‹ Œuvres completes de BergierChapitre 72 sur 255 · BORNES DE L'ESPRIT HUMAIN · texte numérisé non relu

BORNES DE L'ESPRIT HUMAIN

Elles sont partout, selon notre auteur.

Nous ne savons comment le bras et le pied obéissent à la volonté et comment le foie n'y obéit pas; comment la pensée est produite dans l'entendement, comment le fœtus se forme dans le sein de sa mère. Que s'ensuit-il? Que l'auteur de noire être nous a donné précisément la mesure de connais-

on attendre davantage d'une boulé et d'une sagesse infinie? Entre tous les systèmes que la raison humaine a jamais pu former sur noire destinée, en est-il un aussi raisonnable, aussi satisfaisant que celui dont nous sommes redevables à la révélation?

Pope, pour nous consoler de nos maux, dit que Dieu n'ira pas déranger ses lois éternelles pour un animal aussi chélif que l'homme. Notre auteur n'a pas de peine à montrer le ridicule de celle raUon : En aurait-il coûté davantage à Dieu d'arranger ses Jois éternelles de manière que chaque individu y trouvât son bien-être? Ce système du tout eut bien, dit-il, ne représente l'Auteur de toute la nature que comme un roi puissant

ce qui nous serait inutile de savoir , el que le très-grand nombre des recherches philosophiques sont imprudentes et superllues; que les philosophes qui tranchent , qui décident, qui regardent en pitié le reste du genre humain, sont les plus ridicules de tous les hommes.

Qu est-ce que la matière? On a écrit dix mille volumes sur cet article, on a Irouvé quelques qualités de celte substance, les enfants les connaissaient comme nous; mais cette substance qu'est-ce au fond? Que nous importe? Une substance est sullisamment connue quand nous connaissons ses propriétés essentielles; or les propriétés essentielles de la matière sont l'élendue, la

et malfaisant, qui ne s'embarrasse pas qu'il solidité, la divisibilité, l'inertie; toutes ses

an coûte la vie à quatre ou cinq cent mille autres qualités eu dérivent, et elle n'eu

hommes et que les autres traînent leurs jours peut avoir aucune autre qui soit incompa-

duns la disette et dans les larmes, pourvu lible avec celle-là. Qu'avons-nous besoin

qu'il vienne à bout de ses desseins. de rechercher, outre ces propriétés, un

Loin donc , conclut-il , que l'opinion du substratum, un sujet inconcevable auquel

meilleur des mondes possibles console, elle est ces qualités sont attachées comme le plâtre

désespérante pour les philosophes qui l'embrassent. La question du bien et du mal demeure un chaos indébrouillable pour tous ceux qui cherchent de bonne foi ; nous n-e savons rien du tout par nous-mêmes des causes de notre destinée. Celte conclusion est remarquable. Si la raison se trouve en défaut sur une question aussi intéressante pour nous que celle de noire destinée, ne devons-nous pas recevoir avec docilité et reconnaissance les lumières que la révélation nous donne là-dessus? Ne devons-nous pas en inlérer qu'un maître, qui, sans élude et sans lettres a vu plus clair dans cette énigme quêtons les philosophes ensemble, elail sûrement plus qu'un homme, et qu'il avait puisé ses connaissances da-.s le sein même de la Divinité?

Notre auteur va (lus loin, il en est de iueuae, selon lui, de tous les chapitres de

est collé à un mur? Locke, avec toutes ses subtilités, n'a fait là-dessus que des sophismes; c'est en vain que notre auteur les copie sous mille formes différentes. Déjà nous les avons vus à l'article Ame, ils reviendront sous les mots Corps el Matière ; en vaudront-ils mieuxpouravoir éié répètes, quatre fois?

Qu'est-ce que l'esprii? C'est l'être ou la substance qui pense, qui veut et qui sent : Etre par conséquent très-différent, et trèsdistingué de la matière, parce qu'une substance étendue et divisible est essentiellement incapable de penser.

Voilà ce qui est connu des enfants, et ce que savent les barbares et les sauvages, tout comme les peuples policés; ce qui n'est ignoré dans aucun coin de i univers, si ce n'est dans les écoles de philosophie moderne. La distinction de l'esprit. et de la

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matière est uno des idées primitives que nous apportons en naissant, et jamais les philosophes athées, matérialistes, sceptiques, épicuriens de toute espèce, ne parviendront à l'étouffer parmi les hommes.

Nous avons nommé l'esprit du mol latin qui veut dire souffle, cela est vrai ; donc nous n'en avons pas d'idées. Cela esltrès-faux.

L'imperfection de notre langage ne décide point de nos idées. Chez le peuple môme, le mot.esprit ne signifie pas le souille, mais l'intelligence. Quand les Latins le nommaient mens, et les Grecs noos, ce qui pense, ce qui connaît, ils n'entendaient pas le souille, mais la l'acuité de penser et de connaître.

Comment le blé jeté enterre peut-il se relever et produire un tuyau chargé d'un épi? Comment môme la terre produit-elle une pomme en haut de cet arbre et une châtaigne à l'arbre voisin? On peut faire un in-folio de pareilles questions. Oui, de questions inutiles et auxquelles nous n'avons rien à voir. Faire germer les plantes, taire croître les fruits n'est point notre affaire c'est celle du .Maître de la nature.

Nous pouvons nous reposer sur lui de ce soin, nous n'avons aucun intérêt d'en comprendre la mécanique. Mais nous sommes très-intéressés à savoir si nous sommes esprit ou matière, hommes ou bêles, et notre sage Créateur ne pouvait pas nous le laisser ignorer; de cette connaissance découlent tous nos devons envers lui et envers nos semblables.

Nous sommes fort peu touchés du scepticisme de Montaigne et de son affectation a répéter continuellement : Que sais-je? Nous lui permettons d'ignorer s'il existe, s'il est vivant ou mort, s'il pense ou s'il rôve, s'il esldans son bon sens ou s'il extravague; mais aussi il nous permettra de sentir que nous vivons, que nous veillons, que nous pensons. De même que nos idées ne font pas règle pour lui, son avis ne t'ait pas loi pour nous.

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