PART. I. T1IE0L. PHILOS. — REFUTATION DU DICTIONNAIRE PHILOS
qu'il hait ce qu'il désapprouve : la raison ne point de syndérèse, parce qu'il n aura oc-
nous permet pas de douter que Dieu ne casion de l'aire mal à personne. Les maxi-
Ihïisse tout ce qu'il connaît digne de haine mes de justice qui seront dans son cœur
('{i le désapprouvant ; et qu'il n'aime ce n'auront point d'exercice , n'ayant point
qu'il connaît digne d'être aimé en l'ap- d'objet. Peut-être môme qu'il demeurera
prouvant. Ce n'est pas le préjugé qui nous enseveli dans une léthargie d'esprit, qui
l'ait croire que Dieu doit plus aimer les gens lui permettra à peine de faire réllexionsur
de bien que les méchants : la raison nous en a déjà persuadés, en nous convainquant des vérités précédentes. Ce n'est pas le préjugé qui nous a t'ait voir que si Dieu aime davantage les gens de bien que lesmé
ce qu'il voit. Mais toujours est-il certain qu'il aura une religion, dès que le sens commun s'exercera en lui; qu'il lui sera naturel de croire que tout ce qu'il voit ne s'est pas fait de lui-même; qu'il sera ca-
ebants, il Faut nécessairement qu'il fasse pable de religion, dans le même sens qu'il
plus de bien à ceux là qu'à ceux-ci • la rai son nous dit qu'on t'ait plus de bien à mesure qu'on aime davantage ; ce qui est particulièrement vrai d'un être souverainement libre et tout-puissant. Ce n'est pas le préjugé qui nous t'ait croire que Dieu ne ferait
est capable de société, c'est-à-dire par une disposition naturelle; que le germe de la religion est dans son cœur, aussi bien que le germe de la société ; que comme la politique travaillerait en vain pour réunir tous les hommes sous les lois du gouvernement
pas plus de bien aux bons qu'aux méchants, civil, si les hommes n'étaient nés pour la s'il n'y avait rien à espérer après cette vie. société, aussi l'on ferait de vains efforts et que souvent la vertu est misérable et pour leur enseigner des religions, s'ils n'éoppiimée dans le monde : la raison ou taient naturellement disposés par les prinplutôl nos sens, notre vue, l'expérience cipes de la religion naturelle. La nature nous apprennent celte vérité. Ce n'est donc nous fournit les liens qui nous attachent pas le préjugé mais la raison, qui nous cou- les uns aux autres; elle nous fait voir par vainc de la nécessité et de la vérité de cette expérience que nous ne pouvons nous pasreligion où nous croyons l'exercice de la ser d'eux. La nature nous fournit aussi les justice divine, et qui nous enseigne que liens qui nous attachent à Dieu; elle nous Dieu doit rendre un jour à chacun selon l'ait connaître par un instinct du sens comses œuvres. raun que nous ne pouvons nous passer de Autre objection. Supposons un enfant lui. La diversité des gouvernements civils nourri dans un désert par quelque bêle, ou n'empêche point l'uniformité des penchants
par quelque autre moyen extraordinaire ; cet enfant devenu homme connaîtrait-il Dieu, aurait-i! ces Sentiments de religion que nous supposons naturels?
Réponse. On peut répondre à cette question par une autre, en demandant si cet homme ne sera point en elfet sociable, encore qu'il n'ait jamais vu d'homme avec qui il pût entrer en société? N'esl-il pas vrai qu'il sera naturellement dans la disposition d'aimer ses semblables, s il en voit; de de chérir sa famille, s'il en a; de savoir quelque gré à ses bienfaiteurs, s'il arrive qu'on lui fasse du bien? Que si toutes ces dispositions sont cachées dans son cœur
qui nous disposent à la société et à l'union. La diversité des religions ne détruit point aussi l'uniformité des principes qui nous disposent à la religion. Les passions diversifient la religion: elles diversifient aussi la société. Le plus mauvais gouvernement suppose néanmoins l'union des hommes, comme une condition sans laquelle il ne peut subsister. La superstition suppose aussi la religion naturelle, sans laquelle il est impossible qu'elle subsiste : parce que comme le mauvais gouvernement n'est qu'une union ou une société mal dirigée, la superstition n'est aussi que la religion naturelle mal tournée et se portant à de faux
par le défaut d'objet, et s'il est vrai que objets. Ces considérations peuvent servir de
toutes ces dispositions lui sont pourtant naturelles, et qu'elles paraîtront dès que sa solitude cessera, on peut dire cela même, et en termes beaucoup plus forts, des principes de la religion naturelle. 11 n'aura
réponse à d'autres difficultés encore , qu'à celles que nous venons de proposer. 11 faut raisonner d'un sauvage comme d'un enfant.