‹ Œuvres completes de BergierChapitre 70 sur 255 · APIS · texte numérisé non relu

APIS

Ce titre ne convient guère à un article où l'on dit à peine trois phrases sur Apis, et qui ne nous apprend ri cri de nouveau. Le bœuf Apis était-il adoré à Memphis comme dieu, comme symbole, on comme bœuf? Il est à croire que les fanatiques voient en lui un dieu, les sages un simple symbole, et que le sot peuple adorait le bœuf. Cela est fert aisé à due, mais un peu plus difficile à comprendre. Le fanatisme, quelque aveugle qu'on le suppose, peut-il aller jusqu'à regarder un bœuf comme un dieu? S'il le peut, quelle est l'origine de cette folie? Par quelle suite d'idées bizarres y est-on parvenu? Les sages n'y voyaient qu'un simple symbole; mais que désignait ce symbole à leurs yeux? Quelle analogie peut avoir un bœuf avec la Divinité? Le sot peuple adorait le bœuf. Mais un | euple, qui paraît d'ailleurs avoir eu des connaissances, a-t-il pu être assez sol pour adorer un bœuf? Voilà des questions sur lesquelles notre savant auteur aurait dû exercer sa capacité, pour éclaircir ainsi la mythologie. Un philosophe qui remonte à l'origine des choses, suit la marche de l'esprit humain , découvre le principe de ses erreurs. C'était la mode autrefois. Il fallait alors du travail, de la sagacité, de l'érudition, de la patience. On est aujourd'hui philosophe à meilleur marché; ou en est quitte pour voltiger agréablement sur la superficie des matières, pour plaisanter bien ou mal, pour trancher les questions d'un seul mot. Au lieu de montrer comment les Egyptiens, partant du principe général de 1 idolâtrie, ont dû en venir, par une suite de fausses conséquences, jusqu'à rendre un culte aux animaux et aux êtres inanimés, comme font encore aujourd'hui les nègres ; on nous dit, à propos du bœuf Apis , que les Egyptiens étaient un peuple lâche et méprisable. Nous voilà bien instruits. Il faut, ajoule-t-ou , qu'il y ait toujours eu dans leur caractère et dans leur gouvernement un vice radical , qui en a toujours fait de vils esclaves. Sans doute; mais c'est s'arrêter en beau chemin. Il s'agit de rechercher quel était ce vice radical, de monirer qu'il venait de la nature même du climat de l'Egypte, qui ne fut jamais propre à former un peuple guerrier. L'auteur de Y Origine' des lois , des arts et des sciences l'a très-bien fait sentir. (T. iV, 1. m, c. 2, art. 1.) Voilà un philosophe. Il y a de !a sagacité dans ses recherches, de l'utilité dans ses découvertes, de la justesse dans ses réflexions, de l'érudition dans tout son ouvrage. Jl n'insulte, il ne calomnie, personne; il respecte la vérité et ]<\ religion. Rien de tout cela dans le dictionnaire que nous examinons. Jamais il

n'y a eu de livre moins philosophique.

Revenons aux Kgyplîens. Je consens, dit notre auteur, que dans les temps presque inconnus, ils aient conquis la terre. Et moi, je n'y consens point. Malgré ce que disent Hérodote et Diodoro de Sicile, qui n'ont d'autre garant que le témoignage des prêtres égyptiens, trop souvent convaincus de mensonge, les conquêtes de Sésostris sont aussi fabuleuses, que celles d'Osiris et de Bacchus. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans celte discussion historique. Les Egyptiens ont été conquis par tout le monde , excepté par nos Croisés. Cela n'est pas fort étonnant. Ceux qui ont conquis l'Egypte n'avaient à combattre que des troupes d'Egyptiens, qui étaient de mauvais soldats; nos Croisés avaient en tête les Mamelucks, milice étrangère, mais brave. Quoique l'on ait beaucoup vanlé les anciens Egyptiens, notre grand philosophe ne trouve chez eut que deux choses passables : La première, que ceux qui adoraient un bœuf, ne voulurent jamais contraindre ceux qui adoraient un singe à changer de religion ; la seconde qu'ils ont toujours fait éclore des poulets dans des fours. Voilà assurément deux savantes anecdoles. Cependant ces peuples, qui n'obligeaient point les autres à changer de re-

ligion, se battaient avec acharnement pour cause de religion, et poussaient quelquefois la rage jusqu'à manger leurs ennemis ;. nous l'avons vu à l'article anthropophages. Est-ce là la conduite que notre philosophe trouve passable ? D'autre côté les plus fameux législateurs de la Grèce sont allés puiser en Egypte les lois, dont on admire encore aujourd'hui la sagesse; preuve que si les Egyptiens manquaient de bravoure, ils ne manquaient pas d'habileté ni de politique, et qu'ils possédaient des sciences plus estimables que le secret de faire éclore des poulets. Nous pouvons supprimer les réflexions de notre auteur sur les Pyramides; elles ne sont pas neuves; on les trouvera tout entières dans Rollin. La conclusion de l'article est digne de la gravité philosui phique : Si les Egyptiens espéraient la résurrection des corps, pourquoi leur ôter la cervelle avant de les embaumer? Les Egyptiens devaient-ils ressusciter sans cervelle? Oui, sans douie, ils devaient ressusciter comme nos philosophes à cerveau brûlé....

La fable est ingénieuse, conclut notre auteur, mais elle ne résout pas la question absurde du souverain bien. Non. dans le sens qu'il lui a plu de donner à cette question, mais elle y satisfait pleinement dans le sens que nous avons exposé.

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