SI LA FOI EST CONTRAIRE A LA RAISON
Ln raison humaine peut se prendre en deux sens ;ou pou r la raison en général, c'est-à-dire pour l'universalité de la raison, ou pour la raison en particulier, c'est-à-dire, pour quelques-unes des connaissances philosophiques claires et évidentes. L'universalité de la raison humaine n'est autre chose que la combinaison de tous les principes qui sont de son ressort, et le discernement bu'elle fait elle-même de ceux qu'elle doit écouter pré/érablement aux autres, lorsqu'il se trouve entre eux une espèce de conflit de juridiction. La raison démontre qu'il y a quelque chose d'éternel. Les preuves qui établissent cette proposition sont si victorieuses, que les athées eux-mêmes sont obligés d'y donner leur consentement. Mais, dès qu'on entre dans l'examen des difficultés qu'on forme contre l'éternité, on se trouve dans l'impossibilité de répondre quelque chose de clair et de lumineux qui concilie tout. La raison cependant, malgré Ci tte circonstance, juge qu'il .faut admettre quelque chose d'éternel, parce qu'elle sent elle-même qu'il faut écouter les raisonnements qui établissent l'éternité absolue au
OEtvaas couplètes ue Bergieii. I.
moins de quelque être, préférablement à ceux qui semblent l'attaquer. Persuadée de la faiblesse de ses lumières, elle dicte aux moins clairvoyants qu'il ne faut pas nier ce qui est clair, à cause des difficultés qui semblent en résulter. El par ce moyen, elle acquiesce raisonnablement aux choses qu'elle connaît sans profiler des obscurités qui les environnent pour les rejeter.
La raison humaine prise en particulier n'est autre chose que les principes particuliers, clairs et évidents qui sont de sa compétence. Dès qu'on les prend chacun eu détail, il est assez ordinaire de ne pouvoir les concilier ensemble. C'est ce qu'on éprouve en examinant s'il y a quelque chose d'éternel, et quelle est la nature des corps. Pour que la raison pût s'accommoder directement avec elle sur ces questions, il laudrait qu'elle enveloppât tout ce qui les concerne d'une manière qui fit disparaître toutes les dillicullés dont elles sont environnées : opération dont tout homme sent parfaitement l'impossibilité. Jl ne se rend à l'éternité de quelque chose et a la divisibilité de la matière a l'infini, que parce que
la raison en général lui dicte qu'il faut écouler tels et tels raisonnements préférablernent à tels ut tels autres, comme nous l'avons déjà dit. Cette voie de conciliation, quoique indirecte, est souvent la seule que la raison ail pour s'accorder avec elle-même sur les matières qui sont de son ressort.
On peut appliquera ce sujet , l'exemple d'un aveugle-né qui croit les couleurs et leurs etfets, quoique ce qu'on lui en dit ne s'accorde pas avec sa raison.
Un aveugle-né croit qu'il y a une perspective peinte contre la muraille, lorsque tout le monde le lui assure. Or, en le croyant, il croit une chose au-dessus de &a raison, puisqu'il ne comprend [tas Ce que c'est que couleur, perspective, sensation-do la vue. Il croit môme une chose contraire à sa raison; car il lui paraît contraire à la raison qu'une superficie plate, foi me une sensation de profondeur.