‹ Œuvres completes de BergierChapitre 80 sur 255 · ETATS, GOUVERNEMENTS · texte numérisé non relu

ETATS, GOUVERNEMENTS

Il y a fort peu de chose dans cet article qui mérite attention. Il est fort indifférent que l'on ait publié des testaments politiques il des mémoires supposés souslenom du cardinal de Richelieu, do M. Colhert et du maréchal de Vauban : s'ils sont bons,

la haine et le mépris. Tour répondre a toutes ces vaines déclamations, il ne faut qu'une seule remarque. S'il fut jamais une république vantée dans l'antiquité, c'est celle de Sparte. Que l'on parcoure son histoire pendant les cinq cents ans qui se sont écoulés depuis Lycurgue jusqu'à Lysandre; que l'on prenne ensuite dans l'histoire juive un pareil espace de cinq cents ans, à quelle époque l'on voudra, je pose en fait que l'on ne trouvera pas chez les Juifs la dixième partie des crimes que l'on peut reprocher à

l'on peut en profiter; s'ils sont mauvais, le Sparte. (Voy. là-dessus VOrigine des lois, des

nom de l'auteur n'y fait rien. Tout ce détail de testaments supposés est une répétition des trois chapitres des Mélanges de littérature, d* histoire et de philosophie, publiés sous le nom de Voltaire. (T. JV de ses

sciences et des arts, \u° pari., I. vi, chap. 3, art. 1.) Et voilà comme nos philosophes nous font connaître l'antiquité. On nous dit qu'il doit se trouver sur la terre très-peu de républiques, parce que les hommes sont ra-

QEuvrest chap 46 et suiv.) Notre philosophe rement dignes de se gouverner eux-mêmes. parait faire plus de cas de ce que l'on a écrit Voilà donc les peuples des monarchies désur l'administration des Etats dans ces der- gradés et indignes de se gouverner euxniers temps. Ces livres, dit-il, ont fait beau- mômes. Belle morale à enseigner dans une coup de bien; ils forment les jeunes gens monarchie! En général toute spéculation destinés aux places ; ils forment les princes, sur la prééminence des gouvernements est et la seconde génération est instruite. On fausse et ridicule. Il y a eu des républiques peut douter encore du grand bien que ces très-sages, il y en a eu de très-folles etde trèslivres ont produit. Ils renferment sans doute mai gouvernées. Dans celles qui ont duré de très-bonnes observations; mais la plu- plusieurs siècles, aussi bien que dans les

part contiennent aussi de très-mauvaises maximes. Nos philosophes, toujours outrés dans leurs systèmes, ne s'arrêtent presque jamais dans les bornes du vrai : sous ce prétexte de déraciner quelques abus, ils attaquent souvent les fondements mômes de la subordination et de l'autorité légitime. Tout est problème pour eux; la plus faible lueur de vraisemblance leur tient lieu de démonstration. Parmi tant de livres où l'on a examiné le fort et le faible des gouverne' ments, il en est plusieurs dont les principes sont évidemment faux et absurdes, et il est fort à craindre que ceux-ci ne fassent plus

monarchies, il va eu des temps où les peuples ont été paisibles et heureux ; d'autres où ils ont été séditieux, inquiets, misérables. Un vrai philosophe s'affectionne au gouvernement sous lequel il est né; il ne cherche point à le faire haïr ou mépriser : mais celte sagesse n'est plus à la mode. En parlant de la monarchie des Romains, l'auteur tourne en ridicule les dissertations que l'on a faites pour trouver les causes de sa décadence et de sa chute : Cet empereur, dit-il, est tombé, parce quil existait; tort bien. Mais ne sert-il de rien pour l'instruction des gouvernements présents de cou-

de mal que les autres ne pourront jamais naitre les causes qui ont fait déchoir les an-

faire de bien. A propos de république, l'au leur parle de celle des Juifs : Si l'on peut, dit-il, honorer du nom derépublique une horde de voleurs et d'usuriers , tantôt gouvernée par des juges, tantôt par des espèces de rois, tantôt par des grands pontifes, devenue es-

ciens?Un particulier sait très-bien que sa maison doit tomber un jour: Donc il ne doit point consulter un architecte pour en réparer les ruines et eu retarder la chute. Si les dissertations sur le gouvernement des Romains sont inutiles, à quoi servent

clave par sept ou huit fois, et enfin chassée donc les livres que l'on a fait dans ces der-

du pays quelle avait usurpé. Ce panégyrique niers temps pour examiner le fort et le faible

des Juifs est l'abrégé de ce que l'on en a dit de tous les gouvernements , livres que noire

dans les Mélanges de littérature, etc. (t. V auteur semble estimer? Ne pouvait-il pas

des Œuvres de Voltaire, eh. 1G), et dans la faire un chapitre aussi court sans se conlre-

Philosophie de l'histoire. (Ch. 38 et suiv.) dire? Ou voit aisément à qui il en veut; il

On reconnaît partout le môme génie et le ne peut digérer la réputation que s'est ac-

niênie style. Malgré les vices que l'on peut quise Montesquieu par ses Considérations

reprocher aux Juifs, et qui leur ont élé sur la grandeur et lu décadence des Romains.

communs avec toutes les Dations de l'uni- C'est par le même motif qu'il attaque un

vers, eux seuls ont conservé la créance article de ['Esprit des lois. Il demande s'il

d'un seul Dieu et les principes de la vraie est vrai qu'il faut plus d'honneur dans un

religion; il n'en faut pas davantage pour état monarchique et plus de vertu dans une

émouvoir la bile de nos philosophes. Les république? Il prétend que c est tout le

autres peuples oui pu exercer impunément le vol, les meurtres, les brigandages; ce sont des conquérants ; on passe leurs vices sous silence. Pour les Juifs, tout leur est reproché, la sincérité de leurs historiens

contraire : L'honneur, selon lui, est plus nécessaitu uaus une république, car un homme qui prétend être élu par le peuple, ne le sera pas s'il est déshonoré. A l'égard de la vertu, il en faut prodigieusement dans

fournit des armes pour exciter contre eux une cour, pour user dire la vérité. Sans adop-

1er le paradoxe de Montesquieu, il est aisé de montrer q.ue l'on n'en prend pas le sens, et qu'on le réfute mal. Jamais cet auteur n'a prétendu que l'honneur n'était pas nécessa-ire dans une république, ni la vertu dans une monarchie; mais il prétend que de ces deux principes le premier agit plus souvent et plus puissamment dans les monarchies, le second dans les républiques. Qu'il ait tort ou raison, c'est ce que nous n'examinons point; mais puisque noire philosophe voulait le contredire, jl ne fallait pas le prendre à contre sens. On demande si les lois et les religions sont faites pour les climats ? Oui sans doute , répond notre critique ; toutes les lois qui concernent!, la physique sont calculées pour le méridien que l'on habite; Une faut qu'une femme à un Allemand et il en faut trois ou quatre pour un Persan. Il ne pouvait choisir un exemple plus propre à réfuter cette assertion téméraire. Ceux qui professent la religion chrétienne dans la Perse n'ont qu'une seule

pain sous la cendre, et de prédire aux Juifs que dans le pays où ils allaient être conduits en captivité, ils seraient obligés de cuire leur pain de celte manière.

C'est le sens du texte original, et toutes les anciennes versions l'ont rendu de môme, (Ezech. iv, 12, 15.) Personne n'ignore que dans la Chaldée, où le bois est fort rare, on est obligé de chauffer les fours et de cuire le pain avec de la paille. Il n'est pas surprenant que les pauvres qui manquent de combustibles, fassent sécher au soleil la fiente des animaux et la brûlent pour cuire leur pain. Prédire aux Juifs qu'ils seraient un jour réduits à celle extrémité, c'était leur annoncer qu'ils souffriraient une pauvreté extrême. Il n'y a donc dans le commandement que Dieu lit au prophète tien qui puisse paraître indigne de la majesté divine, comme notre auleur le prétend. Il fait à ce sujet une réflexion qui est du dernier ridicule , il faut avouer , dit-il , que de la bouse de vache et tous les diamants du

femme, comme les peuples du Nord, et ont grand Mogol sont parfaitement égaux, nonordinairement une famille plus nombreuse seulement aux yeux d'un être divin, mais à que les mahométans. Montesquieu a très- ceux d'un vrai philosophe. Si lout est égal, bien observé que la pluralité des femmes, un vrai philosophe n'aura donc point de réautorisée par le raahométisme, est la prin- pugnance pour le déjeûner prétendu dont

cipale cause de la dépopulation de l'Asie Si la coniinence y est plus difficile à garder que dans le Nord , elle n'est pas du moins impossible. Il est donc faux que la pluralité des femmes soit une loi calculée sur Je méridien ; c'est une loi de libertinage et

parle notre auleur. C'est son affaire; nous ne disputerons pas de son goût. Il se trompe encore en voulant donner la raison pour laquelle les Juifs ne permeilaient point la lecture tfEzéchiel avant I âge de 30 ans. Ce n'est point parce qu'il y a une contradiction

non de calcul. Les rites de la religion, selon entre la doctrine de ce prophète et celle de

notre auteur, sont de même nature. Comment pourrait-on dire ia messe dans les Indes où il n'y a ni pain ni vin? Cependant les missionnaires qui travaillent à la conversion iies Indiens disent la messe. S'il ne croît ni pain ni vin dans les Indes, on peut y en transporter d'ailleurs. Il s'en suit seulement que l'on ne peut pas y dire la messe aussi fréquemment ni aussi commodément que dans d'autres climats. Nous devons savoir gréa notre philosophe de ce qu'il a excepté les dogmes; il reconnaît qu'ils n'ont aucune relation avec le climat. Sans doute il en est de même de la morale; et ces deux articles sont l'essentiel de la religion.

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