SUR LES ROUTES ROMAINES
Quelles étaient les voies romaines dans le pays dos Séquanais?
Les grandes roules faites par les Romains sont un des monuments qui prouvent le mieux leur puissance et la supériorité de leurs vues. La hardiesse du projet, la dépense et les difficultés de l'exécution, la solidité de l'ouvrage, l'utilité que le public en relirait, font également admirer celle entreprise : la Grèce, dans ses plus beaux jours, n'avait ri'jn imaginé de semblable. Ces voies multipliées a l'infini servaient non-seulement à transporter promptement les années jusqu'aux extrémités deTEmpire, mais encore à l'aire venir dans la capitale b'S productions de tous les climats et les différents tributs que les nations vaincues payaient au luxe de leurs maîtres. La province Séquanaise y envoyait des vins délicieux et du salé que l'on servait à Romesur les labiés les plus délicates. Par la facilité des chemins le commerce devint plusanimé, les voyages plus fréquents, les communications plus sûres : Rome fut le centre des relations de tous les peuples; l'univers habité par lant de nations inconnues les unes aux autres ne parul plus qu'une seule vihe gouvernée par les mêmes lois.
Ce grand ouvrage, commencé en llalie dès les temps de la République, fut continué dans les provinces à mesure que Rome étendait ses conquêtes. Les Alpes, qui n'avaient opposé aux légions qu'une barrière trop faible pour défendre les Gaulois, n'olfrirent qu'un vain obstacle aux. eiforts des travailleurs : ces montagnes redoutables s'aplanirent sous les pas des vainqueursdes Gaules. On voyait déjà sous Auguste deux routes différentes qui depuis l'Italie aboutissaient a Lyon.
Agrippa, gendre de cet empereur, chargé de poursuivre un travail si important, regarda Lyon comme le lieu le plus propre à être le centre des communications entre les ditTérenlespariies des Gaules. Il ouvrit donc quatre nouvelles voies dès celle ville, dont l'une et la seule qui nous intéresse lirait vers le Rhin et la Germanie et traversait laprovinceSéquanaisedans sa longueur.
Une autre route, faite peu de temps après et conduite depuis les Alpes Pennines au travers de l'Helvélie et du mont Jura, coupait celte même province de l'orient à l'occident pour aller à Langres et dans la Gaule Belgique.
Ce sont ces deux grandes routes qui, en se croisant à Besançon, formaient quatre branches principales, que nous nous propo-
sons d'examiner; nous ne croyons pouvoir le faire dans un ordre plus convenable que celui que l'on a suivi pour les établir.
Cet examen ne sera pas exempt de difficultés. Outre la sécheresse inséparable du calcul et des discussions géométriques, nous serons obligé plus d'une fois d'abandonner des monuments dont il est toujours dangereux de s'écarter, de contredire même des savants que nous devons respecter comme nos maîtres. Nous le ferons avec liberté, mais avec modestie elsans oublier que nous tenons d'eux les lumières qui nous ontservi à découvrir leurs erreurs.
La voie romaine de Chûlons a Besançon, qui se présente la première, est marquée sur la carte de Peulinger, et l'on en voit des vestiges le long de la grande route dont on se sert aujourd'hui. En parlant de Besançon on peut la suivre depuis Saint-Vit et les jardins d'Antorpe qu'elle traverse, à cote de Dampierre Monieplain et Orehainps. On la retrouve dans l'étang de la forge du Pont, sur la hauteur d'Audelange et dans le bois de Rochefort. Elle continue par Dôle, Saint- Jlié, Tavaux, Chemin el Beauciiemin qui en ont tiré leurs noms, Annoire, la Villeneuve et Mont. Elle traversait le Doubs à Pontoux el conduisait à Chûlons par Sarmesse et Damerey, comme la route moderne avec laquelle elle est souvent confondue.
Nous ne devons point dissimuler que l'on trouve des restes d'une autre levée romaine depuis Besançon à Grand-Fontaine, Torpe, Osselles, Arc, Vaudrey, Villers-Robert, et qui semble avoir rejoint autrefois la première plus bas que Pontoux. L'auteur de la dissertationsur l'antiquité delà ville de Dôle aurait pu, sans nuire à son système, avouer l'existence de celte seconde roule dont les vestiges sont encore apparents, quoiqu'elle soit beaucoup plus elfacée que l'autre. Il n'est jamais prudent de s'inscrire en faux contre des faits attestés, et l'on doit se défier des raisons qui semblent prouver le contraire. Cette route, dil-on, aurait fait un trop long circuit. Mais si l'on veut se donner la peine de la comparer sur la carte de Franche-Comté avec celle qui passait par Dôle, on verra que leur longueur est la même a une lieue (très. On pourra se convaincre en même temps que ce chemin contesté ne conduisait ni à Salins, ni a Grozon; sa direction nous fait juger qu'il rejoignait l'autre voie romaine entre Pontoux et Chûlons.
Si l'on demande pourquoi deux routes dill'érentespour conduire au même endroit, on doil sentir (pue nous ne pouvons répondre à celle question que par des conjectures.
7V, PART. 11. THEOL. ARCHEOLOG.
Il est probable quo la route par Vaudrey est la première et la plus ancienne faîte par Agrippa. Pour tracer un chemin de Châlons
à Besançon il était naturel de jeter lesyeux sur le plus bel aspect; où pouvait-on en trouver un plus agréable qu'à l'orient du Doubs, le long du val d'Amous, celte riche
DISSF.RT. SUR LES ROUTES ROMAINES. 7~>i
On y voit encore quelques rest s d'un pont, lorsque les eaux du Doubs sont tort basses. A 1*,) lieues gauloises de Ponte Dubis la Carte met Crusinium. Ce n'est point Crissey, connue Ta cru l'auteur des Eclaircissements géographiques sur l'ancienne Gaule, trompé par la ressemblance du nom, Crissey est do
i'....i „aix .i .. i-v 1. i ... : — i__
VI i.-.-i (■>. I I V....V.. *.« ...jv.Q^v^. . >£.. « ~ n . -„-.-. .. .^v, ...^..^... wv,
rence entre ce charmant paysage et lecôté sur la langue celtique, Crusinium doit si-
de l'occident dont la [dus grande partiesem- gnitier petite colline sur la rivière, et cette
ble avoir été couverte de tout temps pardes situation ne peut convenir qu'à Monteplain
forêts immenses I où Ton trouve des vestiges de vieux bâti-
■ i . : . . ii „i t» .-, \ ...«..<*. „« a.-* .^. — , .„ A., i...: „ __:___
Il est vrai que, pour aller de Besançon h Châlons par ce chemin, il fallait traverser quatre rivières, le Doubs à Osselles,laLoue entre Senansct Arc, laCuisanceà Vaudrey, l'Aglanlineà Villers-Roberl. On sait combien ces trois dernières se débordent aisément, les ravages atfreux que cause la Loue, lorsqu'elle est enflée, et qui lui fait donner le nom qu'elle porte. La dilliculté de les traverser, pour lors, dans les grandes eaux, et peut-être la chute des ponts que l'on y avait construits, tirent chercher un chemin plus aisé et moins dangereux. Une nouvelle raison dut encore en faire adopter le projet.
Il était nécessaire de faire une route depuis Autun, ville considérable, et capitale d'un des peuples gaulois juqu'à Besançon, et nous ne devons point douter que l'on n'en ait fait une, quoique nous ne puissions pas en tixer l'époque. On en trouve des restes depuis Tavaux entre Saint-Aubin et Tichey, entre Montagny et Françaux ; elle traversait la Saune auprès de Pagny, et rejoignait probablement entre Nuits et Beauue la roule d'Autun à Dijon et à Langres. Dès lors il fut aisé de tirer une autre branche depuis Tavaux à Pontoux et de Pontoux à Châlons: par ce moyen la même roule pouvait servir pour aller de Besançon ~v,oU..VUi.
à Chàluns et à Auiun, et la première voie comme on peut s'en convaincre par la sup faite par Vaudrey devint aussi inutile putation que nous avons faite.
Lorsqu'on verra tant de différence entre
les dislances réelles des lieux et celles qui
sont m<
sera p
nienls et de morceaux de iniques romaines à côté de la route ancienne, lorsque l'on creuse de deux ou trois pieds de protondeur.
De Monteplain nous compterons avec la carte de Piuiiuger 15 lieues gauloises jusqu'à Besançon , c'est-à-dire sept lieues et uemie de France, ou un peu plus de cinq lieues de Comté.
On trouvera ces distances vérifiées plus en détail et par toises dans le chapitre de nos preuves (1654) où nous rendons compte des règles que nous avons cru devoir suivre dans notre calcul.
Je sais que deux écrivains respectables ont supposé une station de plus entre Châlons et Besançon, qu'ils ont nommée Dubris et qu ils ont crue placée à 12 milles de Ponloux. AJais cette opinion est une suite de la faute qu'ils ont faite de joindre Ponte avec Tenurtio qui en est évidemment distingué. Aussi ce sentiment n'a été embrassé par aucun des savants qui ont écrit sur les anciennes roules des Gaules ; tous ont lu Ponte DuUis au lieu de Dubris sur la cai te de Peuunger. En etlet, si l'on ajoutait sur celle roule une nouvelle stalion éloignée de 12 lieues gauloises de la précédente, il faudrait compter GO lieues gauloises de Châlons à Besançon , au lieu qu' il n'y eu a que 48,
qu'elle était incommode. Elle fut donc abandonnée et les vestiges en sont aujourd'hui moins apparents, parce qu'elle n'a jamais été entretenue ni réparée. i«uie uo
C'est ce qui nous persuade, contre le sen- avons mal placé les stations indiquées sur timent de l'historien des Séquanais, que celle carte. Avant que d'adopter ce soupçon,
n/vl<a .-Invnnc r.KAnr.l.,.. c ., r. „..!.„ ..,..„ ..!.. -il Uni o^v e.n..,.r~.~i- „..„ .. „ .... ;„: .J
sianut;» lecues ucs neu.v ei cènes qui narquéessur la carte de Peulinger, ou peut-être tenté de croire que nous
nous devons chercher sur cette voie plus récente qui passe par Dôle les montions désignées sur la carte de Peulinger, qui n'a élé laite, suivant l'opinion commune, que sous Théodose.
Sur celle carte, à la distance de Châlons
il laut se souvenir que nous avons ici deux points fixes et inconlesiables : Cabilione et Vesontine, Châlons et Besançon , et que la distance de 48 lieues gauloises assignée par la carte entre ces deux villes est de la dernière justesse. Mais on ne doit pas s'at- . gau- tendre à trouver la même exactitude dans loises, nous irouvons Ponte Dubis, que tout chaque station, pour les raisons que nous le monde convient être Pontoux. Ces 14 dirons ailleurs.
lieues gauloises lont 7 lieues françaises ou Avant que d'aller plus loin, il est nécesenviion 5 lieues de Comlé. C'est à peu près saiie de prouver ce que nous avons avancé, la distance réelle entre Châlons et Pontoux. que les nombres vqui marquent les dis-
de li milles, ou plutôt de 14 lieues
(1054) Malgré nos recherches nous n'avons pu nous procurer les Preuves dont parle Lîergier dans cette brsscrtaiioii. .Nous laissons néanmoins sub-
sister les endroits où il en est question pour ne pas UlUlilei le travail de notre auteur.
(A'wlt de l'Editeur.)
7v; OEUVRES COMF1
tances sur la carte do Peutinger dans toute l'étendue des Gaules, ne désignent point des milles romains ou italiques, mais des lieues gauloises dont deux équivalent à trois milles romains ou à une lieue de France. Onsait que de tout temps ça été l'usage chez nos ancêtres de compter les dislances par lieues et non point par milles, et que cette coutume n'a point changé sons la domination romaine. C'est un fait attesté par Ammien Mareellin, par la carte même dont nous parlons, et par plusieurs colonnes itinéraires trouvées dans les Gaules : les travaux de MM. Danville, Fréret, Belley en oui multiplié les preuves, et nous espérons en fournir de nouvelles dans le, cours de celle dissertation. On y verra qu'en caîculant par milles les routes romaines de la province Séquauaise on s'éloignerait infiniment de la vérité, au lieu qu'on en approche autant qu'il est possible de le faire, en se servant des lieues gauloises.
La voie romaine de Besançon au Rhin subsiste encore, et les vestiges n'en sont pas moins évidents que ceux de !a précédente. On les retrouve aisément dans la prairie de Tise et tout le long de la route moderne de Baume. Elle passait derrière Novillars, par les Longeaux, les Houlans, à côté de Grosbois, à Luxiol , Ausechaux, Voillaus, Pornpierre, el elle traversait le Doubs à Ban. On la fait encore aujourd'hui en côtoyant celte rivière, depuis Saint-Maurice-ies-Chatelot jusqu'à Dampierre el Vougeaucourt. De là elle remontait jusqu'auprès de l'ancienne abbaye de Belehamps et passait une seconde ibis le Doubs vis-à-vis de Mandeure qui en est une des stations principales.
Celte route nous est connue non-seulement par la carte de Peutinger, mais encore par l'itinéraire d'Anlonin ou d'Athicus. Malheureusement ce nouveau secours nous présente aussi de nouvelles diilicuités par la différence qui se trouve entre ces deux monuments tant pourladireclionduchemin que pour les distances et le nom même des slations.
Suivant lacarte,il y a 13 lieues gauloises de Besançon à Loposagio que nous croyons être Luxiol, à une lieue de Baume, et 18 lieues depuis celle mansion jusqu'à Epamanduodurum ou Mandeure. Suivant l'itinéraire .on doit compter 22 lieues de Besançon à Velatndurum ou Voillans, et 12 lieues de Voillans à Mandeure.
Cette différence de slations ne doit point nous arrêter, puisque la voie romaine passaitégaiementpar Luxiol etpar Voillans. Quant à la variété des distances, la somme entre Besançon el Mandeure se trouve à peu près égale, de 31 lieues gauloises suivant la carte, de 34- lieues suivant l'itinéraire, et même de 31 suivant un aulre endroit.
Mais quand la différence se trouverait plus grande, il parait qu'en généra! on doit s'en lier à la carie plutôt qu'à l'itinéraire. La multitude des copies et des éditions de
celui-ci a nécessairement multiplié les
failles ; le copiste le plus attentif ne peut guère les éviler dans une longue suite de chiffres romains, au lieu que nous n'avons de la carte qu'une seule copie qui nous tient lieu d'original. D'ailleurs la distance réelle de Besançon à Luxiol est à peu près de 13 Meurs gauloises, qui en font six et demie de France, et celle de Luxiol à Mandeure d'environ 9 lieues françaises, qui reviennent aux 18 lieues gauloises marquées sur la carte.
On peut nous objecter une colonne milliaire Irouvée à Mandeure en 1718, digne d'occuper un article distingué dans l'histoire de la province, et qui semble mettre 48 lieues entre cette ancienne ville et Besançon. Mais, si l'on y prend garde, ce monument va servira confirmer notre calcul. En supposant qu'il est question de milles romains, les 48 font justement 32 lieues gauloises ou 16 lieues de France ; c'est la somme (pie nous cherchons et la vraie distance entre Besançon et Mandeure. Les savants oni observé que, malgré l'usage toujours constant dans les Gaules de compter les distances par lieues, les Romains les marquaient quelquefois sur les grandes routes des deux manières, par lieues elpar milles, sur des colonnes différentes. Cellede Mandeure en est un exemple entre plusieurs autres, et l'inscription qu'elle porte semble prouver que la voie romaine de Besançon en Alsace fut réparée sous l'empire de Trajan.
Depuis Mandeure la levée romaine se séparait en deux branches. L'une tirant sur la gauche traversait le Doubs à l'ancienne abbaye de Belehamps, passait à Gramatum, aujourd'hui Charmont-le-Vieux, à une petite lieue de Montbéliard, à Larga, Lar&ilzen, village d'Alsace, sur la petite rivière du même nom, à Z/rancis,lllzach au confluent du Tollr et de l'il-l ; après quoi elle se divisait encore, pour tirer d'un côté à Argentuaria, ville siluée où est maintenant Je village d'Horbourg, et de l'autre à Mons Brisiacus, ou au Vieux-Brisach et à Strasbourg.
L'autre branche de la route romaine depuis Mandeure passait par Blâmoni et Pierre-Persuy, el allait rejoindre à Soleure la route d'Augusta Rauracorum, grande et superbe ville dont on voit les ruines près d u Rh in, où esi aujourd'hui levillaged'Augst.
Quoiqu'il ne soit point l'ail mention de celle seconde voie romaine sur la carte de Peutinger ni sur l'itinéraire, elle ne mérite pas moins notre attention, à cause du travail immense qu'elle a dû coûter.
La rivière du Doubs, après avoir coulé du midi au septentrion depuis sa source jusqu'auprès de Porentrui, en suivant toujours la direction du mont Jura, se replie tout à coup et reprend son cours du septentrion au sud-ouest. Le mont Jura au contraire, se recourbant vers l'orient, prend le nom de Voësberg, autrefois mons Vocetim. C'est (à qu'il bornait les anciens Séquanai's, les
PART. II. TIIEOL. ARC11EOLOG. — DISSERT. SliH LES ROUTES ROMAINES.
Heivéliens et les R.i iliaques, et qu'il sert encore aujourd'hui de limites entre la Franr.be-Comté, les Suisses et la principauté <1o Porenirui. Pour conduire une route île Mandeure à Soleure, il Fallait donc traverser deux fois leDoubs et franchir le mont Jura dans un des endroits où il ^sl le plus impraticable. Près îles sources de la Birse un rocher énorme fermait absolument le passage pour entrer dans la vallée qui a donné son nom au monastère de Grandvaux. La nature en y formant une caverne do buil pieds de profondeur avait commencé à vaincre l'obstacle et semblait invitera conlinuer le travail. En enlevant le reste du roc à la pointe du marteau l'on a ouvert entièrement le chemin qui passe ainsi sous une voûle naturelle de 12 pieds de long sur 2i de large et de30 pieds de hauteur. L'inscription romaine qui y subsiste encore, en nous indiquant le nom du magistrat qui a présidé à cet ouvrage, ne nous apprend point sous quel empereur il a été fait.
De Soleure à Augasta il fallait traverser le Voësberget abattre une partie des rochers de la montagne de Havestein. Après les routes des Alpes, je n'en connais point de plus diflicile que celle-ci. Et c'est probablement le chemin que suivit l'empereur Julien l'an 360, lorsqu'il partit d'Augusta et prit la route par Besançon, pour aller passer l'hiver à Vienne en Oauphiné.
Depuis Augusta Rauracorum la voie romaine suivait le bord du Rhin, passait par Arailbinnum ou Arlalbitinum, qui est Binnenghen auprès de Bâle, par Cambese, Kembs, Stabula, aujourd'hui Bantzen, et rejoignait la première route dont nous avons parlé par Argenluaria et le Vieux-Brisach.
Suivant celte topographie il est évident que le chemin marqué sur la carte de Peutinger de Mandeure à Augusta Rauracorum par Larga, Cambese,Arialbinnum, n'est point une roule directe. Elle fait un circuit de 41 lieues gauloises au moins, tandis qu'en droiture il y en aurait 30 tout au plus. La roule par Soleure était encore plus longue.
Il ne resterait aucune difficulté sur ces voies romaines, si la carte .de Peutinger s'accordait mieux avec l'itinéraire dans la tixation des distances ; nous entreprendrions inutilement de les concilier.
De Mandeure à Gramalum l'itinéraire nous donne 19 lieues; il y en a tout au plus cinq, c'esl-à-diie, un peu plus de deux heucs françaises. De Gramalum à Larga -25 lieues ; il .jevail à peine en compter 12. La carte qui ne met que 10 lieues entre Mandeure et Larga approche bien plus de la vente. De LargtUen à Uruncis, 18 lieues selon l'itinéraire, il u y en a pas 12. D IIIttcu à Mous Brisiucus, ilk lieues ; c'es1. encore plus de la moitié de trop. En un mot de Manueure à Brisach il faudrait compter 80 lieues gauloises, tandis que les meilleure* caries d'Alsace en donnent 30 tout au plus, c'est -à -dire environ 13 lieues françaises.
De même entre Augusta Rauracorum et
ÛEUYBES COMPLÈTES L>L BtRGIER. 1.
Artalbinnum, l'itinéraire suppose 17 lieues; la carte pins exacte n'en met que 6. D'Ar-
talbinnum à Kembs, la carte doniio 7 lieues gauloises ; c'est la juste distance ; l'itinéraire se rapproche ici de la vérité et corrige l'erreur précédente, en ne comptant que 12 lieues entre Augusta et Cambese. De Cambeseh Stabula ou Bantzen 6 lieues, selon l'itinéraire; il y a quelque chose de moins. De Bantzen à Argenluaria 18 lieues qui, jointes aux 6 de la station précédente, en font 1k. C'est le double de ce qui est compté sur la carie qui ne nous donne que 12 lieues gauloises entre Kembs et Argentuaria, et qui est en cela conforme aux cartes d'Alsace, où nous ne trouvons que 6 lieues françaises entre ces deux stations.
Pour concilier l'itinéraire avec la carte de Peutinger et avec la vérité, on pourrait s'imaginer qu'il faudrait se servir, pour ces deux monuments, de mesures ditl'érentes; que, tandis que les distances sont comptées sur la carte par lieues gauloises, elles sont comptées par milles romains sur l'itinéraire, comme le témoignentees mots M. P.,millia passuum, répétés à chaque station. Mais celte supposition ne peut être admise. Nous avons vu, et nous verrons encore dans la suite que dans plusieurs articles l'itinéraire met a peu près le même nombre que la carte; qu'il se rencontre, quelquefois juste avec elle, et que c'est alors môme qu'il approche davantage de la vérité. Si donc la carte compte par lieues gauloises , comme nous l'avons prouvé, il faut nécessairement supposer que l'itinéraire compte de même, et que lorsqu'il est question des routes des Gaules, les caractères M. P. y ont été ajoutés par des copistes ignorants, au lieu du mot Leugœ qui s'y lit encore en quelques endroits.
Sans recourir même à l'ignorance des copistes, il était facile à ceux qui ont dressé ou augmenté l'itinéraire de tomber dans cette» méprise. En décrivant des routes dont le commencement était presque toujours en Italie où les distances se comptaient par milles, il était naturel de continuer les mêmes caractères, à mesure que la route avançait dans les provinces; et cette inattention ne pouvait tromper que ceux qui ignoraient qu'en deçà des Alpes et du Rhône on se servait d'une mesure différente.
D'ailleurs, quand nous substituerions des milles romanis aux lieues gauloises dans le.-. roules dont nous avons parlé, nous ne rencontrerions pas plus juste. On ne trouvera jamais 19 milles entre Mandeure et Charmont, ni 25 milles entre Char mont et Largitzen, ni 2i milles entre lllzach el le Vieux- Brisach ; il faut donc renoncera loute voies de conciliation.
Indépendamment môme de ces fautes visibles, en vain nous nous dallerions de véritier dans toute l'exactitude géométrique les dislances marquées par les anciens ; différentes raisons rendent cette vérification absolument impossible. 1° La dislance d'une ville ou d'une station à l'autre ne comprend
pas toujours exactement un certain nombre de lieues ou de milles entiers; il y a donc eu nécessairement des fractions omises ou ajoutées dans les itinéraires et sur les colonnes milliaires, puisqu'ils nous présentent toujours un nombre complet. 2° Nous ignorons non-scu'ement quel égard on a eu a l'étendue des villes et des villages que les routes traversaient, mais encore quels points répondent aujourd'hui à ceux entre lesquels la distance a été déterminée. Besançon nous fournit un exemple frappant de cette incertitude. On sait que cette ville était bâtie autrefois sur le penchant et sur le sommet de la montagne sur laquelle est aujourd'hui la citadelle. Ce serait donc se tromper de beaucoup que de compter aujourd'hui les distances depuis les portes d'Arènes ou de Battant jusqu'à la première station; on retrancherait par là près d'une demi-lieue gauloise qui se trouve etitre ces portes et le commencement ou le milieu de la ville ancienne; et cette demi- lieue peut être comptée pour une lieue entière sur les monuments qui n'admettent point de fractions. 3° Enfin les chemins les plus droits ont des sinuosités et des inégalités que l'on ne peut pas marquer avec précision sur une carte géographique et auxquelles il faut cependant avoir égard en supposant les distances, pour les accorder avec les anciens monuments. On doit donc se contenter d'une proportion à peu près exacte, telle que nous avons tâché de la donner jusqu'ici; encore n'est-il pas aisé d'y atteindre.
La voie romaine qui venait de l'Helvétie ne demande point des discussions aussi épineuses que la précédente. Elle formait deux branches au delà du mont Jura, l'une qui venait des Alpes Grecques par Genève, Nion et Orbe, l'autre des Alpes Pennines par Avanches et Yverdun. Ces deux branches réunies entraient dans la province Séquanaise par la vallée de Jougne et par Pontarlier nommé Abiolica sur la carte de Peutinger, et Aviaricn dans l'itinéraire. Depuis Yverdun, la carte ne met que six lieues gauloises jusqu'à Pontarlier; elle devait en mettre plus de quinze , puisqu'il y a au moins cinq grandes heures de chemin. L'itinéraire en suppose vingt-quatre depuis Orbe, c'est trop do beaucoup : Orbe est plus près de Pontarlier d'une heure qu'Yverdun.
De Pontarlier la roule passait à Filo Musiaco, c'est l'ancien château d'Usier dont il resta quelques ruines. La carte nous donne mal à propos quatorze lieues gauloises entre Abiolica et FiloMusiaco; elle aurait dû n'eu compter que cinq tout au plus.
En examinant de près ces fautes de la carte de Peutinger, je suis tenté de croire qu'elles viennent uniquement d'une inattention de copiste qu'il est aisé de réparer par une légère transposition. Le nombre 17 qui se trouve entre Aventicum Helvetiorum et Eburoduno semble devoir être répété entre Eburoduno et Abiolica, parce que la distance réelle de ces stations est à peu
près la même. Le chiffre G se placerait naturellement entre Abiolica etFilo tnusiaco et le nombre li, qui fait là une faute énorme, serait beaucoup mieux entre Filo Musiaco et Vesontine où il n'y a rien. Cet ordre, s'il ne réparait pas entièrement l'erreur, nous rapprocherait du moins beaucoup de la vérité.
Quelque parti que l'on prenne, il faut nécessairement faire une correction dans l'itinéraire qui ne donne que 16 lieues gauloises entre Ariarica et Besançon. Il y en a bien davantage en suivant la direction de la voie romaine depuis Usier, et qui était bien différente de la grande route d'aujourd'hui. Pour éviter le vallon ou plutôt l'abîme dans lequel la Loue coule depuis sa source jusqu'à Quingey, la route romaine, en sortant de lagorge d'Usier, prenait sur la droite par Bians, passait derrière Ouhaus et derrière la source de la Loue, sur le territoire de Sainl-Gorgon et d'Aubonne, traversait les bois et le village de Nod, continuait sous Vernier-Fontaine , par Falerans, Etalans, l'hôpital du Gros-Bois. On en trouve des vestiges considérables en ces différents endroits.
De.l'hôpital, la levée romaine, après avoir passé le Gros Bois, tournait sous la côie de Mamirole, coupait la route d'aujourd'hui à un quart d'heure plus bas que ce village, et tirait au petit Sône. Elle traversait ensuite le marais où elle sert encore de chemin pendant l'été pour les gens de pied. Elle venait au-dessiis de Moire non par la coupure que l'on a faite de nos jours dans le rocher, mais par l'ancienne qui est à quatre pas plus au midi. Depuis Morre elle descendait comme la roule moderne et suivait le bord du Doubs jusqu'au rocher que l'on a taillé dans la suile pour y faire passer le superbe canal qui conduisait à Besançon les belles eaux (l'Arcier. Elle remontait derrière la montagne sur laquelle est maintenant la citadelle, et entrait a Besançon par ia porte des Varasques, placée où est aujoud'hui la i ortedu Secours. Tous ces faits seront solidement établis dans nos preuves.
Il était nécessaire de suivre ainsi la voie romaine dans tout son cours, pour en vérifier plus sûrement la longueur. On voit par là qu'au lieu de 16 lieues gauloises que donne l'itinéraire entre Pontarlier et Besançon, il en faut supposer près do 30. Nous y trouvons 14 lieues françaises suivant la carte de Franche-Comté, et il eu faut ajouter plus d'une demie pour compenser les sinuosités de la route et les inégalités du terrain dans un pays montueux.
Depuis Besançon, il n'est pas difficile de suivie la levée romaine qui conduisait à Langres. Jusqu'à Oiselay elle s'écarte peu de la grande roule que l'on a faite pour la Charité et pour Scey-sur-Saône. On ia trouve dans le bois de Misère , auprès de Geneuille et de Bussières, où l'on passait l'Ognon, et non pas à Gusley ni à Vregille. Elle reparaît dans les bois derrière Boulot et se rapproche de la route moderne; et