M. DE CLERMONT. CONSTANTIN
Constantin. — Eh bien , mon papa , avais-je tort ? Vous voyez comme ma sœur s'empresse de vous obéir.
m. de clermont. — Et quelle est cette histoire d'un écureuil?
Constantin. — Je ne vous l'ai pas contée dans notre cachette , parce qu'on aurait pu nous entendre. Mais voici ce que c'est. Le cher ami Thomas a fait cadeau d'un écureuil à la chère amie Adélaïde. La chère amie Adélaïde a reçu avec tant de plaisir cette vilaine petite bête , qu'elle l'appelle son cher ami Thomas.
Mais j'ai si bien fait , qu'elle n'a pas eu long-temps à s'en réjouir.
m. de clermont. — Et comment donc cela?
Constantin. — Jls avaient mis la cabane de l'écureuil sous le berceau. Je m y suis glissé tandis qu'ils se faisaient leurs tendres adieux ; j'ai ouvert la cabane, j'en ai tiré l'écureuil , et je l'ai lâché dans le bois. Je l'ai vu aussitôt grimper sur un arbre, et sauter de branche en branche. Ils seront bien lins s'ils le rattrapent jamais.
m. de clermont. — Vous avez fait là , monsieur , une fort vilaine action. Ne vous avais-jc pas défendu d'affliger ces pauvres enfans ? Et vous sentiez le chagrin que vous alliez causer à votre sœur.
Constantin. — Puisqu'elle vous désobéissait , ne méritait-elle pas d'être punie?
m. de clermont. — Est-ce a vous qu'appartenait le droit de la punir ?
Courez dire au jardinier et à ses garçons de chercher l'écureuil , et de me l'apporter.
Constantin. — Mais , mon papa , vous avez défendu à ma sœur toute société avec les enfans de M. Genest , et vous souffrirez qu'elle en reçoive un cadeau?
m. de clermont. — Thomas était-il instruit de mes volontés lorsqu'il a apporté l'écureuil ?
Constantin. — Du moins Adélaïde les savait. N'était-ce pas vous désobéir?
m. de clermont. — C'était a moi de le décider. Elle n'aurait pas manqué de me montrer le présent qu'elle avait reçu, et je lui aurais ordonné de le rendre , si je l'avais jugé à propos. Encore une fois , courez , et que cet écureuil se retrouve , ou vous m'en répondiez.
Constantin. — Mais, mon papa, vous avez entendu de fort belles choses. Ma sœur a de l'argent dont vous ne savez rien , et elle le donne à M. Genest pour vous payer. Ne ferais-je pas mieux d'aller guetter Geneviève , de la surprendre lorsqu'elle aura reçu la bourse , et de vous l'apporter?
m. de clermont. — Avisez-vous de cela ! Vous savez mes ordres ; obéissez.
Constantin, en murmurant. — Moi qui croyais avoir fait merveilles !