‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 116 sur 264 · ADÉLAÏDE, CONSTANTIN · texte numérisé non relu

ADÉLAÏDE, CONSTANTIN

Adélaïde. — Comment , mon frère , est-ce là ton amitié pour Thomas et pour Geneviève?

Constantin. — Comment , ma sœur , est-ce là ta soumission à notre papa?

Adélaïde. — Parle-moi de la tienne.

C'est de l'hypocrisie , et rien de plus. Tu ne le flattes que pour lui escroquer de l'argent. Tu n'aimes rien au monde que toi.

Constantin. — Parce que je ne me fais pas un plaisir de le contrarier sans cesse? Voudrais-tu que j'allasse courir après ces enfans , lorsqu'il me l'a défendu?

Adélaïde. — Tu ne méritais guère leur amitié , s'il ne t'en coûte pas davantage pour y renoncer. Mais lorsque tu n'as plus rien à attendre de quelqu'un , tes sentimens sont bientôt évanouis.

Constantin. — Comme si j'avais eu jamais quelque chose à attendre d'enfans de cette espèce?

Adélaïde. — Qu'est-ce donc que cet étui de nacre que tu t'es fait donner, il n'y a pas encore huit jours , par Geneviève? et ces tablettes que tu sus tirer si adroitement avant-hier de Thomas? Tu as fait mille fois des bassesses auprès d'eux pour un bouquet ou pour une orange; et aujourd'hui....

Constantin. — Aujourd'hui il faut que j'obéisse. Vraiment la belle société à regretter que celle des enfans de monsieur le médecin !

adélaïde. — Oui, et je te verrai peutêtre ce soir au milieu des plus sales polissons du village !

Constantin. — Je ne perdrai pas beaucoup au change.

adélaïde. — Et eux encore moins.

Constantin. — A la bonne heure. M.iis voici monsieur Thomas. Conseille-lui, en tendre amie , de ne pas m' approcher de trop près.

Adélaïde. — Tu peux t'en aller , si sa vue te déplaît.

Constantin. — Sa vue me déplaît , et je reste.

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