‹ Œuvres completes de BergierChapitre 71 sur 255 · TOUT EST BIEN · texte numérisé non relu

TOUT EST BIEN

On trouvera sous ce titre l'abrégé de ce que Bayle a écrit fort au long sur l'origine du mal, ce sont toujours les mêmes objections réchauffées. Les divers systèmes que les modernes ont imaginés pour y répondre ne sont que les anciennes opinions rajeunies. Il n'a pas été difficile à notre auteur de monirer qu'aucun ne peut nous satis-^

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faire, que cette question est l'écueil de la avoir données pour notre malheur, porc* raison humaine ; d'autres l'on fait avant qu'il nous plait souvent d'en abuser? Quand lui: pas un seul des philosophes qui ont on tourne en ridicule notre prétendue saécrit depuis un siècle n'a passé sous silence gesse, il faudrait faire attention que Laccette grande diflioullé. Nous n'avons à op- tance parle principalement décolle que la poser aux prétendues imperfections qui religion inspire, qui est fondée sur la connous choquent dans l'univers, que les bornes naissance de Dieu, non pas de celle que les de notre intelligence, qui ne peut aper- philosophes se flattaient de puiser dans cevoir ladistinction elle rapport que toutes leurs vaines spéculations. Quoi qu'il en les parties ont entre elles etavec le tout. Le soit, jamais on ne prouvera que Dieu ait scandale que nous cause ce déluge de maux manqué de bonté envers ses créatures, eu auxquels sont sujets tous les êtres sensibles laissant leur sort éternel entre leurs mains, ne peut être dissipé que par l'attente d'une et en les obligeant de mériLer une vie inmeilleure vie, où le voile sera levé, où la uniment heureuse par les épreuves pasvertu sera dédommagée et la Providence sagères de celle-ci

justifiée. Ce que l'on voudrait 'ajouter de Quelque obscurité qu'il reste encore sutplus n'est que du verbiage philosophique. la conduite de notre souverain Maître, il est Pour commencer par Leibnilz, qui a pré- vrai de dire, que jamais la philosophie ne tendu que le inonde ne pouvait être créé nous a donné là-dessus des idées aussi plus parfait qu'il est, que Dieu a créé le raisonnables et aussi consolantes que celles meilleur des mondes possible, il avait que nous fournit la religion, puisé son système dans Platon, et les sloï- H est essentiel défaire attention que,dan« ciens. On lui a objecté la révélation , qui le système de notre auteur, qui ne veut nous apprend que le monde était plus par- point admettre la liberté, l'origine du mal fait avant la chute de l'homme ; il n'est pas est cent fois plus inconcevable que diîîs le surprenant qu'il n'ait rien eu à répondre. * nôtre. Dans l'hypothèse de la fatalité, Dieu

On pouvait lui représenter encore qu'il est la cause du mal physique, non pas bornait h puissance divine, qu'il y a de la comme juste juge qui l'inflige pour punir contradiction à supposer uu ouvrier tout- des coupables, mais comme un maître despuissant, et qui ne peut précisément que potique, qui y condamne des malheureux ce qu'il a fait; qu'indépendamment de ce exempts de péché. Dans celte supposition que nous savons sur l'état de l'homme in- Dieu fait souffrir des créatures innocentes, nocent, il est ridicule de soutenir qu'il ne sans prétendre les rendre meilleures. Car, pouvait être créé avec un esprit plus péné- comment le deviendraient-elles , n'ayant ni tranl, avec un corps plus robuste, avec des activité ni liberté?

passions moins vives ; que les païens même i Nous abandonnons volontiers a la censure

ont soupçonné que l'état présent de la na- de notre auteur tous les systèmes erronés

ture était un état de dégradation; que des différentes sectes et des divers peuples

l'homme n'est sujet a tant de misères qu\n du monde. On sait assez que l'hypothèse

punition de quelques crimes commis dans des deux principes, admise chez les Egyp-

uu état plus heureux. (Voyez Pline, 1. vu, tiens et chez les Perses, adoptée ensuite

proem., elch. 50.) par les manichéens, était l'opinion du

Tout le monde connaît l'argument d'E- monde la plus absurde; que, malgré tous

picure, rapporté parLactance : « Si Dieu ne les efforts que Bayle a faits pour en pallier

peutôler les maux du monde, c'est impuis- les contradictions, il n'a jamais pu y réus-

sance; s'il ne le veut pas, c'est méchanceté.» sir.

Ce Père répond que Dieu pourrait faire ces- C'est un temps assez mal employé que du

ser tous les maux, mais qu'il ne le veut s'arrêter à réfuter les rêveries de Basihde,

pas; non par un défaut de bonté, mais par- la fable de Pandore, les contes ridicules des

ce qu'il nous a donné la sagesse pour éviter .Indiens et des Syriens. Ce serait un phé-

Jes maux qui sont évilables, et pour nous nomèue assez singulier, si une objection

consoler dans les autres; qu'avecce secours que les plus grands génies n'ont pas pu ré-

rious pouvons nous procurer l'immortalité, soudre, avait été éclaircie par les poêles ou

qui est le souverain bien. Celte réponse pa- par les nations qui n'ont jamais cultivé la

rail faible à noire auteur en comparaison philosophie,

de l'objection ; elle suppose, dil-il, que Dieu Les méditatifs anglais, Bolingbroke ,

ne pouvait donner lu sagesse qu'en produi- Shallshury, Pope , n'ont pas mieux réussi

tant le mai, et puis nous avons une piuisan te que les autres. En nous disant froidement

sagesse 1 Laitance ne raisonne pas si mal tout est bien, que nous ont-ils appris?Quo

qu'on le suppose. S'il n'y avait, point de mal tout est dirigé par des lois immuables, qu'il

dans le monde, et qu'il ne nous lui pas y a de l'ordre partout, que les maladies les

possible do nous rendre malheureux, on ne plus cruelles se forment par le mécanisme

voil pas trop de quel usage pourrait être le plus régulier et le plus constant: ou le

Ja sagesse et la venu. Qu'importe, dira-t-ou? savait déjà. Si nous étions insensibles, nous

pourvu que nous soyons heureux, qu'a- ne serions pas tentés do trouver à redire à

vous nous besoin d'èlre sages? Mais Dieu a ces lois générales. Mais on demande s'il n'y

voulu que notre bonheur dépendit île nous a point de maux sensibles et d'où ils vien-

et fût une récompense du bon usage de nos nenl ? Il n'y en a point, dit Pope, ou, s'il y

facultés. L'accuic/uns-nous de nuuo les a des uiuux particuliers , ils composent le

Lieu générât. Voilà, reprend notre auteur, métaphysique : Le résultat de toutes nos

un singulier bien général composé de la méditations se réduit à la formule des juges

pierre , de la goutle, de tous les crimes, de romains : Non liquet , cela n'est pas clair.

toutes les souffrances, de la mort et de la N'est-il donc pas singulier qu'on vienne, à

damnation. chaque instant, attaquer par des arguments

La chute de l'homme, continue t-il , est de métaphysique les vérités que la foi nous

l'emplâtre que nous mettons à toutes ces enseigne ? Telle est la méthode consiante de

maladies particulières du corps et de l'âme tous nos philosophes; ils sont forcés de

dont vous composez la santé générale; mais convenir que la raison humaine aperçoit

les auteurs du tout est bien, se moquent du péché originel : il est clair que leur système sape la religion chrétienne par ses fondements et n'explique rien du tout.

Outre l'indécence de l'expression, il n'est pas vrai que la chute de l'homme soit le seul dénoûmenl de la question sur Corjgine du mal ; le péché originel sert à l'expliquer sans doute, mais il faut nécessairement y ajouter l'attente d'une autre vie plus heureuse que celle-ci et qu'il ne lient qu'à nous de nous procurer. Dieu avait créé l'homme heureux, mais il voulait que la durée de son honheur dépendit de son libre arbitre; après qu'il en est déchu par sa faute, Dieu

lui rend encore les moyens de récupérer sa sances qui est nécessaire pour nous cou félicité, s'il veut y correspondre. Que peut- duire; qu'il a sagement dérobé à nos regards

fort peu de vérités, qu'elle ne marche qu'à tûtons dans les ténèbres do la métaphysique, et ils ne cessent d'opposer le témoignage de cette raison si faible, si bornée, si fautive, aux lumières de la révélation.

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