‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 105 sur 264 · LES DOUCEURS ET LES AVANTAGES DE LA SOCIABILITÉ · texte numérisé non relu

LES DOUCEURS ET LES AVANTAGES DE LA SOCIABILITÉ

Fulbert avait reçu de la nature un caractère mélancolique, et un esprit observateur. Dans les promenades qu'ils faisait avec son oncle, rien de ce qui frappait ses regards n'écbappait à ses réflexions. Ses cousins se plaignirent de ce que , paraissant goûter tant de jouissances, il cherchait si peu à contribuer à l'amusement général de la famille. Ils pensèrent d'abord à prier leur père de lie plus le mener avec eux ; mais un moyen plus doux de le corriger se présenta bientôt à leur esprit. Ils convinrent ensemble de tenir pendant quelques jours avec lui la même conduite qu'il tenait avec eux. L'un alla visiter le jardin et le cabinet du Roi ; l'autre, le gardemeuble de la Couronne ; le troisième, les tableaux du Louvre et ceux du Luxembourg ; mais lorsqu'ils revinrent à la maison , les récits qu'ils avaient coutume de se faire de leurs observations furent supprimés. Au lieu de ces confidences mu-

tuelles des plaisirs de la journée , qui leur faisaient passer des soirées si récréatives, il ne régnait entre eux qu'une grave réserve, et un silence ennuyeux. Fulbert remarqua ce changement avec autant de surprise que de chagrin. Il sentit le vide de ces épanchemens d'entretiens et de gaité, qu'il provoquait rarement lui-même , mais auxquels il cherchait à s'intéresser. Accoutumé, comme il l'était, à la réflexion , il reconnut aisément l'injustice de sa conduite. 11 devint bientôt aussi communicatif qu'il avait été jusque-là concentré. En se livrant à ces douces effusions que la nature inspire aux hommes pour rapprocher leurs âmes et les réunir , son cœur goûta les douceurs de la bienveillance et de l'amitié; et l'ardente curiosité de son esprit trouva de nouveaux moyens de se satisfaire , par les faits qu'il recueillait des autres, en leur faisant part de ceux qu'il avait observés.

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