‹ Œuvres completes de BergierChapitre 85 sur 255 · FAUSSETÉ DES VERTUS HUMAINES · texte numérisé non relu

FAUSSETÉ DES VERTUS HUMAINES

Nous n'avons aucun intérêt à défendre le livre du sieur Esprit, publié sous ce litre : peu nous importe qu'il soit bon ou mauvais. Si cet auteur a eu les sentiments qu'on lui prêle, c'est tant pis pour lui : mais, pour le réfuter, il ne faut pas abuser des termes, de [ieur de tomber dans un excès encore plus grand que celui qu'on lui reproche. Quanu on soutient que sans le christianisme il ne peut y avoir de vertu parfaite, cela ne veut pas dire que Catoii, Aristide, Marc-Aurèle, Epiclète, n'avaient pas été des gens de bien. On peut l'être par comparaison. Entre la vertu accomplie et la scélératesse, il y a un milieu fort étendu. 11 est possible d'être homme de bien, irrépréhensible aux yeux, des hommes, sans être pour cela un saint.

Prétendre que les vertus des païens sont moins parfaites que celles que l'Evangile inspire, est-ce donner lieu de conclure qu'il n'y a donc nulle différence entre le président de Thou et Ravaillac, entre Cicéron et Popilius, entre Epictôte etCatilma? Celte conséquence est ridicule. Noire philosophe ne serait pas tenté de se meltre en colère, s'il raisonnait mieux.

Quiconque fait du bien est vertueux, on doit lui faire grâce du motif; cela est vrai a. l'égard des hommes qui ne sont point scrutateurs des cœurs. Quand l'action est bonne, l'on ne doit point soupçonner témérairement que l'intention est mauvaise. Mais Dieu

ŒUVRES C0MPLE1ÈS DE BEKGIER.

qui voit le fond de nos âmes en jugera-t-il de môme ? Sans chercher à rabaisser les vertus dps païens, ne peut-on pas soutenir que si elles avaient eu pour motif la charité, au lieu de l'amour-propre, elles auraient été" plus pures, plus constantes, moins sujettes à se démentir, dignes d'une meilleure récompense? Si le sieur Esprit a prétendu autre chose, il a eu tort, mais son critique n'a pas raison.

Page 1