SCÈNE III
Madame beaumont, m. verteuil.
Mme beaumont. — Vous allez la voir descendre dans un moment , elle n'a plus qu'une plume à placer.
m. verteuil. — Comment ! une plume? Et croyez-vous qu'une plume de plus ou de moins m'embarrasse beau coup? Son impatience de me voir ne devrait-elle pas être aussi vive que la mienne?
Mme beaumont. — Aussi vive , certainement. C'est le désir qu'elle aurait de vous plaire....
m. verteuil. — Ce n'est peut-être pas au moyen de sa plume qu'elle se flatte d'y parvenir. Et avez-vous eu la bonté d'envoyer chercher votre neveu ?
Mme beaumont , d'un air impatient. — Oh ! mon neveu? vous aurez toujours assez le temps de le voir.
m. verteuil. — Vous m'en parlez comme si je n'en devais pas recevoir une grande satisfaction.
Mme beaumont. — Ce n'est pas qu'il soit méchant ; mais c'est que cela ne sait pas vivre.
m. verteuil. — Comment donc ! Estil impoli, sauvage, grossier?
Mme beaumont. — Non pas tout-à-fait.
On dit qu'il a déjà la tête meublée d'une quantité de choses savantes; mais ponr cette aisance, ce bon ton , cette fleur de politesse....
m. verteuil. — Si ce n'est que cela, il sera bientôt formé. Et son cœur?
Mme beaumont. — Je ne le crois ni bon, ni méchant. Mais Léonor, de quellei perfections elle est ornée ! quelles manières enchanteresses ! Je ne le vois pas souvent , lui.
m. verteuil. — Et pourquoi donc?
um* beaumont. — De peur de le de-
L AMI DES EN FANS
tourner de ses études. Aussi bien , lorsqu'il est ici , je ne le trouve pas assez attentif aux leçons de savoir-vivre qu'on lui donne; il ne sait pas non plus s'exprimer avec grâce. Je l'ai mené quelquefois dans un cercle de femmes. 11 n'a pas trouvé un mot heureux à placer.
m. verteuil. — C'est que la conversation a roulé apparemment sur des choses qui lui sont étrangères,
Mme beaumont. — Un jeune homme bien élevé ne doit jamais trouver rien d'étranger parmi les femmes.
si. verteuil. — Un silence modeste sied fort bien à son âge. Son rôle est maintenant d'écouler pour s'instruire, et se mettre en état de parler a son tour.
AIme BEAUMONT. — Bon ! VOuleZ-VOUS
en faire une poupée qui ne peut se mouvoir avant que ses rouages ne soient montés? Oh! il faut entendre jaser Léonor! C'est une aisance , un esprit, une vivacité? On a de la peine à suivre ses paroles.
m. verteuil. — Nous verrons qui sera le plus digne de m« tendresse. Vous vous souvenez que je promis à leur père mourant de les regarder comme ma propre famille. Je veux remplir cette parole sacrée. Comme je ne peux savoir combien de temps encore le ciel me donne à passer sur la terre, je suis venu ici pour voir ces enfans, étudier leur caractère, et régler en conséquence les dernières dispositions que je me propose de faire en leur faveur.
wme beaumont. — 0 le plus fidèle et le plus généreux des hommes ! Mon frère, jusque dans sa tombe , sera louché de vos bienfaits. Et moi , comment pourrais-je vous exprimer ma reconnaissance au nom de ses enfans?
m. verteuil. — Ce que vous appelez un bienfait n'est qu'un devoir. Voire digne père me fit autrefois partager Fhcureuse éducation qu'il donnait ù son fils .
C est à ses soins que je dois la fortune que j'ai acquise. Je n'ai point d'enfans ; ses petits-fils m'appartiennent, et ils ont droit, pendant ma vie et après ma mort, a des biens que je n'ai cherché à étendre que pour les enrichir.
mr1c beaumont. — En ce cas Léonor , comme la plus aimable....
m. verteuil. — Si je fais quelque distinction , ce ne sera point pour de frivoles agrémens , ce seront les qualités et les vertus qui décideront mes préférences.
Mn,e beaumont. — Ah ! la voici qui vient.