M. DE CLERMONT, ADÉLAÏDE
u. de clermont. — Où allais-tu donc?
Pourquoi cherchais-tu a m' éviter?
Adélaïde , embarrassée. — C'est que je craignais de vous troubler , mon papa.
m. de clermont. — Tu allais peutêtre chercher l'écureuil dont Thomas t'a fait cadeau ?
Adélaïde. — Oui , mon papa. 11 est vrai qu'il m'en a donné un. C'est apparemment Constantin qui vous l'a dit?
m. de clermont. — J'imagine que tu ne l'a pas reçu ?
Adélaïde. — Moi ? Non Mais .
oui. Comment aurais-je pu m'en empê-
cher? Le pauvre Thomas! il s'était lait une si grande joie de me l'offrir !
m. de clermont. — 11 faut le lui rendre.
adédaïde. — Oui, mon papa, si je l'avais ; mais il s'est échappé.
m. de clermont. — Cela est-il bien vrai, Adélaïde?
Adélaïde. — Oui , je vous assure. Je puis vous montrer sa cabane. Elle est déserte.
m. de clermont. — Qui peut donc l'avoir fait échapper ? C'est une malice de Constantin.
Adélaïde. — Non , mou papa. N'en accusez point mon frère. C'est que la porte aura été mal fermée , et le prisonnier s'est sauvé. Mais Thomas est à sa poursuite ; et s'il le rattrape , il me le rapportera.
M. DE CLERMONT. — Tu VeUX doUC
avoir un second entretien avec lui ?
Qu'as-tu à lui dire? Ne lui as-tu pas déclaré mes volontés? Et ne lui as-tu pas fait tes adieux?
Adélaïde. — Oui , mon papa ; mais
Oh! comme j'ai souffert ! J'aurai bien de la peine a m'en consoler.
m. de clermont. — Tu sens donc bien de la répugnance à m'obéir ?
Adélaïde. — Oh ! ce n'est pas cela , ne le croyez jamais. Mais pourriez-vous m'aimer encore, pourriez-vous me reconnaître pour votre enfant , si je vous disais que cette brouillerie ne m'a pas affligée ? Que penseriez-vous de moi , qu'en penseraient mes amis , si je pouvais leur retirer tout de suite mon cœur, sans qu'il m'en coûtât des regrets ?
m. de clermont. — Mais l'offense que me fait leur père , est-elle si indifférente pour toi , que tu n'y prennes aucune part?
Adélaïde. — Oh! j'y prends part aussi ; et je donnerais tout au monda
L AMI DES ENFANS
pour que vous en eussiez uue entière satisfaction.
m. de clermont. — Tu sais donc ce que je lui demande, et ce qu'il me refuse ?
Adélaïde. — Je sais je sais
Ah! mon papa, pourquoi me le demandez-vous ?
m. de clermont. — Parce que je voudrais savoir si les enfans de M. Genesten , sont instruits , et s'ils t'en ont fait confidence.
Adélaïde. — Oui; ils m'ont ils
m'ont tout dit. Mon papa, n'en soyez point fâché.
m. de clermont. — Eh bien ! que penses-tu de ma demande? Te paraît-elle déraisonnable? Ne suis-je pas en droit d'exiger de M. Genest, pour tous mes bienfaits, une légère déférence, dont je le paierais au centuple?
Adélaïde. — Mon cher papa, je ne suis qu;un enfant , comment pourrais-je décider entre de grandes personnes ?
m. de clermont. — Consulte Ion cœur. Je veux savoir ce qu'il te dira.
Adélaïde. — Dispensez - m'en , de grâce. Mon cœur dirait peut-être quelque chose qui pourrait vous fâcher.
m. de clermont. — Je comprends. Il jugerait sans doute que j'ai tort.
Adélaïde. — Àb ! vous allez vous mettre en colère.
m. de clermont. — Parle seulement.
Tu le verras.
Adélaïde. — Je ne voudrais pour rien au monde vous faire de la peine.
m. de clermont. — Tu ne m'en feras point. Dis-moi librement ce que tu penses.
adélaide. — Eh bien ! je pense que vous avez raison, et M. Genest aussi.
M. de clermont. — Nous avons raison tous deux ! Ali ! la petite flatteuse! Cela ne se peut pas. Il faut que l'un de nous ait raison . el que l'autre ait tort
Adélaïde. — Pardonnez-moi, je vous ai parlé comme je le sens. Vous avez rendu de grands services à M. Genest, et vous avez raison d'exiger en reconnaissance , qu'il vous cède une chose qui vous tient si fort a cœur ; et lui , il a raison de vous la refuser, parce qu'il a aussi des motifs pour ne pas s'en défaire.
m. de clermont. — Et ses motifs , sont-ils justes , ou mal fondés ?
Adélaïde. — Ce n'est pas a moi d'en être le juge. Vous regardez comme un devoir de reconnaissance qu'il vous cède son petit bosquet; et il regarde aussi comme un devoir de reconnaissance de le garder. Vous voudriez l'abattre pour y trouver un beau point de vue : il y trouve un ombrage agréable pour ses enfans.
Vous êtes son seigneur , et vous avez la puissance : il est votre vassal , et il n'a que ses prières et les larmes de sa famille.
m. de clermont. — C'en est assez :
tu es un avocat trop dangereux. Eh bien I qu'il me rende les cent écus que je lui ai prêtés , et qu'il garde son bosquet.
Adélaïde. — Ainsi donc ce sera la force
m. de clermont. — Qui aura raison , n'est-ce pas ?
Adélaïde. — Non , mon papa. Je voulais dire seulement.... Oh ! je n'en sais plus rien. Mais les cent écus, où les prendre?
m. de clermont. — Si tu ne le sais pas , je n'en sais rien non plus. Cependant, s'il avait recours à toi....
Adélaïde , jetant ses bras autour de son pire. — Ôh ! je ne puis vous le cacher plus long-temps. Et quand vous devriez m'en punir J'ai mérité votre colère. J'ai....
m. de clermont. — Allons, allons, laisse-moi. Que veut dire cela mademoiselle?