‹ Œuvres completes de BergierChapitre 88 sur 255 · FRAUDE · texte numérisé non relu

FRAUDE

S'il faut user de fraudes pieuses avec le peuple'/ — Non, sans doute : jamais perj>oune n'a été assez L. sensé pour le soutenir, il n'est jamais permis de tromper personne, même sous prétexte de lui faire du bien. Toutes les raisons que notre philosophe met à la bouche d'un fakir chinois pour établir le contraire sont très-mauvaises; aussi n'a-t-il eu d'autre dessein que de rendre ce personnage ridicule. Un lettré soutient qu'il faut prêcher au peuple une religion sans superstition, et lui enseigner la vérité sans la soutenir par des labiés. Celte maxime est excellente; mais il faudrait expliquer nettement ce que I on entend par superstitions, fables, systèmes absurdes, cérémonies extravagantes ; l'abus de ces termes et leur fausse application peut donner lieu à de très-grandes erreurs. Il s'en faut beaucoup que le lettré chinois ait raison dans tout ce qu'il avance. Vous vous feriez lapider par le peuple, dil-il au fakir, M vous enseigniez une morale impure. Cela n'est pas ceilain. Les prêtres du paganisme enseignaient au peuple une morale très-impureet très-scandaleuse ; ils ne furent jamais lapidés pour cela. Il dit que les lettrés adorent un Dieu créateur, rémunérateur et vengeur. Ce fait n'est pas exactement vrai ; puisqu'il y a une secte de lettrés chinois qui suiit matérialistes et athées. Un nous apprend dans la philosophie de l'histoire, cli. 18, que les lois de la Chine ne parlent punit de peines et de récompenses après la mort, que les Chinois n'ont pas voulu allirluer ce qu'ils ne savaient pas. En quel sens adorent-ils donc un Dieu rémunérateur et vengeur'! Croient-ils que Dieu punit toujours le crime et récompense la vertu en cette vie? il prétend qu'on n'a pus besoin de prodiges pour croire un Dieu juste qui Ut dans le cœur de l'homme, qui punit et récompense, que celte idée est trop naturelle pour être combattue. Elle l'a cependant été par

plusieurs sectes '"de philosophes, et ell? lest encore aujourd'hui par quelques incrédules, par notre auteur lui-même qui ne reconnaît point la liberté de l'homme, qui regarde les crimes comme un chaînon de la grande chaîne du destin. Voyez les articles Destin et Liberté. Dieu peut-il punir des crimes qui ne sont pas libres? Quoique les plus sensés des anciens philosophes aient enseigné les punitions et les récompenses de l'autre vie, le peuple n'a point élé docile à leurs leçons, il a fallu une révélation divine appuyée sur les plus grands prodiges pour répandre celte créance chez toutes les nations. Selon lui, il n'est pas nécessaire de dire précisément comment Dieu punira et récompensera; il suffit qu'on croie d sa justice. Il assure qu'iï a vu des villes entières qui n'avaient presque point d'autres dogmest et que ce sont celles où il a vu plus de vertu. Nous serions fort curieux de connaître ces villes, il aurait été très-à-propos d'en nommer quelqu'une. Il y a des villes sans doute, et il n'y eu. a que trop, où un certain nombre (ie prétendus philosophes se contente de croire en secret le dogme de la justice divine bien ou mal entendu; mais on n'en connaît point où. la croyance du peuple soit borné à ce seul dogme, et où elle sutiise pour maintenir parmi les citoyens la police et la vertu. 11 soutient que quand même il y aurait des philosophes qui ne conviendraient pas de ce principe, ils n en seraient pas moins gens de bien, ils n'en cultiveraient pas moins la vertu. En attendant qu'on nous ait montré de ces philosophes qui sont gens de bien, et qui cultivent la vertu, sans croire des peines et des récompenses, nous n'ajouterons aucune foi à ce phénomène, quaud il serait aussi réel qu'il est imaginaire, ce n'est pas des philosophes qu'il s'agit, c'est du peuple. Il est question desavoir si une nation entière peut être vertueuse, policée, attachée au bien de la société, sans croire des peines et des récompenses; si le peuple est capable de cultiver la vertu par amour, ou plutôt par enthousiasme, sans crainte et sans autre intérêt que celui de la vie présente. Voilà ce qu'on n'a jamais vu et ce qu'on ne verra jamais. Enlin il prétend que les philosophes aideront à établir la créance des peines et des récompenses, loin de la contredire. Cela n'est pas bien assuré. Des philosophes qui enseignent le septicisuie, le matérialisme, la lalalite absolue, l'inutilité des peines et des récompenses d'une autre vie , ne seront jamais fort zélés pour en établir la créance. C'est ce que font aujourd'hui la plupart de ces Messieurs. Pour détruire la religion révélée, ils se couvrent d'un masque de zèle pour la religion naturelle; et il n'y a pas un seul dogme enseigné par la raison qu'ils n'aient attaqué. En un mol, s'ils consentent que le peuple ail une religion , c'est sous condition qu'ils seront dispensés d'en avoir eux-mêmes.

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