L'HOMME EST BIEN COMME IL EST
M. de LBYRis porte un perroquet empaillé , et, montant sur un fauteuil, il l'accroche à un cordon déjà suspendu au plancher. — Je ne crois pas que cet cspi» gle de Frédéric puisse maintenant y atteindre. On ne peut avoir rien en sûreté contre ce petit garçon. (// remet te fauteuil à sa place, et sort. )
FRÉDÉRIC , entrant un moment après.
— Où est-ce donc que mon papa vient de fourrer notre pauvre défunt de Jacquol ? Il l'avait dans les mains loraqa il rst (Mitre ici, et je l'ai vu sortir les mains vides. (Il regarde de tous côtés; enfin, levant lei yeux , il aperçoit le perroquet
suspendu au plancher. ) Ah ! bon ! le Voira. (Il prend aussitôt son élan, et bondit de toutes ses forces; mais il s'en faut de plus de trois }iicds qu'il ne s'élève à la hauteur de l'oiseau.) Si j'étais aussi leste que notre minet! (// va prendre un fauteuil, monte dessus , et se trouve trop court. Il se dresse sur la pointe des pieds, il saule: tout cela inutilement. Il descend, court enercher un gros volume in-folio de l'Iularquc , le met sur le fauteuil, grimpe sur le litre, tend le bras.) Je ne saurai jamais l'attraper. J'aurais pourtant bien voulu voir comment on lui a rempli le ventre de
L AMI DES K.NFAS5.
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paille. Essayons en sautant. (Aumoment ou il plie sur ses jambes pour s'enlever, Maurice entre dans le salo)i , l'aperçoit, et lui chante : ) Oh ! comme il y viendra ! oh ! comme il y viendra ! Je te le donne en mille. Un petit boutdliomme comme toi atteindre là-haut !
Allons, descend*, que je monte. Je n'aurai pas besoin du Plutarque, moi. (// le tiraille par le pan de son liabit , le fait descendre, monte à sa place x élève les bras, et se voit encore fort loin de Jacquol. Frédéric pousse un grand éclat île rire. ) Eh bien ! toi qui faisais le fier, je t'aurais cru aussi grand que le Sa nt- Christophe de Notre-Dame , à t'entendre.
maurice. — Oui , mais si je montais sur le livre ! (// y monte , se trouve un peu plus près du perroquet , mais pas assez pour le saisir. Frédéric saute autour du fauteuil, en se moquant de lui. )
Maurice. — Ce n'est pas ma faute ; c'est que ce gros Plutarque n'est pas en^ core assez gros. Voyez pourtant ; s'il y avait eu quelques grauds hommes de plus dans l'antiquité, Jacquot était à moi.
Frédéric. — Je l'aurais bien eu le premier.
maurice. — Ce n'est pas que je m'en soucie beaucoup.
Frédéric. — Oh , non! pas plus que le renard de la fable ne se souciait des raisins. Le perroquet est peut-être trop vert , n'est-ce pas ?
maurice. — Je le vois aussi bien d'ici.
Frédéric, ironiquement. — Oui, c'est le vrai point de vue. Ecoule , mon frère , je ne crois pas qu'il y ait bien de la différence entre nous deux, au moins; et tu es plus vieux de trois ans.
maurice. — Voyez donc la vanité de ce petit mirmirdon ! Est-ce que tu voudrais te mesurer avec moi ?
Frédéric. — Voyons un peu! {Ils se mettent sur la même ligne , devant un
miroir, épaule contre épaule, et tendent leurs membres autant qu'ils peuvent.
Frédéric se hausse sur la pointe des pieds. Maurice , étonné de le voir de sa taille , regarde en bas , et s'aperçoit de la supercherie.)
maurice. — Ah , le fripon ! je le crois bien do cette manière. Appuie tes talons à terre. (Frédéric paraît alors bien audessous de son frère, et dit avec humeur, en frappant du pied.) C'est bien triste d'être si petit !
m. de letris qui est rentré depuis un moment. — Parce qu'on ne peut pas atteindre le perroquet , n'est-ce pas , Frédéric ?
Frédéric.-^ Vous nous avez donc vus faire , mon papa ?
M. de leyris. — Non , mais tes pieds l'ont écrit sur la couverture de mon Plutarque.
maurice. — Si nous avions été aussi grands que vous, nous aurions vu de plus près notre pauvre Jacquot.
m. de leyris. — Oui , pour le tourmenter jusqu'après sa mort, comme vous l'avez fait pendant sa vie. 11 n'y a pas de mal que vous ne soyez pas assez grands pour cela.
maurice. — Oh ! quel plaisir, mon papa , si j'étais de votre taille !
m. de leyris. — Je te connais : alors même tu ne serais pas content.
maurice. — 11 est vrai que j'aimerais encore bien mieux être comme le géant qu'on montrait cet hiver à la foire.
Frédéric. — Le beau ragotin, vraiment ! Quand on fait des souhaits, et qu'il n'en coûte rien , il ne faut pas se ménager. Tu sais notre plus haut cerisier? voilà comme je voudrais être grand, moi.
M. de leyris. — Et pourquoi donc?
Frédéric. — C'est que je n'aurais besoin ni d'échelle , ni de perche, lorsque les cerises viendraient à mûrir, lmagi-
L AMI DES ENF.VNS
nes-tu , mou frère , comme il serait doux de porter sa tête au-dessus des arbres en se promenant dans le verger , et de pouvoir cueillir les poires et les pêches comme nous cueillons les groseilles? Cela ne serait pas malheureux . au moins!
Maurice. — On pourrait aussi regarder par la fenêtre les gens qui demeurent au troisième. (En souriant.) Il v aurait de quoi leur faire de belles frayeurs.
Frédéric. — Je ne craindrais plus les voitures, quand j'irais dans les rues. Je n'aurais qu'a écarter les jambes; tiens, comme cela. (// les écarte.) Je verrais passer là-dessous les chevaux, le cocher, le carrosse , les domestiques , et je leur sourirais de pitié.
Maurice. — Tu sais la petite rivière qui coule au bas du jardin? On a besoin d'un canot pour la traverser, ou il faut aller chercher a un quart de lieue le pont du village. Pst ! d'une enjambée, ou d'un saut à pieds joints , on se trouverait de l'autre côté.
Frédéric. — Et puis Ton serait bien plus fort , si l'on était si grand. Qu'il vînt un ours à ma rencontre, eu traversant la forêt, je lui tordrais le cou comme a un pigeon, ou je le jetterais a deux cents pieds en l'air , et il serait si occupé de sa chute en retombant , qu'il oublierait de se relever.
Maurice. — 11 ne faudrait plus aussi de bœufs pour labourer la terre : on tirerait la charrue soi-même; et en dix pas , on serait au bout du champ. Tenez encore , je vis l'autre jour plus de cinquante hommes qui enfonçaient des pilotis pour faire une chaussée. Comme ils travaillaient ! K'.i bien ! avec un grand marteau , comme on pourrait alors en porter, un homme seul aurait fait toute leur besogne en un jour. N'est-il pas vrai , mon
papa
>i. on LKTRIS. — Voilà qui est fort bon
à dire ; mais avec tous ces beaux souhaits, vous n'êtes que des fous.
malrice. — Comment, des fous?
m. de leyris. — Oui , de croire que vous seriez alors plus heureux que vous ne l'êtes.
Maurice. — Mais si dous devenions capables de faire plus de choses que nous n'en faisons à présent?
Frédéric. — Par exemple, ne seraitce pas fort commode de pouvoir atteindre bien haut, et de faire d'un seul pas bien du chemin?
m. de leyris. — Avant que je te réponde, dis-moi, en te donnant cette taille prodigieuse, voudrais-tu que tout ce qui t'entoure demeurât aussi petit qu'il l'est aujourd'hui?
Frédéric. — Sans doute, mon papa.
maurice. — Oui , rien que nous trois de géans.
m. de leyris. — Grand merci ! je suis content de ma taille , et je m'y tiens. Frédéric. — Il faudrait pourtant que vous fussiez toujours plus grand que nous, autrement ce serait aux enfans de donner le fouet a leur père.
m. de leyris. — Je vois qu'il est fort heureux pour moi de ne pas être exposé à ce danger.
Frédéric. — Oh ! non , je vous ferais grâce. Je me souviendrais que vous m'en avez fait si souvent.
maurice. — Vous ne voulez donc pas grandir avec nous autres?
m. de leyris. — Non. Parlons pour vous seuls, et voyons ce qui en résulterait. D'abord , Frédéric , si , comme lu le désirais tout à l'heure , tu étais aussi grand que notre plus haut cerisier, dismoi, comment pourrais-tu te glisser dans notre verger qui est si plein? Il te faudrait donc marcher à quatre pattes, et encore aurais-tu bien de la peine a y pénétrer.
FRÉDÉRIC. — Bon ! je n'aurais qu'à
L AMI DES EN FANS
mettre le pied contre le premier arbre qui me gênerait, je le miserais comme un tuyau de blé , pour me faire place
m. de leyris, — Voilà un parti bien sensé. A mesure qu'il te faudrait plus de fruits pour satisfaire ton appétit, tu dé- ( mirais les arbres qui les portent. Mais sortons de chez nous. La plupart des chemius sont bordés d'ormeaux , dont les branches les plus élevées se joignent et s'entrelacent. Les hommes d'unetailleordinaire peuvent y passer à leur aise, et ils trouvent ces berceaux de verdure bien agréables dans les ardeurs du midi: pour toi, tu serais obligé d'aller sans ombrage à travers les champs. Et puis , que deviendrais-tu, quand il se présenterait une épaisse forêt sur ton passage? C'est la que tu aurais un furieux abattis à faire pour t'y frayer une route.
Frédéric. — Une m'en coûterait pas plus que de faire à présent un trou dans la haie.
Maurice. Je déracinerais les chênes, comme ce Roland-le-Furieux dont vous m'avez conté l'histoire.
m. de letris. — Je plaindrais fort les hommes condamnés à vivre dans le même siècle que vous. Poursuivons. Avec les grandes jambes dont vous seriez pourvus, il vous viendrait sans doute dans la tête de voyager ?
Frédéric. — Comment donc, mon papa 1 je voudrais aller au bout de l'univers.
m. de letris. — Tout d'une haleine , sans doute : car où trouverais-tu sur la roule une maison, une chambre, un lit assez grand pour te recevoir ? 11 te faudrait coucher à la belle étoile sur une meule de foin dans les nuits les plus orageuses. Cela serait-il bien agréable? Qu'en penses-tu , Frédéric ?
Frédéric. — Hélas ! je me trouverais comme le pauvre Gulliver à Lilliput.
Maurice. — Ce n'est pas encore tout-
à-fait bien arrangé. Non , il faudrait que tous les autres hommes fussent aussi grands que nous.
m. de leyris. — Voila qui est plus généreux. Mais comment la terre suffirait-elle à nourrir tant de monstrueux colosses? Dans une contrée où mille personnes subsistent aujourd'hui , à peine pourrait-il en subsister vingt. Nous mangerions chacun notre bœuf en deux jours, et il nous faudrait une demi-tonne de lait pour notre déjeuner seulement.
Maurice. — Oh ! c'est que je voudrais que les bœufs devinssent plus gros aussi.
m. de leyris. — Et de ces bœufs-là, combien en pourrais-tu faire paître dans notre prairie?
Maurice. — Vraiment, fort peu.
m. de leyris. — Je vois que, faute de place , nous manquerions bientôt de bétail.
maurice. — 11 n'y a qu'une chose à faire, c'est d'agrandir en même temps l'univers.
m. de letris. — Rien ne t'embarrasse , à ce qu'il me semble. Pour te hausser de quelques coudées tu étends, d'un seul mot, toute la nature. C'est d'une fort belle imagination; malgré cela, je pense toujours que tu n'y trouverais pas un grand avantage.
maurice. — Comment donc, s'il vous plaît?
m. de leyris. — Sais-tu ce que c'est que la proportion?
maurice. — Non, mon papa.
m. de leyris. — Mets-toi près de ton frère. Qui est le plus grand de vous deux?
macrice. — Vous le voyez bien ; il ne me va pas à l'oreille.
m. de leyris. — Viens maintenant à mon côté. Qui est le plus petit?
maurice. — C'est moi , par malheur.
m. de leyris. — Tu es donc à la fois grand et petit?
maurice. — Nou , je ne suis ni grand,
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l'ami des knfa.xs.
ni petit, à proprement parler. Je suis grand pour Frédéric , et petit pour vous.
m. de letris. — Et si nous devenions tous les trois ensemble dix fois plus grands que nous ne le sommes , serais-tu plus petit pour moi, ou plus grand pour ton frère, que tu ne l'es à présent pour l'un et pour l'autre?
Maurice. — Non, mon papa, ce serait toujours la même différence.
m. de letris. — Eh bien ! voilà ce que c'est que la proportion , une gradation proportionnelle.
Maurice. — Ali ! je conçois à présent.
m. de leyris. — En ce cas , revenons à ton idée. Si tout devient h proportion plus grand dans la nature , tu te retrouveras toujours au point d'où tu es parti. Tu ne seras pas assez grand pour faire peur aux gens du troisième , en les regardant par la fenêtre; tu ne pourras ni enjamber les rivières , ni enfoncer les pilotis à coups de marteau , encore moins tordre le cou a un ours , ou le jeter a deux cents pieds en l'air. Il serait toujours beaucoup plus gros que toi.
Maurice. — J'en conviens.
m. de leyris. — Frédéric , nous as-tu écoutés?
Frédéric. — Oui , mon papa.
m. de leyris. — Et as-tu bien compris ce que c'est que la proportion?
Frédéric. — Oh, oui ! c'est lorsque l'un devient grand , et que l'autre grandit aussi ; en sorte que cela ne fait jamais ni plus ni moins.
M. DE LEYRIS. — PoUITaiS-tU IUCD
donner un exemple?
Frédéric. — Je crois bien que oui.
(Après avoir réfléchi nn moment.) Tenez , j'aurai beau avoir trois ans de plus dans trois ans , mon frère sera toujours l'aîné ( parce qu'il aura encore trois ans de plus que moi.
m. de leyris. — A merveille , mon fils. Ainsi, quand tu serais devenu aussi
grand que notre cerisier, le cerisier aurait grandi a son tour de toute la différence qui est actuellement entre vous deux.
Frédéric. — C'est clair.
m. de leyris. — Pourrais-tu alors cueillir les cerises avec la main , comme tu cueilles les groseilles?
Frédéric. — Non, mon papa, il me faudrait reprendre ma perche et mon échelle ; non pas les mêmes , car il faudrait qu'elles fussent aussi plus grandes à proportion.
m. de leyris. — Et les voitures passeraient-elles toujours entre tes jambes?
Frédéric. — Non certes. Je serais encore obligé de me ranger contre la muraille , pour leur céder le milieu du pavé.
m. de leyris. — Quels avantages auriez-vous donc retirés de ce bouleversement, général que votre orgueil aurait introduit dans l'univers?
Maurice. — Je ne sais guère.
m. de leyris. — Vos souhaits étaient donc insensés , puisque leur accomplissement n'aurait pu vous rendre plus heureux.
Maurice. — Vraiment , mon papa , vous avez raison. Il aurait mieux valu souhaiter d'être petits , petits , tout-àfaits petits.
Frédéric. — Quoi, mon frère ! comme les petits hommes de Gulliver?
MAURICE. — Certainement.
m. de leyris. — Ha , ha ! voilà encore une élrauge fantaisie. Et quels seraient tes motifs pour cette réduction?
maurice. — D'abord, c'est qu'on n'aurait jamais à craindre de disette. Une poignée de grain suffirait pour faire subsister pendant vingt-quatre heures toute une famille.
m. de leyris. — Effectivement, ce serait une grande économie.
maurice. — Et puis il ne resterait plus aucun sujet de guerre. Une place
L AMI DES EN FANS
comme notre jardin serait assez étendue pour bâtir une ville considérable. Les hommes, ayant mille fois plus d'espace qu'il ne leur en faudrait pour se mettre bien à leur aise , ne chercheraient plus à s'égorger pour quelques pouces de terrain.
m. de levris. — Je n'en répondrais guère, connaissant leur folie. Mais ne troublons point , par des craintes funestes, un si bel arrangement. Je vois relleurir la paix et l'abondance ; et , grâces à tes soins , l'âge d'or est ramené sur la terre.
Maurice. — Oh ! ce n'est pas tout.
Notre précepteur dit que les petites créatures-OJit quelque chose de plus délicat et de plus parfait que les grandes ; que leur vue est bien plus perçante , leur ouïe plus fine , leur odorat plus sûr et plus exquis. Cela est-il vrai , mon papa?
m. de leyris. — Oui, en général.
maurice. — Ainsi l'homme verrait , entendrait, sentirait une infinité de choses dont il ne se doute pas avec ses sens grossiers.
m. de leyris. — Ces avantages sont assez précieux ; je t'avoue cependant que j'aurais du regret de renoncer, pour les acquérir, à cet empire universel que nous nous sommes établi sur tout ce qui respire.
maurice. — 11 ne serait pas perdu pour cela. Vous m'avez dit souvent que l'homme règne encore plus par son intelligence que par sa force.
m. de leyris. — Il est vrai, parce que sa force est exactement combinée avec son intelligence. Mais donne à un Lilliputien le génie le plus vaste et le plus hardi. Donne-lui même nos inventions et nos arts au point de perfection où ils sont portés , crois-tu qu'il fût en état de se servir de nos instrumens les plus souples , et d'imprimer le premier mouvement a notre plus légère machine ? Com-
ment pourrait-il se défendre contre les bêtes sauvages, lorsque son chien même l'écraserait innocemment sous ses pieds ?
maurice. — Oui; mais si tout devient à proportion plus petit autour de lui ? C'est la que je vous attends.
m. de leyris. — Pour le confondre toi-même ; car , dès ce momeut , il perd les avantages que tu voulais lui procurer : ses petites moissons ne le garantiront plus de la famine ; ses guerres , sans être moins fréquentes ni moins acharnées, n'en seront que plus ridicules. Les animaux inférieurs auront toujours des organes plus fins et des sensations plus délicates : et peut-être qu'avec sa petitesse risible , il voudra s'aviser encore , comme toi , de réformer la création.
maurice. — Mon papa , vous êtes aussi trop difficile : on ne peut rien ajuster avec vous.
Frédéric. — C'est que tu n'y entends rien , mon frère. Il n'y aurait qu'un moyen de mettre les choses au mieux.
m. de leyris. — Est-ce que tu t'en mêles aussi , toi ?
Frédéric. — Tout aussi bien qu'un autre.
m. de leyris. — Voyons ton plan , je te prie ; cela doit être curieux.
Frédéric. — 11 ne s'agirait que d'avoir un corps plus dur, dur comme du fer.
M. de leyris. — Pourquoi donc?
Frédéric. — Voyez la piqûre que je me suis faite au doigt; cela ne paraît rien , et je ne puis vous dire combien elle me fait souffrir.
m. de leyris. — Je te plains , mon pauvre ami.
Frédéric. — Et ce trou que je me fis il y a un mois à la tête , en tombant sur l'escalier; il n'y a pas huit jours qu'il est fermé. Tenez, lâtez, c'est ici.
m. de leyris. — 11 est vrai.
Frédéric. — Ohl quel plaisir ce se-
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L'AMI DES ENFANS
rait de pouvoir jouer avec Azor sans qu'il me mordit, et avec Minet sans craindre ses égratiguures I Ensuite . quand je serais grand , et que j'irais à la guerre , je me moquerais des balles et des boulets ; et les salues se briseraient sur ma tête au lieu de l'entamer. IS'e serait-ce pas fort heureux?
m. de letris. — J'en conviens.
Frédéric. — Il ne manquerait plus rien à l'homme. Il serait parfait alors. Qu'en dites-vous, mon papa?
m. de letris , tirant une orange de ra poche. — Tiens , Frédéric , sens cette orange.
Frédéric. — Oh , quelle bonne odeur !
Elle doit être excellente à manger. Est-ce que vous me la donnez pour avoir arrangé les choses mieux que mon frère?
m. de letris. — IVon , elle n'est pas pour toi.
macrice. — Pour moi , donc ?
m. de letris. — Non plus. Je la desliue à quelqu'un de plus parfait que vous deux.
Maurice. — Et à qui donc, s'il vous plaît?
m. de letris. — A cette figure de Ixègrequiest sur ma cheminée.
Frédéric. — Vous voulez rire , mon papa? Elle ne peut ni von?, ni manger, ni sentir.
Elle est pourtant de
Et c'est précisément
m. de letris.
bronze.