TART. I. THEOLOGIE PHILOS. — A. M. A. BAUBERIS
Cela posé, on dit : il y a des ôlres ; tous ces êtres ne sont pas contingents ; donc il y a au inoins un être nécessaire, éternel , existant par lui-même. Si tous les êtres étaient contingents ou avaient commencé d'être, cette existence commencée serait un effet sans cause; ils seraient sortis du néant sans cause productive : or, il est absurde qu'il y ail un effet sans cause , ou que le néant produise quelque chose. Donc, il y a au moins un être nécessaire, existant par lui-même, ou éternel.
A ce raisonnement , vous opposez deux choses : 1" il n'est pas évident, dites-vous, qu'il ne puisse y avoir d'effet sans cause, il n'est pas évident qu'un être ne puisso sortir du néant sans cause productive; 2° on peut admettre une chaîne d'êtres qui se produisent les uns les autres et qui remonte à l'infini (u. 33 et 34).
Y pensez-vous, monsieur, lorsque vous ni mettez qu'il peut y avoir un tils sans I ère, et que le néant d'existence peut être un | rincipe d'existence : Le rien ne produit rien; si cet axiome n'est pas évident , il n'y a plus d'évidence; et si vous ne tombez pas en contradiction, je ne sais plus ce que les termes signifient. Vous n'exigez pas de uioi une preuve ; je n'ai pas bidon de prouver que deux et deux fout quatre. Si vous avez parlé sincèrement, lorsque vous avez admis des vérités dont l'évidence nous frappe par (.-Ile-même et nous convainc, sans avoir besoin u'autre preuve, je petise (pie vous devez admettre celle : il n'y apoint d'effet sans cause. Une première vérité est une proposition que l'on ne peut ni prouver ni combattre par aucune proposition plus claire. Dites-moi, je vous prie, parquette proposition plusclaire, vous combattrez l'axiome en question. Les plus obstinés matérialistes n'ont jamais o><; le nier.
Venons à votre chaîne de causes et d'effets à l'infini , c'est la grande ressource des matérialistes. 1° Lsl-ce résoudre une question, que de donner lieu de la renouveler à l'infini? D.ms cette chaîne infinie d'enfanis, il n'en est aucune dont on ne puisse demander : Qui est son père? Kst-ee là le moyen de résoudre la question? Cela est bon peut-être pour échapper à un adversaire qui vous presse ; rna.s échapper à l'évidence, eu n'est pas la truuver. Dans uiieques ion aussi importante que l'existence de Dieu, il me paraît que les échappatoires ne sont pas de mise. "1J Vous convenez (p. 31) que nous n'avons pas d'idée de l infini. Vous vous servez dune pour éluder un argument d'une hypothèse dont vous n'avez pas d'idée.
Quand vos adversaires vous poursuivent dans ce retranchement, vous répondez que leurs arguments ne prouvent rien, qu'il faudrait avoir une notion fixe et exacte de l'infini (p. kfi). \ous voulez doue que vos au\ eisaues aiei.l une notion ti\e ei exacie d'une chose uoul vuus convenez que nous n'avons fias d idée. Si ce n'est pas encore la une contradiction , je quille la partie. 3" Cette pri tendue chaîne est infinie , selou
la supposition; et elle ne l'est pas , puisqu'elle croît et augmente a chaque instant : un inlini qui peut croître n'est plus intini, il est absurde qu'un inlini puisse être plus grand ou plus petit. Voilà pourquoi yme suite ou chaîne successive actuellement infinie est une absurdité, 4° Vous reconnaissez vous-même que l'on peut tirer une ligne de tel point de l'espace et la prolonger à J * i ri — fini, mais que ce n'est qu'un infini mathématique, un inlini en puissance, et non un intini réel et actuel (p. 37). Vous avez raison; l'infini en puissance successif est le seul admissible; parce qu'il n'existe pas, il n'existera jamais tout entier. L'infini successif actuel est chimérique : vous l'avez senti sans vouloir l'avouer. Une suite infinie actuellement épuisée ou finie, est une contradiction palpable : l'infini en puissance ne finit jamais. 5° Une succession intinied'êlres qui se produisent, sans qu'on puisse remonter à une première cause, est une suite infinie d'etiêts sans cause : ils sont tous cause en descendant; mais ils sont tous effets en remontant, et il s'agit de remonter et de descendre. S'il peut y avoir des ell'els sans cause, qu'iivons-nous besoin de la chaîne infinie? Le premier être est sorti du néant tout seul, et il a produit les autres. 6° J'interroge ici votre confiance. Lequel est le plus aisé à concevoir : un premier être nécessaire existant par lui-même, et qui a tout créé, ou une chaîne infinie d'êtres tous contingents? Bon gré mal gré, voilà le défilé où vous êtes : il faut admettre pour premier être créateur, ou le néant, ou un être positif; choisissez.
Il n'est pas étonnant, que d'une première absurdité, vous en ayez déduit une infinité a'aulres. Vous dites, monsieur, qu'il peut y avoir deux ou plusieurs êtres existants par eux-mêmes, ou nécessaires. (P. 29 et 47 ) Je soutiens le contraire ; 1° ou ne doit pas multiplier les êtres sans nécessité; cet axiome est dicté par le bon sens : or, il n'y a pas plus de raison d'admettre deux êtres nécessaires que d'en admettre cent mille. Il faut une cause première dus êtres contingent»;, cela est démontré par l'argument que vous combattez : mais comment prouveriezvous qu'il en faut deux ? 2° Deux êtres nécessaires seraient essentiellement limités, ce que l'un a par sa nature, l'autre ne l'a pas; auliemeiil ils seraient identiques : or, admettre un être nécessaire limité, c'est admettre uue limitation dans la nécessité absolue; une nécessité absolue , el uue nécessité limitée sont deux contradictions. 11 est donc démontré que l'être nécessaire est nécessairement unique.
Vous dites qu'un être existant par luimême ou nécessaire peut être limité dans ses attributs ou dans ses perfections. (P. 48.) Vous admettez donc encore une limitation dans la nécessité absolue d'être. Convenez, monsieur, que vous n'avez pas compris la force ue ces deux termes, nécessité absolue.
Sous dites qu un être nécessaire n'est pas essentiellement indépendant. (P.46.) De qui
dépend- t-il donc, s'il est essentiellement unique, et si tous les autres êtres no [jeuvent exister que par lui et dépendammenl de lui. Kappelez-vous l'argument, et vous on conviendrez.
. Vous dites qu'un être nécessaire n'est pas essentiellement immuable. Il nous paraît cependant que dans l'être nécessaire, tous ses attributs sont nécessaires, tous sont de son essence, puisqu'il n'a rien reçu de personne : si un de ses attributs changeait, son essence changerait. Le changement est la marque distinclive d'un être contingent.
Vous dites que l'être nécessaire n'est pas essentiellement immense ou présent partout (p. 47) : son existence est donc limiiéeà un lieu. Voici toujours une limitation dans la nécessité absolue d'être.
Il suflit de comprendre les termes d'être nécessaire, de nécessité absolue, pour sentir qu'il est essentiellement unique, immuable, indépendant, illimité, ou intini en tout sens et dans toute manière d'être. Voilà ce que Clarke a prouvé, ce que vous n'avez point réfuté, et ce que vous ne réfuterez jamais.
lVevenons encore à votre chaîne; pour la prouver, vous dites que le moment présent (p. 35) a été précédé d'une infinité dw moments, l'oint du tout, le temps et les moments ont commencé à la création. Avant ce premier moment il n'y avait que l'éternité; or, l'éternité n'est point successive, elle n'admet ni moments, ni division; c'est l'infini, il ne peut ni croître, ni diminuer, ni être divisé. Encore une fois une infinité de moments, actuellement écoulée ou finie est une contradiction.
Vous ajoutez que celte chaîne ou collection est nécessaire, quoique chaque être soit contingent. (P. 40.) Mais contingent et nécessaire sont contradictoires. C'estcomme si vous disiez qu'une infiuitéd'inétendusforment une étendue, qu'une infinité de nonintelligents forment une intelligence, li est impossible qu'une infinité d'êtres non nécessaires tonne une collection nécessaire; l'infinité du nombre ne change pas la nature iies êtres. Si vous avez occasion de lire la réfutation que j'ai laite du système do la nature, j'ose me flatter que vous reviendrez de vos idées. »#<i
Vous prétendez (p. 22J que la preuve do l'existence de Dieu tirée de la croyance universelle des peuples no prouve rien, parce que cette croyance n'est qu'un préjugé.
Qu'entendez- vous par préjugé? Si vous entendez une croyance qui n'est pas fondée sur des raisonnements métaphysiques; vous avez raison. Mais un préjugé universel, ou plutôt un instinct général qui entraîne toute la nature humaine est la voix du sens commun ; est-ce sagesse dans un philosophe de renoncer au sens commun, et de ne vouloir admettre que ce qui est mélaphysiquement démontré ? Combien lui rc^eral-il de vérités dans son symbole? Penseronsnous que tout homme qui ne sait point de métaphysique est une bête? Vous n'avez op| osé à cette preuve que les objections
cent fois.
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