M. DE CLERMONT, ADÉLAÏDE, CONSTANTIN
Adélaïde. — Mais, mon papa....
m. dk CLERMONT. — Je vous le répèle qu'aucun de vous deux ne s'avise , sous
peine d'encourir ma disgrâce , d'enl retenir désormais la moindre liaison avec les enfans du médecin.
Adélaïde. — Qui vous a donc mis si fort en colère contre M. Genesl?
m. DE CLEBUONT. — Suis-je obligé de t'en rendre compte?
Constantin. — Non certainement. Il ne nous convient pas de vous interroger. (à Adélaïde.) Lorsque mon papa donne ses ordres, c'est à nous d'obéir sans réplique.
m. de clermont. — C'est comme je l'entends. Monsieur Genest est un homme contrariant et opiniâtre. L'ingrat ! me refuser cela, à moi qui suis son seigneur, a moi de qui il tient son état et sa fortune 1
Constantin — Cela est indigne, mon papa! et je ne sais pourquoi nous avons été liés si long-temps avec des enfans de cette espèce. S'il y avait eu le plus petit gentilhomme dans notre voisinage , je n'aurais jamais adressé une parole à Thomas.
Adélaïde. — 0 mon papa ! pouvezvous entendre parler ainsi mon frère?
Thomas et Geneviève sont de si braves enfans ! nous serions bien heureux de les valoir.
m. de clermont. — Que m'importe qu'ils soient bons ou médians ! Encore une fois , je vous défends d'avoir un mot d'entretien avec eux, ou je vous tiens renfermés au château.
Constantin. — Que Thomas s'avise de venir seulement rôder autour du jardin ! je vous le....
m. de clermont. — Que veux-tu dire? Je n'entends pas qu'on les maltraite , ou qu'on leur fasse la plus légère insulte.
Constantin , embarrassé. — Ce n'est pas ce que j'entends non plus. Je veux dire que je ne les laisserai pas approcher de cent pas. Oh! je ferai ma ronde.
Adélaïde. — Vous aviez tant d'amitié pour M. Genest ! vous le regardiez comme un si honnête homme! comme un homme si raisonnable et si savant ! Vous vous souvenez bien que c'est lui qui apprenait le latin à mon frère , et qui me donnait ,
à moi , des leçons d'orthographe , avant que nous eussions un précepteur?
m. de clermont. — Tout cela peut être ; mais je te défends d'ajouter un mot. Je ne veux plus avoir rien de commun avec lui , comme vous n'aurez plus rien de commun avec ses enfans.... Eh bien ! je crois que tu pleures? Séchez ces pleurs, mademoiselle. Avez-vous donc si peu de respect pour les volontés de votre père , qu'il vous en coûte des larmes pour lui obéir ?
Adélaïde. — Non, mon papa. Pardonnez-moi ces derniers sentimens d'amitié qui parlent encore pour eux dans mon cœur. Je ne serai pas moins obéissante que mon frère.
Constantin. — Nous verrons qui sera le plus soumis.
Adélaïde. — Vous n'exigez pas au moins que je les haïsse. Il ne dépendrait plus de moi de vous obéir.
m. de clermont. — Ni les haïr, ni les maltraiter : rompre seulement toute liaison avec eux , voila ce que je vous ordonne.
Adélaïde. — Je m'y soumettrai pour vous plaire. Mais j'ai une grâce à vous demander.
m. de clermont. — Quelle est-elle?
Adélaïde. — C'est de leur parler encore une fois pour les instruira de vos ordres.
Constantin. — A quoi bon? tout est rompu.
m. de clermont. — Je trouve ta demande raisonnable, et je te l'accorde. Tu peux leur dire en même temps que leur père ait h me payer sous trois jours , ou qu'il aura sujet de s'en repentir.
Adélaïde. — 0 mon papa, que ditesvous? Est-ce que M. Genest vous doit quelque chose?
m. de clermont. — Penses-tu que je lui demanderais ce qu'il ne me devrait
L AMI DES ENFANS
pas? Mais cela ne te regarde point. Songe seulement àm'obéir. (// sort.)