‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 162 sur 264 · M. DUFRESNE , EDOUARD , CHARLES , ALEXIS, COMTOIS · texte numérisé non relu

M. DUFRESNE , EDOUARD , CHARLES , ALEXIS, COMTOIS

M- dufresne, qui est entré depuQW

l'ami des enfa>s.

moment sans être aperçu, et s'est arrêté pour jouir de ce spectacle, levé ses mains et ses regards vers le ciel ; ensuite il s'avance comme s'il n'avait rien entendu, et dit : — Eli bien ! vous trouveraije toujours en querelle?

édocard, courant à lui. — Ah, mon papa! venez nous accorder. Alexis nous traite bien durement. Il m'a rendu fidèle a ma parole....

Charles. — Il me rend à l'honneur

Edouard. — Et il méprise notre reconnaissance.

axexis , se jetant da)is les bras de M. Dufresne. — 0 mon digne protecteur , mon second père ! sauvez-moi , sauvez-moi de leur générosité. Je viens de me justifier auprès de vous de la méfiance qu'on voulait vous inspirer sur mon compte, et j'irais maintenant me démentir 1 Non , non , je me rendrais suspect à moi-même de n'avoir agi que par intérêt. Ne me laissez pas corrompre, je vous en conjure.

m. dufresne. — Mes chers enfans , que vous me ravissez ! Non , mon brave Alexis , ces présens ne sont rien pour payer tant de délicatesse et de désintéressement. Je vais mettre fin à ce noble démêlé. (A Edouard et à Charles.) Que chacun de vous garde ce qui lui appartient. Je prends sur moi votre reconnaissance.

Edouard. — Ah ! mon papa , de quel plaisir voulez-vous me priver !

charles. — Vous me punissez, monsieur , comme je le méritais peut-être tout a l'heure; mais vous êtes témoin de mon changement. Ah ! par pitié , daignez vous joindre a moi pour obtenir d'Alexis...,

alexls , « .)/. Dufresne. — Non, non, de grâce ne m'y contraignez point.

m. dufresne. — Je l'exige de toi, mon

ami. Il n'y aurait que de l'orgueil et de la dureté à lui dérober le plaisir de faire du bien , dont tu viens de lui faire goûter, peut-être pour la première fois , la douce jouissance. Prends cet argent , et donnele à ta mère, qui t'a inspiré une si noble façon de penser.

alexis. — Vous m'y forcez, monsieur, je vous obéis. Oh ! quelle joie pour elle ! Mais au moins , qu'Edouard garde ses présens!

m. dufresne tirant sa bourse. — lié bien ! qu'il les reprenne pour les partager avec son ami. Je les rachète en son nom pour ces trois louis d'or.

alexis. — Ah ! mon cher monsieur Dufresne! arrêtez, arrêtez. Je ne sais, tant je suis pénétré de joie et de reconnaissance.... Ma pauvre mère! il y a bien long-temps qu'elle ne se sera vue si rich"! 0 mes bons amis! (// embrasse Edouard et Charles, sans pouvoir leur parler.)

m. dufresne , à Edouard. — Mon fils, je te dois aussi une récompense pour ta docilité a suivre les nobles conseils d'Alexis.

édocard. — Eh ! mon papa , comment pouvez-vous me récompenser mieux que par ce que vous faites envers lui?

m. dcfresne. — Ce n'est rien encore.

Il n'a été jusqu'ici que le compagnon de tes plaisirs ; je veux qu'il le soit de tes exercices et de tes études. Je ne mettrai point de différence dans votre éducation.

Edouard. — Oh! comme je vais profiter près de lui!

alexis , se jetant aux genoux de M. Dufresne. — Voulez-vous me faiiv mourir de l'excès de vos bontés?

M. dcfresne, le relevant. — Non , je veux que tu vives pour aimer mon fils , comme j'aimais ton père.

charles. — Laissez-moi aussi prendre part a votre amitié. Je commence à no

l'kmi des enfa.ns

pas m'en croire tout-à-fail iodigue, et je le dois à vos exemples.

m. dufres>e. — Oui , mes amis , tel est l'empire de la vertu , d'élever jusqu'à

elle tout ce qui l'approdie. Vivez toujours unis, pour vous fortifier dans la droiture et dans l'honneur ; et soyez hommes ce que vous êtes enfans.

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