‹ Œuvres completes de BergierChapitre 91 sur 255 · SOUS LA DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

SOUS LA DOMINATION ROMAINE

QUELLES ÉTAIENT LES VILLES PRINCIPALES DE LA PROVINCE SEQUANAISE SOUS LA DOMINA- TION ROMAINE, ET QUELLE ÉTAIT LEUR SITUATION ?

De toutes les parties qui composent l'histoire des anciens peuples, il n'en est peutêtre aucune qui renferme «Je plus grandes difficultés que ce qui regarde la géographie. Les anciens géographes ne nous présentent d'autres secours qu'une liste sèche de noms de provinces et de vilies, souvent méconnaissables : Ptolomée est le seul qui en détermine la situation par les degrés de longitude et de latitude; encore ces calculs se trouvent-ils rarement conformes à la situation actuelle des lieux. Nous ne voyons aujourd'hui que des déserts où l'on prétend «ju'il y eut autrefois de grandes villes. La surface des provinces a éprouvé dans la «lurée des siècles des changements presque aussi considérables que le langage et les mœurs de leurs habitants. La recherche que l'on va faire des villes principales de la pro-

(IGI.Y, Ptolomée, lab. 3, de l'Europe, liv. ij, cb. 0, de la Gaule Belgique : Rauricorum, Augusta liuurïcorum, long. 28, lai. 47-10 ; Argeninuria, long. 27-50, l;il. 47-40. Sub his aulem et Leucis liubituni Lingones quorum civitas Andomalunum, long. *20-l5, lai. 46-40; et pust montent qui ipsis subjacet appellaturque Jurassu.s, sim( Ilelvetii juxta lihenum, quorum civitatet Gannodurum, long. '28- 50, lai. 46 50; l'orum ïitnrii, long. 28, lai. 40.

vince séquanaise confirmera celte vérité d'une manière sensible. Cet important objet n'offrira guère que des doutes à la curiosité des lecteurs. Nous avons donc à vaincre ici tout à la fois la sécheresse des discussions géographiques et l'incertitude de la matière.

Dans la description que Ptolomée (1615) nous a donnée des Gaules, il place quatre villes principales chez les Séquanais : Didalium ou Uillatium, Vesontium , Equeslris et Avanlicum. De ces quatre villes, Vesontium, qui est certainement Besançon, est la seule dont on puisse assurer l'existence et la situation , sans risquer d'être contredit, parce qu'elle présente encore à nos yeux des preuves de ce qu'elle fut autrefois, et que l'histoire nous fournit deux illustres témoins de son ancienne splendeur. Le premier est Jules-César (IGIGj : il dit que Besançon était la plus grande ville des Séquanais, et il la dépeint comme une des plus fortes places qu'il y eût alors dans toutes les Gaules. Le second est l'empereur Julien (1617} qui eu

Sub his Sequani quorum civitales Didatium, long. 25-30, lai. 45 40; Vesontium, long. 26, lai. 40; lù/uestris, long. 27, lai. 45; Avanlicum, long. 28 lai. 45-30.

(1616) (i.tsAH, liv. 1: Vesuntionem quod est oppidum maximum Sequanorum... Idque nalura loci sic miiniebatur, ut magnum ad duceitdum hélium daret fucullatem, etc.

(1617) JuLIEK, Ëpisl. ad Maximum, philos. : Cutn

/ il)

parle de môme, et qui ajoute qu'elle reni'ermait autrefois un grand nombre de beaux édifices. Je m'étendrais volontiers sur l'antiquité, la magnificence et les prérogatives de cette illustre ville, si elle n'avait pas eu déjà un historien digne d'elle, et si le sujet prescrit pour cette dissertation ne m'obligeait de ra'attacher principalement à ce qui demande de plus longues discussions.

La situation de Didatium, que Ptolomée place la première selon l'ordre des degrés de longitude, n'est pas aussi facile à déterminer. Son existence même a été révoquée en doute, et cetle contestation a mis aux prises deux savants les plus capables uV répandre du jour sur ce point, s'il en eût^'té susceptible.

L'historien des Séquanais (1618) a cru que les exemplaires de Ptolomée ont été corrompus en cet endroit; qu'au lieu de Didatium, il faut lire Dislacion, bina statio ; que le géographe avait voulu désignersous ce nom Je Grand et le Petit-Noire, qui sont placés sur l'ancienne route romaine de Châlons à. Besançon, et à la distance de cette dernière ville d'environ un demi-degré tant de longitude que de latitude, comme Ptolomée le suppose.

En vain quelques-uns (1619) se sont persuadé queDidattum, c'est Dole (1619*); peuton imaginer une ville ancienne et principale dont César, Strabon, l'Itinéraire d'Anlonin, la Notice dus Gaules, ni la Carte de Peulinger, n'ont parlé? Plus on prétend que cette ville était considérable , plus on donne de poids au silence de l'histoire.

Ces raisons, quoique frappantes, n'ont pas ébranlé l'auteur de la Dissertation sur l'antiquité' de la ville de Dôle. lu) citoyen zélé et reconnaissant, il a revendiqué l'existence de Didatium et a soutenu que cetle ville avait disputé dans tous les temps de splendeur avec Besançon; selon lui, Didatium est la môme que Mugetobria dont parle César. Si l'Itinéraire d'Antonin n'en fait point mention, c'est que la roule romaine qui passe à Dôle n'élait pas encore faile (1620j; mais cette ville est marquée sur la Carte de Peutinger sous le nom de Dubris. Ce n'est que sous les comtes de Bourgogne qu'elle a de nouveau changé de nom et a été appelée Dola.

Uue preuve contre laquelle l'incrédulité n'a rien à répliquer, ce sont les ruines encore subsistantes d'une ville autrefois étendue et magnifique, des morceaux de marbre, des mosaïques, des colonnes, des statues,

des médailles qui s'y trouvent en abondance, et les vestiges d'une levée romaine. Si on joint à tout cela une situation charmante, è l'entrée d'une plaine, la plus fertile de la province, n'y a-t-il pas de l'aveuglement à méconnaîire Didatium , el à supposer sans preuve une altération dans le texte de Ptolomée ?

il eût été peut-être plus prudent de s'en tenir à ces deux dernières raisons, je veux dire aux monuments découverts à Dôle, dont deux autres écrivains ont déjà fait un assez long détail, et au texte de Ptolomée, que de s'avancer autant que l'a fait M. Normand; ces changements de noms supposés sans aucun garant et quelques aulres hypothèses aussi gratuites ont donné trop de prise à M. Dunod. Car pourquoi ne nommerions-nous pas les auteurs d'une contestation qui leur a fait honneur à l'un et a l'autre.

Malgré l'air de vraisemblance que le premier s'est efforcé de donner à ses conjectures, il est difficile de comprendre qu'une ville ait porté quatre noms différents, sans qu'on en aperçoive; la plus légère preuve dans les auteurs que l'on suppose en avoir parlé, sans qu'on puisse en imaginer aucune raison, sans qu'il | araisse la moindre affinité entre ces noms divers : Magetobria, Didatium, Dubris , Dola. Voilà dus descendants qui ne ressemblent guère a leurs ancêtres : leur généalogie est donc suspecte, et les faits dont on veut l'appuyer sont sans fondement.

Didatium et Magetobria ne sonl point la même ville. Nous verrons en pariant de celle dernière que les preuves de leur identité ne sont point convaincantes, et qu'il y a de plus fortes raisons de penser le contraire.

C'est gratuitement que l'on soutient que Dubris est marqué pour Didatium sur la Carte de Peutinger, à 34 milles de Besançon.

Trente-quatre milles, selon l'historien des grands chemins de l'empire (1621), l'ont dix-sept lieues françaises : or il y a moins de dix-sept lieues françaises de Besançon a Dôle ; et cette distance cadrerait mieux avec T'avaux qui se trouve plus loin sur la levée romaine. D'ailleurs Dubris n'est marqué sur la Carte que comme une simple mansian, un simple village : aurait-on désig.ié de cetle manière une ville considérable et que l'on prétend avoir été la cauitale de la province?

Une autre supposition fausse est que la levée romaine de Châlons à Besançon n'ait

aulem Vesuntionem appropinquarem, est aulem oppidum nunc dirutum, magnum tamen olim et magnifias templis ornatum, mœnibus (irmissimis el loti natura muniium, etc.

(1018) Histoire des Séquanais, 5° dissert. I, pag.

(a) Lxzius, De transmigrât, gentinm, place Didatium à Halemberg; et Villanovanus (Mien. Seiivet) apud Abrah. Orteldum, in synonymo geograp. à Hascnbourg. — Le P. Joi.y a lu Tallemberg, qu'il rend par Tallans, pics de Dijon; ci dans Hascnbourg il

(1019) Gollut, Mémoires des Bourguignons, 1. n, ch. -49. Découverte de la ville d'Antre, oe disseit., c. 5, p. 141.

(llhJO) Dissert, sur l'anliq. de la ville de Dôle, p. 17.

(i021) Rergieb, tom. I, liv. m, cli. 12.

(Disserl. citée, p. 9.) Halemberg et Hasen-

trouve Azans, pics de Dôle. Mais c'est une double erreur bourg sont les noms allemands û'Asuel, village de l'ancienne seigneurie de Poienlniy, qui fait maintenant paitic du canton de Berne.

717 PART. II. THEOL. ARCI1EOLOG. —DISSERT. SIR LES VILLES DE LA SEQUAiME. 71*

pas été faite a v ;i n l Ptolémée, et a plus forte raison avant I Itinéraire. Strabon raconte qu'Agrippa, gendre d'Auguste (1622J, (it faire quatre grandes routes depuis Lyon, dont l'une allait vers le Rhin; c'est incontestablement celle qui passait par Besançon; la route deiniis ChÂlons à Besançon était donc l'aile avant le temps de Ptolémée. Ou celle levée était celle qui passe par Dùle, et alors l'argument de M. Dunod demeure dans toute sa force; ou c'était celle qui passe parVaudrey, Senans et Osselle , et M. Dunod s'en prévaudra encore. Si Didatium eût été alors une ville florissante, et même la capitale de la province, n'y eût-on pas fait passer la levée romaine pour venir à Besancon?

Il faut donc convenir de bonne foi que Ptolémée est le seul auteur qui puisse servir à prouver l'existence de Didatium, et comme la situation qu'il lui donne s'accorde à peu près avec les ruines et les monuments qui subsistent encore près de Dole, on en conclut avec assez de probabilité que ce sont là les ruines de l'ancien Didatium, et leur étendue nous fait croire que ce fut autrefois une vdle considérable.

On ne sera plus étonné du silence des Notices et de la carte de Peulinger, si Ton fait attention que plusieurs villes de la province séquanaise furent saccagées avant le iv* siècle. En effet, l'empereur Julien, parlant de Besançon , dit que c'était autrefois une grande et superbe ville, mais qu'elle était ruinée pour lors. Il est probable que Didatium avait éprouvé le même sorl, et qu'il n'était point encore relevé de ses ruines au ivc siècle, lorsque les Notices et les Tables de Peulinger fuient dressées; voilà pourquoi il n'y en est fait aucune mention. Pour l'Itinéraire, il ne parle en aucune manière des deux roules anciennes depuis Besançon à Châlons; il n'est donc pas étonnant que Didatium n'y soit point nommé.

Au reste, il est à propos de remarquer que le silence de ces monuments divers n'est pas moins une objection contre le système de M. Dunod, que contre celui de M. Normand.

(16-2-2) Stiubos, liv. iv, édil. Basil., 1549, p. 199 : Cœterum Lugdunum inmedio instar areis silum est... Eu propier Agrippa hoc ex îoeo parlilus est nias, uitdin quœ perCemmenos montes... uliam ad Wienum, icrtiam ad Uceunum, etc.

(10:20) lirons de Poitiers, dans sa Chronique, Spicil., i. Il, toi. 540, col. \ : Fredericus autem imperalor œdijicaverat sibi palatium mine amplitu- (Lutis in toco gui dicilur Dolali.

(a) Nyon (Colonia Equeslris). Quelques recherches faites à Nyon ei dans les alentours m'ont offert les rails suivants: ta Cité Equestre n'occupait pas le li"ii de la ville actuelle, mais la hauteur du ruisseau du Boulon au promontoire de Promenthonx, en forme «le croissant. Le village de Prangins y était co i pris. Les miles romaines et les restes d'antiquités disent clairement ces choses. Le port était à Promenihoux, à un quart d'heure du port actuel. Encore dans le sv« siècle le marché s'y tenait; les bateaux <le Savoie y abordaient. La ville fasse;» eie gagnée sur le lac. La Cité Equestre, bien plus

En effet, Ptolémée n'a parlé que des villes les plus considérables de chaque province. Si l'on doit lire Bina Statio dans son texte, il faut donc supposer que le Grand et le Petit-Noir étaient deux grandes villes au second siècle, et quel est le monument où l'on puisse trouver ces deux villes prétendues? Le changement de nom de Didatium en celui de Dota ne fait pas une difficulté, parce qu'il y en a une raison sensible. Didatium n'était point situé précisément où est la ville de Dôle, ses ruines sont plus au sud-ouest ; lorsque l'on commença à rebâtir la nouvelle ville, on lui donna le nom que portait auparavant la campagne où on la plaçait (1023). Il n'est pas diliieile de comprendre qu'une ville change de nom eu changeant de situation.

On ne parle point ici de l'opinion de différents auteurs qui ont cru retrouver Didatium dans quelques bourgs ou villages d'Alsace (1624). Comme leur sentiment est dénué de preuves et de vraisemblance, il serait inutile de s'y arrêter.

Equestris et Avanticum, deux autres villes placées par Ptolémée dans la province séquanaise, ont fait naître parmi les savants desdisputes encore plus vives que Didatium. Les uns soutiennent qu'il faut chercher ces deux villes en deçà du mont Jura et dans l'étendue de la Franche-Comté; les autres, qu'il faut entendre par Equestris, Nyon situé sur le lac de Genève (a), et par Avanticum, Avanches sur le lac Moral, L'une et l'autre opinion ont leurs preuves, mais elles ont aussi leurs difficultés.

D'abord on a peine à se persuader que Ptolémée ait mis chez les Séquanais deux villes situées bien au delà du mont Jura, et qui appartenaient certainement aux Helvétiens. César et Strabon assurent constamment que le mont Jura servait de borne entre ces deux peuples (1625), et la nature pouvait-elle mettre entre eux une plus forte barrière qu'une chaîne de montagnes et de rochers escarpés à perte de vue, inaccessibles aux hommes et aux animaux, et qui ne laisse qu'un passage étroit à sou extrémité vers le lac de Genève ?

(1621) Alsat. illustr., périod. celt., § 16.

(1625) C.esar, 1. 1, p. 2 : Helvetii continenlur.... altéra ex parle monte Jura allissimo qui est inter Sequanus et llehetios. — Sthabo, I. iv, p. 185 : l'ost lletvetios Sequani et Mediomatrici Rhenum inculunt... In Sequanis vero mons est Jurasius llclvetios Sequanosque discernens. Super lletvetios et Sequunos et sEdui et Lingones in occasum vergenlcs habitant.

importante que le Nyon d'aujourd'hui, a clé le chef-lieu d'une première llehctie romaine. J'en ai acquis la preuve en lisant sur les pierres inilliaires des alentours (il en reste quelques-unes) la distance de Nyon, non eello d'Avauches. Dans tout le reste de l'ilelvétie les pierres portaient la dislance d\ivanlicum. Autre doue l'établissement de Jules César t autre celui d'Auguste. (Mole communiquée par j/. Vulliemin, prof, à Lausanne, ancien pasteur à Nyon.) Gilbert Cousin place Equestrii à NeufchàteL

Plolémée lai-même, dans l'endroit que nous examinons, place les Helvétiens derrière le inonl Jura ; par quelle monstrueuse erreur aurait-il pu mettre deux de leurs villes de l'autre côté chez les Séquanais?

Au quatrième siècle, Amrnien Marcelin ( 1626), écrivain très-instruit de la situation du pays dont il parle, puisqu'il y avait voyagé, dit qu' Avanlicum était une des plus belles villes des Gaules.

Or l'Helvélie, suivant toute apparence, ne fil jamais partie des Gaules, qui, suivant Pline et Solin, ne s'étendaient point au delà i\u mont Jura (1627). Ce n'est donc point au delà du mont Jura qu'il faut placer YAvanticum de Ploléraée et des Séquanais. v

Pourquoi aller chercher si loin ce que nous trouvons dans la Franche-Comté? Grégoire de Tours, écrivant la vie de saint Romain et saint Lupicin, fondateurs du monastère de Condal, aujourd'hui St. -Claude, dit que ces solitaires s'arrêtèrent dans un désert du mont Jura qui est près de la ville tl'Avanticum, quœ Avanlicœ adjacent civitati (1628). C'est donc près de Saint-Claude que doit être placé VAvanticum des Séquanais. Or, les bords du lac de Moirans, qui en est à deux lieues, nous offrent les vestiges évidents d'une ville considérable. On y a trouvé du marbre, des colonnes, des statues, des tombeaux, des médailles, des inscriptions. On y voit les restes d'un amphithéâtre, d'un aqueduc, de plusieurs temples et d'autres grands bâtiments. Peut-on douter que ce ne soient les ruines de VAvanticum dont parlent Plolémée et Grégoire de Tours?

Cette conjecture est d'autant plus juste que la situation de ces ruines s'accorde parfaitement avec celle que Plolémée donne à Ja ville d' Avanlicum. Elle est, selon lui, à un demi-degré de latitude de moins que Besançon, c'est-à-dire à douze ou treize lieues plus au midi; et puisque, suivant le calcul de ce géographe, Equestris est situé plus à l'occident, il est probable que les ruines qui se voient à Poligny et à Grozon sont des vestiges de celte ville que l'on cherche vainement ailleurs.

Ce système, qui paraît d'abord très-plausible, aurait peut-être trouvé plus de partisans, si l'on n'y avait pas ajouté quelques paradoxes capables de révolter. Le P. Dunod (on entend assez que c'est de lui que je veux

(1626) Amm. Marcell., ). xv, cil : Alpes Graiœet Pennmœ, exceptis obscurioribus, habent et Aventicum, désertant quidem civilatem, sed non ignobilem quondmn, ut œdificia sentuuta nunc queque demonsirant. llœ provinciœ, urbesque sunt splendulœ Galliarum.

(1027) I'i.in., 1. iv, ch. 17: Agrippa universarum Galliarum inier lllienum cl Pyrenœum atque Oceununi ac munies Cebuiinumet Jurant, quibus Narbonensem Gallium excluait, lonyituduiem 420 m. passiium, laliludinem 513 computavit, — Soi. in, Poly-

liist..., c. 34 : Gatliœ inter Rhenum et Pyrenœum, item inter Oceanum et montes Gebennam et Jurant porriguntur.

(a) D'après D'An ville, Constance.

(/') Celte ville, d'après le mémo géographe, aurait

parler), pour assurer davantage l'existence de la ville d'Antre, près de Saini-Claude, et sauver l'honneur de Plolémée, s'est obstiné à méconnaître un Avanticum cl un Equestris chez les Helvétiens ( 1629) ; il n'a pas hésité de soutenir que le texte de Tacite, les Notices des Gaules, VItinéraire, la Carte de Peu tinger, qui en prouvent l'existence, étaient autant de monuments infidèles, altérés par des copistes ou des commentateurs ignorants. On ne pouvait pas pousser plus loin le zèle pour une opinion favorite. Cette opinion, comme l'auteur l'annonce dès le titre de son ouvrage, fait changer de face à l'histoire civile et ecclésiastique du comté de Bourgogne; mais c'est pour cela même que l'on s'en défie davantage. Un système qui opère une révolution si étrange doit paraître fort suspect; il n'est pas étonnant que l'on ait de la répugnance à l'embrasser.

La plupart des auteurs ont donc persisté à soutenir qu' Avanlicum et Equestris étaient Avanches et Nyon. Voici leurs raisons principales.

Plolémée parlant des Helvétiens ne leur attribue que deux villes, Gunodurum, que l'on croit être Slein (a), ei Forum Tiberii, nnjoud'hui Kaiser-Sluhl (b). Pourquoi n'a-t-il pas parlé d'Avanches qui élaii très-certainement une des principales villes u'Helvélie, qui en était même la capitale, si nous croyons Tacite (1630), sinon, parce qu'il la croyait placée chez les Séquanais? Son silence en cette occasion ne serait-il pas aussi surprenant que l'erreur même qu'on craint de lui attribuer? Le P. Dunod (1631) l'a b.en senti, et a beaucoup insisté sur cette raison, pour prouver qu'il n'y avait jamais eu d Avanlicum chez les Helvétiens, et que le texte de Tacite élail corrompu. Il a remarqué qu'Avanches avait encore aujourd'hui toules les marques d'une vilie autrefois tiès-élendue et très-considérable; il en a conclu que c'était le Forum Tiberii, ne pouvant se résoudre à supposer que Plolémée l'eût passée tous silence; mais il n'a pas fait attention que, suivant Ptolémée, Forum Tiberii doil être près des bords du Rhin, au lieu qu'Avanches en est fort éloigné.

Ce géographe n'est pas le seul qui ait place Avanches et Nyon chez les Séquanai-. La Notice des Gaules (1632), dans le dénom-

(1628) Gregor. Toron., in vita Patrnm,c.\ : Commuai consensu Eremum pelunt et accedemes simul inter itla Jurensis deserti sécréta, quœ inter Burgundiam Altemaniamque sila Avenlicœ adjacent civiiati, labemacula figunl.

(\i&9) Dec. de la ville d* Antre, 2ediss., 2«= p., c. 5.

(1650) Tacite, llist., liv. i, c. 68 : Cunique direpiis omnibus, Aventicum gentis caputjusio agrume 1-etereiur, missiqui dederent civilatem, et dedino uccepiu..,, in montent Vocelium perjugere.

(!U51) Découv. de lu ville d'Antre, util supra, p. 147 el 155.

(1652j Nuliliœ Galliarum ad calcent Itinerarii An-

été siiuée sur les bords du Rhin, à peu de distança

des Rhcti (les Grisons).

721 TART. II. T1IE0L. ARCHEOLOG. — DISSERT. SI R LES MLLES DE LA SEQLAME. 722 brement aes villes de la province séqna- autres n'apercevaient que les ruines d'un« naise, met d'abord Besançon pour la mé- chaumière, qu'il prenait des pierres brutes

Iropole; ensuite Civitas Equcstrum, ici est pour du marbre, et des pointes de rocher Neviduno ; Civitas Eluntiorum, id est Avan- pour des colonnes.

tieum; elle y ajoute Noideno lex Avanticus, qui est Neuclullel. Bâle, WindisCh, Yverdun, toutes les villes de l'Helvétie.

Il faut donc convenir que ces villes ont appartenu à la province séquanaise sous la domination romaine, ou supposer avec le

Voilà, si je puis ainsi m'exprimer, les pièces du procès sur lequel il faut prononcer. On sent bien qu'il n'est aucune voie de conciliation qui puisse accorder tous les auteurs ni contenter toutes les parties. Ptoléraée place les Helvéliens dans la

P. Dunod que la Notice est altérée dans tous Gaule-Belgique ; Solin, qui écrivait presque

les points et ne mérite aucune créance ; mais qui l'en croira sur sa parole?

L'étendue de la province ecclésiastique de Besançon est une preuve encore subsistante de la justesse des Notices et de l'erreur du P. Dunod. Celte province comprend l'évêehé d'Avanches transféré à Lausanne vers le vu* siècle, et celui de Nyon transféré à Belley. On sait que les provinces ecclésiastiques ont été formées sur le modèle des provinces civiles de l'empire romain ; Avanch.es et Nyon par conséquent ont lait autrelois partie de la province séquanaise.

Le passage cité d'Ammien Marcellin, loin de favoriser le P. Dunod, fournit au

en môme temps, et Pline avant lui, mettent le mont Jura pour limite des Gaules : Ainmien Marcellin place Avanticum dans la province des Alpes grecques : les Notices faites à peu près en même temps le mettent dans la province séquanaise; je n'aspire point à la gloire de concilier ces contradictions.

Il me parait certain qu'il y a eu près de Moirans une ville nommée Avanticum, non pas aussi immense que le P. Dunod l'a prétendu, mais assez considérable. Le texlede Grégoire de Tours est trop formel pour qu'on puisse en douter; et cetauteur devait être très-instruit de ce qu'il écrivait; il avait demeuré à Lvon chez son oncle saint

contraire une objection contre lui. Selon Nizier, qui en était évoque, et il avait une cet auteur, Avanticum était situé dans la sœur mariée à Besançon ou dans les enviprovince des Alpes grecques : or, jamais rons. Les ruines découvertes près de Moiles villes séquanaises n'ont fait partie de rans sont des témoins auxquels il n'y a, celte province. U Avanticum d'Ammien quoi qu'on en puisse dire, ni raisons, ni Marcellin n'est donc point celui du P. Du- plaisanteries à opposer.

nod.

Il en est de môme du calcul de Ptolémée: s'il s'accorde à peu près à la situation de la ville d'Autre (1633), pour les degrés de latitude, il cadre mieux avec celle d'Avanches pour ceux de longitude, ou, pour mieux dire, ce calcul n'est juste à aucun égard.

Ces raisons suffisaient sans doute pour contre-balaucer celles du P. Dunod; mais comme il était décidé que de part et d'autre on donnerait dans le paradoxe, on a prétendu que le passage de Grégoire de Tours, où il est parlé d' Avanticum, n'est pas sans réplique. On a dit qu'apparemment cet auteur ne connaissait pas trop bien la situation des lieux dont il parlait ;

qu'on pouvait l'entendre d'une première auraient engagé les Romains" d'y bâtir, et retraite que saint Romain et saint Lucipin qui étaient a quelque distance les unes des tirent d'abord auprès d'Avanches, qu'enfin autres. Quand il y aurait eu une ville à Po- Saini-Claude est assez près du territoire ligny ou à Grozon, on aurait lort d'avancer d'Avanches, quoiqu'il en soit réellement à qu'elle se nommait Equestris, puisqu'il n'y plus de dix-huit lieues. en a aucune preuve, et que le lexte de Pto-

Ouant aux monuments découverts près lémée ne peut aucunement favoriser celle de Moirans, on a fait venir la plaisanterie opinion.

au secours des raisons. On a reproché au P. En elfet, Equestris et Avanticum dont Dunod que le système dont il était coitl'é parle ce géographe étaient certainement au lui grossissait les objets, qu'il voyait les delà du mont Jura, et la preuve en est senf es tiges d'un temple et d'un palais où les sible, puisqu'il a cru mal à propos que toute

Il y a donc eu trois villes de ce nom : Avanticum Helvetiorum, qui est Avanches, Avanticum Noidenolex, qui est Neuchâtel, et Avanticum près de Sainl-Claude. Si ce nom d' Avanticum signifie ville située sur les eaux, comme le prétend l'auteur des Mémoires sur l'histoire ancienne de la Suisse (1634-), la ressemblance du nom ne doit plus nous surprendre, puisque ces villes sont situées toutes trois sur le bord d'un lac.

11 n'est pas aussi certain que les ruines que l'on a trouvées à Poligny et à Grozon soientles débris d'une vilie et d'une seule ville. Ce pourrait êlre seulement les restes de quelques maisons de campagne que la beauté du pays et le voisinage des salines

ton., p. 121 : Provineia maxima Sequanorum. Ciiitales numéro decem : melropolis civitas Vetontientis; Civitas kqueslrium, id est JN eviduno ; Civiius Eluntiorum, id est Aieuiicum ; Civitas Moidenolex, id est Aventieum ; Citila» Batiliennum, idesl Basilea ; caitrum Mmtonitse ; custrum Lbrodunense ; castrum

Argemariense; caslrnm Raurucense ; Portus Abucina.

(11)35) Ilisl.des Séquanais, 5e dissert., p. 135 et 140. — Lelire en forme de Uisserialiun sur la prétendue découverte de lu ville d'Antre, par le P. André de Si -INicohis.

(Iiiôi) M. L. ut RotiUT, loin I, pnge 89.

!a province séquanaise y était. Ou ne peut pas en douter quand on lit attentivement le texte entier de cet auteur : « Dans la Gaule- Belgique, dit-il, sont les Rauraques dont les villes sont Augusta Ilauracorum et Argentuaria. En deçà des Rauraques et des Leuquois soûl les Lingons dont la capitale est Andomatunum. Le mont appelé Jura les sépare d'avec les Helvéliens qui sont sur le bord du Rhin, dont ies villes so:it Ganodururn et le Marché de Tibère; plus en deçà (sub his), se trouvent les Séquanais dont les villes sonlDidatium, Besançon, Equestris et Avanlicum. »

Pioléuiée, comme l'on voit, place Jjien distinctement le mont Jura, non pas etUre les Séquanais et les Helvéliens, comme il y est effectivement, mais entre ces derniers et les Lingons. Si un fait attention que Ptolémée écrivait en Egypte, on sentira que sub his, en deçà, signifie que les Séquanais étaient plus au sud-est que les Helvétiens et du même côté du mont Jura. 11 était donc naturel que par la même erreur Ptolémée attribuât aux Séquanais les deux villes les plus considérables qui étaient de ce côté-la, Avancfies et Nyon.

Les Notices qui attribuent aux Séquanais les villes de l'Helvélie comme Ptolémée, ne sont pas pour cela fautives, parce que ies choses avaient changé pour lors. Vers le iv* siècle, les Romains firent une nouvelle division des provinces gauloises, par laquelle ils assignèrent à la province séquanaise la plus grande partie de l'Helvélie, à prendre depuis le mont Jura jusqu'à la rivière de Reuss. Voilà pourquoi cette province fut appelée dès lors la très-grande province des Séquanais : Maxima Sequanorum. Il y avait déjà eu un nouvel arrangement fait par Agrippa, sous le règne d'i»gasle (1635); mais on ne peut pas lui attribuer le changement do il nous parlons, comme l'a très-bien [trouvé le P. Dunod (1636). En effet, Slrabon el Pline, qui ont écrit depuis cet arrangement et qui en parlent, ne laissent pas de mettre toujours le mont Jura pour barrière entre le.s Helvétiens et les Séquanais.

Mais sur la lin du m' siècle, les provinces romaines reçurent une nouvelle forme, comme nous I apprenons de Sextus Rufus dans sou Abrégé d'histoire qu'il dédia en

365 à l'empereur Valentinien; il est le premier auteur qui ait donné à la province séqnanaise le titre de Maxima (1637). Ce fait est confirmé par un passage d'Euirope, qui écrivait en môme temps que Rufus, où il est dit que César vainquit les Helvétiens, qui sont maintenant appelés Séquanais (1638). Les Notices des Gaules, composées dès lors, suivirent cette distribution dans le dénombrement des villes de la province séquanaise. La province ecclésiastique de Besançon fut ensuite formée sur ce modèle, comme nous avons vu. Enfin dans l'établissement du royaume de Bourgogne, au v siècle, l'Helvélie fut encore jointe à la province séquanaise, et fut dès lors connue sous le nom de Bourgogne transjurane.

On ne peut pas douter qu'Âvanches et Nyon n'aient été deux villes très-grandes et Irès-florissanles autrefois : toutes deux furent honorées d'une colonie romaine eldevinrent le siège d'un évêché; l'une et l'autre montrent encore aujourd'hui des ruines qui font. juger de leur ancienne splendeur. Le P. Dunod (1639), intéressé à les décrier, a cependant reconnu l'étendue immense de l'ancienne ville d'Avanches doui les mur» subsistent encore en parlie, el les débris d'un leuiple qui lui [tarait avoir été un des plus superbes éditices du monde. Il n'en faut pas davantage pour faire présumer que Ptolémée n'aura pas omis une si grande ville, connue par la route romaine qui y passait, pour parler d'une ville isolée et renfermée dans les déserts du monl Jura. Un seul fait avancé par le P. Dunod (1640) suffit pour renverser tout son système. Selon lui la grande roule depuis l'Italie jusqu'au Rhin [tassait par Genève, par Avanlicum, Equestris et Besançon. Or il n'y a [tas le moindre vestige de roule romaine depuis Besançon à Poligny, ni depuis Poligny à la ville d'Antre, ni depuis Antre à Genève. Au contraire on voil encore aujourd'hui les traces certaines de la levée romaine qui allait depuis Besançon à Pontarlier et qui se séparait en deux branches de l'autre côlé du mont Jura, dont l'une conduisait à Yverdun el à Avanches, l'autre à Equestris et à Genève. Eu vain le P. Dunod s'est obsliné à nier celte route dont Slrabon (1641) a parlé, et qui est marquée bien Oistmciemenl sur la carie de Peul nger et dans \'lti-

(1635) Stiubgn, 1. iv, iitiiio, p. 1 G9 : Al enim Cœsar Augustin quadriafariam partiens {.Gallium), Celtesquidem Narbonemts provincial deftnivit.Aquhunos vero quos el ille sane exioilens... insuper deeem udjecit génies ex iis quœ iuter Varumnam el Ligerim fluvium colum , reliquam dupliciter parlivil, imam qitidem Lugduno opplicans usque ad superiorem Rlieni plugam, altérant vero Belgis. — Florus, liv. î v : Caius Cœsar, rébus composiiis el omnibus provinciis incertain formant redaelis , Auguslus cognominatus est.

(1056) Découverte de la ville d'Antre, 2° dissert.

(1057) Je dis : le premier auteur, etc. L'inscription de YVinllieriliiir, rapportée par M. Dunod, uni». î, pag. 1S5, et par M. Chifflet, fesi antérieure a Hujus, puisqu'elle est de la lin du m« siècle. Si

celle inscripiion est authentique, elle prouve que le partage des provinces a éie (au un peu plus lot (pie ne le suppose l'historien d Alsace. Alsut. illuslr., périod. rom., 10 et 12.

(1038) Eutrope, Epilom., liv. vi : Cœsar vieil llelveiws qui nunc Sequani appellaMur.

(103!l) découverte de la ville d'Antre, 2» dissertation, ~e partie, pag. i 55.

(1040; lbid., W dissert., pag. 54, et 4« dissert., p. 55.

^1041) Découverte de la ville d'Antre., ïe disserî., chap. 5, pag. 105 et 105. — Stiuuo, liv. iv, sub linent, pag. 200 : Polcsl e liant ad sitiislram relinquens aliquis Lugdunum el superjaccniem regionem, in ipso Pennino jugo diverlere, liliodano irujeelo atu litcu Lemano, el posl IleUcliorvm piuiui supeiitlo de

725 PART. II. TMEOL. ARCHEOLOG. — DISSERT. SLR LES MLLES DE LA SEQUAN1E. 726

roule romaine qui suivait- les bords du

néraire (1«A2) : son obstination méritait la peine à laquelle il condamnait lui-môme ses adversaires en finissant son ouvrage : il eût fallu l'obliger d'en faire le voyage à ses frais et de suivre cette route depuis Besançon jusqu'à Avanches.

Je ne m'arrêterai point à réfuter ce qu'il a soutenu ailleurs, qu'Avanticum Noidenolcx est Moirans (1643); il l'assure sans preuve et contre le sentiment unanime des savants qui reconnaissent sous ce nom la ville de Neuchàtel. C'est de même sans aucune raison qu'il prétend que Castrum Yindonis$cnse dans la Notice est Verdun au confluent du Doubseldela Saône, et non pas Windiseh.

La seule preuve qu'ii en donne, c'est qu'il n'y a jamais eu de villes séquanaises au delà du mont Jura, mais nous avons vu que ce principe est absolument faux. Il a encore plus grand tort de soutenir que Castrum Ebrodunense est Broyo au confluent de rOgnon et de la Saône, et non pas Yverdun en Suisse. La carte de Peutinger, qui place Eburodunum sur la route romaine entre Aventicum Helvetiorum et Abioiica ou Ariarica, que le P. Dunod reconnaît luimême être Ponlarlier, est une preuve décisive de son erreur. Ces documents, ditil, ont été altérés par Marianus Seotu.>dans le xr" siècle, mais il faut que ce moine ait eu bien de l'esprit pour rencontrer si juste et pour accorder si parfaitement les monuments avec la situation actuelle des lieux.

Les Rauraques ont toujours fait partie de la province séquanaise; on doit par conséquent mettre au nombre des villes de province Augusta Rauracorum leur capitale.

La Notice des Gaules l'y a mise en effet, et Amunen Harcellin (1644), qui y avait passé, témoigne que cette ville était après Besançon une des principales. Elle était située à quelques dislances de la viile de Bâle, du côté du midi, où est aujourd'hui le village à'Augst qui a conservé une partie du nom d'Augusta; on y voit les ruines d'un temple spacieux, d'un amphithéâtre et de plusieurs grands édifices. Augusta est marquée sur la carte de Peutinger (1645), comme les villes du premier rang, et sur la

Aine moule Jura, ad Sequanos indeaue ad Liugonos pervenire.

(1G42) Tabula Peutinger : In summo Pcnnino... Minoduui , Aventicum ïlelveiiorum , Eburoduno , Abioiica, Filo-M usiaco , Yesontine, Segobodiutn , Yarcia, Andemmuno. — liinerur., pag, 70 : lier a Mediolano per Alpe$ grains Argenioralum... Equetlriin, Lacum Lausonium, Urbain, Arioricam, Vetonliunem, Yeluiadurum, Evamantadurum. Gramalum (a , etc.

1 <J i r> , Découverte de la viile d'Antre, 5e dissertalion, c. 1. 0 el 10. — Mémoires sur l'histoire ancienne île la Suisse, loin. 11, pag. 85.

(1644) A>imien MaBCELLM, liv. \v, c.2 : Apud ■ Sequanos Bisunlios videmus el Hiuracos cœieris potiores oppidis muttis.

(a) L'emplacement qu'occupait Cramatum, encore appelé Gramont, tait aujourd'hui partie des lernluiresde Badevel el Fescbe-l'Eglige, à \)*m de distance du chemin qui conduit a belle, Délite ville de

Rhin; l'Itinéraire (1646) la place de même, preuve sensible que le P. Dunod s'est trompé en soutenant qu' Augusta Rauracorum est aujourd'hui Mandeure. Cette ville fut ruinée par les Barbares au V siècle : dès lors les Notices ne lui ont plus donné que le nom de Castrum.

Plolémée place encore chez les Rauraques Argcntuaria. Le P. Dunod ne l'a confondue avec Montbéliard que pour contredire la carte de Peutinger et l'Itinéraire, qui mettent Argenluarias u." la route romaine, entre Augusta Rauracorum et Argentoratum, (pie tout le monde convient être Strasbourg. C'est ce qui nous fait conjecturer qu'elle était située sw le bord oriental de la rivière d'il!, à peu près où est aujourd'hui le village u'Horbourg, près de Colmar. On n'y voyait aucun vestige de ville ni d'édifice. Argcntuaria doit cependant avoir été une ville considérable, puisque Plolémée en parle; elle fut ruinée par les Vandales, en 406 (b).

Epomanduodurum ou Epamantudurum, aujourd'hui Mandeure, ne conserve plus que quelques faibles marques de ce qu'il fut autrefois. On y a trouvé des marbres, des médailles, des colonnes, des inscriptions, et tout récemment une statue qui paraît être celle d'un druide. Quoiqu'il ne soit pas marqué sur les Notices, mais seulement dans ['Itinéraire et sur la carte de Peutinger, on ne doute point qu'il n'ait eu autrefois une étendue considérable.

Magelobria ne se trouve que dans César (1647), et sans aucun indice pour reconnaître sa situaliotj.il n'est donc pas étonnant que les savants ne se soient point accordés a ladésigner (1648). Quelques-uns l'ont prise pour la ville de Maastricht; d'autres pour Masiéns; d'autres pour Rrngen sur la Nave ; le P. Dunod a cru que c'était Mandeure ou Porrentruy. Le savant Chilflet l'a placée au confluent de l'Ognon et de la Saône, près du village de Broyé. Sa conjecture a été adoptée par l'historien des Séquanais et par celui de l'Alsace, et c'est ce que l'on peut dire de pi us plausible sur ce sujet. En eiïet,

(1645) Tabul. Petiling. : Vesuntine, Leposagio,

Epomanduoduro Aritilbino , Augusta ltauracv-

rum, Aryentouaria , llelcllum, Argenlorale.

(1G4G) Ilinerar. : lier a Mediolano per Alpes penninas Magonliacum : Minnodunum, Aventicum ïlelveiiorum, Petinesca Saloduro, Augustati Rauracum, Cumbete. Stabulis, Argeniouuria, llelvelo, Argenlorulo.

(1047) C.r.sAK, liv. i : Ariovislum autem, ut semel Gallorum copias prœlio vicerit, quod prœlium facium sit Amagelobriœ, superbe et crudeliier imperurc.

(1G48) Alsal. illuslr., périud. cell., § 120 et 131. — Découverte d'Antre, 5« dissert., cliap. 14. — llis toire des Séquanais, 2* dissert., pag. 02.— Ciiiitlet, Yesonlio, part. I, pag. 150.

la liante Alsace, située sur la frontière de l'ancien tonné de Montbéliard.

i /') On plutôt par les Allemands Lcaliens, eu380. V. p. 7 l'inscription de 6. Ubcnauus

OLE VUES COMPLETES DE BERGIEIl.

on a trouvé dans cet endroit des médailles et des pierres, travaillées, et la campagne est semée de briques romaines. On l'appelle encore aujourd'hui la Moite de Broyé, nom (fui paraît formé de l'ancien Magetobria. La bataille entre Ariovistc et les Eduens se donna près de cette viile, et l'ancienne tradition du pays porte encore qu'il y a eu une bataille donnée dans la plaine de Broyé. Une nouvelle observation qui confirme celle conjecture, c'est que César (16i9j dit qu'Ariovisie se tint caché dans les marais pour trouver le moment de surprendre 1< s Eduens : or la campagne dont nous parlons est marécageuse en plusieurs endroits ; elle porte donc tous les caractères les plus 1^0-^ près à nous indiquer Magelobria.

L'auteur de V Antiquité de la ville de Dôle (1650) n'est point de ce sentiment. La bataille, dit-il, entre les Eduens et les Séquanais, se donna vraisemblablement sur les frontières «les deux peuples : or les frontières des Eduens commençaient plus bas que Saint- Jean-de-Lône; i! faut donc placer leur champ de bataille beaucoup plus bas que Broyé, et dans les enviions de Dôle, qui par ce moyen se trouve être Magetobria.

Mais si les frontières des Eduens commençaient plus bas que Saim-Jeari-de-Lône, Dôle se trouve encore trop haut pour y placer le champ de bataille, et l'objection prouve presque autant contre Dôle que contre Broyé. D'ailleurs il n'y avait point de limites sensibles, point de barrières naturelles entre les Lingons et les Eduens, comme il y en avait entre ceux-ci et les Séquanais. Les frontières des premiers peuvent donc avoir été tantôt plus haut, tantôt plus bas, suivant que l'un ou l'autre peuple était supérieur et étendait ses conquêtes; ou plutôt la contiguïté des deux territoires rendait ces deux peuples nécessairement amis et alliés; et il est vraisemblable que dans la guerre contre Arioviste, les Eduens remontèrent le plus haut qu'ils purent, pour atteindre plus tôt ce barbare et passer la Saône olus commodément.

Le P. Dunod a de môme combattu ce sentiment (1651). Arioviste, dit-il, se rendit maître de Magetobria, près de laquelle il vainquit les Gaulois; cependant- i! n'avait que le tiers du pays des Séquanais, au lieu que Broyé en est à plus de la moitié. César ne dit point qu' Arioviste eût iris Mageto-

(1019) C/Esar , \\\. i" : Ariovistum cum multos menues caslris ac puludibits se continuissel , neque su/ potestatem fecisset, desperantes jam de pugna et dispersas subito ad orlum magis rulione ac consilio qnam virtule vicisse.

(IGoOj Dissertation sur f antiquité de la ville de

(a) Olin. L'ancienne Notice de l'empire esl le seul monument qui lasse mention de ce château, résidence du duc de la province séquanaise sous Constantin et ses successeurs. Les uns le placent à Besançon, dans les environs de Vesoul ou près de Poligny ; d'autres à OUen en Sui>se, et ce sentiment n'est pas sans vraisemblance ; d'autres enfin pensent que c'est Holcc, dans la banlieue de Bàle. Grandiilier

bria, mais que la bataille se donna près de celte ville; il n'avait pas besoin de s'en rendre maître pour tenir la campagne, puisque c'étaient les Séquanais eux-mêmes qui lavaient appelé à leur secours contre les Eduens. La conjecture de M. Chiftlet a donc toute la vraisemblance que l'on peut désirer.

P or tus Abucini ou Portus Buccinus, marqué dans la Notice des Gauies, a donné la torture aux géographes aussi bien que Magetobria. La plupart n'ont pas osé le désigner ; l'historien d'Alsace conjecture qu'il pouvait êlre sur les bords du lac deGenève, ou dans les environs (1652). Le P. Dunod soutientquec'est le Petit-Noir sur le Doubs. M. Chiftlet a cru que c'était Porl-Lesney : mais il est plus probable que c'est Port-sur- Saône, qui esidésigné sous ce nom. Sous les premiers rois bourguignons, la province séquanaise fut divisée en quatre contrées, dont l'une était la contrée des Porlisiens, pagus Portissiorum (1653). Elle comprenait ce qu'on a appelé dans ia suite le bailliage d'Amont, Vesoul, Gray, etc.; ce nom parait lui avoir été donné à cause d'une ville eu bourgade nommée Portus, qui en était le chef-lieu. Or, on ne connaît dans toute cette contrée que Pôrt-sur-Saône à qui ce nom ait pu convenir. La légende de saint Valère pourrait servir à prouver ce sentiment, si elle était plus ancienne et plus authentique.

Je ne dirai rien ici d'O/mo (a), aujourd'hui Uolé, fort situé en Alsace, près des bords du Rhin, où les Romains entretenaient garnison pour la sûreté de leurs frontières ; d'Abiolica, Pontariier; de Segobodium, Seveux, et des autres mansions désignées sur la carte de Penlinger et sur Y Itinéraire, parce que, suivant l'objet proposé, nous ne devons parler que des villes principales.

Pour reprendre en peu de mois ce que nous avons dit dans celle dissertation, voici quelles étaient les villes principales de la province séquanaise, lorsqu'elle fut conquise par les Romains. Besançon qui en fut toujours la métrnpole, Augusta Rauracorum, Didatium ou Dôle, Mandeure Argentuaria, Avant icum près de Saint-Claude, Magélohrie et Port-sur-Saône. Je les range ici suivant que nous pouvons conjecturer qu'elles ont été plus ou moins considérables; Vers le ivc siècle, on y ajouta les villes de l'Hel-

Dôle, pag. 27 et suiv. ; Supplément, page 7.

(1H5I) Découverte d'Antre., 5e dissertation, c. 9, p. 189.

(1G52) Alsal. illuslr., périod. celt., § 14, à la note au bas de la page.

(lu'55) Hist. des Séquanais, par Dunod, l, p. 295.

cherche le sile d'O/m dans la liante Alsace, entre liiesheim et Kimheim, an milieu des ruines du village d'Edenbourg, qui dans les anciens titres porte le nom d'OElenburg ou QEIenburgheim.

Son nom vient d'O/tvi (cubitus) ou Ol-tin (rétro fluinen).

(Sciicepfl., Ms. ill., i, p. KO scq.)

729 PART. II. TMEOL. ARCHEOLOG. — DISSERT. SUR LES VILLES DE LA SEQUAME. 730

véiie : Avanches, Nyon, Rûle (a), Windisch, n'ont recouvré qu'une parti»! de leur ancien

Neufchàtel et Yveroun, éclat. Laplupartysontdemeuréeslotalement

Des anciennes villes séquanaises, Besan- ensevelies, et ne nous présentent que les

çon est la seule qui ait toujours conservé tristes marques de la fureur des barbares.

un certain degré de splendeur; d'autres ont Et campos ubi Troja fuit

été longtemps cachées sur leurs ruines, et Virc, /Eneid., 1. m, v. 12.

(a) Basilia et Rauricum, par le bibl. Geriaeh, de lîàle ; 17 p. in 8°. s. il. (1838).

•L'auteur de cet opuscule, après avoir rapporté et expliqué les inscriptions de quatre tombeaux découverts pendant l'été de 1837, au voisinage de la cathédrale de Bàle, rappelle les découvertes antérieures d'autres ohjels antiques faites sur l'emplacement même de cette église. Dans beaucoup de diplômes du moyen âge celle place est appelée C«slrum, et le gymnase est encore désigné sous le nom d'Ecole sur le Château (Schule auf liurg). Plusieurs auteurs pensent que le castritm Robur construit par Valenlinien occupait remplacement même de la cathédrale, le plus convenable, d'après sa situation, pour un pareil établissement. On a trouvé dans d'autres parties de la ville plusieurs vestiges romains, tels que des médailles, une fibule, un tombeau. De ces diverses circonstances, M. Geriaeh induit que dès le n« siècle il existait dans le pays des Rauraques une ville nommée Basilia ; celle opinion est continuée par le témoignage de Phlégon de Traites, affranchi de l'empereur Adrien, qui dans son Tztpi paxpoGltov (Grœvii Thesaur., vin, 2727), parle d'un centenaire de Basileia, ville qui, selon AL Geriaeh, ne peut être que celle qui fait l'objet de son opuscule. Cette ville fut, à la vérité, d'une Irès-laible importance dans le ne et le nie siècle, où elle était obscurcie par Augusta liauracorum. Mais au ive siècle, lorsque Valenlinien eut construit un fort dans le but évident de proléger la ville jusqu'alors ouverte, elle dut s'agrandir ei prospérer dans la proportion de la décadence de Rauricum, jusqu'à ce qu'elle devint, à son 'our, la proie des Barbares,

vers la fin du ve siècle.

Plusieurs constitutions des empereurs Valenlinien,

Graiien et Valons, sont datées de Robur.

M. Gerlacb pense, avec Valois, que dans le fameux passage du traité De gubernalione Dei, livre vi, oùSalvianus parle du refroidissement des Chrétiens pour les choses saintes, et cite les villes de Mayence, Marseille, Trêves, Cologne, etc., il faut, pour l'exactitude el ia justesse du texte, remplacer Massiliensium civilas par Basiliensium civitas.

Quant à Augusta Rauracorum on Rauricum, M. Geriaeh dit : Une colonie romaine fut fondée, 14 ans avant Jésus-Christ, parmi les Itauraques, sans doute pour garantir la contrée des invasions fréquentes des Rhétiens. La nouvelle ville fut appelée Rauricum (Rauricum, Galliœ oppidum, v. Pline). Le nom iVAugusta n'y fut ajoute que plus tard, peui-èlro sous Adrien. Déjà florissante au n« siècle (suivant Ptolémée), elle le devint encore davantage dans le lll" el vers la fin du ive. Ammien M.uicellin (xv, il) place cette ville et Besançon au-dessus de toutes les autres. Elle était alors le premier boulevard contre les Allemands, el la principale place de l'empire du côté du Haut-Rhin. Au commencement du Ve siècle, la cité de Rauricum fut pillée comme nu grand nombre d'autres villes des Gaules, et abandonnée de ses habitants. Toutefois le château subsista, comme le prouve le témoignage d'Euripius Sardianus, contemporain de l'empereur Graiien. (Excerpl. de Légat, in corp., Hist. Byz., 1, 12, et Schoepfli.n, I, 410.) La Notilia Gallorum Sirmondiana, du y siècle, mentionne le Cuslrum Reuracetue.

DISSERTATION

Page 1