‹ Œuvres completes de BergierChapitre 98 sur 255 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ORIGINE nrs D1EIX.

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PART. H. THEOL. ARCHEOLOG.

des statues ou des symboles, pour les représenter. 3" L'honneur rendu aux hommes et à leurs images. 4° Les sacriûceset les crimes dont ils étaient accompagnés. Le point capital est que cette doctrine s'accorde avec

Première preuve du système que Von vient les auteurs profanes pour apprendre que d'exposer, le témoignage des auteurs sucrés, le polythéisme a commencé par adorer les

différentes parties de la nature que l'on a cru animées, et que ce culte a précédé celui des hommes ou des héros. Mais ello est directement opposée aux différentes opinions des mythologues, qui prennent les principaux dieux des païens pour des rois d'Egypte ou de Thessalie, pour les

§ I. Un des principaux avantages que mùis trouvons dans l'opinion que nous avons embrassée, c'est qu'elle nous parait conforme a ce que les livres saints nous enseignent sur l'origine et les progrès de l'idolâtrie. Cette matière est traitée avec

toute l'exactitude possible dans le livre de anciens patriarches, ou pour des symboles la Sagesse. On y apprend 1° que les païens de l'écriture égyptienne. n'ayant pas su reconnaître le Seigneur dans § III. — Les savants, prévenus pour le

ses ouvrages, ont pris pour des dieux les éléments et les diverses parties de la nature, le feu, l'air, les vents, les astres, les eaux ou la mer, le soleil, la lune, et les ont envisagés faussement comme les seuls gouverneurs du monde. Non po tue-

sens historique des fables, ont beaucoup insisté sur le troisième passage que l'on vient de citer, ils en ont conclu que la première idolâtrie avait été le culte rendu aux morts. Mais il n'y a qu'à suivre le texte du Sage et en remarquer la pro-

runt inlelligere eum qui est, neque ex operi- gression. Au commencement du chap. xm,

bus attendentes agnoverunt quis esset artifex : sed mit ignem, aut spiritum, aut citatum aerem , aut gyrum stellarum , aut nimiam aquum, aut solem et iunam, redores orbis terrarum deos pula verunt. {Sap. xm, 1, 2.) 2° Qu'ils ont représenté ces divinités prétendues par des statues qu'ils ont appelées d< s dieux , auxquelles ils ont adressé leurs vœux, leur encens, leurs sacrifices, comme

il parle du culte rendu aux différentes parties de la nature et aux symboles faits pour les représenter : ce n'est qu'au milieu du chapitre xiv qu'ii fait mention de l'honneur rendu aux morts et à leurs images. Voilà donc deux espèces d'idoles clairement distinguées : les unes ont été les dieux naturels représentés sous des tigures d'hommes, d'animaux ou de pierres brutes;

si le bois et la pierre eussent été capables les autres, le portrait des morlsque l'on voude les entendre et de leur donner du se- lait honorer. Reste a savoir lesquelles ont cours. Appellaverunt deos, opéra manuum été les premières; il esi naturel sans doute hominum.. . . similitudines animalium, aut que l'on ait représenté les hommes sous lapident inutilem opusmanus antiquœ ; aut si leur propre image, avant que l'on ait peint quis artifex faber de silva lignum secuerit.... les dieux sous la figure des hommes, et assimilet illud imagini hominis aut alicui qu'ainsi les idoles humaines aient précédé ex animalibus illud comparet.... et votum celles des dieux : mais avant que d'honofaciens pro sanilate infirmum deprecatur, et rer ceux-ci par des statues, on les adorait pro vita rogat mortuum, et in adjutorium déjà sous des symboles d'animaux et de inutilem invocat. (Ibid.. 10 et seq.) 3° Qu'ils pierres taillées grossièrement: Similitudines ont honoré de môme l'image des personnes animalium aut lapident inutilem opus manu s qui leur étaient chères, d'un fils dont ils antiquœ. (Sap. xm , 10.) Les idoles n'ont avaient pleuré la mort, d'un prince dont pas été dès le commencement : Neque enim ils éprouvaient les bienfaits; que ces non- erant ab initio. (Sap. xiv, 13.) On les a velles idoles ont reçu un culte comme les introduites dans la suite des temps, par premières, elsont ainsi devenues des dieux, un usage criminel qui s'est fortifié peu Acerbo enim luctu dolens patercito sibi rapti à peu : Deinde interveniente tempore, confit ii fecit imaginent ; et illum qui tune quasi vatescente iniquu consuetudine. (Ibid., 10.) homo mortuus fuerat, nunc lanquam Deurn C'est donc mal prendre le sens de l'Ecriture,

colère cœpit evidenlem imaginem régis que de nous donner les, idoles humaines

quem honorare volebunt fecerunt, ut illum qui comme la source première de l'idolâtrie,

uberat tanquamprœsentem calèrent. (Sap. xiv, puisque le culte des êtres naturels et de

15 et seq.j V* Qu'à ce culteimpie l'on a mêlé leurs symboles grossiers avait déjà pré-

eueore des crimes abominables, des sacri- cédé.

lices de sang humain, des mystères noc- Mais, dira-t-on , le Sage enseigne que le

turnes, l'impudicilé, l'adultère, le men- commencement de la fornication ou de Vido-

songe, le parjure; qu'ainsi l'idolâtrie est latrie, est la recherche des idoles. (Sap. xiv,

devenue la source et le comble de tous les 12.) Cela est vrai de l'idolâtrie humaine,

maux. Aut enim {ilios suos sacrificantes, aut poussée à l'excès, accompagnée de débau-

obscura sacnficta faciente, etc., infundorum clies et de crimes, de lido.âlrie lede qu'elle

enim idolorum cultura omnis mali causa est, et initium et finis. (Ibid., 22 e seq.)

§ U. — L'auteur sacré dislingue donc quatre degrés dans l'idolâtrie. 1* Le culte des différentes parliesde la nature. 2° L'usage

était déjà au siècle du Sage ; mais elle avait été précédée par un culte moins criminel, quoiqu'il fût inexcusable, par le culte des cli es naturels et de leurs symboles (Sap. xm, 0,7 et 8.) Ce culte, qu'on appelle féti-

chisme, subsiste oncoro aujourd'hui chez des peuples qui n'ont jamais eu l'adresse de tailler une statue: et c'est incontestablement la première idoiâlrie. En lisant attentivement ces deux chapitres de la Sagesse, on se convaincra que l'auteur sacré, comme tous les écrivains profanes dont nous verrons bientôt les témoignages , a distingué nettement deux espèces de dieux : les principaux, les plus anciens, et le plus grand nombre, sont les diiïerentes parties lie la nature qu;- l'on croyait animées, les derniers sont les héros divinisés. On les représenta les uns et les autres, et ces représentations furent également adorées; mais jamais on ne prouvera que le culte des héros et de leurs images ait t'ait abandonner le culte des dieux plus anciens et de leurs symboles.

§1V. — Il est à propos de remarquer encore que l'auteur sacré nous indique en passant, la source du culte rendu aux animaux par les Egyptiens ; c'étaient autant de symboles des dieux naturels; cari! y aurait eu de la folie à choisir des animaux pour représenter des hounues. Cette seule observation nous fait entrevoir le véritable objet de la religion égyptienne, sur lequel «m a tant disputé, et dont nous parlerons ci-après.

§ V. — Le Sage confirme la même docti ine. L'homme, dit-il, est un être supérieur aux dieux qu'il adore: il est vivant quoique sujet à la mort, pour eux ils n'ont jamais vécu : Melior est ipse lus quos colit, quia ipse quidem vtxit cum sil mortalis, illi autem nunquam. (Sap. xv, 17.) Paroles qui ne seraient pas exactement vraies, si les principaux dieux des païens ou le plus grand nombre avaient été des hommes.

§ VI. — Le Psalmiste nous apprend la

adoré des hommes, ost-il à présumer que Moïse n'eût rien dit de celte espèce de culte ?

Il leur répèle la même défense (Deut.

iv, 15-19) : Lorsque le Seigneur, leur dit-il, vous a parlé sur la montagne d'Horeb, au milieu des flammes, il ne s" est montré sous aucune figure, de peur que séduits par cette apparence, vous ne vous fissiez quelque statue ou quelque, image demâle ou de femelle, d'animaux, d'oiseaux, de reptiles ou de poissons: de peur encore qu élevant vos yeux vers le ciel, et frappés de la beauté du soleil, de la lune et des astres, vous ne fussiez assez insensés pour adorer des créatures que Dieu a formées pour l'utilité de tous les peuples de la terre. Il ne défend en aucun endroit d'adorer des hommes vivants ou morts, ni de rendre un culte à leur image: preuve certaine que du temps de Moïse celte espèce d'idolâtrie n'était point encore en usage parmi les Egyptiens ni les Chananéens.

§V11I.— Puisque l'auteur du livre de la Sagesse est le premier des écrivains sacrés qui en parle, nous devons conclure que le culte des hommes et de leurs images s'est introduit pendant les 450 ans qui se sont écoulés depuis Moïse jusqu'à Salomon. Selon le système des mythologues historiens, les colonies d'Egypte et de Phénicie l'ont communiqué aux Grecs dès le temps d'Abraham , c'est-à-dire plus de 900 ans avant le règne de Salomon. Il est évident que celte supposition est contraire à l'histoire mainte.

§1X —Un auteur célèbre de nos jours, (lui s'est fait un plan de contredire en tout les écrivains sacrés, a prétendu que l'on accusait mal à propos d'idolâtrie les Grecs, les Romains, les Egyptiens et les autres

môme chose. Il ne dit point que les dieux peuples anciens. Selon lui, « dans toute

des nations sont des hommes, mais que ce l'antiquité il n'y a pas un seul fait d'où l'on

sont des démons ou génies, c'est-à-dire, de puisse conclure que les idoles fussent ado-

préiendues intelligences occupées à con- rées et que le culte fût adressé à une statue;

duire l'univers: Omnes dit yentium dœ- il y a nulle témoignages que les sages

monia. (Psal. xcv, 2.) Quand il parle de abhorraient non-seulement l'idolâtrie, mais

l'idolâtrie des Chananéens, dont les Israé- encore le polythéisme ; » il soutient que « les

liles s'étaient rendus coupables, il dit qu'ils païens n'étaient pas plus idolâtres que nous

ont sacritiô leurs enfants aux démons: qui représentons par des images l'objet de

Jmmolaverunt filios suos et filias suas dœmoniis. [Psal. cv, 37.) Cette expression si souvent répétée dans l'Ecriture, n'a jamais signilié les âmes des morts; et il est aussi impossible de la concilier avec les diverses opinions des savants, que la doctrine du livre de la Sagesse. Bientôt nous verrous que les profanes s'expriment de même.

§ VII — Entin Moïse nous fait assez compiendre quels étaient les dieux des Egyptiens et des Chananéens, par les termes dont il se sert pour préserver les Israélites de l'idolâtrie. 11 leur défend (Exod. xx, 4; Deut. v, 6) de faire des idoles ni aucune représentation de ce qui est dans le ciel, sur la terre, ou dans les eaux pour l'adorer. Si les Egyptiens ou les Chananéens avaient

notre culte (1674). »

Nous avons réiulé dans un aulre ouvrage cet. assertions fausses et téméraires (1675). Nous avons prouvé que les sages du paganisme, les législateurs, les philosophes, loin d'abhorrer le polythéisme ni l'idolâtrie, les ont soutenus de toutes leurs forces. Nous avons fait voir par des témoignages formels, que, selon l'opinion constante et universelle des païens, les dieux ou génies résidaient dans leurs statues dès qu'elles étaient consacrées. L'auteur le reconnaît lui-même et prend la peine de se réfuter. « L'opinion régnante, dit-il, était que les dieux avaient choisi certains autels, certains simulacres, pour y venir résider quelquefois, pour y donner audience aux hommes,

(1G7i) Dicl. philos., art. Idoles, Idolâtrie.

(1075) Apol. de la relig. clirél., t. I, c. 7. §

pour leur répondre. » Le culte élait donc adressé à la statue comme symbole, comme demeure, comme gage de la préférence du dieu que l'on invoquait. A-t-on jamais entendu autre chose sous le nom d idolâtrie f Nous avons montré la différence essentielle qu'il y a entre ce culte et celui que nous rendons aux images de Dieu et des saints, dieu et les saints ne sont ni des êtres imaginaires, ni des personnages vicieux; jamais nous n'avons rêvé qu'ils vinssent habiter dans les images qui les représentent, et nous ne croyons pas les honorer par des crimes.

§ X. — L'opinion des païens sur la présence des dieux dans leurs simulacres, est une nouvelle preuve que ces dieux n'étaient point des hommes dont on eût fait l'apothéose. On ne croyait point que les Ames des morts habitassent dans les statues, mais autourdes tombeaux, dans les champs Elysées, dans l'Ile Achille ou ailleurs; pour avoir commerce avec elles, il fallait les évoquer par des sacritices et des enchantements ; au lieu que l'on conversait immédiatement avec les dieux dans leurs temples et au pied de leurs autels. Nous aurons encore occasion de toucher ce uoiut dans la suite.

Les Pères de l'Eglise, surtout les [dus anciens, ont parlé des divinités du paganisme et de leur culte, comme les écrivains sacrés. Saint Clément d'Alexandrie, qui connaissait très-bien l'antiquité, a distingué clairement les divers objets de l'idolâtrie et les différentes imaginations des païens. « Les uns, dit-il, regardant les astres et admirant leur cours, en ont fait des dieux : ainsi les Indiens ont adoré le soleil ; les Phrygiens, la lune; les autres cueillant avec plaisir les fruits qui naissent de la terre, ont fait une divinité du blé qu'ils ont appelée Cérès, et une de la vigne qu'ils ont nommée Bacchus. D'autres craignant les châtiments, les peines, les misères et les calamités, ont feint des divinités qui les envoyaient aux hommes ou qui les en préservaient; quelques philosophes suivant Jes idées des poêles, ont divinisé les passions, telles que la mort, l'espérance, la joie ; d'autres ont mis les vertus au rang îles dieux et leur ont donné des ligures. Hésiode et Homère, enseignant une, génération de dieux el décrivant leurs actions, ont donné cours à une nouvelle théologie. Lutin, le commun des hommes a fait des dieux de ceux dont on croyait avoir reçu quelque bienfait (1076). »

Il est clair que, selon ce Père, le plus grand nombre des divinités païennes et les plus anciennes étaient les différentes parties de la nature, ses phénomènes, ou les passions de l'homme personnifiées; que les héros bienfaiteurs de l'humanité sont les derniers objets auxquels l'antiquité ait accordé les honneurs divins. Saint Justin,

(167G) Omt. exliort. ad génies, i part. (1077) De nut.deoi., I. i, u. 5U.

UËCYRES COMPLETES UE BSBGIBR. I.

Alhénagoro, Ta tien, saint Théophile dans sa lettre a Autolycus, pensent de môme; ils disent que les dieux des païens étaient des démons ou génies, et les éléments.

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