CHAPITRE IV
Seconde preuve du même système, le sentiment des philosophes et des poêles.
Dans un siècle où il est si commun de trouver des esprits prévenus contre l'autorité de l'histoire sainte, on exige d'autres témoignages pour appuyer les farts anciens. Mais si nous parvenons à montrer que les philosophes et les poètes grecs ont parlé comme les auteurs sacrés sur l'origine de l'idolâtrie et sur son véritable objet, il y a lieu d'espérer que cette conformité pourra faire impression
§ I. — Or, en premier lieu, les philosophes ont enseigné constamment que les dieux anciens et principaux du paganisme n'étaient autre chose que les différentes parties de la nature animées. C'est le sentiment que l'épicurien Velleïus attribue à Chrysippe, chef des stoïciens, dans le premier livre de Cicéron : De la nature des dieux (1677); c'est ce que soutient Balbus, philosophe de la même secte, dans le livre second ; son discours peut servir de commentaire a ce que nous avons cité des livres saints, et à la doctrine d'Hésiode. Une courte analyse en convaincra le lecteur.
§ II. — Balbus enseigne, n. 20 el suiv., que le monde étant animé et doué d'intelligence, est Dieu ; n. 30, qu'il y a de la raison et du sentiment dans toutes les parties de la nature; n. 39 et k-2, que les astres sont animés el raisonnables, conséquemment autant de divinités ; n. GO, que l'on a donné le nom de dieux aux bienfaits de la nature et à tout ce qui paraît excellent ; n. 63 et suiv., que des raisons physiques onl fait imaginer la plupart des dieux, Saturne, Jupiter, Junon, Neptune, Cérès, Proserpine, Janus, Vesta, les dieux Pénates, Apollon, Diane, Vénus; n. 70, que ces dieux nés de la physique, transformés en hommes dans la suite, ont donné lieu aux fables el aux superstitions; n. 17 et 15i, que le monde a été créé pour être la demeure des hommes et des dieux; n. 61 et 62, que l'on a aussi déifié I es passions qui agitent violemment la nature, et les hommes qui ont fait du b en à leurs semblables, comme Hercule, etc.
§ ML — Velleïus attribue encore la même opinion à Platon (1678). « Pour ce qui regarde Platon, dit-il, il faudrait un long discours pour exposer ses variations sur cette matière. Dans le Timée, il dit que le père de ce monde ne saurait être nommé; et dans ses livres des Lois, qu'il ne faut pas être curieux de savoir proprement ce que c'est que Dieu. Quand il prétend que Dieu est incorporel, c'est nous parler d'un être in compréhensible et qui ne pourrait avoir ni
(IC78) lbid., I. i, n. 50.
sentiment, ni sagesse, ni plaisir, attributs essentiels aux dieux. Il dit aussi, et dans le Timée et dans les Lois, que le monde, le ciei, les astres, la (erre, les âmes, les divinités que nous enseigne la religion de nos pères, il dit que tout cela est Dieu ; opinions qui, prises en particulier, sont évidemment fausses, et prises toutes ensemble, se contredisent prodigieusement. »
La prétendue contradiction que Vslleïus objecte à Platon est imaginaire, et il ne lui
ques-uns des hommes célèbres par leurs talents et leurs exploits.
|V.— Enfin, l'abbé Bannier convient qu'à l'exception des épicuriens, c'était le sentiment commun de tous les philosophes ; nous en verrons de nouvelles preuves dans le chapitre?; mais il suppose que c'était une innovation à l'aicienne théologie des païens (1681). Plutarque nous atteste le contraire; selon lui, Isis , Osiris, Typhon, les géants et les titans des Grecs , étaient
fait qu'une objection frivole. Ce philosophe plutôt des démons que des hommes : ainsi admettait, comme l'on voit, un premier' en ont jugé Pylliagore, Platon, Xénocrate, être spirituel, père de ce monde, dont on Chrysippe, gui ont suivi en cela, dit-il,
ne peut dire le nom ni compreiuire.la nature; mais il admettait en même temps des intelligences subalternes qui gouvernaient les différentes parties de l'univers, qui en étaient comme l'âme et qui faisaient l'objet de la religion populaire : Quos majorum institutis accepimus. Il avait tort sans doute de les nommer des dieux, mais il ne se contredisait pas. Il fallait être épicurien déter-
miné, c'est-à-dire matérialiste aveugle, pour minée de près.
les opinions des vieux et anciens théologiens (1082). Diodore de Sicile nous apprend la même chose (1083). Ce sont donc plutôt les mythologues historiens qui ont innové en prenant tous ces personnages pour des hommes; et il est singulier que l'on prétende être mieux instruits, après deux mille ans, d'une chose que les anciens philosophes paraissaient avoir exa-
objecler qu'un pur esprit serait incapable de sentiment, de sagesse et de plaisir.
Dans le Cratyle , Platon fait dire à Socrale que les anciens Grecs ont eu les mêmes dieux que les barbares , le soleil, la lune, la terre, les éioiles , le ciel; a-t-on des preuves qu'ils en aient changé?
Selon Arislote, les premiers philosophes ont transmis à la postérité une doctrine fabuleuse , que Jes corps célestes eux-mêmes étaient des dieux, et que la Divinité renferme toute la nature des choses. Quant aux autres parties de notre théologie, dit-
VI. — Leur opinion subsistait encore à la naissance du christianisme. Lorsque saint Paul voulut prêcher aux Athéniens la divinité de Jésus-Christ et sa résurrection, les épicuriens et les stoïciens qui lenlendirent, crurent qu'il leur annonçait de nouveaux démons ou génies : Novorum dœmoniorum videtur nnnuntiator esse (108i).
« Pourquoi , dit l'épicurien Celse, n'adorei ait-on pas les génies? ne sont-ce pas eux qui administrent toutes choses selon la volonté du souverain Dieu? Tout ce qui se fait ou par Dieu, ou par les anges, ou par
il, on croit qu'elles ont été ajoutées pour les génies, ou par les âmes des héros , ne mieux persuader la multitude et la porter se fait-il pas selon les ordres du Dieu souà obéir aux lois. C'est pour celle raison verain; chacun de ces génies n'a-t-il pas que l'on a dit que les dieux ont une figure été préposé par le souverain Dieu sur quelhumaine ou ressemblent à certains ani- que espèce de créatures, el n'a-t-il pas reçu maux, et ce qui s'ensuit. Si l'on sépare le de lui Je pouvoir de les administrer? Estprincipe originaire d'avec ces additions et ce donc que celui qui honore le Dieu sou
que l'on s'en tienne à ceci, que les anciens ont cru que les premières substances des choses étaient des dieux, on croira qu'jls ont parlé divinement sur ce sujet (1079),
§ IV. — Ce même système est aussi celui qui paraissait le plus vraisemblable à Cicéron (1080), comme il le témoigne à la tin du troisième livre, et son suffrage est ici d'un grand poids ; il avait lu les poêles , les historiens, les philosophes, ceux même
verain, n'adore pas avec raison celui à qui le souverain Dieu a fait part de son pouvoir (1085)? Ou il ne faut pas venir en ce momie, ou si l'on y vient, il faut rendre grâces aux génies qui président aux choses terrestres; il faut, tant que nous vivons, leur offrir des prémices ei des prières pour mériter leurs faveurs (1080) , car il serait injuste de jouir des choses dont ils ont la dispensation , sans leur payer un tribut
que nous n'avons plus; il traite la question d'honneur (1087). » avec soin. Malgré les subtilités des épicu- Selon Julien, le Dieu souverain a ordonnons, et Jes objections des académiciens, né aux dieux inférieurs de créer les hommes au milieu des doutes et des difficultés qui et les animaux (1088). « En disant, conlmucl'arrêtent, il semble persuadé comme Bal- l-il, que Je souverain Dieu que nous adorons bus , que parmi Jes dieux Jes uns étaient comme le souverain Seigneur de toutes des êtres purement physiques, Jes autres choses, a commis un Dieu inférieur à chades passions violentes de l'humanité, quel- que nation pour eu avoir soin, de môme
(1679) Arist., Physic.; cilé parBlackwell ; Lettres sur ta mytliol., t. I, p. 2^8.
(1680) Vairon pensait de même. Voyez son lexle, ch. 9 8 15.
(1681) Tome 1, 1. i, cliap. 2, p. 25.
(1682) De lsid.t Orir., u. il elli.
(1683) Voyez son témoignage, ch. 7, ci-après.
(1684) Aci. xvn, 18.
(1685) Oric, contre Celse, 1. vu, n. 08.
(1686) Ibid., i. vin, n. 25.
(1687) lbid., n. 55.
(1688) Dans S. CvniLLE, I. n,
PART. II. TIIEOIi. ARf.HEOLOG.
qu'un roi commet un gouverneur à chaque province, nous pensons mieux que Moïse qui adore le Dieu d'une petite portion de la terre, comme le Créateur de toutes choses (1689). — Les Juifs, dit-il encore, sont religieux en partie, puisque le Dieu qu'ils adorent est le Dieu très-puissant et trèsbon qui gouverne le momie visible, et que nous adorons nous-mêmes sous d'autres inwns, comme je ne puis en douter. Ainsi je ne saurais les blâmer de cet attachement
raison de tant d'effets différents les uns des outres, et môme contraires les uns aux autres, qui se voient dans la nature, il a fallu imaginer ou un être unique qui diversifie son
opération selon la diversité des corps, ou un grand nombre d'Ames et d'intelligences, pourvues chacune d'un certain emploi , et préposées les unes aux sources des rivières, les autres aux montagnes, les autres aux bois, etc. Il y a eu des gens parmi les païens, qui, dans le culte de Cérès et de
à leurs lois. Ils se trompent seulement en ce Bacchus, n'ont prétendu honorer que l'Etre
qu'ils lui rendent un culte exclusif et ne veu- suprême, en tant qu'il produit les grains et
lent point adorer les autres dieux (1690). » le vin. D'autres ont prétendu vénérer l'in-
On voit par ces témoignages combien telligence particulière, qui, dans la dislinc-
l'on peut se tier au critique que nous avons tion (tes charges du grand univers, avait eu
réfuté dans le chapitre précédent, et qui le déparlement des terres ensemencées et
soutient que les sages du paganisme abhorraient le polythéisme. Sans doute il ne refusera pas de mettre Celse et Julien au nombre des sages; il est vrai que leur sagesse ressemblait souvent à la folie.
§ VIL — Saint Justin, philosophe platonicien, après sa conversion au christianisme, n'avait pas encore entièrement perdu les idées de son ancien maître, il croyait que Dieu ayant créé l'univers, avait contié aux anges le gouvernement des différentes parties de la nature; que ces esprits étant
des vignobles. Ce fondement une fois posé, on ne sait plus où s'arrêter : le nombre des dieux se multiplie sans fin et sans cesse; on sacrifie à la peur, à la fièvre, aux bons vents et a, la tempête; il s'élève une hiérarchie dont les degrés sont innombrables; les combinaisons d'intérêts se diversifient à. l'infini parmi ces intelligences qu'on ne voit pas, et que l'on admet pourtant comme des causes très-actives La foi des intelligences préposées a divers emplois dans l'univers, est d'une aussi grande étendue
devenus amoureux de,s femmes, les avaient que la croyance d'un Dieu ; car je ne \)anse
rendues mères des génies que les païens adoraient (1691). Celait une erreur sans doute; mais on doit la pardonner à un philosophe récemment éclairé des lumières île la foi , et qui a eu le courage de mourir pour elle. Toujours est-ce un témoignage
pas que jamais peuple ait eu une religion, sans reconnaître des intelligences moyennes. Les philosophes les plus subtils, celui que l'on nomme le génie de la nature, les cartésiens les pluspénélranlsenonlrecounu.
Les sectateurs d'Aristole en mettent partout que la croyance des intelligences maîtresses encore aujourd'hui sans s'en bien apercede l'univers avait constamment persévéré voir; car ils mettent dans tous les corps une dans les écoles de philosophie; que ce l'orme substantielle, quia pour son apanage n'était point uneopinion nouvelle imaginée un certain nombre dequalités avec quoi elle après la naissance du christianisme pour accomplit ses désirs; elle repousse l'ennemi sauver le ridicule de la religion païenne, et se conserve le mieux qu'elle peut dans et pour la justifier des reproches que lui son état naturel. N'est-ce point admettre faisaient les Pères de l'Eglise. dans les plantes une intelligence préposée
§ VIII. — Bien plus, si nous voulons en à faire végéter une partie de l'univers, en croire un fameux critique, le germe de cette agissant pour celle tin sous les ordres do opinion se trouve encore dans les divers sys- l'Etre suprême?. .. Celui d'entre les carte
tèmesde la philosophie moderne. En rapportant ses paroles, nousne prétendons point approuver foutes ses réflexions. « Nous tournons en ridicule, dit-il (1692), le système des anciens païens, leurs naïades, leurs oréades, leurs hamadriades, etc., et nous sommes très-bien fondés quand nous condamnons le culte que l'on rendait à ces êtres; car nous savons par l'Ecriture, que Dieu défend tout culte de religion qui ne s'adresse point à lui directement et uniquement (1693).
Mais quand on se représente la raison de l'homme abandonnée à elle-même et destituée du secours de la révélation, on comprend fort aisément, ce me semble, qu'elle a dû se figurer ce vaste univers comme pénétré partout d'une vertu très-active, et qui savait ce qu'elle faisait. Or, afin de donner
siens qui a le plus fait valoir les volontés simples et générales de Dieu (Malebranchej insinue très - clairement en divers endroits de ses livres, qu'il y a un trèsgrand nombre de causes occasionnelles que nous ne connaissons pas. Or ces causes occasionnelles ne sont autre chose que les volontés et les désirs de certaines intelligences. Il en faut admettre partout où les lois de la communication du mouvement ne sont pas capables de produire certains effets. Cela va loin : on ne peut comprendre qu'elles suffisent à la construction d'un navire; personne ne fait diflieullé d'avouer que jamais le mouvement ne produirait une horloge sans la direction d'une intelligence particulière. Par conséquent, ces lois - là sont incapables de produire la
(1689, Pans S.
(I690J Jolies,
(ltjyij Première
Cyrille, I.
Lettre (55 a
Apologie,
Théodore, pag. 170.
pontife.
(H>92) Baylk, Dict. crit., Cuiniies, rem. P. (itj'jô) Celte proposition a besoin de correctif!
l'ont affecté; il s'en approche avec confianceou avec crainte, il les cherche ou il les fuit,
moindre plante, le moindre fruit; car il y a plus d'arlilice dans la construction d'un
arbre et dune grenade, que dans celle d'un quand il croit pouvoir se soustraire à leur navire. Il faut donc recourir à la direction puissance. Bientôt il leur parle, il las invoparticulière d'une intelligence pour la for- que, il les prie de lui accorder leur assisuialion des végétaux, et à plus forte raison tance, ou de cesser de l'affliger; il lâche do pour celle des animaux... Encore un coup les gagner par des soumissions , par des cela va loin et nous conduit à un génie qui préside à la fabrique des machines animées. Mais les minéraux, mais les météores sontils hien aisés à faire? n'y a-l-i' point beaucoup d'arlilice dans leur construction?
plus qu'on ne pense. Les scolastiques, au lieu de génie ou d'intelligence, se servent des mois de forme substantielle , .vertu plastique, etc., mais les noms n'y \£onJt rien. »
§ IX. — Encore une fois, l'on ne garantit point la vérité de toutes ces réflexions : mais elles prouvent du moins qu'il y a dans l'humanité un penchant universel à croire des intelligences préposées aux différentes parties de la nature; et cette inclination doit être encore plus forte et plus marquée dans le peuple, que chez les savants et les philosophes. Il est doue très-vraisemblable qu'elle a été chez toutes les nations la source du polythéisme.
Une nouvelle observation qui confirme la précédente, c'est que les enfants s'imaginent que les objets dont ils sont environnés pensent et ont du sentiment comme eux. Toutes les fois que par élourderie ils viennent a. se blesser, on les voit se tacher, frapper une
bassesses, par des présents auxquels il so trouve lui-même sensible; enfin il exerce l'hospitalité à leur égard, il leur donne un asile, il leur fait une demeure et Jeur fournit les choses qu'il croit devoir leur plaire le plus, parce qu'il y attache lui-môme un très-grand prix. Ces dispositions servent à nous rendre compte de la formation de ces dieux tutélaires que chaque homme so fait dans les nations sauvages et grossières. Nous voyons que des. hommes simples regardent comme les arbitres de leur sort des animaux, des pierres, des substances informes et inanimées, des fétiches qu'ils transforment en divinités, en leur prêtant de l'intelligence, des désirs et des volontés (1694). »
Ces réflexions sur la marche naturelle de l'esprit humain, sur le penchant invincible des ignorants à supposer de l'intelligence à toute cause qui paraît animée et qui agit d'une manière uniforme, sont vraies dans le fond. Mais les matérialistes en tirent une conséquence très-fausse, lorsqu'ils concluent que telle est la source de toutes les idées religieuses des hommes, que tous les peuples ont procédé de cette manière, ont commencé par être polythéistes et idolâtres. Le
lable, une chaise, le plancher ou tel autre
corps, qui a contribué au mal qu'ils soull'rent l'ail contraire est prouvé par tous les monu-
ou a une chute qu'ils ont faite. Par la ré- menls de l'histoire sacrée et profane. La
llexion, par l'expérience , par les leçons qu'on leur fait, ils guérissent peu à peu de cette folie naturelle ; mais un sauvage pourrait la conserver toule sa vie. Les nommes non instruits par la société ne sont que des enfants
première religion du genre humain a été le culte d'un seul Dieu, et il l'avait reçue de Dieu même au moment de la création. C'est après la dispersion des hommes que les différentes peuplades sont tombées dans "ignorance et la barbarie, ont oublié les
ivrées à
Enfin les philosophes qui ont embrassé le leçons de leurs pères, et se sont livrées à
matérialisme, ont afiecté de rapporter a la l'erreur par le procédé que l'on vient d'ex-
îuéme cause les premières idées que les poser. Ce n'esj; point ici le lieu. d'entrer plus
. I .. ! __ . . : . . C n.r .. .. I . I ., .. „ .> . . I I . . I. „ : / i il(\" \
avant dans celte discussion (1695).
§ X. — Eu second lieu, les poêles plus attentifs que les philosophes à se conformer aux idées populaires, ne nous représentent les dieux que comme des démons ou génies; chez les tragiques, les norasejo; el Aaip^v sont pai fa ilemeni synonymes , ou pourrait en apporter cent exemples, et ils à son être, il la juge bonne et bien inten- ne disent rien qui [misse faire soupçonner lionnée pour lui : il juge au contraire que qu'ils aient regardé les dieux comme des
peuples ignorants el grossiers se sont foi mées de la Divinité. « L'homme, d'après luimême, prête une volonté, de l'intelligence, du dessein, des projets, des passions, en un mot des qualités analogues aux siennes, à toule cause inconnue qu'il sent agir sur lui. Dès qu'une cause visible ou supposée l'afi'ecie d'une façon agréable ou favorable
lionnée pour lui : il juge au contraire que qu m> aieru regarue les uieux comme ues
toute cause qui lui lait éprouver des sensa- hommes qui avaient autrefois vécu sur la
lions lâcheuses, est mauvaise par sa nature terre. Il est évident par la manière dont ils
et dans l'intention d© lui nuire. Il ailribt.e fout parler leurs personnages, qu'ils ont
l .. .. . I . ,lA,v.« ,1^. /iniwlnila « !.. l..,-iri,l.» n/-.. ■..!/. ,1.» . J A . . . ^ .-> o ^».. .1..
des vues, un plan, un système de conduite à loui ce qui parait produire de soi-même des effets liés, agir avec ordre et suite, opérer constamment les mêmes sensations sur lui. D'après ces idées que l'homme emprunte toujours de lui-même el de sa propre façon d'agir, il aime ou il craint les objets qui
cru le inonde peuplé de démons ou de génies, les uns bons, les autres mauvais, auxquels ils ont attribué lous les événements heureux ou malheureux ; el l'on doit présumer qu'ils ont suivi en cela l'opinion la plus universellement répandue.
Dans VOEdipe de Sophocle, acle I , Ja
HG94) Sysl. de /« n,it., tome II, c. i, pag. 11 cl 11.
(1695) Voyez V Examen du matérialisme, lon:e V. c. 1.
PART. II. THEOL. ARCIIEOl.OG. — ORIGINE DES DIEUX.
peste qui ravageait la ville do Thèbes, est attribuée h un génie, le chœur conjure Minerve et Jupiter de l'exterminer. « Mettez en fuite cette divinité barbare, ce Mars exterminateur, qui, plus redoutable que le dieu des combats, nous l'ait impitoyablement périr.... Grand Jupiter, écrasez <o génie de vos foudres (1696). » Eschyle, dans sa t agédie des Sept chefs devant Thèbes , suppose Eléocle et l'olynico animés par un noir génie qui les acharnait l'un contre l'autre (1697).
Da .sVElcctrc d'Euripide, acte IV, Oreste incertain s'il doit commettre un parricide ordonné par Apollon, s'écrie : « Ah! si c'était un mauvais démon qui m'eût trompé sous la forme d'un dieu (1698). » Dans Vllippolyle du mémo, acte IV, le chœur iiivo jue le génie lutélaire de la maison de Thésée (161)9). Elccire, dans la tragédie de son nom chez Sophocle, invoque les dieux de sa famille.
lphigénie en Tauride, acte IV, s'explique ainsi au sujet d'un rêve : « Vous, génies, que l'on appelle savants, votre science n'est pas moins vaine que les songes. Je le vois, l'erreur est le partage des dieux aussi bien que des faibles hommes (1700). »
Dans les Troyennes, acte IV, Hécube fait Cette apostrophe singulière à Jupiter :
« Puissant moteur de l'univers, vous dont Ja terre même est le trône; cire impénétrable à nos lumières, qui que vous soyez, soit une nature nécessaire, soit l'esprit des mortels, je vous adore. C'est vous dont l'équité par des routes secrètes conduit les choses humaines à ses tins (1701). » Si Jupiter avait été regardé comme un homme , y aurait-il rien de si ridicule que ce langage?
De là l'usage familier à tous les héros tragiques de raconter leurs infortunes au ciel, au soleil, en leur adressant la parole, d'invoquer cet astre et les autres parties de la nature, comme la terre et la nuit, de les prendre à témoins dans les serments, de jurer par le soleil, par l'air, etc. Ces coutumes se seraient-elles introduites, si l'on n'avait pas cru ces différents êtres animés?
Homère, le maître et le modèle .de tous les poêles, avait donné l'exemple de ces manières de parler. Dans l'Iliade, le Sommeil exige un serment de Juuon, il la fait jurer non-seulement par le Styx, mais encore par la terre et par la mer, afin, dit-il, que nous ayons pour témoins tous les dieux infernaux qui sont avec Saturne ; ce sont ceux que le poêle appelle ensuite les Titans (1702). Il n'est donc pas surprenant que Jésus-Christ ait défendu ces sortes -de serments dans son Evangile (1703). Ils pouvaient être regardés alors comme un acte d'idolâtrie. Junon
dit, dans le môme poème, que tous les dieux sont nés de l'Océan et de Téthys (170V).
Dans VOdyssée, Homère parlant du soleil,, dit qu'il voit et entend toutes choses (1705). Il lui rend ses hommages dans une hymneparticulière, il fait la même chose h la lune; et dons une autre adressée à la terre , il appelle celle-ci, la mère des dieux, l'épouse du ciel lumineux (1706). Se persuadera-t-on que le poète ait voulu nous taire regarder le ciel , la terre, le soleil , la mer, l'océan, le sommeil, comme des hommes parvenus à la divinité?
§ XI. — Un simple coup d'œil jeté sur Hésiode suffit pour nous convaincre qu'il n'a pas pensé autrement que les autres. Au lieu d'une théogonie, il nous donne réellement une cosmogonie, c'est-à-dire, la généalogie des différentes parties de la nature, telle que les anciens la concevaient. En faut-il davantage pour juger de quelle espèce étaient les divinités du paganisme? Celte observation que plusieurs savants ont déjà faite, aurait dû détromper ceux qui prétendent trouver l'histoire des hommes dans les fables des dieux.