaira.

' Je suis Chrétien, non comme un disciple des prêtres, mais comme un disciple de Jésus- Christ. Disciple fort docile, en vérité, que celui qui dit à son maître qu'î/ enseigne des choses gui répugnent à la raison, gue l'on croirait plutôt à la magie, gue de reconnaître la voix de Dieu dans de pareilles leçons, que la tête lui a tourné, etc. Est-ce que Vous vous jouez du langage, ou supposez-vous vos lecteurs assez stupides pour ne pas comparer vos feintes démonstrations de respect avec les outrages sanglants que vous lui faites? Je vous épargne ici, Monsieur, un parallèle odieux; mon dessein n'est point de vous blesser, mais de vous représenter la contradiction de vos sentiments.

Vous n'êtes point disciple des prêtres ;

que la religion et la politique, il eût fallu mais quiconque ne l'est point n'est pas dis

méditer davantage, ne point se laisser éblouir par les premières lueurs de vraisemblance, résister un peu plus souvent à la tentation de blâmer et de réformer.

Je suis, etc.

ciple de Jésus-Christ; c'est aux prêtres que Jésus -Christ a donné commission d'enseigner sa doctrine, et jamais vous ne la recevrez sûrement par un autre canal : c'est à eux qu'il a dit dans la personne de ses apô-

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