‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 117 sur 264 · ADÉLAÏDE , CONSTANTIN , THOMAS · texte numérisé non relu

ADÉLAÏDE , CONSTANTIN , THOMAS

qui porte toie petite cabane de bois peinte en bleu.

thomas , « Adélaïde. — Ah ! que je suis aise de vous trouver !

Constantin. — Mon cher Thomas, que portes-tu là dans cette petite cabane?

thomas. — C'est un présent que m'a fait le garde-chasse de M. de Boismiran.

Constantin. — Et tu viens me le donner , mon cher ami ?

Adélaïde, à part. — L'hypocrite!

thomas. — C'est pour mamselle Adélaïde.

adélaïde. — Pour moi , non , non , mon ami. Puisque c'est un présent qu'on t'a fait, je ne veux pas t'en priver... Mais qu'est-ce donc , je te prie?

Constantin , d'un ion impérieux — Allons . je veux voir ce que c'est. (// veut arracher la cabane des mains de Thomas; mais Thomas la retient avec force. ) Quelque vilain oiseau . sans doute?

thomas. — Un vilain oiseau ? Oh pour cela non. Devinez, mamzelle. Mais je ne veux pas vous laisser en peino. C'est un écureuil. 0 la drôle de petite bêle! Il cherche toujours à se fourrer dans vos poches : puis il vient manger dans votre main , et il court après vous comme un petit barbet. ( // te tire de sa cabane , et présente sa < haine à Adélaïde. ) Ne le lâchez pas. au moins. Il faut d'abord

L'AMI DES ENFAiNS.

qu'il s'apprivoise avec vous , autrement il irait faire un tour dans la forêt.

Constantin , avec un regard d'envie.

— Le joli cadeau qu'un écureuil ! cela sent comme une fouine.

Adélaïde. — 0 le charmant petit animal ! comme il a un air d'esprit !

thomas. — J'aurais voulu , monsieur Constantin , en avoir un autre a vous offrir, et je vous apporterai le premier qu'on me donnera. Lorsqu'il sera un peu familiarisé avec vous, mamzelle, il fera des espiègleries à vous faire mourir de rire. C'est pis qu'un singe.

Adélaïde. — C'est pour cela , mon cher Thomas , que je ne veux pas t'en priver. {A l'écureuil.) Allons, ma petite bête , rentre dans ta maison. Il faut que tu le remportes , mon ami.

Constantin. — Oui , entends-tu? il faut le remporter.

thomas. — Comment ! il n'est plus à moi. Vous voudriez donc me faire de la peine, mamzelle Adélaïde? Oh non sûrement , vous ne le voudriez pas. (// court sous le berceau qui est à côté. ) La. Je vais le mettre ici sur le banc.

Constantin , à Adélaïde. — Avisetoi de le prendre , pour moi. Mon papa te le fera payer cher.

Adélaïde. — J'aurais presque envie de le prendre a cause de ta menace. Mon papa ne m'a pas défendu de recevoir des écureuils. Je suis fâchée pour le pauvre Thomas de n'avoir à lui donner en récompense qu'un triste adieu.

Constantin. — Eh bien ! laisse-moi fairejevaislecongédierlui et son écureuil.

adélaïoe. — Non , non , ne te charge pas de ce soin. (A Thomas qui revient. ) Encore une fois , mon ami, je ne puis recevoir ton présent. La nouvelle que j'ai à t'annoncer est si fâcheuse que je ne saurais....

Constantin. — Oui , oui , monsieur Thomas, qu'il vous arrive de vous pré-

senter devant notre jardin, ou de regarder seulement les murs du château !

thomas. — Est-ce que vous auriez le cœur de me chasser , monsieur ? je vous croyais plus d'amitié pour moi.

Constantin. — Notre amitié est rompue, afin que vous le sachiez, et ne vous avisez pas

Adélaïde. — Je te prie d'excuser sa grossièreté , mon ami. Tu ne sais peutêtre pas que ton père a eu une querelle avec le nôtre?

thomas. — Pardonnez-moi, je le sais ; et cela m'a donné assez de chagrin. Je ne croyais pas cependant que la chose allât jusqu'à rompre notre amitié. Et je l'aurais encore moins attendu de la part de monsieur Constantin.

Constantin. — Ma sœur , veux- tu bien me le renvoyer à l'instant? ou je vais avertir mon papa.

thomas. — Si vous devez avoir de la peine par rapport à moi, mamzelle Adélaïde

Adélaïde. — Rassure-toi. mon ami, tu peux rester encore. Mon papa ne le trouvera pas mauvais.

Constantin. — C'est ce que nous allons voir. Je vais lui commencer ta justification. ( Il sort, mais il revient un moment après, et se glisse dans le berceau sans être aperçu. )

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