‹ Œuvres completes de BergierChapitre 60 sur 255 · GI · texte numérisé non relu

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PART. I. THEOLOGIE IMIILOS. — LE DEISME ItEl ETE PAU LUI-MEME.

être tente vingt t'ois de le jeter au feu. Convenir qu'en le prenant à la lettre, la tète vous tourne, n'est-ee pas avouer que vous en avez une fausse idée ?

Si vous aviez réfléchi davantage sur le miracle qui vous scandalise, vous en auriez peut-être mieux senti la tin et ('utilité. Vous savez que la Judée était pleine de Sadducéens, qui niaient l'existence des esprits, par conséquent des démons; qui attribuaient les symptômes (\qs possédésà la manie, aux pas>i<>ns hystériques, à la mélancolie, comme font encore aujourd'hui les incrédules, et (pie Jésus- Christ a disputé plusieurs ibis contre eux. Quand les dénions demandèrent à Jésus la permission d'entrer dans le corps des pourceaux, et que l'on vit ceux-ci courir se précipiter h la mer, ce n'était plus le cas d'attribuer ce phénomène h une imagination dérangée ou à une maladie naturelle. Ce seul miracle suffisait pour confondre les Saduueéens; et il est très vraisemblable que ce fut l'intention du Sauveur. 11 est fâcheux que vous vous trouviez enveloppé dans leur condamnation.

^ L'autorité des lois, ajoutez-vous, ne peut s'étendre jusqu'à nous forcer de mal raisonner. Non, assurément, mais la loi et la parole de Dieu peuvent étendre leur autorité jusqu'à nous forcer d'avouer que nous raisonnoos ma., lors môme que nous croyons bien raisonner. Tout raisonnement contraire à la loi et à la parole de Dieu est, de toute nécessité, un faux raisonnement.

Vous concluez enfin. Tout nous prouve que vous ne pouvons connaître les bornes des possibles; cependant il faut qu'un miracle, pour être vraiment tel, les jmsse. Soit donc (fuit y ait des miracles, soit qu'il n'y en ait pas, il est impossible au saqe de s'assurer que quelque fait que ce puisse être, en est un. {Lmtlc, tome III, p. 100.)

Je vous ai déjà dit que nous connaissons /. les bornes des possibles pour être certains qu'un mort ne peut naturellement ressusciter, un corps humain i énétrer les autres corps, un pain d'orge nourrir mille hommes, etc. ; que cette certitude est appuyée sur le plus solide fondement, sur la Sagesse et la Providence divine, qui ne peut permettre, sinon pour des raisons spéciales et extraordinaires, des événements qui bouleverseraient l'ordre de la société, s'ils étaient fréquents, et si nous n'étions pas avertis de leur destination.

Nous sommes convaincus qu'il y a eu, dixsept siècles avant nous, une révolution célèbre sur la face de l'univers, dont il est évident que les causes n'ont pu être naturelles; nous sommes donc forcés d'avouer qu'une force surnaturelle, quelle qu'elle soit, y est intervenue ; que les hommes en ont senti le pouvoir puisqu'elle a opéré un si grand effet. L'auteur de cette révolution est connu ; c'est lésus-Christ. Par quels signes a-l-il frappé les esprits? Vous en avez assigné trois, la pureté de la doctrine , la sainteté de ses ii 'eiirs, l'éclat extérieur de ses couvres; lequel a lait le plus d'impression sur les

hommes? On le sait : sa doctrine, quoique pure, était incomprésensible, plus propre à révolter la raison, qu'à la subjuguer ; se^ mœurs étaient saintes, aussi bien (pie celles do ses disciples; mais les coeurs vicieux y trouvaient leur condamnation; les disciples, comme le maître, ont été persécutés et mis à mort. Leurs œuvres paraissaient surnaturelles : on a dit que c'était des prestiges ; mais des prestiges ne furent jamais des œuvres de charité et d'humanité: les magiciens n'en ont opéré que pour faire du mal. 11 y avait donc dans ces œuvres un double caractère qui frappait tous les esprits droits et les cœurs vertueux; aussi l'histoire nous atteste que c'est ce qui a gagné des sectateurs à Jésus-Christ dans tous les temps et chez toutes les nations.

Dieu, maître des esprits, des cœurs, des événements, a-t-il pu arranger tellement les choses, que le faux fit plus d'impression que le vrai ? que la plus sainte des religions s'établit principalement par celle de toutes les preuves qui, aux yeux des sages, est la plus suspecte et la plus sujette à lïîmpc -, ture? On ne le persuadera jamais.

Quand nous ne serions pas en état de répondre à tous vos sophismes , vous ne répondrez jamais vous-même à ce raisonnement : le monde a été converti par les mu vicies, le fait est certain : donc les miracles ne sont, ni impossibles, ni inutiles, ni suspects, ni si difficiles à discerner.

Passons à votre dernière objection: mais il est temps d'abréger. Accordons, dites-vous, qu'il y ait de vrais miracles, de quoi servent-ils , s'il y a aussi de faux miracles ou des prestiges, desquels il est impossible de les discerner ? La môme autorité qui atteste les miracles , atteste aussi les prestiges ; et celle autorité prouve encore que l'apparence des prestiges ne diffère en rien de celle des miracles. (Emile, lom. 111, pag. 100 et 101. ) Vous avez tort pour ce dernier article. Toutes les fois que Dieu a permis que des prestiges se trouvassent en opposition avec les miracles, il a toujours ménagé des circonstances qui pouvaient faire aisément distinguer, aux esprits droits, de quel côté était l'opération divine. Nous le verrons par vos objections mômes.

Quand Aaron jelta sa verge devant Pharaon, et qu'elle fut changée en serpent, les magiciens jetèrent aussi leurs verges, et elles furent changées en serpents: l'apparence était exactement la même ; l'Exode n'y remarque aucune différence. 11 est vrai, ajoutezvous, que le serpent d'Aaron dévora les serpents des magiciens ; mais forcé d'admettre une fois la magie, Pharaon put fort bien n'en conclure autre chose, sinon qu'Araon était plus habile qu'eux dans cet art.

Supposons tout cela, voici ce qui s'ensuit : Que dans certaines circonstances, Dieu a quelquefois permis, pour quelques moments. que les miracles de ses envoyés n'eussent pas une supériorité absolument évidente sur les prestiges des magiciens, parce qu'il voulait faire bientôt éclater sa puissance par de

nouveaux miracles infiniment plus frappants. C'est le cas des magiciens d'Egypte mis en

opposition avec Aaron et Moïse. Bientôt le Seigneur fit paraître, d'une manière invincible, le pouvoir de ses envoyés, réduisit les magiciens au silence, et à faire euxmêmes l'aveu de leur impuissance. La singularité môme de ce cas, que Dieu n'a permis qu'une seule fois, nous l'ait comprendre que sa sagesse ne souffrira jamais la concurrence ni l'égalité parfaite entre les prestiges et les miracles, de manière que l'on ne puisse discerner certainement de quel côté est l'opération divine. Cela sera confirmé à mesure que nous avancerons. y

Les magiciens, continuez -vous, ayant imité les deux premiers miracles de Moïse, furent arrêtés au troisième : après avoir produit des grenouilles, ils ne purent produire des insectes ; pourquoi ? C'était s'arrêter en beau chemin. Dites mieux, Dieu les arrêta en beau chemin, parce qu'il le jugeait ainsi à propos. Mais pourquoi leur permettre de venir jusques là? Pourquoi ne pas laisser aller plus avant ? Pourquoi ne pas les arrêter au premier pas ? Toutes ces questions seraient indécentes. Quand nous ne pourrions pas y répondre, que s'ensuivrait-il? Que nous n'avons pas assisté au conseil de la Divinité, Toujours demeure-t-il prouvé, par l'histoire même, que Dieu fit évidemment connaître quels étaient les vrais miracles, puisque les magiciens eux-mêmes furent forcés de confesser que le doigt de Dieu était là. C'en est assez pour résoudre la difficulté.

Mais Dieu a daigné encore nous apprendre les raisons de sa conduite. Il voulait punir un roi injuste et une nation criminelle, qui avaient violé le droit des gens et l'hospitalité, en réduisant à un dur esclavage un peuple étranger dont il n'avait aucun sujet de se plaindre. Pour rendre plus éclatante cette punition et la délivrance de son peuple, Dieu ménagea les événements de manière, que sa justice eût lieu de frapper a. coups redoublés, et que le châtiment fût égal au crime. C'est le sens du discours que Dieu fit adresser à Pharaon : Je vous ai établi pour montrer en vous ma puissance , et faire respecter mon nom par toute la terre. (Exod. ix, 16.)

Si l'on veut permettre une conjecture, il paraît que Dieu voulait encore confondre l'idolâtrie monstrueuse des Egyptiens; il le déclare par ces paroles : J'exercerai mes jugements sur tous les dieux de l'Egypte.

(Exod. xh, 12.) La plupart des plaies dont Dieu les frappe, semblent avoir une relation marquée avec les objets de leur culte. Ils adoraient le soleil sous le nom d'Osiris, le Nil, les animaux, les [fiantes ; Dieu leur dérobe la vue du soleil par des ténèbres épaisses '; il ebange l'eau du Nil en sang ; il couvre dUilcôres les animaux et leurs adorateurs; il remplit tout le royaume d'animaux nuisibles; il détruisit les plantes par la gFÔIe et par les sauterelles. Dieu ajoute : Les Egyptiens apprendront que c'est ma,i cj suis le Seigneur. {Exod. vu, 5.)

Il est donc faux que Pharaon, obligé d'admettre une fois la magie, ait pu conclure qu'Aaron et Moïse étaient seulement des magiciens plus habiles que les siens. Dès la seconde plaie, il n'y fut pas trompé : Priez le Seigneur, dit-il aux deux frères, qu'il me délivre des grenouilles. {Exod. vin, 8).

J'ai répondu ailleurs (dans la troisième lettre) à ce que Moïse ordonne au sujet des faux prophètes; il n'est pas nécessaire d'y revenir. Continuons à vous écouter.

Jésus, après avoir déclaré quil ne fera point de signes, annonce de faux Christs qui en feront; il dit qu'ils feront des signes, des miracles capables de séduire les élus mêmes, s'il était possible. Ne serait-on pas tenté, sur ce langage, de prendre les signes pour des preuves de fausseté?

Cette tentation ne peut avoir lieu , quand on y réfléchit sans prévention. 1° Il est absolument faux que Jésus ait déclaré qu'il ne fera point de signes; il a dit, au contraire, qu'il en faisait afin que l'on crût en lui ; et il en a fait effectivement : il a commandé à ses disciples d'en faire, et il a prédit qu'ils en feraient. Guérissez les malades, leur dit-il en les envoyant prêcher, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons; vous avez reçu gratuitement ces dons , accordez-les gratuitement. (Matlh. x, 8.) Voici les signes que feront ceux qui croiront en moi : ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront de nouvelles langues, ils détruiront les serpents ; s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris. (Marc xvi , 17.) 2" Il annonce, à la vérité, do faux Christs qui feront des signes capables de séduire les élus, s'il était possible. Remarquez la restriction. Où serait l'impossibilité, si les faux miracles pouvaient être entièrement semblables aux vrais, et si Dieu ne faisait toujours reconnaître ceux-ci à des marques certaines? La règle que nous avons ci-devant établie , est donc conforme à la parole de Jésus- Christ.

C'est mal-à-propos que vous ajoutez :

Quoi! Dieu, maître du choix de ses preuves , quand il veut parler aux hommes, choisit par préférence celles qui supposent des connaissances quil sait qu'ils n'ont pas! Il prend pour les instruire la même voie qu'il sait que prendra le démon pour les tromper! Cette marche serait-elle donc celle de la divinité? Se pourrait-il que Dieu et le diable suivissent la même route? Voilà ce que je ne puis concevoir. (Lettre, page 104.)

Faites attention, s'il vous plaît, que cette route n'est point la même, puisque la voie de Dieu est toujours marquée par des caractères de supériorité, de vérité, de sainteté, que le démon ne peut jamais imiter parfaitement. L'esprit de ténèbres se donnerait-il la peine de contrefaire les miracles, si les miracles ne prouvaient rien en eux-mêmes? Dieu l'a quelquefois permis, comme il permet que de faux prophètes opposent à sa doctrine une doctrine plus pro-

pre à gagner les esprits, comme il permet que des Hypocrites copient jusqu'à un certain point les vertus des envoyés de Dieu. Demander pourquoi il permet ces tentations, c'est s'informer pourquoi Dieu veut rendre la foi méritoire aux esprits droits. Quelle récompense mériterait-on en préférant la : vérité au mensonge, si la première ne nous ' laissait par l'éclat de son évidence aucune liberté de lui résister ?

Vous voyez que l'objection que vous faites contre les miracles, attaquerait de môme les autres preuves de la révélation ; elle pourrait môme être tournée contre les preuves de la religion naturelle, qui sont sujettes, de votre propre aveu , a des objections insolubles. (Emile, tome III, p. 30.)

Il serait inutile de répondre nu dilemme où vous résumez la difficulté; un nouveau tour ne lui donne pas un nouveau poids.

Vous vous récriez à votre ordinaire contre l'injustice de ceux qui vous accusent de rejeter les miracles. Non, dUés*rouâ, je ne les ai rejettes, ni ne les rejette; si j'ai dit des faisons pour en douter, je n'ai point dissimulé les raisons d'y croire. (Ibid., page 105). Vous les avez dissimulées, Monsieur; je vous l'ai fait voir. En insistant sur les passages de l'Evangile qui vous ont paru prouver contre les miracles, vous avez supprimé très-exactement ceux qui les établissent : est-ce là tenir la balance avec équité entre votre opinion et celle de vos adversaires ?

Mais enfin , vous vous bornez à douter des miracles; voici les raisons de votre doute. Je vois des faits attestés dans les saintes Ecritures ; cela suffit pour arrêter sur ce point mon jugement. S'ils étaient ailleurs , je rejetterais ces faits, ou je leur ôterais te nom de miracles ; mais parce qu'ils sont dans l'Ecriture, je ne les rejette point. Je ne les admets pas non plus, parce que ma raison s'y refuse, et que ma décision sur cet article n'intéresse point mon salut. Nul chrétien judicieux ne peut croire que tout soit inspiré dans la Bible, jusqu'aux mots et aux erreurs. Ce qu'on doit croire inspiré, est tout ce qui tient à nos devoirs; car pourquoi Dieu aurait-il inspiré le reste? Or la doctrine des miracles n'y tient nullement: c'est ce que je tiens de prouver. Ainsi le sentiment qu'on peut avoir en cela n'a nul trait au respect qu'on doit aux livres sacrés. (Emile, t. III, p. 165.)

Vous faites contre les miracles le môme sopliisme que vous avez fait ailleurs contre les dogmes. Ma raison se refuse à croire les miracles; donc je suis fondé à en douter, quoique l'Ecriture les atteste : ma raison se refuse à croire des mystères, donc je dois en ilouter, quoique l'Evangile le» enseigne Pour rai>onner plus conséquemment, il aurait fallu dire : J'admets que Dieu a parlé par l'Evangile; or, l'Evangile atteste clairement des miracles, enseigne expressément des mystères; donc ma raison a tort de s'y refuser. Dès que Dieu parle, c'est à nous à croire, et à tout croire sans exception. Il c>l incapable de mêler ensemble l'erreur el la

vérité; il ne peut pas môme permettre que sa parole soit altérée par ceux qu'il a chargés de l'annoncer, autrement il aurait parlé en vain.

Voyez, je vous prie, l'inconséquence de vos raisonnements. Il y a dans la doctrine de Jésus-Christ des préceptes admirables et des dogmes incompréhensibles ; vous croyez aux premiers, vous doutez des seconds. Il y a dans ses actions des œuvres naturelles, d'autres qui ne le sauraient être; vous admettez les unes, vous douiez des autres. 11 y a dans ses mœurs des exemples de vertu auxquels l'humanité peut atteindre, d'autres qui lui sont supérieurs; vous devez donc encore ajouter foi à ceux-là, et douter de ceux-ci. Alors, que rcstera-t-il pour fonder l'éloge pompeux que vous avez fait de Jésus- Christ. (Emile, t. III, p. 105.)

Si vous dites que Jésus-Christ a été doué d'une sainteté plus qu'humaine, parce qu'il était Dieu, tous vos doutes deviennent ridicules; il a donc eu de même une science plus qu'humaine et un pouvoir plus qu'humain; il a donc pu enseigner et faire des choses au-dessus de b raison et de la nature.

Pourquoi Dieu aurait-il révélé autre chose que ce qui tient à nos devoirs? Parce qu'il lui a plu, et dès qu'il a révélé quelque chose, le croire est une partie essentielle do nos devoirs.

En se bornant à croire inspiré ce qui tient • à nos devoirs seulement, il y a au moins la moitié de l'Evangile que l'on peut se dispenser de croire, et l'Evangile se trouve rabaissé au-dessous des livres moraux des philosophes. Selon vos principes , les offices do Cicéron doivent plutôt passer pour un livre inspiré que l'Evangile. La morale, si vous voulez, n'en est pas sublime, mais elle n'est pas défigurée comme dans l'Evangile, par un mélange de faits et de dogmes auxquels, selon vous, la raison se refuse. En compensant le bien qu'a fait la morale de l'Evangile, avec le mal que vous attribuez aux dogmes et aux miracles, il demeure fort incertain si l'Evangile n'aurait pas dû être brûlé pour le plus grand bien de l'univers. Tel est le respect que vous inspirez pour l'Evangile.

J'ai déjà remarqué que c'est une témérité punissable dans toutes les communions chrétiennes, de dire en termes exprès qu'il y a des erreurs dans la Rible.

Pour conclure notre longue dispute, voici en deux mots le caractère de tous vos écrits : Avec la croyance d'un déterminé déiste , vous avez voulu conserver une partie du langage chrétien; cette bigarrure, au l.eu de séduire, n'a fait que révolter également tous les partis. Les catholiques vous regardent comme l'ennemi le plus mortel de la révélation; les protestants, comme un faux frère qui trahit sa propre religion; les impies, comme un frère timide qui n'ose pas tout dire. Etonné de ce soulèvement général, vous avez voulu faire bien ou mal votre apologie, et le dépit d'avoir été mal accueilli, vous a précipité dans de nouvelles erreurs.

Il et fâcheux, Monsieur, que vous n'ayez

pas mieux connu vos talents. Né avec l'ima- a malheureusement saisi. La nature, en vous

gination la plus brillante, si vous vous fus- formant, crut faire un poëte, et vous avez

siez borné à des sujets de littérature et voulu être théologien; la distance est grande

d'agrément, vous auriez eu le plus éclatant de l'un à l'autre; vous aurez la destinée de

succès, mais l'ambition de dogmatiser vous tous ceux qui sont infidèles à leur vocation.

A* M. A. BARBERIS,

ÉTUDIANT EN MÉDECINE, CHEZ MADAME SABLIER, PRES SAINT-CÔME, DANS LA TRAVERSE, MONTPELLIER.

Monsieur,

.Te n'ai formé aucun soupçon sur votre silence; j'ai présumé qu'il vous était survenu dos obstacles ou que vous étiez occupé à dissiper vos doutes par vous-même; peuttiWi y seriez-vous parvenu , si vous aviez bi\\'\ une méthode. Vous avez cru devoir partir du doute méthodique pour trouver la vérité. Sauf respect pour lousles philosophes du monde , je crois que c'est le vrai moyen de ne la trouver jamais : quiconque se retranche dans un doute universel, court risque d'y demeurer toute sa vie.

Vous paraissez ne compter que sur les démonstrations métaphysiques. Lorsque vous admettez (p. 17) l'existence des corps et la certitude de uos sensations , vous le faites sans alléguer aucun motif de conviction : mais vous avez senti les absurdités dans lesquelles il faut se plonger, quand on nie la certitude physique; c'est ce qui vous a empêché do tomber dans cet écueil. Comptez-vous donc pour rien le sens commun , cet instinct puissant qui porte tous les hommes à juger uniformément et constamment qu'il y a des corps, qu'ils ont belles et telles qualités, que nous devons nous lier à nos sens et à notre .mémoire, etc. Vous avez eu quelque tentation de refuser toute certitude à la mémoire, en donnant de cette faculté une explication physiqUe. Si vous aviez pu réussir, vous auriez rendu service aux matérialistes; mais il n'est pas à craindre que l'on parvienne jamais à expliquer les facultés de notre âme , par des poids, des ressorts, des corpuscules , des atomes, du mouvement, etc. Toutes ces belles théories servent merveilleusement à rendre obscur ce que le sentiment intime nous rend évident. Si vous vouiez prendre la peine de relire ce que je vous ai écrit touchant les différentes espèces de certitude, vous sentirez le défaut essentiel de votre méthode.

Lorsque vous dites, monsieur, que l'étendue peut être une moditication de notre esprit, (p. 18) comme les couleurs, les sons, les odeurs, vous vous fondez sur un axiome dus cartésiens qui est une pure équivoque de langage et rien de plus. Esl-il vrai que la couleur n'est qu'une modiiication de

notre esprit, que la couleur est en nous et non dans les objets? Je soutiens qu'elle est dans les objets aussi bien qu'en nous. Quand je di's l'herbe est verte, cela siguilie deux, choses : 1° telle disposition dans les parties de Iherbe en vertu de laquelle elle réfléchit à mes yeux la lumière do telle façon. 2° La sensation que je reçois par cette lumière ainsi réfléchie. Cette sensation est en moi sans doute; mais la disposition des parties est dans l'herbe : sans elle ma sensation n'existerait pas. Il est faux que la couleur no dise rien autre chose que la sensation ou l'idée que je reçois; s'il n'y avait pas une cause, l'effet ne s'ensuivrait pas. Or, le mot couleur indique pour le moins autant la cause que l'effet. Appliquez, monsieur, celte théorie à l'étendue et aux autres qualités sensibles des corps, et vous coivien^ drez que l'axiome prétendu ne. signifie rien.

Les arguments que vous avez faits contre les causes physiques ou contre l'analogie (p. 19), sont dans M. Hume, 3e et 4° Essai sur l'entendement humain ; ils prouvent très-bien que nous n'avons pas une évidence métaphysique de la connexion qui est entre les causes physiques et leurs effets ; aussi jamais personne ne l'a prétendu. Mais si on en veut conclure quelque chose de plus, on tombe dans l'erreur. Il n'est pas nécessaire de le démontrer, puisque vous n'adoptez pas son scepticisme; il s'est réfuté lui-même dans son 7e Essai sur la nécessité.

La grande question est de savoir si nous avons des démonstrations de l'existence de Dieu. Avant d'examiner si vous avez attaqué solidement celles que l'on en donne , commençons par convenir des termes. On appelle être contingent celui qui a pu exister ou ne pas exister, celui dont la non existence nM renierme aucune contradiction ; s'il existe, il est vrai de dire , qu'il a commencé d'exister. Un être contingent no peut donc pas être éternel. On appelle être nécessaire, celui dpnl la non existeuee renlèime contiaJiction. En effet, quelle notion avonsnous de la nécessité absolue? C'est ce dont le contraire renferme contradiction; l'on ne peut pas en donner une autre idée. Vous ave-z reconnu vous-même (p. 46) que l'êlie nécessaire est éternel.

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