‹ Œuvres completes de BergierChapitre 93 sur 255 · PART. 11. THEOL. ARCIIEOLOG. — DISSENT. SUR LES ROITES ROMAINES · texte numérisé non relu

PART. 11. THEOL. ARCIIEOLOG. — DISSENT. SUR LES ROITES ROMAINES

depuis Oiselny elle subsiste presque tout entière jusqu'à Langres. Elle passe a Vil— lers-Cbemin qui en a tiré son nom, à la chapelle Saint-Quilain , h la Madeleine, à Seveux, à Vaise, h Aumonières , vis-à-vis Charaplilte, el elle rejoignait, avant que dViiin-r à Langres, la roule depuis cette ville à ChaTons. On la suit encore préférablement aux deux nouvelles roules de Besançon à Langres, parce qu'elle est plus droite el plus courte.

Segobodium, première station marquée sur la carte de Peulinger à 18 lieues gauloises de Besançon ou à 9 lieues françaises, csl incontestablement Seveuseoù l'on passait la Saône, et où l'on voit encore les débris d'un pont. Yarcia, G lieues plus loin, n'e>t point Vars, comme le prétend M. Dunod.

Vars est à plus de deux lieues de la roule romaine près deTheuley. Nous croyons que c'est Aumonières où l'on voit des vestiges de vieux bâtiments, et qui paraît avoir élé autrefois un assez gros village. Son nom moderne, tiré de l'hôpital qui y était autrefois, ne fait pas une diiliculté. La carte de Peulingeret l'itinéraire s'accordent à mettre 2i lieues gauloises entre Vesonlione el Yarcia ; c'esi la dislance assez juste entre Besançon el Aumonières de 12 lieues françaises;

De Varcia l'itinéraire compte 16 lieues gauloises jusqu'à Andematunum , Langres ; la carte est ici évidemment fautive. Les nombres XI et X qui s'y trouvent séparés étant rapprochés donnent XIX. Or il y a moins de 19 lieues gauloises entre Langres ei Aumonières; il faut donc s'en tenir a l'itinéraire qui n'y mei avec raison que 10 qui l'ont 8 lieues françaises.

Il est heureux pour nous d'avoir rencontré, par la voie du calcul, les mêmes stations qui nous sont indiquées dans les savants mémoires sur la langue celtique, qui paraissent depuis peu. Avec un tel guide nous sommes presque sûrs de ne pas nous êtie égarés. Les preuves étymologiques ajoutées aux supputations que nous avons faites, serviront à en démontrer la justesse. Nous en eussions volontiers enrichi celle dissertation, s'il était convenable de copier un livre aussi connu et qu'aucun savant ne peut ignorer désormais.

On a découvert des vestiges d'une autre levée romaine qui conduisait depuis Langres aux eiivirois de Dùle et qui traversait la Saône à Ponlarlier, comme le nom de celle ville nous le t'ait assez connaître. O.i en retrouve des morceaux considérables des deux côtés de celte rivière , dans les bois de Champliile, dans ceux de Flamorans el ailleurs. Elie passait sur la hauteur de Ifeuoley où l'on a déterré des antiques, et auprès de Joulie comme le chemin moderne de Dole à Gray. On prétend même avoir trouvé sur celle ancienne roule une colonne inilliairequi est mai a tenant auprès du presbytère de Laquenay , village de Champagne.

Il n'est pas aisé de déterminer le lieu où

oe chemin aboutissait. Avait-il été fait seulement pouraller depuis Langres à l'ancien Didalium, ou pour faciliter la traite des sels de Salins et de Grozou ? S'était-on proposé de le terminer au bord du Doubs que Strabon dit avoir élé navigable plus haut que sa jonction avec la Saône? Ou avait-on faille projet de traverser toute la province par cette voie, pour retourner vers Genève ? Ces différentes idées ont leur probabilité, et il n'en est peut-être aucune qui ne trouvât des partisans.

Je suis persuadé qu'il en est des routes romaines comme des nôtres ; quelques-unes ont été commencées, et bientôt interrompues ; de là tant de morceaux de levées imparfaites dans l'étendue des Gaules, dont nu n'aperçoit point le but ni la direction. Je ne voudrais donc pas assurer que le chemin dont nous parlons n'a pas dû passer le Doubs, parce que l'on n'eu trouve plus de vestiges de l'autre côté.

Si cette rivière a été navigable, ce ne peut être que depuis son embouchure dans la Saône jusqu'à Navilly, c'est-à-dire l'espace de deux lieues , pendant lequel ses eaux, sont réunies en un seul lit. Les coupures fréquentes qui les divisent, dès que l'on remonte plus haut les rendent peu propres à porler des bateaux considérables. D'ailleurs les ports de la Saône étaient bien plus à portée des Langrois. Un chemin pour venir sur le Doubs leur était inutile.

C'est donc la ruine de Didalium, arrivée dès les premières incursions des barbares dans les Gaules, qui a entraîné celle d'une voûte qui vraisemblablement y aboutissait.

Quant à la colonne milliaire trouvée auprès de Fontaine-Française, elle pouvait être sur la levée romaine de Langres à Châlonsel à Aulun qui passe pour le moins aussi près de cevillageque celle dont il est ici question. Ce n'est pas le seul exemple de colonnes itinéraires trouvées hors do leur place. L'inscription qu'elle porte ne peut point nous indiquer précisément le lieu où elle fut d'abord plantée ; et n'est-il pas plus naturel de supposer qu'elle avait été mise sur une grande route qui allait en droiture à Lyon et rentrait en Italie, que sur un chemin de traverse, tel qu'élail celui de Langres à Didatium ?

Nous ne pouvons nous dispenser d'ajouter deux mots sur la voie romaine qui retournait depuisLangres vers le Rhin, el qui touchait Ja province Séquanaise dans les deux extrémités. Elle passait près de Bouchonne et traversait la Saône. On eu retrouve des restes considérables dans les vastes forêts qui bordent celte rivière à sa source. Elle suivait la frontière méridionale du pays des Leuquois, aujourd'hui la Lorraine, traversait la Moselle près de sa source el le mont des Vosges, rentrait par la vallée de Tliann dans la haute Alsace qui, comme l'on sait, faisait partie du pays des Sé,uanais, et rejoignait à Uruncis ou lllzach la routed\4rgmtuaria dont nous avons parlé plus haut.

Cette voie, qui semble être celle dont Strabon a fait mention, n'est point marquée sur la carte do Pculinger, et il est étonnant que l'itinéraire qui nous a donné la route de Langres à Kembs l'ait indiquée par Besançon elMandeure, au lieu de nous décrire le chemin direct , dont i'existence est certaine.

Je n'ignore point que l'on a cru apercevoir des vestiges de levées romaines dans quelques autres endroits de la Franche- Comté, comme auprès de Salins, de Poligny et d'Auxonne. Mais quelques restes dépavé informe ne suffise point pour prouverl'existence d'une route romaine, surtout lorsque l'on n'en voit point ia direction ni la suite, et qu'il n'en est parlé dans aucun monument.

Nous ne croyons point devoir nous arrêter longtemps à décrire la manière dont les voies romaines étaient construites ; cette matière a été épuisée. On sait que dans les routes principales ou assises sur un terrain fangeux il est ordinaire de trouver quatre lits de matériaux différents. Le premier, appelé par les Romains statumen et qui eu est comme le fondement, est une couche de maçonnerie faite de pierres plus grosses que le poing sur le terrain solide. Le second lit, appelé rudus, est une couche de moellons ou pierres concassées, aplanie au battoir, avec un quart de chaux vive. Le troisième, nommé nucleus,est de ciment fait de briques concassées avec un tiers de chaux. Le quatrième, summa crusta, est fait de cailloux ou de gravois mêlé de chaux.

J'ai dit, dans les routes principales ou assises sur un terrain fangeux ; car, malgré les observations du savant historien des grands chemins de l'empire, on peut encore douter que dans les chemins communs et posés sur un fond de roc ou de

terre ferme, les Romains aient autant prodigué la chaux qu'il le suppose. Après avoir examiné plusieurs morceaux de voies romaines, il m'a paru que ce qu'on a pris quelquefois pour de la chaux n'est autre chose que de la pierre olanche pulvérisée, que le temps et la pluie ont incorporée avec les gravois et réduite en une espèce de mastic semblable à celui que nous trouvons dans ies pétrifications imparfaites. Cette conjecture nous a paru digne d'êlre discutée avec soin dans nos preuves.

Quoi qu'il en soit, on comprend qu'une route construite de cette manière et élevée ordinairement de deux pieds au-dessus du terre-plein, doit être d'une solidité inébranlable et résister aux efforts des plus lourdes voitures pendant une longue suite de siècles. Il faut en convenir, les nôtres n'en sont qu'une imitation assez imparfaite.

Ce n'est point à nous qu'il appartient de relever les défauts que celles-ci peuvent avoir, ou de réformer le plan que l'on a suivi dans leur établissement. Nous devons présumer que l'on a eu de bonnes raisons pour les diriger autrement que les voies romaines. Mais pour peu que l'on connaisse, ces routes anciennes, on ne peut s'empêcher de regretter que le projet conçu autrefois par un grand magislrat de les rétablir dans toute la Franche-Comté, soit demeuré sans exécution. 11 est peu de personnes qui ne fussent charmées de suivre encore aujourd'hui des roules faites depuis dix-sept cents ans, dont la direction, toujours sagement ménagée, réunit la commodité et l'agrément, et qui, par leur solidité, semblent devoir porter jusqu'aux dernières générations de l'univers le souvenir d'un peuple toujours grand, toujours admirable, louiours iuimitable dans ses ouvrages.

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