‹ Œuvres completes de BergierChapitre 73 sur 255 · CARACTÈRE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE

Du mol grec impression, gravure. C'est ce que la nature u gravé dans nos cœurs; pouions-nous l'effacer? Grande question.

Notre auteur soutient que nous pouvons le cacher , mais non le détruire. Il le prouve par l'exemple d'un gentilhomme attaché au service de François 1" et par celui de Sixte-Quint. Selon les règlesde la logique, deux faits particuliers ne suffisent point pour en tirer une conclusion générale ; jusqu'ici la preuve est bien faible. Deux hommes connus ont su se déguiser par ambition et sont revenus ensuite à leur naturel; donc il eu est de même de tous les autres. La conséquence n'est rien moins que certaine et le témoignage d'Horace, que l'on y ajoute, ne rend pas la démonstration plus complète.

La religion, la morale mettent un frein à la force du naturel : elles ne peuvent le détruire.

Cela est vrai, et il n'est point nécessaire qu'elles le détruisent, pourvu qu'elles en. répriment les saillies et l'empêche t d'agir; on ne doit pas exiger davantage. Si la vertu nous devenait naturelle, si elle ne nous coûtait aucun effort, il n'y aurait plus de mérite à la pratiquer. Si la religion et la morale pouvaient refondre entièrement l'homme et lui donner un nouveau caractère, ce miracle une fois opéré, l'on serait sage | ar nature, on n'aurait plus besoin de réflexion.

L'ivrogne dans un cloître, dit notre auteur, réduit à un demi-setier de cidre, ne s'enivrera plus , mais il aimera toujours le vin. Qu'importe, pourvu qu'il ne succombe plus a ce penchant?

Si, convaincu de sa faiblesse, i! s'est mis des entraves pour s'empêcher de tomber, il est louable de s'êire fait celle violence, et d'avoir écarté pour jamais le danger.

Si on pouvait, continue-t-il, changer son caractère on s'en donnerait un ; on serait le maître de la nature. Peut-on se donner quelque chose; ne recevons-nous pas tout? Nous perfectionnons, nous adoucissons, nous cachons ce que la nature a mis en nous, mais nous n'y mettons rien. Dieu ne nous demande pas davantage; il nous défend de nous livrer au vice, mais il ne nous défend point d'y être enclins, parce que cela ne dépend pas de nous. L'habitude du crime en fortifie le penchant , par conséquent l'éloignement des occasions et la violence que l'on se fait à soi-même peuvent le diminuer. L'homme vertueux n'est point celui qui est exempt de passions, mais celui qui sait eu triompher.

Noire philosophe semble douter que la chose soit possible: Une de tes passions a dévoré les autres et tu crois avoir triomphé de toi.

Cela peut arriver sans doute; mais puisqu'il avoue que la religion et la morale mettent un frein à la force du naturel , quand l'homme se sert de ce frein salutaire, alors ce n'est plus une passion quia dévoré les autres, la religion et la morale condamnent également toutes les passions.

C'est donner une très-mauvaise leçon de morale , d'insinuer que nous ne pouvons rien sur nos passions ; qu'elles ne paraissent quelquefois assoupies (pie parce que la plus puissante a dévoré les autres. Un grand nombre de lecteurs est déjà tout disposé à. concluro qu'il est inutile de se réprimer soi-même, que le plus court est de suivre tranquillement le penchant de la nature, et l'on va loin avec ce principe.

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