FOI
Par la manière dont l'auteur a traité cet article, il est aisé de voir qu'il ne connait pas la foi, et qu'il lui sied mal d'en parler. 11 nous apprend d'abord que, croire ceK^jui
paraît évident, ce n'est pas de la foi; c^st de la raison; nous en convenons avec lui. La foi, dit-il, consiste à croire, non ce qui semble vrai, mais ce qui semble faux à notre entendement.
Cette définition est non-seulement fausse,
rons que nous croyons ce mystère, nous ne sommes ni menteurs ni parjures Celle maxime qu'il est impossible de croire une chose contradictoire, a besoin d'explication. Il est des choses qui paraissent contradictoires, lorsqu'on les examine en elles-mêmes, et que l'on ne peut cependant refuser de croire, sans êlre insensé. Ce qu'on dit des couleurs à un aveugle-né, doit nécessairement lui paraître impossible et contradictoire. Peut-il refuser de le croire sans choquer le bon sens? s'il jure qu'il le croil, sur le témoignage constant et uniforme de tous les hommes, est-il menteur ou parjure? Cette réflexion n'a pas échappé à nos plus célèbres philosophes. « Les aveugles-nés, dit l'un d'entre eux, n'attachent aucune idée à 3a plupart des termes qu'ils emploient.... Un miroir est une chose incompréhensible pour eux.... Si un homme qui n'a vu que pendant un jour ou deux, se trouvait confondu chez un peuple d'aveugles, il faudrait
mais contradictoire. Croire, c'est juger vrai; qu'il prit le parli de se taire ou de passer
croire ce que l'on juge faux, est une contradiction dans les termes. Il essaye de. rectitier sa décision en disant qu'il y a la foi sur les choses étonnantes et la foi sur les choses contradictoires et impossibles. 11 donne pour exemple delà première foi des Indiens sur les incarnations ou les métamorphoses de Vichnou : On peut les croire, dit-il, parce que le contraire n'est pas démontré.
Mais pour croire qu'une chose est, suflllil que. le contraire ne soit pas démontré? C'est assez pour juger mais il faut d'autres qu'elle est réellement loi ou une persuasion imagination. Un Indien, continue le philosophe, n'a pas une foi bien vive des métamorphoses de Vichnou, il n'en est pas intimement persuadé; cependant il peut juger qu'il croit, sans faire un faux serment. Et
qu'elle est possible,
motifs pour croire
autrement c'est une
téméraire, une pure
pour un fou ; il leur annoncerait tous les jours quelque nouveau mystère, qui n'en serait un que pour eux, et que les esprils loris se sauraient bon gré de ne pas croire. Les défenseurs de la religion ne pourraienlils pas' tirer un grand parli d'une imrédulité si opiniâtre, sijuste môme à certains égards, et cependant si peu fondée. » (Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient, 12, 13, Hel 45.) Bulluii (ttist. natur., t. VI, édit. in-12, page 19) approuve cède remarque et la confirme par le jugement d'un aveugle-né auquel il paraissait aussi impossible de peindre le visage d'un homme dans la boîte d'une montre, que de faire tenir un boisseau dans une pinte. Hume ( Essais philos, sur l'entendement humain, tome 11, page 136) apporte un nouvel exemple :
« Jamais prêtre, dit -il, dans l'intention d'apprivoiser et de subjuguer notre raison
peut-il y avoir un serment plus faux que de rebelle, n'inventa de dogme qui choque da
jurer qu'on croit ou qu'on est persuadé, quand on ne Test pas véritablement ? Il parait par cette morale que la bonne foi philosophique n'est pas si délicate sur l'article des serments, Selon lui, on ne peut pas croire, une chose contradictoire est impossible. Nous examinerons dans un moment le sens de cette maxime; mais noire auleur en fait une fausse application. Il prétend qu'on ne peut pas croire que le même corps peut être en mille endroits différents. Est-d donc contradictoire, est-il impossible que le même corps soit tout à la fois en plusieurs endroits diil'érenls? voilà ce qu'il aurait fallu démontrer, avani que de porter une décision aussi absolue. Nous savons trèsbien que cela n'est pas possible naturellement; mais nous soutenons que Dieu peut le faire par une puissance surnaturelle, et jamais ou ne prouvera le contraire. Un Indien ou plutôt un catholique, peul donc croire que par un pouvoir surnaturel le corps de Jésus-Christ, est dans l'Eucharistie, en plusieurs endroits différents; et malgré la décision du philosophe, quand nous ju-
vantage le sens commun, que le fait la doctrine d'une étendue divisible à l'infini avec toutes ses conséquences, telles que tous les géomètres et les métaphysiciens les étalent si pompeusement et avec une espèce de triomphe. »
11 est donc reconnu par les philosophes mêmes qu'il y a des choses qui paraissent impossibles, contraires au sens commun, incompréhensibles, contradictoires, et que nous ne pouvons refuser de croire sans êlre absurdes et ridicules, parce qu'elles sont attestées par des témoignages qui les rendent évidemment croyables. Ainsi la maxime de notre auleur entendue sans restriction est une fausseté palpable. Dieu peut donc nous révéler des mystères et des dogmes incompréhensibles qui, envisagés selon nos lumières naturelles paraissent, impossibles et contradictoires. Nous nous trouvons alors dans le même cas que les aveugles-nés à l'égard des couleurs, les sourds de naissance à l'égard des sons, les ignorants à l'égard delà divisibilité de la matière. Nous ne pouvons refuser de croire sur le. téuioi-