De la
de Baylo, qui ont été résolue.'
La nécessité d'un premier vous parait pas plus solide. (P puissance de mouvoir, dites-vous, il ne s'ensuit pas une puissance infinie. Non, monsieur. Mais si le premier moteur est l'être nécessaire ou existant pur lui-même, il s'ensuit que sa puissance est infinie, puisque l'être nécessaire ne peut êlie borné en rien. La matière essentiellement inerte ne peut se mouvoir elle-iuême; elle ne peut être mue que par une volonté; et celte volonté n'est autre que celle du Créateur.
Vous faites la même objection contre l'ordre de l'univers (p. 32); cet ordre, selon vous, ne prouve point une intelligence infinie. Non sans doute; mais il prouve que le Créateur est intelligent , et comme le Créateur est l'être nécessaire, son intelligence ne peut être bornée.
Vous attaquez encore la preuve tirée de la nature des êtres contingents. Us seraient possibles, disons-nous, puisqu'ils ne renferment pas contradiction : et ils seraient impossibles, puisque rien ne pourrait les tirer du néant. Vous dites que c'est un sophisme dans lequel on confond la possibilité métaphysique avec la possibilité physique: autre chose est qu'un être ne répugne point en lui-même, et autre chose qu'il ne puisse sortir du néant par le défaut de cause productive (p. 42); fort bien. Vous abandonnez donc ici votre première prétention , vous ne supposez plus qu'un être peut sortir du néant sans cause productive : vous supposez le contraire; vous êtes donc encore en contradiction avec vous-même. Voici à quoi se réduit l'argument : ou un être contingvnt peut sortir du néant sans cause productive; ou il n'en sortira jamais, s'il n'y a point de Dieu pour l'en tirer. Or, .il existe des êtres contingents; donc ou le néant les a produits, ce qui est adsurde; ou c'est Dieu qui lésa créés. C'est toujours l'argument de Clarke tourné différemment.
Si vous voulez m'en croire, monsieur, vous laisserez-là vos spéculations métaphysiques ; elles ne vous apprendront rien. Depuis deux milleans qu'on s'y livre, qu'ontelles produit? des disputes, de l'opiniâtreté, les systèmes d'Ëpicure et de Spiuosa. Nous eu sommes encore où en étaient Jes philosophes grées. Ce n'était pas la peine de faire de si longs circuits pour revenir au même point après deux mille ans.
Ce n'est point ainsi que Dieu a vouluins- Iruire le genre humain. Il s'est révélé à Adam , il a voulu être connu, non par la métaphysique, mais par la tradition continuée des pères aux enfants et par les leçons publiques du culte religieux. Tous les peuples qui se sont écartés de celle voie se sont égarés, ont méconnu Dieu, n'ont eu que l'idolâtrie pour toute religion. Les philosophes n'ont pu remédier au mal, ils-ont été idolâtres dans la pratique., matérialistes ou sceptiques dans la spéculation ; jamais l'humanité ne serait sortie de «ce
labyrinthe s;uis une nouvelle révélation. Les juifs, toni grossiers qu'ils étaient, ont connu
Dieu, parce qu'ils avaient conservé parmi eux les leçons des patriarches et que Dieu les avait éclairés de nouveau par Moïse. Les Grecs et les Romains avec toute leur science ne l'ont pas connu, parce que la tradition leur avait échappé et parce qu'ils voulaient trouver toute vérité par le raisonnement; ils n'y sont revenus qu'en embrassant l'Evangile.
Quand on connaît Dieu par l'éducation, l'on peut très-bien démontrer son existence; quand ou ne le connaît fias , ou n'y réussit poiut. Cicéron lui-même y a échoué. Cependant on veut aujourd'hui nous l'aire rentrer dans la voie des Grecs, parce qu'on no veut point de révélation ; mais sans révélation , point de religion. Nos Grecs modernes ont été d'abord déistes, ensuite ils sont devenus matérialistes et sceptiques connue leurs maîtres; quand ils disputeraient pt-ndantdeux autres milliers d'années, ils ne sortiront pas de là.
Lorsque nous prenons pour nous instruire une autre voie que celle que Dieu nous a donnée, nous voulons obstinément nous égarer, ce n'est pas merveille que nous en venions à bout. La vérité est en nous , elle est écrite au fond de notre cœur, et nous allons .'a chercher dans les espaces imaginaires. Un cœur droit, une unie pure, un esprit dégagé des folies métaphysiques , trouvent Dieu et la religion sans efforts. Ils .viennent au-devant de nous, et nous appelons cela piège d'éducation , préjugé, habitude de l'enfance, ou instinct machinal et 7ion raisonné. Nous voulons des démonstrations métaphysiques, géométriques, irrésistibles; il faut qu'on prouve Dieu aussi clairement que deux et deux font quatre. 11 n'y aurait point d'athées , si les houuues n'étaient ni vicieux, ni insensés, ni opiniâtres ; mais ils seront toujours tels qu'ils ont été depuis la création. Cependant l'on vit sans Dieu, sans vertu, sans consolation ; l'on meurt stupide ou désespéré.
Par votre ton et votre style, je crois apercevoir que vous Êtes jeune; vous désirez conuaitre le vrai, mais vous vous écartez de la route qui y conduit : vous voulez do l'existence de Dieu une démonstration mé-
taphysique et géométrique, il n'y en a point de cette espèce que celle de Clarke; si vous la prenez de travers, elle vous plongera dans le spinosisme ; et quand vous ne pourriez y rien répondre, elle ne vous convaincra pas; elle nous mène à iinfini et l'inlini est un abîme. L'existence de Dieu n'est point une vérité spéculative que l'on saisit a la pointe do l'esprit, c'est une vérité de sentiment et de pratique, dont le cœur doit nous persuader. Lo vôtre, monsieur, me paraît aimer la vertu : cherchez le Dieu des cœurs vertueux, et non le Dieu des philosophes.
Us n'en ont point trouvé d'autre que la matière, ce n'était pas la peine de tant raisonner pour aboutir là; mais la matière n'enseignera jamais la vertu à personne. Sans Dieu point de vertu , point de morale, point de lien sacré de société parmi !es hommes. J'ai beau en chercher les fondements dans Platon et dans Socrate, dans Zenon ou dans Epicure, dans Spinosa et dans tous nos matérialistes , je n'y trouve que des contradictions et des folies. Je n'ai pas besoin d'autre démonstration de l'existence de Dieu. Je sens que je ne suis point né pour être un scélérat, ni pour cultiver la vertu sans motif; Dieu est mon motif, je m'y liens et n'en veux pas davantage; tous les raisonnements des philosophes no me tireront pas de là, leurs sophismes ne me prouveront jamais que la vertu n'est pas un bien; elle n'est un bien solide que pour l'homme qui croit un Dieu.
Vous comprenez que pour traiter à fond Jes questions que j'ai seulement effleurées, il faudrait des volumes entiers, et je n'ai pas le temps de faire des volumes pour tous ceux qui me font l'honneur de me consulter. Si vous jugez 5 propos de m'envoyer encore quelques observations, je vous prie de les serrer davantage; les paquets do Montpellier sont un peu cher a la poste, et je n'ai point les ports francs. Si je ne m'étais trouvé un peu désœuvré à Couipiôgne, il m'aurait été ditlicilo do quitter mon travail pour répondre à vos réflexions : jo suis charmé do ce que les circonstances m'ont permis de m'en occuper. Mon adresse est toujours la mémo. Jo suis avec un respect intini , etc