‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 115 sur 264 · M. DE CLERMONT, ADÉLAÏDE, CONSTANTIN · texte numérisé non relu

M. DE CLERMONT, ADÉLAÏDE, CONSTANTIN

Adélaïde. — Mais, mon papa....

m. dk CLERMONT. — Je vous le répèle qu'aucun de vous deux ne s'avise , sous

peine d'encourir ma disgrâce , d'enl retenir désormais la moindre liaison avec les enfans du médecin.

Adélaïde. — Qui vous a donc mis si fort en colère contre M. Genesl?

m. DE CLEBUONT. — Suis-je obligé de t'en rendre compte?

Constantin. — Non certainement. Il ne nous convient pas de vous interroger. (à Adélaïde.) Lorsque mon papa donne ses ordres, c'est à nous d'obéir sans réplique.

m. de clermont. — C'est comme je l'entends. Monsieur Genest est un homme contrariant et opiniâtre. L'ingrat ! me refuser cela, à moi qui suis son seigneur, a moi de qui il tient son état et sa fortune 1

Constantin — Cela est indigne, mon papa! et je ne sais pourquoi nous avons été liés si long-temps avec des enfans de cette espèce. S'il y avait eu le plus petit gentilhomme dans notre voisinage , je n'aurais jamais adressé une parole à Thomas.

Adélaïde. — 0 mon papa ! pouvezvous entendre parler ainsi mon frère?

Thomas et Geneviève sont de si braves enfans ! nous serions bien heureux de les valoir.

m. de clermont. — Que m'importe qu'ils soient bons ou médians ! Encore une fois , je vous défends d'avoir un mot d'entretien avec eux, ou je vous tiens renfermés au château.

Constantin. — Que Thomas s'avise de venir seulement rôder autour du jardin ! je vous le....

m. de clermont. — Que veux-tu dire? Je n'entends pas qu'on les maltraite , ou qu'on leur fasse la plus légère insulte.

Constantin , embarrassé. — Ce n'est pas ce que j'entends non plus. Je veux dire que je ne les laisserai pas approcher de cent pas. Oh! je ferai ma ronde.

Adélaïde. — Vous aviez tant d'amitié pour M. Genest ! vous le regardiez comme un si honnête homme! comme un homme si raisonnable et si savant ! Vous vous souvenez bien que c'est lui qui apprenait le latin à mon frère , et qui me donnait ,

à moi , des leçons d'orthographe , avant que nous eussions un précepteur?

m. de clermont. — Tout cela peut être ; mais je te défends d'ajouter un mot. Je ne veux plus avoir rien de commun avec lui , comme vous n'aurez plus rien de commun avec ses enfans.... Eh bien ! je crois que tu pleures? Séchez ces pleurs, mademoiselle. Avez-vous donc si peu de respect pour les volontés de votre père , qu'il vous en coûte des larmes pour lui obéir ?

Adélaïde. — Non, mon papa. Pardonnez-moi ces derniers sentimens d'amitié qui parlent encore pour eux dans mon cœur. Je ne serai pas moins obéissante que mon frère.

Constantin. — Nous verrons qui sera le plus soumis.

Adélaïde. — Vous n'exigez pas au moins que je les haïsse. Il ne dépendrait plus de moi de vous obéir.

m. de clermont. — Ni les haïr, ni les maltraiter : rompre seulement toute liaison avec eux , voila ce que je vous ordonne.

Adélaïde. — Je m'y soumettrai pour vous plaire. Mais j'ai une grâce à vous demander.

m. de clermont. — Quelle est-elle?

Adélaïde. — C'est de leur parler encore une fois pour les instruira de vos ordres.

Constantin. — A quoi bon? tout est rompu.

m. de clermont. — Je trouve ta demande raisonnable, et je te l'accorde. Tu peux leur dire en même temps que leur père ait h me payer sous trois jours , ou qu'il aura sujet de s'en repentir.

Adélaïde. — 0 mon papa, que ditesvous? Est-ce que M. Genest vous doit quelque chose?

m. de clermont. — Penses-tu que je lui demanderais ce qu'il ne me devrait

L AMI DES ENFANS

pas? Mais cela ne te regarde point. Songe seulement àm'obéir. (// sort.)

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