‹ Œuvres completes de BergierChapitre 90 sur 255 · DISSERT. SUR LA SEQUANIE · texte numérisé non relu

DISSERT. SUR LA SEQUANIE

mœurs des Gaulois en général, et des Séquanais en particulier.

La sincérité et la franchise, l'affabilité envers les étrangers, la valeur militaire, le goût des sciences, un peu de vanité et d'inconstance, étaient des qualités communes à tous les Gaulois ; presque tous les écrivains se réunissent à les peindre sous ces traits.

L'agriculture (1577), qui faisait une des principales occupations du gros de la nation, devait être exercée avec un soin particulier dans la province séquanaise. Comment l'auniit-on négligée dans une contrée où la terre payait avec tant de profusion les travaux du laboureur? Les sciences (1578), enseignées par les Druides et cultivées avec beaucoup d'application par la jeunesse gauloise, n'étaient sûrement pas méprisées par des génies aussi propres à y réussir que les Séquanais : l'industrie singulière que César reconnaît dans les Gaulois en général, convient autant pour le moins aux Séquanais qu'à aucun autre peuple. La noblesse laissait aux Druides les fonctions de la judicature (1579), aussi bien que celles de la religion et le soin d'enseigner les sciences, pour s'attacher uniquement à la guerre, il était naturel que, chez un peuple guerrier, l'état militaire fût le plus puissant; mais les Gaulois pensaient assez bien pour ne point regarder cet état comme le seul litre de noblesse. Les honneurs, les privilèges, les exemptions accordées aux Druides, nous font connaître que chez les Gaulois la magistrature et las sciences allaient de pair avec la profession des armes, et que nos mœurs sur ce point sont entièrement conformes à celles de nos ancêtres.

Ce que nous lisons des alliances des Gaulois (1580; nous convainc qu'ils avaient, au sujet du mariage, une police très-raisonnable. Nous ne voyons établis, parmi eux, ni la polygamie, ni le divorce ; ils avaient conservé sur ce point la sévérité des mœurs

Gallium emigrasse, sed G allia in Grœciam translata videretur. (Justin., lib. xliu, ecl. Giypb., Lugd. 1551, p. 852.) Gunt in omnibus parlibus Uaitiœ bette res gestas vider et,... Aquitaniamque nuuquam ipse adistet,... in eum partent est profectus. (C^esar, De bell. Gall., lib. vin, 4(i.) Gullis niliil aliud curœ, uni res bellicie et ugrorum cu/Ju*. (Polyb., ubt supra.)

(1578) Ad hos (Druides) magnus udolescentium numerus disciplina: causa concurtit ;.... nonnulti unnos yicenos ut disciplina permanent. (César, De bell. Gall., lib. VI, 15.) Cl est summœ genus solerliœ, alque ad omnia imilanda alque efficienda quœ unoquoque traduitlur, apiissimum. (Ca;sar, De bell. Gall., lib. vu.)

(157U) Fere de omnibus controversiis, publias privalisque, constituant (Druides) :... may nuque u sunl apud eus honore, elc. (C^esak, De bell. Gall., lib. vi, 15.)

(1580) Suos liberos, nisi cum adoleverint..., palam ad se adiré non puliumur .... vin quanta» pecunius ub uxoribus doits nomme acceperuni, luttlus ex suis bonis... communicant :... virim uxores siculi initieras vitui necisque habenl polestalem. (C-esaii, De bell. Gull., lib., vi, 18 cl \9.) Severu iilis muirimuma, nec ullum morum partent mugis lauduvens. (Tacitus, Ue munb. G'erm., §. 18.)

de la Germanie. Le beau sexe n'avait pas alors des droits aussi étendus qu'il en a acquis parmi nous; les maris avaient sur leurs épouses comme sur leurs enfants une autorité sans bornes, môme le droit de vie et de ruort, et la jeunesse était élevée avec beaucoup de gravité et de sérieux.

Pour prouver l'humeur guerrière des Séquanais, il n'est pas nécessaire de copier ce que les ennemis mêmes des Gaulois ont écrit sur la valeur propre à la nation en général; quelques faits particuliers aux Séquanais en fourniront une preuve plus positive. Il faut faire attention d'abord que, n'occupant qu'une partie assez peu étendue des Gaules, ils étaient cependant parvenus, avant l'arrivée de César, à devenir les plus torts, et à mettre dans leur dépendance les Eduens, la plus puissante faction des Gaulois (1581). Ils se servirent, il est vrai, dans ce but, du secours d'un peuple étranger, par lequel ils furent eux-mêmes opprimés dans la suite; mais, avant d'avoir employé les forces d'Arioviste et dVs Germains, ds avaient constamment tenu tête à celte même faction, malgré la supériorité qu'elle devait avoir par le nombre.

Nous pouvons encore juger de leur valeur par ia conduite que tinrent les Helvétiens pour pénétrer dans les Gaules. Avec une armée forte de 190 mille hommes (1582), ils n'osèrent tenter le passage sur les terres des Séquanais, sans les y avoir engagés auparavant, et sans en avoir obtenu la permission t»ar un traité. Ce sont cependant ces mêmes ïelvétiens qui résistaient à la Germanie entière, toujours prêle à les envahir, et qui avaient osé déjà se mesurer [dus d'une fois avec les légions romaines.

Une circonstance rapportée par César, et qui paraît d'abord indifférente, me semble peindre d'un seul trait le caractère des Séquanais. et mettre une différence flatteuse entre eux et les autres Gaulois. Les députés de ceux-ci, pour engager César à les délivrer du joug d'Arioviste et des Germains, «près lui avoir fait une peinture touchante des maux qu'ils avaient à souffrir de la part de ces barbares vainqueurs, cherchèrent à l'attendrir par leurs larmes et par toutes les démonstrations d'une douleur extrême: les Séquanais, au conlraire, demeurèrent immobiles, les yeux baissés, plongés dans un morne silence; des instances réitérées ne purent leur arracher uni; parole : cette conduite surprit César (1583). Comment

(1581) Cum Cœsar in G alliant venit, alterius faclioms principes eranl /Edui^alienus Seqnani, etc. (César, De bell. Gall., lit», vi, 12.')

(1582) (Helvelii) numéro item eranl in summatrecentimillia capilum,ex quibiis arma ferebanl centum nonaginta millia. (Plutarch., In vila Jul. Cœs.) A Seqnanis impelrat ut per fines suos ire Helvetios palianlur (C/ESar, De bell. Gall., lib. i, 9.) Cœsar memuria lenebat L. Gassium consulem occisum, exercilumqneejus ab Hetveliis pulsum et subjugo missum. (C^sar, De bell. Gall., lib. i. 7.)

(1583) Omnes qui aderanl magno (lelu auxilium a Cœsare peter* cœperunl. Animadvertit Cœsar unos

n'aurait-il pas été frappé d'une contenance si semblable à celle que lés Romains avaient tenue autrefois dans une pareille conjonc-: ture? Tite-Live nous apprend qu'après l'ignominie des Fourches-Caudines, le soldat romain ne témoigna sa douleur que par un silence farouche. Le courage noble des Séquanais, humilié du joug honteux sous lequel ils étaient forcés de plier, ne pouvait garder un maintien plus digne d'une âme romaine. Ceux qui ont voulu expliquer en mauvaise part ce silence des Séquanais et J'étonnement de César, n'y avaient pas assez réfléchi.

On ne me soupçonnera point de flatter le portrait des Séquanais pour faire la cour à leurs descendants. La valeur de ceux-ci est trop connue, pour qu'elle ait besoin de preuves si anciennes : l'opinion que l'on a d'eux les met en droit de ne point compter sur celle que l'on peut avoir deleurs aïeux. Mais on ne manquera pas de remarquer une ressemblance frappante entre les uns et les autres. C'est surtout la cavalerie séquanaise qui était autrefois estimée (1584) , et les officiers expérimentés conviennent encore que c'est principalement dans la cavalerie que les Francs-Comtois sont excellents soldats.

On doit encore faire attention à la fidélité constante des Séquanais envers les Romains, qui les avaient délivrés du joug des Germains (1585). Au milieu de la fermentation qui régnait dans les Gaules et des mouvements qui suivirent la défaite d'Ariovisle , nous ne voyons'point les Séquanais prendre parti contre leurs bienfaiteurs. Si , dans la conjuration générale de la nation sousVercingétorix , on demande aux Séquanais leur contingent de troupes, César ne nous dit point qu'ils l'aient fourni; Plutarque nous assure même positivement qu'ils ne suivirent point l'exemple de leurs compatriotes, et qu'ils demeurèrent constamment attachés au parti des Romains (1586). Ceux-ci eurent dans la suite bien des occasions de se louer de celte fidélilé qui assura aux Séquana s le litre d'amis du peuple romain, qu'ils avaient déjà porté avant que César les eût conquis. Il faut donc reconnaître que le reproche que ce grand capitaine fait si souvent aux Gaulois, d'inconstance et de légèreté, est moins applicable aux Séquanais qu'aux autres peuples de la même nation (1587).

On serait surpris de voir un peuple aussi sensé livré à une idolâtrie grossière, si

ex omnibus Sequanos nihil earum rerum facere quas cœleri lacèrent, etc. <C<Esar, De bell. Gall., lib. I, 32.)

(1584) Oplima gens flexis ingyrum Seqnana frenis. Lucan. Phursal., lib. i.

"(1585) Julius Sabinus.... turbam in Sequanos rapii, conterminam civitatem et nobis fidam. (Tacit., ilisl., iib. i, 7.)

( 1 580) Fines Lingonum superavil quoad Sequanos socios ac pro llalia reliquw Galliœ objectas perveniret. (Plutarch., Invil. Jul. Cœs.) : (1587) Ht sunt Gallorum subua et repenlina contilia. (Gesar* De bell. Gall., lib. m, 8 el 9.)

PART. II. THLOL. ARCIIKOLOG. DISSERT. SL'R LA SEQUANIE.

l'esomple dos nations les plus polies ne nous apprenait ,pie l'esprit humain, abandonna à lui-même, ne saurait arrivera des idées saines sur la religion. César dit que les Gaulois avaient les mêmes dieux que l'on adorait à Rome, Mercure, Apollon, Mars, Jupiier et Minerve, auxquels ils donnaient seulement des noms différents. César ajoute que ces peuples , naturellement superstitieux, offraient à leurs dieux, dans les moindres calamités, des sacrifices abominables de victimes humaines (1588). Le dogme de l'immortalité de l'Ame était conservé chez les Gaulois; mais ils l'avaient défiguré par les rêveries de la métenipsychose (1589).

Il est vrai que cette conformité de l'idolâtrie gauloise avec celle des Romains doit nous la rendre bien suspecte de nouveauté, et nous en déceler peut-être l'origine.

Plusieurs anciens écrivains s'accordent en ell'el à nous représenter les Gaulois comme un peuple ennemi de l'idolâtrie (1590), qui adorait un seul être suprême, spirituel et éternel, dont la religion approchait beaucoup de celle des Perses; l'idolâtrie était donc une innovation récente dans la religion des Gaulois.

Ce sentiment est d'autant plus vraisemblable, que tous les peuples voisins ne connaissaient point autrefois l'dolâtrie. Les Germains , dont les Gaulois descendaient certainement, les Bretons, les Ibères ou Espagnols, les premiers habitants de l'Italie, qui étaient tous des colonies de Gaulois, n'adoraient dans les premiers temps qu'un seul dieu, et n'avaient point d'idée du polythéisme. Nous en rapporterons les preuves; mais c'est un l'ait incontestable, surtout à l'égard des Germains.

César , parlant d'eux , dit qu'ils adoraient le soleil , la lune et le feu (1591; , et qu'ils n'avaient jamais oui parler d'autres divinités : Tacite, au contraire, cent ans après, nous assure qu'ils connaissaient les mômes

(lo88) Natio est oinnis Gallorum admodum dedila retigionibus ;... pro vtetimis humilies immolant ;.... deum maxime M ercurium coliuil ;... post hune Apollinem et Marient, etJovem et Minervam. Délits eumdem (ère quant reliquat génies liabent opinionem. (CfiSAK, Debell. Gall., iil>. vi, 16 ei 17.)

(1589) Imprimis Ituc votant persuudere, non i nie ri te animas, sed ab uliis post moriem transite ad altos. (Gacah, De bell.Gall., lib. vi, 14.)

(1590) Ccrterœ nationes pro suis religionibus bella s ucipiunt, istœ contra omnium religiones :... si t/uiiitto melu adtlucti deos placandos esse arbitrante, humants hosliis eorum aras ac templa funestattt. (CiCLK., ;.ro Fonte o.)

Solis noste deos et cœli numina vobts Aul solis nesciré datum....

LutAN. l'haisul., lil>. i, De Druidib.

Dritannia Itodieque eam (religionem) allonite célébrai lanlis cœremoniis, ut dédisse i'ersis vidert postât, udeo isia loto mundu consensere, quanquum discordiet sibi ignoto. (Vus., lib. xxx, c. I.) Celtœ cotunt Jovem : Lelticum vero Jovis tignum altistimu quercus. (Maxim. Tth., soi mi. 38.)

... Stmulacraque mœsta deorum Are curent cœsis exstant infortnia truncis. LiXA.v l'haisul., lib. ni.

Q&L'VHES COUPATES DE ReHGIKU. I.

dieux que les Gaulois, et o tirai eut comme eux des hommes en sacrifices; mais qu'ils

avaient conservé bien des traits de leur ancienne religion ; par exemple, l'usage do ne faire d'images d'aucune divinité et de ne point renfermer les dieux dans l'enceinte d'un temple. C'est donc dans l'intervalle qui s'écoula depuis César jusqu'au siècle de Tacite, que la religion des Germains fut altérée par le commerce qu'ils eurent avec \es Romains. On sent que la mémo chose aurait dû arriver chez les Gaulois, longtemps auparavant.

L idolâtrie des Gaulois était un présent funeste que les Romains leur avaient l'ait, quelque temps avant l'arrivée de César, et Slrabon nous l'insinue très-clairement. On coinprer.dassezcombienles tètes, lesjeux, les festins dont l'idolâtrie était alors accompagnée , la rendaient séduisante , et combien la haute opinion que l'on avait des Romains était capable d'inspirer du goût pour tous leurs usages. Il est à remarquer qu'aucun des monuments d'idolâtrie trouvés dans l'étendue des Gaules, ne remonte plus haut que le temps de César.

Mais, dira-t-on peut-être, si l'idolâtrie gauloise eût été une coutume empruntée des Romains, Cicéron aurait-il déclamé, comme il a fait, contre la religion des Gaulois, et contre les sacrifices de victimes humaines, usités parmi eux? Strabon (1592) eût-il parlé de ces sacrifices comme d'un reste de barbarie dont les Romains avaient corrigé leurs nouveaux sujets?

Je [louerais me borner à répondre que ces sacrifices, tels que les Gaulois les pratiquaient, ont été en usage à Rome même jusqu'au nic siècle (1593); qu'ainsi la supposition du géographe et la déclamation do l'orateur romain sont également fausses et déplacées. Mais que l'on me permette une conjecture. César etDiodore de Sicile (1594) nous apprennent que les Gaulois n'immo-

Lucosque vetusta Relligiane truies et robora uuminis instar Burburtci...

Claudian., De laud. Siiliclt. , I. r.

(1591) Germant... deorum numéro eos solos ducuitt quos certitini et quorum aperle opibus juvanlur, Soient et Vulcanum et Luttant ; reliquos ne fuma quidem acceperunt. (C.-esak, Du bell. Gull., lib. vi, 21.) Deorum maxime M ercurium colunt, cui cerlis diebus humants quoque hosliis litare fus liabent... Gœterum nec cohtbere pariettbus deos, neqne in ullam Itumani vris speciem assimilare, ex mugniiudine cœlestium arbitrantur. (Tacit., De mor. Germ., § ix.) De Britanni» vide l'iui., ubi supra; de Gelliberis Slraboiiem, l.iv;de /Ja/if Pluiarcli., in vila Xumœ, el Festuiu apud Audigier, Ortg. franc., loiuu 1, p. 2-22.

|I592) Ab Itisce veto rerum obsceniiutibus j'eedisque sacri/iciurum el diviiiuliunum rilibus mori nustro contrtiiiis, Romani prorsus eos averlerunt (Stkaiso, lib. îv, p. 189.)

(15'J">) Minutius Félix in Ocluvio. — llodie ab ipsis Remania Latialit Jupiter malt el noxii hominis sanguine suginutur. (TebtolL. Apcl., c. 9.)

(1594) Supplicia eorum qui in fttrlo, aul latroci- >tiu, uul aligna iwxa suit comprehenti, graliora dits

(aient ordinairement que des criminels.

N'en pourrait-on pas conclure, que dans les premiers temps cette immolation n'était point un saerifice, mais seulement un supplice exemplaire, accompagné de cérémonies religieuses et de vœux adressées è la divinité? Dans la suite, les Gaulois, devenus idolâtres, conservèrent et ancien usage, mais ils en pervertirent l'intention. Ils s'accoutumèrent à regarder la mort d'un criminel comme une offrandeagréableauxdieux, et poussèrent môme la barbarie jusqu'à immoler des innocents. Ces sacrifices ne prouveraient donc point l'antiquité de l'idolâtrie chez les Gaulois, y

Le gouvernement de cette nation en général, et des Séquanais en particulier, était une espèce d'aristocratie. Le peuple, uniquement occupée l'agriculture, était, dans une entière dépendance, et môme dans l'esclavage à l'égard de la noblesse (1595). Celleci formait dans chaque ville principale un sénat (1596) qui avait soin de lever des troupes, de faire des alliances, de conclure la paix ou la guerre. Les affaires importantes se traitaient dans des assemblées générales delà nation, auxquelles chaque ville ou chaque contrée envoyait ses députés.

S'il arrivait qu'un noble parvînt, par un génie supérieur, par son crédit ou par ses services militaires , à dominer ses concitoyens et à s'emparer du gouvernement, on ne peut point reganlerceltedominalion comme une souveraineté proprement dite (1597), quoique César lui donne ordinairement le nom de royauté. Cette autorité passagère était seulement l'ondée sur le plus grand nombre d'amis ou d'alliés que ce personnage pouvait avoir, sur Je plus grand nombre de soldats qu'il entretenait pour son service; elle ne durait d'ailleurs qu'autant qu'il savait s'y maintenir par force ou par intrigues. Nous en voyons un exemple dans Casticus, dont le père avait été tort puissant

chez les Séquanais, et qui était réduit luimôme à la condition de simple particulier.

On sent qu'un pareil gouvernement, chez des peuples sujets a l'inconslance , devait ôtre fort orageux (1598). Le nombre prodigieux de factionsqui divisaient les provinces, les villes et même les familles, à l'arrivée de César, en étaient une suite nécessaire. Un seul homme, inquiet et entreprenant , pouvait par ses intrigues armer toute une contrée. C'est ce grand nombre de partis et d'intérêts divisés qui hâta la conquête des Gaules. César dut la rapidité de ses succès à celle circonstance heureuse autant qu'à sa valeur. Si la nation se lût réunie en un seul corps pour disputer aux Romains le passage du Rhône, peut-être César n'eûtil pas poussé ses exploits plus loin que Marius. Il était trop tard lorsque les Gaulois pensèrent à se liguer, sous Vercingélorix ; l'ennemi connaissait le fort et le faible de la nation ; plusieurs expériences heureuses lui avaient appris à la vaincre.

Il est vrai que les Gaulois n'en furent pas plus malheureux, pour être assujettis aux Romains (1599). Ils ne perdirent qu'une liberté inquiète, et la discorde qui en était inséparable. Gouvernés selon leurs propres lois, ils commencèrent à goûter les douceurs de la paix, qu'ils n'avaient jamais bien connues. Les Séquanais en particulier, toujours amis et toujours protégésdes Romains, virent leur province devenir plus florissante, et leurs armes plus glorieuses, en combattant sous les aigles romaines.

Ce peu d'observations suffît, ce me semble, pour prouver que les Séquanais ont été de tout temps un des peuples les plus considérables des Gaules, et un des plus dignes d'exciter la curiosité des savants.

Terra antiqua, potens armis atque ubere glebœ. ViRG. JEtieid., 1. m, v. 164.

immortalibusesse arbitranlur. (César, De bell.Call., Mb. vi, 10.) De Gallis noxios hommes postquam per quinquennium servarunt, in crucem actos diis sacrificant. (Uiodor. Sicul., lib. v.;

(151)5) In omni Gallia.. . plebs pêne servorum habelttr loco. (César, De bell. Call., lil>. vi, 13.)

M duos vmnem nobililatem, omnem senalum,

omuem equitalum amisisse. (César, De bell. Call., lib. i, 31.) Quos spes prœdandi siudiumque beltandi ab agricullura etquotidiano labore revocabut. (César, De bell. Call., I. m, 17.)

(1596) Concilio Gallias primo vere, ut instituerai , indicto. (César, De bell. Gall., lit», vi, 5.)

(1597) In Gallia a polenlioribus atque Us qui ad conducendos homines facilitâtes liabebant, vulijo régna occnpabantur. 'Cksar, De bell. Gall., lib. il, 1.)

Eorum ut quisque est génère copiisqne amptissimus, ila plurimos circum se ambaclos clientesque liabenî. Hanc unam gratiam poteniiamque noverunt. (CjEsau, De bell. Gall., lib. vi, 15.) In eo ilinere persuadet Gaslico, Cutamanlaledis tilio, Sequano, cujus paler regiuim in Sequanis imilios annos oblinueiat. (César, De bell. Gall., lib. i, 3.)

(1598) In Gallia, non solum in omnibus civilatibns atque pagis parlibusque, sed pêne etiam in singulis ilomibus, jacliones sunl. (C«sar, De bell. Gall. , lib. vi, 11.)

(1599) Régna bellaque per Gallias semper fuere, donec in nostrum jus concederetis. (Tacit., tlist., lib. iv, 74.) Cum... aliquod beltum inadil, quod ante Cœsaru adveiwini j'ere quolannis accidere solebal. etc. /Cssar, De bell. G'a//.,Ub. vi, 15.).

700 PART. II. THEOL. ARCHEOLOG. - DISSERT. SUR LES VILLES DE LA SEQUANIE.

DISSERTATION

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