LETTRE XII
• Monsieur,
-Les objections que vousfaites contre les miracles se réduisent à deux chefs : vous prétendez prouver, 1° que les miracles ne
sont attaquées , et que ce qui paraît affirmé sont pas un signe nécessaire à la foi ; 2° qu'i
dans un endroit est nié dans un autre.
Là-dessus vos ennemis forment un raisonnement fort simple : Si M. Rousseau croit à la révélation, pourquoi en attaquet-il les preuves l'une après l'autre ? S'il en doute , pourquoi veut-il persuader qu'il l'admet purement et simplement. Quand vous aurez répondu à ce dilemme d'une manière satisfaisante, vous pourrez invectiver tant qu'il vous plaira contre vos persécuteurs
ne sont pas un signe infaillible, et dont les hommes puissent juger. La plupart sont copiées d'après Spinosa, et ont été réfutées cent fois; celles que vous y ajoutez méritent à peine une réponse ; n'importe, je n'en omettrai aucune, au hasard môme de répéter, afin de ne donner lieu à aucune espèce de reproche ou de soupçon.
Les miracles, dites-vous, sont une preuve, que non-seulement Jésus n'a pas donnée, mais
Pour nous, Monsieur, nous pensons plus qu'il a refusée expressément. Il ne s'annonça
simplement, et nous parlons plus clairement, pas d'abord par des miracles, mais par la
Nous disons que les trois preuves de la ré- prédication... Il avait déjàrassemblé plusieurs
vélation que vous avez très-bien distinguées disciples, sans s'être autorisé auprès d'iceux
se rassemblent dans Jésus-Christ; qu'il ne d'aucun signe, puisqu'il est dit que ce fut à
faut point les séparer, parce qu'elles se prêtent une force mutuelle , et que leur réunion forme le souverain degré de la conviction. Nous soutenons que la doctrine
Cana qu'il fille premier. (Troisième lettre, p. 75.) Supposons pour un moment que Jésus-Christ n'ait point fait de miracles avant sa prédication; cela était-il nécessaire? Ne
de ce divin Maître ne peut venir que de suffit-il pas qu'il en ait fait en prêchant ? Or,
Dieu, puisque jamais les hommes n'en ont j l'Evangile raconte en même temps le com-
enseigné une qui fût aussi sublime, aussi mencement de sa prédication etlecommen-
pure, aussi irrépréhensible; que les dogmes cernent de ses miracles. Dans le chapitre iv
inconcevables qu'il a prêches ne sont pas un de saint Matthieu, il est dit, au verset 17,
motif d'en douter, parce que Dieu peut nous que Jésus commença de prêcher; et, au ver-»
révéler et nous obliger à croire des choses set 24, qu'on lui présenta tous les malades
que nous ne pouvons pas comprendre. Nous et qu'il les guérit. En second lieu, le fait
assurons que la sagesse de Jésus-Christ est est faux; les miracles avaient précédé la
aussi parfaite que sa sainteté est éminente; prédication. La naissance de Jésus, publiée
que Dieu n'a pas pu permettre qu'un Maître par des anges, annoncée aux mages par une
qui a paru si sage fût un visionnaire ou un étoile extraordinaire, le ciel ouvert lorsqu'il
imposteur : qu'autrement il aurait tendu fut baptisé par Jean, la descente du saint-
auxUxeurs bons et droits le plus inévitable Esprit en forme de colombe, la voix céleste
de rous les pièges. Nous affirmons que les qui déclare Jésus fils de Dieu, n'était-ce
miracles de Jésus-Christ ne peuvent, être ni pas là autant de prodiges? (Matth-. m, 16.)
des prestiges, ni des fourberies , parce que Ce fut à Cana qu'il fit le premier de ses
miracles ; mais il est incertain s'il avait déjà commencé de prêcher alors. 11 aurait été «le la bonne foi de rapporter ce qu'ajoute l'Kvangéliste : Voilà, dit-il. iV premier des signet que Jésus fil à Cana en Galilée, et il y manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. (Joan. ii, 11.) Que signitie manifester sa gloire, sinon faire connaître sa dignité de Fils de Dieu et sa mission? Que veut dire, que ses disciples crurent en lui, sinon que ce miracle confirma leur foi?
Quand on avance que Jésus commença ses fonctions dans le temple, à l'âge de douze ans (troisième lettre, p. 7), on assure une fausseté; il n'était pas permis chez les Juifs d'enseigner avant 1 âge de trente ans ; et Jésus-Christ voulut bien se soumettre a cette loi. Interroger les docteurs, les étonner par la sagesse de ses réponses, ce n'était pas enseigner en maître ni prêcher.
Sa cartiirt, continuez-vous, était déjà fort avancée, quand les docteurs, le voyant faire tout de bon le prophète au milieu d'eux, s'avisèrent de lui demander un signe... Il leur répondit : La nation méchante et adultère demande un signe, et il ne lui en sera point donné. Ailleurs il ajoute ; Il ne lui sera point donné d'autre signe que celui de Jouas le prophète; et leur tournant le dos, il s'en alla.
Remarquons les circonstances: sa carrière était déjà fort avancée; parconséquent, c'était après avoir vu un grand nombre de prodiges, qu'on venait encore lui en demander •un nouveau. Jésus le refusa, parce qu'il savait que ce nouveau miracle ne ferait pas plus d'impression que les autres sur la nation méchante et adultère. Il le refusa aux Juifs dans cette circonstance particulière, parce que autrefois il leuren avait été accordé sans les persuader. Lorsqu'il se scandalisèrent de ce qu'il disait à un parai} tique : Vos péchés vous sont remis .-pour vous faire voir, répondit Jésus, que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : levez-vous, dit-il au paralytique, emportez votre lit, et retournez chez vous. Le malade se Ina et s'en retourna. (Matth. ix,6.) Ce seul passage est la réfutation de toutes vos objections.
Le commentaire que vous faites sur les paroles de l'Evangile est digne de remarque. Ils me demanderont ce que c'est donc que le signe dp Jnnas le prophète? Je leur répondrai que c'est sa prédication aux Ninivites, précisément le même signe qu'employait Jésus avec les Juifs, comme il l'explique lui-même. (Troisième lettre, page 78.) Voyons si c'est ainsi ?ue Jésus l'explique; voici ce qu'il ajoute : ar de même que Jonas a été trois jours et trois nuits dans le ventre d'un poisson, ainsi le Fils de l'homme demeurera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. Il est clair que Jésus-Christ parle de son séjour dans le tombeau, qui devait être suivi de sa résurrection; qu'il renvoie par conséquent les Juifs à ce miracle éclatant. Je le nie, répliquez-vous; Jésus parle tout au plus de sa mort ; or, ta mort d'un homme n'est pas un
miracle. Non, assurément; mais parla môme raison-, la prédication de Jonas et celle de Jésus ne sont fias un miracle non plus ; il ne renvoie donc point les Juifs à cette prédication. Ce n'est pas même un miracle, ditesvous, qu'après avoir resté trois jours dans la terre, un corps en soit retiré. Non, s'il en est retiré mort ; mais s'il en sort vivant, comme Jonas est sorti du ventre d'un poisson, et comme Jésus est sorti du tombeau, ne serace pas un miracle ? Dans ce passage, il n'est pas dit un mot de la résurrection. Le terme, à la vérité, n'y est pas, mais la chose sauto aux yeux, à moins qu'on ne s'obstine à les fermer pour ne pas les voir. Quel genre de preuves serait-ce, de s'autoriser durant sa vie sur un signe qui n'aurait lieu qu'après sa mort;... comme cette conduite serait iujuste, cette interprétation serait impie. Il n'y a ici ni injustice ni impiété : Jésus parlait aux scribes et aux pharisiens, qui l'accusaient de chasser les démons par le pouvoir de Belzébuth, prince des démons, et qui, après cette calomnie, avaient encore l'imprudence de lui demander un signe ou un miracle (Matth. xii, 24 et 38) : Jésus leur déclare qu'il ne leuren sera plus donné d'autre que celui de sa sépulture, semblable à celle de Jonas. Où est l'injustice? où est la contradiction entre cette réponse et ce qui précède.
II me vient un soupçon , Monsieur; il me semble que la seule idée de résurrection vous importune, surtout quand il est question de celle de Jésus-Christ ; dans toutes vos objections contre les miracles, dans tous vos livres, on ne voit pas un mot sur ce fait important. Ce silence a de quoi surprendre.
La conclusion de votre commentaire est curieuse : Enfin, quoiqu'il en puisse être, il reste toujours prouvé, par le témoignage de Jésus même, que s'il a fait des miracles durant sa vie, il n'en a point fait en témoignage de sa mission. (Pag. 79.) On vient de voir par l'Evangile comme cela est prouvé. Pou? rendre la fausseté encore plus palpable, il est à propos de rassembler quelques autres passages.
Deux disciples de Jean-Baptiste viennent de sa part trouver Jésus , et lui font cette
Question : Etes-vous celui qui doit venir, ou evons-nous en attendre un autre? C'était lui demander clairement des témoignages de sa mission; que leur répondit-il? A l'heure même, dit PEvangélisle, il guérit plusieurs malades, il rendit la vue à plusieurs aveugles. Allez, dit-il ensuite aux deux envoyés, racontez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : que les aveugles voient , que les boiteux marchent, que tes lépreux sont guéris que les sourds entendent, que les morts ressuscitent , que l'Evanglcest annoncé aux pauvres. (Luc. vu, 29 et seq.) Telle fut sa réponse : et l'on nous dit hardiment que Jésus n'a point fait ses miracles en témoignage de sa mission. |
Les Juifs environnèrent Jésus et lui dirent : Jusqu'à quand nous liendrez-rous en suspens"! Si vous êtes le Christ, ditcs-nous-le
ouvertement. C'était là sans doute le cas de Toutes 1rs fois , dites-vous, que les Juifs
prouver sa mission. Jésus leur répondit : Je ont insisté sur ce genre de preuves, il les a
vous parle, et vous ne me croyez pas : les œu- toujours renvoyés avec mépris, sans daigner
vres que je fais au nom de mon Père rendent jamais les satisfaire. (Troisième lettre, page
témoignage de moi. Vous vous souviendrez, 79.) J'ai encore montré le contraire par la gué-
s'il vous plaît, que Jésus-Christ fait ici prin- rison du paralytique, que Jésus-Christ fit
ci paiement allusion à la guérison de l'aveu- exprès pour prouver aux Juifs qu'il avait
gle-né, racontée dans le chapitre précédent, le pouvoir de remettre les péchés,
qui avait fait grand bruit parmi les Juifs, // n'approuvait pas même, selon vous,
sur laquelle ils avaient fait les plus exactes qu'on prît en ce sens ses œuvres de charité :
informations. Si je ne fais pas, continue-t-il, si vous ne voyez des prodiges et des mi-
les œuvres de mon Père , ne me croyez pas ; racles, vous ne croyez point, disait-il à
si je les fais, et si vous ne voulez pas me celui qui le priait de guérir son fils. Parle-
croire , croyez à mes œuvres. (Joan. x, 24.) l-on sur ce ton-là quand on veut donner des
Si je n'avais pas fait parmi eux, dit-il ail- prodiges en preuves ? Oui , on parle sur eo
leurs, des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ton à des gens qui, peu frappés d'un grand
ils seraient exempts de péché; mais ils les nombre de prodiges déjà faits, en deman-
ontvues, et ils me haïssent aussi bien que dent sans cesse de nouveaux. Jésus-Christ
mon Père. (Joan. xv, 24.) Voilà comme les parle sur ce ton à ceux dont il connaissait
miracles de Jésus-Christ n'étaient pas faits les sentiments intérieurs, et qu'il savait ne
pour prouver sa mission. vouloir pas mieux profiter d'un nouveau
Quelque formels que soient ces passages, miracle que des précédents. Il parle sur ce ils ne le sont pas encore assez à mon gré ; ton à ceux dont l'ambition intéressée vouje veux donner au lecteur la satisfaction de lait que les miracles fussent faits spécialevous voir contredit par Jésus-Christ en pro- ment pour eux, et qui doutaient toujours près termes. 11 s'agit du plus grand, du plus de sa puissance, jusqu'à ce qu'ils en eussent frappant, du plus incontestable des miracles fait personnellement l'épreuve. Il pariait de Jésus-Christ, de la résurrection de La- sur ce ton-là, et plus durement encore, à zare. Vous savez avee quel appareil il fut des censeurs curieux et orgueilleux, qui opéré, en présence de la famille du mort , voulaient être arbitres de l'usage que Jésusdes disciples du Sauveur, des principaux Christ devait faire de sa puissance, qui de- Juifs de Jérusalem. Vous nous donnerez mandaient un miracle dans le ciel , après bientôt lieu d'en examiner les circonstances; en avoir vu plusieurs sur la terre, et qui, il n'est ici question que d'en savoir l'inten- après celui-ci , en aurait exigé un autre, tion et le motif : Jésus-Christ môme nous Enfin, il parlait sur ce ton à la multitude l'apprendra. Lorsqu'on eut levé la pierre des Rousseaux dont il était environné, qui qui couvrait le tombeau , Jésus éleva les s'aveuglaient sur ses prodiges , qui le cayeux au ciel, et dit : Mon Père, je vous lomniaient, qui conspiraient contre lui en rends grâces de ce que vous m'avez exaucé; faisant semblant de l'honorer. pour moi je sais bien que vous m' écoutez tou- Vous insistez encore. Combien n'était-il jours , mais je l'ai dit à cause de ce peuple pas étonnant que , s'il eût tant donné de ces qui m'environne , afin qu'ils croient que vous sortes de preuves , on continuât sans cesse à m'avez envoyé. (Joan. xi, 41.) Ensuite il ap- lui en demander? Quel miracle fais-tu, lui pelle le mort et le ressuscite. Déjà il avait disaient les Juifs , afin que, l'ayant vu, nous dit à ses disciples, en leur annonçant la croyions à toi? Moïse donna la manne dans mort de Lazare : J'en suis bien aise à cause le désert à nos pères; mais toi, quelle œuvre de vous, afin que vous croyiez, puisque je fais-tu? C'est comme quelqu'un qui deinann étais pas là. (Joan. xv.) dait au roi de Prusse ce qu'il a fait pour
D'un côté, Jésus rend grâces à son Père avoir le nom de grand capitaine. L'impru-
du miracle qu'il va faire, à cause du peuple dence d'un pareil discours est-elle concevable,
qui l'environne, afin que l'on croie à sa et trouverait- on sur la terre entière un
mission : de l'autre, Jean-Jacques Rousseau homme capable de le tenir? (Troisième lettre,
nous assure, nous répète, nous soutient page 80.)
obstinément que Jésus-Christ n'a point fait C'est ici de la charité d'une nouvelle es-
de miracles en signe de sa mission; auquel pèce. Vous aimez mieux supposer que les
dos deux devons-nous' ajouter foi? évangélistes sont des visionnaires ou des
Je supprime d'autres passages; nous en menteurs que d'admettre que les Juifs
verrons encore : j'ai même trop insisté sur étaient des impudents. Vous seul en doutez,
un point , dont vous seul avez pu feindre et pour* cause; mais votre doute même se
de douter. Je vous laisse répéter, tant qu'il tourne en preuve contre vous. Nous sommes
vous plaira, que les miracles de Jésus-Christ convaincus , par votre exemple, que l'on
étaient plutôt des actes de charité que des peut encore trouver sur la terre un homme
preuves; qu'il les faisait dans des occasions capable d'imiter l'opiniâtreté des Juifs, de
particulières , dont le choix n'annonçait pas nier; par entêtement de système , de faits
un témoignage public, dont le but était si incontestables.
peu de manifester sa puissance, qu'on ne Comme vous avez désormais une cause
lui en a jamais demandé pour cette fin commune avec eux, vous allez nous faire
qu'il ne les ait refusés. Le contraire esj dé-, leur apologie. Les Juifs demandaient un
montré ; cela suffit. signe du ciel. Dans leur système, ils avaient
syff
raison. Le signe qui devait constater la tenue du Messie ne pouvait, pour eux, être trop évident, trop décisif, trop au-dessus de tout soupçon, ni avoir trop de témoins oculaires. Comme le témoignage immédiat de Dieu vaut toujours mieux que celui des hommes, il était plus sûr d'en croire au signe même qu'aux gens qui disaient l'avoir vu ; et, pour cet effet, le ciel était préférable à la terre. (Troisième lettre, pag. 81.)
Vous nie permettrez de soutenir que la terre était préférable au ciel. Un signe céleste eût été pris, par les Juifs opiniâtres, pour un phénomène naturel , et si l'Evangile en racontait de cette espèce , vous seriez le premier à les rapporter, bien ou mal , à des raisons physiques. Un signe du ciel eût été un miracle de pure ostentation, et Jésus-Christ voulait que les siens fussent des actes de charité. Le ciel ouvert au baptême de Jésus , la descente du Saint-Esprit sur lui , la voix céleste entendue de tous les assistants, était un signe du ciel; les Juifs n'y avaient pas ulus d égard qu'à tous les «litres.
Que veut dire , je vous prie , cet axiome, que le témoignage immédiat de Dieu vaut toujours mieux que celui des hommes ?
Quand Jésus guérit le paralytique, et guérit Lazare à la vue des Juifs, n'était-ce pas là le témoignage immédiat de Dieu? Et avaiton alors besoin de celui des hommes ? Soutiendrez-vous que, pour ne pas recourir à ce témoignage , Jésus-Cbrist était obligé de répéter ses miracles autant de fois qu'il y avait des Juifs à convertir , afin que tous en fussent témoins oculaires? Le signe qui devait constater la venue du Messie ne pouvait être trop évident , trop décisif, trop au-dessus de tout soupçon : mais les miracles de Jésus-Cnrist pouvaient-ils être plus évidents, plus décisifs, plus exempts de soupçons qu'ils l'étaient? Joignez à cela les prophéties auxquelles les autres ajoutaient foi , et dont l'accomplissement leur paraissait prochain , lorsque Jésus parut ; ajoutezy encore les témoignages de Jean-Baptiste, que les Juifs avaient regardé comme un prophète ; ajoutez , enfin, la sainteté éminente du Sauveur, à laquelle, cependant, les Juits ne rendirent jamais justice ; ditesnous , ensuite , si des gens , obstinés à résister à tant de caractères, avaient encore raison , selon leurs principes.
Nouvelle objection: Jésus dit, après le prophète , que le royaume des deux ne vient point arec apparence ; que celui qui l'annonce ne débat point, ne cric point ; qu'on n'entend point sa voix dans les rues : tout cela ne res- ]iire point l'ostentation des miracles; aussi n'était -elle pas le but des siens. Assurément; mais autre chose est de prouver sa doctrine par des miracles, et autre chose d'en faire ostentation : je vous ai montré que, sans ostentation, Jésus-Christ a donné ses œuvres pour preuves de sa mission.
Vous prétendez qu'il n'y mettait ni l'appareil, ni l'authenticité nécessaires pour constater .'e vrais signes, ['arec qu'il ne les
donnait point pour tels. Cela est faux. Peut-on mettre plus d'appareil et d'authenticité qu'il en mit à la résurrection de Lazare , à la multiplication des pains , à la guérison du paralytique, et à tant d'autres? 11 lés a faits dans les villes, aussi bien qu'à la campagne, sur les places publiques et sur les grands chemins, dans le temple et dans 1-es maisons particulières. Tous n'ont pas été également publics; mais cela était-il nécessaire? Celui qui n'était pas converti par un seul miracle bien constaté ne l'aurait pas été davantage par un millier d'autres.
Au contraire, poursuivez-vous, il recommandait le secret aux malades qu'il guérisrait, aux boiteux qu'il faisait marcher, aux possédés qu'il délivrait du démon ; l'on eût dit pu il craignait que sa vertu miraculeuse ne fût connue ; on m'avouera que c'était une étrange manière d'en faire la preuve de sa mission. (Troisième lettre, page 81.)
Vous montrez très-bien que Jésus-Christ ne [faisait fias ses miracles par ostentation, ni seulement pour étonner le peuple; qu'il n'en faisait pas une preuve quand il n'était pas question de prouver : mais vous nous laissez bien loin de ce que vous avez avancé d'abord, que jamais Jésus ne les avait donnés pour preuve.
Continuons : « Celui qui me rejette a, disait-il, qui le juge Rajoutait-il : Les miracles que j'ai faits le condamneront? » non, mais « la parole que j'ai portée le condamnera. » La preuve en est donc dans la parole, et non pas dans les miracles. Rapprochons de ce passage celui que j'ai cité plus haut, nous aurons la solution évidente. Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils seraient exempts de péché. Par conséquent, ce n'est point la parole seule et dénuée de preuves qui devait condamner les Juifs, mais la parole autorisée par les miracles et par les autres caractères de la mission de Jésus-Christ.
Comment la parole de Jésus-Christ seule aurait-elle pu condamner les Juifs selon votre système? La parole de Jésus-Christ, c'est i'Ëvangile : or, vous avez dit qu'il est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison, et qu'il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre. (Emile, tome 111, p. 168. ) Les Juifs pouvaient-ils être condamnés pour n'avoir pas cru des choses qui répugnent à la raison, pour n'avoir pas admis ce qu'il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre, surtout si ces dogmes n'étaient confirmés par aucune prouve extérieure? Les Juifs étaient-ils blâmables de demeurer dans le même scepticisme que le Vicaire savoyard? Jésus-Christ a cependant condamné les Juifs incrédules ; par conséquent, votre Vicaire et vous-même êtes enveloppés dans leur condamnation.
Selon vous, on voit dans l'Evangile , que les miracles de Jésus étaient tous utiles; n,ais ils étaient sans éclat, sans apprêts, sans pompe ; ils étaient simples comme ses dis-
cours, comme sa vie, comme toute sa conduite. Le plus apparent, le plus palpable qu'il ait fait, est, sans contredit, celui de la multiplication des cinq pains et des deux poissons, qui nourrirent cinq mille hommes : non-seulement srs disciples avaient vu le miracle, mais il avait, pour ainsi dire, passé par leurs mains; et cependant ils n'y pensaient pas ; ils ne s'en doutaient presque pas. Concevez-vous
l'Evangile. Jésus voulait que ses miracles i fussent tout à la fois une œuvre de charité, j une récompense de la confiance, et une; preuve de sa mission : tels ont été tous ses
prodiges. Un de ces caractères ne détruit point l'autre : [trouver que l'un convient aux miracles du Sauveur, ce n'est pas exclure les autres.
Inutilement donc vous ajoutez : C'étaient qu'on puisse donner pour signes notoire? au simplement des actes de bonté, de charité, de genre humain, dans tous les siècles, des faits bienfaisance, qu'il faisait en faveur de ses auxquels les témoins les plus immédiats font à amis et de ceux qui croyaient en lui ; et c'était peine attention. (Troisième lettre, p. 82.) dans de pareils actes que consistaient les œu-
Supposons pour un moment, ce qui est vres de miséricorde , vraiment dignes d'être faux, que le miracle de la multiplication siennes, qu'il disait rendre témoignage de lui. des pains n'ait pas été fait expressément Ces œuvres marquaient le pouvoir de bien faim, pour confirmer la mission de Jésus-Christ, plutôt que la volonté d'étonner ; c'étaient de$
s'ensuit-il qu'il n'en ait point fait d'autres avec cette intention distinctement marquée? Pour que l'on puisse juger du dessein qu'a eu Jésus-Christ en les faisant, est-il néces-
vertus plus que des miracles.
Vous vous jouez du terme de vertus, quand vous prétendez qu'il signifie plutôt des bonnes oeuvres que des actes de puissance. Nierez-
saire qu'il ait déclaré en termes exprès, à vous que vertus, dans le sens le plus nalu
chacun de ses miracles, qu'il le faisait en témoignage de sa mission ? L'intention de Jésus-Christ, dans la multiplication des pains, est suffisamment marquée par l'effet que produisit ce miracle sur les milliers d'hommes rassasiés : Ces hommes, dit l'Evangile, aijnnt vu le miracle que Jésus venait de faire, s'écrièrent : C'est là véritablement le prophète qui doit venir dans le monde, c'està-dire le Messie. (Joan. yi, li.)
Mais les disciples oublièrent ce miracle dans une circonstance où ils auraient dû s'en souvenir; qu'est-ce que cela prouve?
roi, signifie force, puissance, pouvoir? Je m'offre à vous montrer, par quarante passages bien comptés , que telle est sa signification ordinaire clans l'Evangile. Je n'en citerai que deux qui sont décisifs. Plusieurs, cl il Jésus-Christ, me diront: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom, chassé les démons et fait plusieurs miracles? Virtutcs militas. Je leur répondrai: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous.de moi, ouvriers d'iniquité. (Malth. vu, 22.) Est-il question là de vertus ou de bonnes œuvres? Je vous ai donné le pouvoir, dit Jésus à ses disciples,
// est dit, selon votre remarque même, que de fouler aux pieds les serpents et les scor-
c était à cause que leur cœur était stupide ; mais, ajoutez-vous , qui s'oserait vanter d'avoir un cœur plus intelligent dans les choses saintes, que les disciples choisis par Jésus ? Vous-même vous vous en vantez, et d'une manière fort in.!é;ente ; vous faites profession de n'être pas de l'avis de saint Paul (troisième lettre, page 118); vous démentez à tout moment les évangélistes ; vous
pions , et surtout la puissance de l'ennemi, et il ne vous fera point de mal. (Luc, x, 19..) Virtutem inimici, désigne-t-il la vertu et les bonnes œuvres ?
Je suis déjà convenu avec vous que les miracles du Sauveur sont tout à la fois des actes de charité et des actes de puissance ; que l'un de ces caractères n'exclut pas l'autre ; au contraire, l'un confirme l'autre. La
attribuez ce qu'ils disent à leur ignorance, à question est de savoir, en les examinant sé-
leur grossièreté, à leur prévention. (Ibid. , parement, lequel des deux était plus propre
page 98.) à convaincre les Juifs de la mission de Jé-
Tant s'en faut, dites-vous, que l'objet réel sus-Christ, et auquel des deux Jésus-Christ
des miracles de Jésus-Christ fut d'établir la voulait que les Juifs fissent plus d'attention
foi ; qu'au contraire, il commençait par exi ger la foi, avant que de faire le miracle. Bien n'est si fréquent dans l'Evangile. C'est précisément pour cela; c'est parce qu'un prophète n'est sans honneur que dans son pays,, qu'il fit dans le sien très-peu de miracles : il est dit même qu'il n'en put faire à cause de leur incrédulité. Comment ? C'était à cause de leur incrédulité qu'il en fallait faire pour les convaincre , si ses miracles avaient eu cet objet ; mais ils ne l'avaient J)as.
Le contraire est prouvé. Jésus exigeait un commencement de foi de ceux qui lui deman
Je soutiens que c'est le second , et je vais vous en convaincre par vos propres paroles, et par celles de Jésus-Christ.
Vous avez dit que la sainteté des mœurs d'un envoyé de Dieu frappe par préférence les gens bons et droits, niais qu'il n'est pas impossible que ce caractère trompe. (Page 72.) Or, le grand nombre des Juifs étaient-ils des gens bons et droits? Devaient-ils donner principalement leur confiance à un caractère qui, selon vous, peut tromper?
Quand Jésus voulut convaincre les Juifs de sa mission, par la guérison du paralytique, il ne leur dit point : C'est pour vous
daient des miracles, nu plutôt il exigeait la faire voir que le Fils de l'homme a la cha-
coniiance à son pouvoir. Quand il voyait en rite de remettre les péchés, mais qu'il en a I
eux un fond d'incrédulité, il refusait d'en le pouvoir, potestatem. Dans tout l'Evangile,
faire, parce qu'il ne voulait pas < pie ses mi- les œuvres de Jésus-Christ sont annoncées
racles fussent inutiles. Voilà ce qu'atteste sous le nom de pouvoir , de puissance, de
signes, de miracles, de prodiges, presque chrétiens plusieurs milliers d'hommes à la
jamais sous le nom de charité, de sainteté, de bonnes œuvres :. supposerons-nous que les évangélisles ont parlé d'une manière directement contraire à la nature des choses et à l'intention de Jésus-Chnst?
L'objection suivante est un chef-d'œuvre. Comment la suprême Sagesse eût-elle employé des moyens si contraires à la fin qu'elle se
première prédication de saint Pierre. Il n'est presque pas un miracle sur lequel on ne fasse la môme remarque. Otez les miracles de V Evangile, et toute la terre est aux pieds de Jésus-Christ. Oserais-jc vous demander quel motif pourra y amener les na-* tions barbares ? Je dis au contraire : ôtez les miracles de l'Evangile, et il ne restera pas
proposait? Comment n'eût-elle pas prévu que dans toute la terre un seul disciple à Jesusles miracles dont elle appuyait l'autorité de Christ
ses envoyés produiraient un effet tout opposé? qu'ils feraient suspecter la vérité de l'histoire, tant sur 1rs miracles que sur la mission? et que, parmi tant de solides preuves, celle-là ne ferait que rendre plus difficiles sur toutes les autres les qens éclairés et
Vous poussez plus loin cette merveilleuse pensée ; c'eût été dommage de s'arrêter en si beau chemin : vous prétendez faire grâce à Jésus-Christ de daigner croire en lui, malgré le scandale de ses miracles. Je ne sais pas bien, dites-vous dans une note, vrais ? Oui,. je le soutiendrai toujours, l'ap- ce que pensent au fond de leur cœur ces bons pui qu'on veut donner à la croyance en est le Chrétiens à la mode ; mais s'ils croient à Jéplus grand obstacle: ôtez les miracles de sus par ses miracles , moi j'y crois malgré V Evangile, et toute la terre est aux pieds de ses miracles, et j'ai dans l'esprit que ma foi Jésus-Christ. (Page 8i.) vaut mieux que la leur. ( Page 84.) Assuré-
11 faut avoir lu cette tirade pour conce- ment, elle a tout le mérite de la singularité ; elle est unique dans l'univers. Croire à Jésus par ses miracles, c'est la foi du vulgaire; un esprit sublime doit-il penser comme ceux qui n'ont qu'un grossier bon sens? Il ne faut avoir rien de commun avec le peuple, pas même la religion. Pourrezvous consentir, au moins, à vous trouver en paradis avec nous?
Vous sentez cependant que les passages de l'Evangile dont vous avez abusé ne sont pas fort concluants : vous voulez prévenir l'objection. Accordons, dites-vous, que d'autres passages présentent un sens contraire à ceux-ci; ceux-ci, réciproquement, présentent un sens contraire à ceux-là ; et alors je choi-' sis, usant de mon droit, celui de ces sens qui me paraît le plus raisonnable et le plus clair. J'ai fait voir que vos passages ne prouvent rien ; je vais le démontrer encore plus clairement, en les rappelant en deux mots.
voir jusqu'où l'entêtement peut conduire un grand génie. Tout ceci est contraire à vous-même, contraire à la nature des choses, contraire à la vérité historique.
1° Contraire à vous-même. Vous avez dit que, des trois caractères dont la révélation peut être revêtue, les miracles sont le plus frappant, celui qui saisit spécialement le peuple (page 73) ; que la bonté divine, lorsqu'elle les emploie, se prête aux faiblesses un vulgaire et veut bien lui donner des preuves qui fassent pour lui. Ici vous dites que la suprême Sagesse, en faisant opérer des miracles à ses envoyés, aurait employé des moyens contraires à la fin qu'elle se proposait. Peut-on se contredire aussi grossièrement dans un espace de douze pages ? '.
2° Cela est contraire à la nature des choses. Le très-grand nombre des hommes à convertir, surtout parmi les nations infidè
les, sont des ignorants; les esprits éclairés Vous avez objecté que Jésus-Christ n'a point
fait de miracles avant que de prêcher, cela prouve-t-il qu'il n'en ait point fait en prêchant ? Qu'il en a quelquefois refusé, s'ensuit-il qu'il n'en ait jamais accordé? Quv ses mirac/es étaient des œuvres de charité, étaient-ils moins des œuvres de puissance? Que Jésus-Christ demandait la foi avant ler miracle, cela empêche-t-il que le miracle ne la confirme ? Que les Juifs lui en ont souvent demandé, est-ce une preuve qu'ils n'en eussent déjà pas vus ? Que Jésus-Christ n'en faisait pas ostentation , cela les rendait- il moins utiles ? Que la parole condamnera les incrédules, seront-ils moins condamnés par les miracles? Que les apôtres les oublièrent souvent, lout le monde les oubliait-il de même? Voilà les preuves dont vous triomphez.
Je vous ai montré de plus que vos passages ne peuvent point servir ue solution ni d'explication ù ceux que je vous ai cités ; que vous ne pouvez même y répondre sans contredire formellement l'Evangile. Voilà donc en quoi consiste votre droit prétendu, à choisir le sens directement opposé à celui
ne sont 'pas un entre mille. Quand il serait aussi vrai qu'il est faux que les miracles sont capables de rendre suspectes aux gens éclairés l'histoire, la doctrine, la mission, serait-il de la Sagesse divine de sacrifier la conversion et le salut de mille hommes à la crainte d'en scandaliser un seul. La Sagesse divine l'a prévu, ce scandale des prétendus gins éclairés; elle l'a prédit. Je suis venu au monde, dit Jésus-Christ, pour exercer un jugement, par lequel ceux qui ne voient pas verront, et ceux qui croient voir deviendront aveugles. (Joan. ix. 20V Je vous laisse faire l'application.
3° Cela est contraire à la vérité historique. Les évangélisles nous attestent que ce sont les miracles qui ont formé des sectateurs à Jésus-Christ et aux apôtres; que celui de Cana lui attacha ses disciples ; que la gnérison du fils duCentenier convertit toute sa famille; que la multiplication des pains ht publier à des milliers de peuple qu'il était le Messie ; que la résurrection de Lazare gagna plusieurs des principaux d'entre les Juifs; que le don des langues rendit
ŒUViiES COMPLETES DE BEllGIER.
en*
que le texte présente, parce qu'il vous plaît clés; il peut donc avoir des raisons d'en
oc le trouver le plus raisonnable.
Si J'avais, continuez-vous, Yorgueil de tout expliquer, je pourrais, en vrai théologien, tordre et tirer chaque passage à mon sens ; mais la bonne foi ne me permet point ces interprétations sophistiques. Eh 1 qu'avez-vous fait autre chose que tordre et tirer l'Kvangile à votre sens, supprimer ce qui fait contre vous, insister sur ce qui ne prouve rien, et rassembler des sophismes au lieu de preuves? Vous n'avez pas l'orgueil de tout expliquer, et vous avez celui
faire : la sagesse éternelle ne fait rien sans raison; il peut donc se servir des miracles pour nous faire connaître ses volontés. Les connaîtrions-nous alors, s'il était impossible de discerner sûrement le signe dont Dieu1 se servirait pour exciter noire attention ? Peut-il nous donner un signe équivoque, trompeur, que nous sommes incapables de discerner, et tendre ainsi un piège à notre ignorance? Selon vous, c'est une impiété de douter si Dieu peut faire des miracles : n'en' est-ce pas une plus grande de supposer qu'il
de tout contredire ; lequel est le plus mo- en peut faire, s'ils sont un signe nécessaire-'
deste? \ ment trompeur ?
11 semble que votre façon de raisonner En a-t-il fait ? En a-t-il voulu faire ? Quoi
soit une dérision. V autorité que je donne à que vous en puissiez dire, cette question
V Evangile, je ne la donne point à ïinterpré- doit être décidée par les faits; elle ne saurait
tation des hommes. Votre propre interprétation n'est donc pas celle d'un homme ? Daignez nous prouver qu'elle est divine.
Se laisser mener par autrui sur cette matière, c'est, selon vous, substituer l'explication au texte; c'est se soumettre aux hommes et non pas à Dieu. Voud riez-vous nous montrer quelle soumission l'on témoigne à Dieu, quand on s'attribue le droit d'expliquer sa parole comme on juge à propos? preuve morale à constater des faits, des que
l'être autrement.
Vous prétendez que c'est un sophisme grossier d'employer la preuve morale à constater des faits naturellement impossibles, puisqu'alors le principe même de la* crédibilité, fondé sur la possibilité naturelle, est en défaut. (Troisième lettre, page 88.)
J'ai fait voir, dans ma troisième lettre, que ce n'est point un sophisme d'employer la
Quelle force peut avoir une loi que tout particulier est le maître d'entendre comme il lui plaît? Voilà le mystère de la foi prolestante, que nous n'avons pas encore pu concevoir.
ce sont des faits sensibles et palpables; que, quoique ces faits soient naturellement impossibles, ils ne sont pas moins du ressort des sen:> ; que le principe de la crédibilité' n'est point alors en défaut, puisqu'on sup-
La seconde partie de vos objections sera pose qu'ils ne sont point arrivés naturelle-
peut-être plus sérieuse. 11 est question de ment, mais par un pouvoir supérieur à la
prouver que les miracles ne sont pas un si- nature ; que vous avez fait usage vous-même
gne infaillible, et dont les hommes puissent de ce principe, lorsque vous avez dit que
juger. les faits de Jésus-Cnrist sont beaucoup
Vous définissez d'abord le miracle, une mieux attestés que ceux de Socrate ? {Emile,
exception réelle et visible aux lois de la tome III, p. 168.) Par votre argument , vous
nature (troisième lettre, page 87); vous prouveriez que nous ne devons point ajouter
convenez qu'il serait absurde de douter si foi aux physiciens, lorsqu'ils font quelque
Dieu peut faire des miracles; que toute la découverte qui auparavant nous paraissait
question se réduit à savoir s'il le veut, naturellement impossible, parce qu'alors le
Vous prétendez que, pour la résoudre, il principe de la crédibilité est en défaut à
faudrait lire dans les décrets éternels; notre. égard.
qu'il est impossible de la décider par les Si les hommes, dites-vous, veulent bien, en
faits. pareil cas, admettre cette preuve dans des
Selon vous, soit qu'il y ait des miracles, choses de pure spéculation, ou dans des faits soit qu'il n'y en ait pas, il est impossible au dont la vérité ne les touche guère, assuronssage de s'assurer que quelque fait que ce soit, nous qu'ils seraient plus difficiles, s'il s'agispuisse en être un. (Ibtd., page 100.) Sentez- sait pour eux du moindre intérêt temporel. vous la contradiction, Monsieur ? Dieu est Supposons qu'un mort vînt redemander ses assez puissant pour faire des miracles, et il biens à ses héritiers, affirmant qu'il est ressus* ne l'est pas assez pour nous les faire con- cité, et requérant d'être admis à la preuve, naître; il peut changer à son gré l'ordre de croyez-vous qu'il y ait un seul tribunal sur la la nature, mais il ne peut pas nous faire terre où cela lui fût accordé ? {Emile, tome apercevoir ce changement; il est le maî- 111, p. 88.)
tre d'interrompre le cours des lois qu'il a Vous me permettrez de vous faire obserétablies, et il ne l'est pas de nous rendre ver que 1 objet des tribunaux civils n'est celte interruption si palpable, que nous ne point de juger des miracles : tous seraient puissions nous y méprendre? Un miracle fondés à rejeter la requête sur le simple exest un changement sensible dans l'ordre de posé, parce que la mort, rompant tous les la nature, une exception réelle et visible à liens de la société, éteint aussi tout droit ses lois, et un miracle ne peut jamais être de propriété. Le mort saisit le vif: c'est un sensible ni visible. Est-ce un philosophe, principe de jurisprudence, auquel un cas est-ce un homme sensé oui débite cette extraordinaire et miraculeux ne doit jadoctrine? mais déroger. Votre supposition ne prouve
De votre aveu, Dieu p#ut faire des mira- donc rien.
assuré de mon état, de nies obligations, do ma destinée, est mon garant de la certitude des lois physiques.
Remarquez, je vous prie, que toutes les découvertes physiques sur lesquelles vous insistez, loin d'alïaiblir ma preuve, lacon-
PART. I. THEOLOGIE IM11LUS. - Ll 6(ÏG
Voici une objection plus forte, en apparence. Puist/u'un miracle est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois ; et pour en juyer sûrement, il faut les connaître toutes, car une seule qu'on ne connaîtrait pas pourrait, en certains
cas inconnus aux spectateurs, changer l'effet firment. Depuis Adam jusqu'à nous, a-t-on de celles qu'on connaîtrait. Ainsi celui qui découvert une nouvelle loi physique qui prononce qu'un tel ou tel acte est un miracle ait introduit un nouvel ordre moral, ou qui déclare qu'il connaît toutes les lois de la ait donné quelque atteinte à la règle immuanature, et qu'il sait que cet acte en est une bledes mœurs? exception. Par une nouvelle conséquence, lorsque la
Remarquez, s'il vous plaît, que vous faites sagesse divine a résolu d'établir un nouvel le môme sophisme que les matérialistes, ordre moral, de m'imposer de nouvelles pour prouver que la pensée est peut-être obligations, de m'assujettir à un nouveau une propriété de la matière. Nous ne con- culte, elle agit régulièrement en m'avertisnaissons pas toutes ses propriétés, disent- sa'nt de ses volontés, par une interruption
ils, comment pouvons-nous affirmer que la pensée n'est pas une de ces propriétés inconnues ? Nous répondons qu'il suffit, pour l'affirmer, de savoir que la matière
momentanée et frappante de ces mêmes lois, dont, excepté ce cas, elle ne change jamais le cours (9). Si vous voulez méditer attentivement ce principe, vous en sentirez mieux
a deux propriétés incompatibles avec la qu'un autre la justesse et les conséquences: pensée ; savoir, l'étendue et la divisibilité, personne ne forait plus convaincu que vous
11 est étonnant qu'avant senti vous-même le faible de ce raisonnement vous en fassiez un semblable sur un autre sujet.
Nous ne connaissons pas toutes les lois particulières de la nature; mais nous connaissons une loi générale, qui nous garantit la certitude de celles que nous connaissons : c'est la sagesse de Dieu et sa providence. Nous développerons, s'il vous plaît, ce prin
l'êtes de la nécessité de l'ordre moral; je n'ai pas à craindre que vous m'en contestiez la certitude.
Vous objecterez, sans doute, que nous ne connaissons pas assez parfaitement les rapports de toutes les lois physiques avec les lois morales, pour apercevoir quel etl'et le dérangement de telle loi peut avoir à l'égard de la règle des mœurs : quand un homme sau-
cipe; il fournit la réponse à la plupart de vos rait multiplier des pains, par exemple, on
objections. ne voit pas quel inconvénient il en résulte-
C'est la sagesse de Dieu, auteur des lois rait pour la société, morales, qui nous répond de la certitude En effet, il peut quelquefois y avoir du des lois générales physiques ; parce que s'il doute si telle opération ne déroge ni aux lois n'y avait rien de certain dans la nature, il physiques, niaux loismorales; mais la même n'y aurait rien de certain non plus dans la règle générale de la sagesse et de la bonté société, dans notre état, dans nos devoirs, divine nous rassure toujours suffisamment. Je suis assuré qu'il n'y a aucune loi possible Nous savons, en général , qu'un Dieu bon et dans la nature, en vertu de laquelle ur sage n'accordera jamais à aucun homme un mort puisse être rendu à la vie, parce qu^ pouvoir assez éclatant sur la nature pour la résurrection, devenue naturelle, change- qu'il paraisse en disposer en maître, suirait nécessairement l'ordre de la société. Je tout lorsqu'il y aurait un danger inévitable ne suis pas moins certain qu'en vertu d'au- de séduction. Dieu, qui a donné en même cune loi physique une vierge ne peut être temps à l'homme et des connaissances trèsmère, parce que ce miracle, devenu naturel, Dornées , et une entière confiance aux lois
donnerait atteinte aux lois du mariage. Si, par une loi physique inconnue, mais possible à connaître, de simples paroles pouvaient guérir toutes les maladies , serions-nous encore obligés de veiller si exactement à notre conservation et à celle dautrui ? Si, par une autre loi physique, un corps humain pouvait marcher sur les eaux, voler dans
physiques, ne permettra jamais qu'un imposteur ou un visionnaire puisse les déranger, même en apparence, jusqu'à un certain point, pour induire les hommes en erreur. Remarquez de nouveau que cette règle es-t encore vérifiée par l'expérience. Lorsque Dieu a envoyé Jésus-Christ pour enseigner les hommes,!0 il ne lui a pas seulement
les airs, pénétrer les autres corps, quelles donné le pouvoir de déroger à des lois ph\barrière9 pourraient assurer notre vie et siques dont la certitude pourrait être révonotre repos? Si le cours des astres pouvait quée en doute, mais à celles môme dont la
être naturellement suspendu, quelle règle nous resterait pour distinguer les temps, pour mettre un ordre dans la société ? Ainsi du reste. La même sagesse, la môme bonté, la même providence, qui veut que je sois
connexion est évidente avec l'ordre moral, telle qu'est la loi en vertu de laquelle un mort ne peut point revenir à la vie, etc. 2" Ses miracles n'ont pas été seulement des œuvres merveilleuses, mais encore des œu-
(!i) Nota. On ne doit point inférer de là que Dieu ne fait jamais de miracle que pour introduire un nouveau culte, mais que toutes les fois qu'il en u
fait, c'a été pour intimer aux hommes quelque volonté particulière.
cas
vres saintes, des actes de charité et de vertu. li" Dieu a voulu que son pouvoir fût accompagné des deux autres caractères dont vous avez reconnu vous-même la nécessité, qui sont la pureté de la doctrine et la sainteté des mœurs. Voilà pourquoi je vous ai averti d'abord que ces trois caractères ne devaient jamais être séparés, parce qu'ils se prêtent une force mutuelle.
C'est donc se tromper dans le principe môme, d'envisager les miracles uniquement du côté des lois physiques; on ne doit pas avoir moins d'attention à l'influence qu'il peut avoir sur les mœurs. Telle loi physique ne paraît tenir en rien à l'ordre de, la société, donc Dieu peut permettre qu'ehe^soit dérangée en toutes circonstances. La conclusion est fausse; Dieu ne le permettra certainement point, lorsqu'il y aurait un danger inévitable de séduction, eu égard au génie, aux connaissances, aux dispositions particulières de ceux qui en sont les témoins.
Avec ces principes, que l'on ne doit jamais perdre de vue, il ne sera pas difficile de répondre à toutes vos objections.
Reprenons votre argument. Puisqu'un miracle est une exception aux lois de la nature, pour en juger, il faut connaître ces lois, et pour en juger sûrement, il faut les connaître toutes; car une seule qu'on ne connaîtrait, pas pourrait, en certains cas inconnus aux spectateurs, changer l'effet de celle qu'on connaîtrait.
Je vous soutiens que, sans connaître toutes les lois de la nature, nous sommes ceitains que les miracles de Jésus-Christ ne sont point l'effet de certaines lois particulières inconnues aux spectateurs. 11 faut démontrer ce point essentiel.
1° Comment connaissons-nous- les lois de la nature? Par la régularité, la constance, l'uniformité de leur cours et de leurs effets : nous ne pouvons les connaître autrement. C'est pour le bien des créatures, sans doute, que Dieu les a établies; notre vie, nos actions, notre conduite, portent sur ce fondement. Si ces lois n'étaient point constantes, uniformes!, immuables, elles ne pourraient plus nous tranquilliser; il n'y aurait plus l'ien d'assuré dans l'univers. Une loi passagère, momentanée, qui ne s'est montrée qu'une ou deux fois depuis la création, sans avoir jamais reparu, n'est point une loi ; c'est plutôt une exception aux autres lois : on abuse des termes, on confond toutes les idées, si on la nomme autrement.
L'on a découvert, si vous le voulez, de nouvelles lois particulières : la pesanteur de l'air, la vertu magnétique, l'électricité; mais celles-ci se manifestent, comme toutes les autres, par la reproduction constante des mêmes effets dans les mêmes circonstances. Si l'un ou l'autre de ces phénomènes n'avait paru qu'une seule fois à la volonté d'un physicien, sans que jamais on n'eût pu le reproduire, le regarderionsnous comme l'effet d'une loi naturelle ?
Or, tels ont été les miracles de Jés-us-
■ Christ , des phénomènes uniques qu'il a opérés à sa volonté, par une seule parole, sans que jamais personne ait pu les imiter , que ceux auxquels il en avait donné le pouvoir. S'il y a, par exemple, une loi constante et assurée dans la nature, c'est la ^gravitation des corps : lorsque Jésus a marché sur les eaux, et qu'il y a fait marcher saint Pierre, soutenir que ce phénomène a pu être l'effet d'une loi naturelle et inconnue, et non pas une exception évidente a la loi connue de la pesanteur des corps, un effet naturel , et non un miracle, n'est-ce pas se jouer des termes , et confondre toutes les notions? Dire qu'une seule loi qu'on ne connaîtrait pas pourrait, en certains cas inconnus aux spectateurs , changer l'effet de celles qu'on connaîtrait, c'est prétendre qu'une exception unique et momentanée à la loi est une loi.
2° Les miracles de Jésus-Christ n'ont pas été faits au hasard; ils avaient un but, un dessein marqué : Dieu voulait qu'il servissent à prouver la mission de son Fils et l'établissement du christianisme; car, enfin, dirons-nous qu'ils ont eu cet effet par hasard? Est-ce par une combinaison fortuite des lois de la nature que Jésus est né dans' le temps que les Juifs attendaient un Messie, qu'ils croyaient prédit par les prophètes ? que Jean-Baptiste a paru sur les bords du Jourdain pour annoncer sa. venue ? que les deux branches de la famille de David se sont réunies en lui? qu'il s'est appliqué les prophéties connues dans les livres des Juifs? qu'il a prêché une doctrine plus sublime, une morale plus pure que tous les docteurs de l'univers? qu'il a fait des œuvres qui semblaient des prodiges? qu'il a formé des disciples? que ceux-ci ont répandu l'Evangile par tout le monde? Est-ce une fatalité aveugle qui a rassemblé ce nombre infini de circonstances qui forment le tissu si bien lié de l'histoire évangélique , et tous ces caractères de vérité qui vous paraissent si grands , si frappants , si parfaitement inimitables , que toute l'industrie humaine n'aurait jamais pu réussir à les contrefaire ? Un athée, un matérialiste pourrait le dire, et s exposer ainsi à la risée de tout homme raisonnable. Pour vous, Monsieur, qui croyez un Dieu, une Providence, qui êtes convaincu que l'ordre et la correspondance parfaite des moyens avec la fin décèlent une intelligence , vous ne le direz sûrement pas.
C'est donc, selon vos principes, l'intelligence suprême qui a établi toutes les lois particulières en vertu desquelles Jésus a fait, quand il lui a plu, oes œuvres qui semblaient des prodiges; c'est elle qui les a fait agir au moment précis où il le fallait, quand Jésus le voulait, et qui a fait cesser dès lors toute leur influence. Or, supposer que Dieu ait fait des lois particulières exprès pour Jésus-Christ et pour lui seul , des lois qui suspendaient à son gré le cours des autres lois, ou avouer simplement qu'i4 lui a donné le pouvoir de suspendre toutes
les lois ue la nature et do faire des miracles, n'est-ce pas dire la môme chose en termes différents ? Une loi faite pour un cas unique et qui déroge h toutes les autres lois, n'estelle pas, selon votre propre définition, un miracle avéré ?
3" Si les prodiges de Jésus-Christ sont seulement l'effet de quelques lois inconnues de la nature , ce Maître divin, dont vous reconnaissez la haute sagesse, les vertus héroïques, la candeur ennemie de toute ostentation, est dans le fond le plus grand fourbe, le plus insigneimposteur.il a constamment donné ses prodiges pour un effet du pouvoir surnaturel qu'il avait reçu do son Père. Toutes choses, dit-il, m'ont été données par mon Père. (Mal th. h, 27.) Toute puissance m'a été donnée dans le Ciel et sur la terre, (Mat th. xxvm, 18.) Le Père aime sin Fils et a ynis toutes choses entre ses mains. (Joan. m, 35.) Son Père lui a donné le pouvoir sur toute chair. (Joan. xvn, 2.) Tout ce que j'ai , dit-il à son Père, est à vous; et tout ce que vous avez, est à moi. (Joan. xvn, 10.) Le Fils ne fait rien de lui-même, mais par son Père.... Comme le Père ressuscite les morts, leur rend la vie; de même le Fils donne la vie à qui il lui plaît. (Joan. v, 19 et 21,) etc.
Il a fait plus, il a voulu persuader à ses Apôtres qu'ils feraient eux-mêmes des miracles en son nom , et qu'il leur en avait donné le pouvoir. Je vous dis en vérité que si vêtis : vez la foi, vous direz à cette montagne : transporle-toi d'ici là, et elle se transportera, et rien ne vous sera impossible. I Matth. xvn, 19 et 21.) Celui qui croit en moi fera les mêmes autres que je fais, et me'ms de plus grandes choses. (Joan. xiv, 12). Les soixante-douze disciples vinrent lui dire; Seigneur , les démons mêmes nous sont soumis en votre nom. (Luc. x, 17.) Nous avons cité d'autres passages semblables dans la troisième lettre. Si les œuvres merveilleuses de Jésus sont l'effet de quelques lois naturelles, y a-t-il rien de plus insensé ou de plus fourbe que ce langage? N'était-ce pas-là travailler de propos délibéré à troubler le cerveau de ses disciples, et à les rendre fanatiques? J'abuserais de la patience du lecteur, si j'insistais davantage sur ce point.
Tout homme sage , dites-vous, n'affirmera jatnais qu'un fait, quelque étonnant qu'il puisse être, soit un miracle; car comment peut -il le savoir? (Troisième lettre, page 98.) Cela signifie qu'un homme sage ne l'affirmera jamais qu'après un mûr examen ; que c'^st le tta d'oser de la plus grande circonspection; que ce jugement n'est pas uniquement du ressort de la physique; que c'est principalement du côté des lois morales qu'il le faut envisager. Si vous n'entendez rien autre chose , personne ne vous contredira.
On ne peut nier qu'il ne fasse des choses fort extraordinaires; vous en avez vu, vous en avez fait : Je me contenterais, ajoutezvous, d'être sorti-"*, parce <]iie j'ékiis modeste; mais si j'avais eu l'ambition d'être prophète, qui m'en eût empêché? La crainte d'en
Œuvres compl. de Beïigier. I.
être la dupe, comme vous l'auriez sûrement été.
Rien de si commun , selon vous, que des opérations que l'on aurait pris autrefois pour des miracles. L'étude de la nature y fait faire tous les jours de nouvelles découvertes; l'industrie humaine se perfectionne tous les jours : la chimie curieuse enfante des merveilles à faire écrier mille fois le peuple qui les verrait. Un physicien de collège va en Guinée faire de la glace, voilà les nègres prêts à l'adorer.
Cela est fort beau en spéculation, mais la pratique ne va pas si vite. Nos missionnaires ont étonné mille fois les Chinois par des opérations de physique; ils n'ont pas l'ait pour cela plus de progrès. Si, avec de la physique, de la chimie, iies mathématiques, on peut convertir tous les nègres, comment, vous qui, au lieu d'être prophète, vous conteniez d'être sorcier, qui êtes si zélé pour la religion naturelle, et qui la prêchez si infructueusement en Europe, n'avez-vous pas encore pris le parti d'aller l'enseigner aux nègres ? Avec vos admirables secrets, vous convertirez toute la terre : vous ferez connaître Dieu à ces malheureux peuples abrutis ; vous établirez partout le pur Evangile, dont vous vous croyez l'apôtre et le martyr. C'est que vous sentez qu'il faut autre chose que des prestiges pour éclairer les hommes ; qu'étonner l'esprit, ce n'est pas changer le cœur : quand un infidèle se convertit, même à la vue d'un miracle, l'interruption des lois physiques, n'est-ce pas ce qu'il y a de plus merveilleux?
Vous dites que si les prêtres de Baal avaient eu M. Rouelle au milieu d'eux, leur bûcher eût pris feu de lui-même, et Elie eût été pris pour dupe. Point du tout, il ne s'agissait pas de faire prendre feu au bûcher de lui-même, mais de faire descendre le feu du ciel à la vue de tous les assistants. C'est ce que fit Elie (UJReg. xviii.), et il n'était ni chimiste, ni physicien. Il n'avait ni huile de gayac, ni esprit de nitre, on n'en savait point faire alors : et pour que le miracle fût moins suspect, il fit répandre de l'eau en abondance sur la victime, sur le bûcher et sur l'autel.
Jadis, continuez-vous, les prophètes faisaient descendre le feu du ciel, aujourd'hui les enfants en font autant avec un petit morceau de verre (page 91) ; vous vous jouez de vos lecteurs. Les enfants qui allument un peu de bois, en rassemblant les rayons du soleil avec un morceau de verre, étonneront pour un moment le peuple ignorant, mais .es plus stupides même ne s'imagineront pas qu'ils fassent descendre le feu du ciel. Au temps des prophètes, on ne connaissait pas les miroirs ardents, et dès qu'il est question de machines, le peuple 'n'est plus la dupe.
Josué fit arrêter le soleil; un faiseur d'almunachs va le faire éclipser ; le prodige est encore plus sensible. Une matière aussi série Ust» (jGnMT/derait des objections moins puériles. Le soleil éèWpS^ ne fut jamais un