CHAINE DES ÊTRES CRÉÉS
L'examen de cet article ne nous fournira
moins de frais avec la cochenille. On a même découvert une nouvelle pourpre, qui, suivant toutes les apparences, a été inconnue aux anciens, quoique de même prix que la leur, c'est la pourpre de l'Amérique ou de Panama (Voyez VOrigine des lois, des arts et sciences^ t. III, p. 204 ) Il n'est pas décidé, non plus, que l'on ne
pas des réflexions fort importantes. On y puisse trouver les oiseaux nommés grillons
réfute une imagination de Platon, qui n'a élisions dans les versions de l'Ecriture. Si
rien de solide , dont il est aisé de sentir le Bochart a mal réussi à en désigner l'espèce,
faible, et qui a été renouvelée de nos jours cela ne prouve rien. I! n'est pas plus sûr
par M. Formey. Platon supposait une gra- que l'on puisse détruire absolument cerlai-
dation entre les êtres créés, qui remonte nés espèces d'animaux. Quoique les lions
depuis l'atome de matière jusqu'à l'Etre et les rhinocéros soient peut-être plus rares
suprême. 11 met au premier degré la matière brute; au second, la matière organisée ouïes plantes; viennent ensuite les zoophites, les animaux, l'homme, les génies revêtus d'un corps aérien, les substances immatérielles; enfin, mille ordres différents de ces substances, qui, de perlée
aujourd'hui qu'autrefois, l'on ne doit pas conclure qu'il soit possible humainement de le? anéantir. A mesure que le monde se peuple davantage, les espèces d'animaux sauvages diminuent; mais toute la terre habitable n'est pas encore connue, et, loin de voir des espèces détruites, il est probable, tions en perfections, s'élèvent jusqu'à Dieu au contraire, que l'on en découvrira encore môme. de nouvelfes. Il est faux qu'il y ait eu au-
Notre autour pourrait se dispenser de trefois des races d'hommes qu'on ne refaire une comparaison burlesque entre trouve plus : ce que les anciens ont écrit cet ordre et la hiérarchie ecclésiastique, sur ces espèces prétendues est absolument mais il a raison d'observer que, quelque fabuleux. Les différences que l'on remarparfaiteque Ton suppose une créature,' il y que entre les peuples qui habitent divers aura toujours une différence infinie entre climats sont accidentelles, et quelques-unes elle et l'Etre suprême, son Créateur. La sont venues de l'art autant que de la nasupposilion de Platon nous démontre ce- ture. N'y a-l-il pas visiblement, dit-on, un pendant que ce philosophe avait une idée vide entre le singe et l'homme? Sans doute, nette et très-distincte de ce que nous an- l'on peut imaginer entre eux tant d'espèces pelons substance immatérielle ou esprit que l'on voudra, jamais aucune n'atteindra
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jusqu'à l'espèce humaine, et jamais an nuimal ne deviendra un homme. Le Créateur a mis entre eux une différence essentielle, qui est la raison; quelque parfait que Ton puisse supposer l'instinct ou l'industrie des animaux, Ton ne parviendra jamais à les rendre égaux à l'homme. Notre philosophe demande à Platon quelle raison il a eue de croire des substances célestes, de purs esprits, que nous ne pouvons connaître que par révélation? Une raison fort simple, qui n'est pas démonstrative, mais qui fait voir que les anciens raisonnaient de meilleure foi que les modernes. Us voyaient dans l'univers un ordre admirable, une intinité de phénomènes réguliers , dont ils sentaient que la matière aveugle ne pouvait être le principe. Ne pouvant concevoir que Dieu seul conduisit toute la machine et chacune de ses parties, ils concluaient qu'il y avait des intelligences mitoyennes entre Dieu et nous, auxquelles il avait confié le gouvernement de l'univers. lisse trompaient dans la conséquence , mais non pas dans le principe. Us avaient raison de penser, que partout où il y a de l'ordre, du dessein, de la correspondance entre les moyens et la fin, on doit supposer qu'un esprit ou une intelligence y préside. Nos philosophes, plus habiles, sont d'un avis contraire; ils doutent si la matière n'est pas capable de penser. La connaissance plus parfaite qu'ils ont acquise du mécanisme de l'univers n'a servi qu'à les rendre matérialistes; de conséquence en conséquence, ils prétendent nous conduire à douter si la matière n'est pas Dieu ; et l'on nous vante les services que la philosophie a rendus au genre humain I Les anciens radotaient souvent, nous en convenons ; les modernes extravaguent, il n'y a pas de quoi nous applaudir de nos progrès.
Nous ne suivrons pas notre auteur dans la gradation prétendue que Platon avait imaginée entre les planètes. Il n'était certainement pas aussi grand astronome que Newton ; mais au siècle du philosophe grec, le savant anglais n'aurait pas imaginé l'attraciion. L'on ne connaissait pas alors les lois de Kepler, qui ont fourni à Newton tout le fond do son système.
Cette fameuse découverte de l'attraction, que l'on donne ici comme une vérité démontrée, n'est pourtant dans la réalité qu'un rêve sublime, qui aura le sort de tant d'autres, que la philosophie a successivement enfantés : Descaries rendait raison de tout avec des tourbillons et de la matière subtile; Newton avec de l'attraction ou d.-s poids réci proques ; l'un et l'autre sans doute ont présidé à la fabrique de ce monde, tant ils connaissent bien les ressorts do la machine. Un troisième veut tout démontrer avec des monades ou des molécules animées. La mode des systèmes change, comme celle des habits, mais nous n'en devenons ni plus savants ni plus raisonnables.