M. VERTEUIL. LEONOR, DIDIER
m. verteuil. — Eh bien! mon cher Didier, est-on content de toi dans ta pension?
didier. — C'est à mon maître de vous le dire. Je ne me crois pourtant pas mal dans son amitié.
m. verteuil. — Quelles sont à présent tes études?
didier. — Legrecetlelatin, d'abord; ensuite la géographie , l'histoire et les mathématiques.
léonor, à part. — Voilà bien des choses dont je savais à peine le nom.
m. verteuil. — Et y fais-tu quelques progrès ?
didier. — Oh! plus j'apprends, plus je vois que j'ai encore à m'instruire. Je ne suis pas le dernier de mes camarades, toujours.
m. verteuil. — Et le dessin, la danse, la musique?
didier. — De tout cela un peu aussi.
Je m'applique davantage dans cette saison à la musique et au dessin , parce que le maître dit qu'il ne faut pas faire trop d'exercice dans l'été. En revanche, pendant l'hiver , je pousse plus vigoureusement la danse, parce que l'exercice convient mieux alors.
m. verteuil. — Voilà qui rao paraît fort bien entendu.
didier. — D'ailburs je ne peux pas y donner beaucoup de temps. Je ne m'en occupe guère que dans mes heures de ré-
L AMI DES ENFANS
création , ou après avoir fini mes devoirs. L'essentiel , dit le maître , est de former mon cœur et d'enrichir mon esprit de belles connaissances, pour vivre honorablement dans le monde , me rendre utile à mon pays et à mes semblables , et devenir heureux moi-même par ee moyen.
m. verteuil , le prenant dans ses bras. — Embrasse-moi, mon cher Didier.
léonor, à part. — Si c'est là l'essentiel, ma tante Fa bien négligé.
didier. — Oh! mon cher M. Verteuil, je ne suis pas tout-à-fait si bon que vous l'imagineriez peut-être.
m. verteuil. — Comment cela , mon ami.
didier. — Je suis un peu étourdi , un peu dissipé. Par exemple, je brouille quelquefois mes heures , et je fais dans l'une ce que j'aurais dû faire dans l'autre. J'ai de la peine à me corriger de quelques mauvaises habitudes; et je retombe par légèreté dans des fautes qui m'ont cause dix fois du repentir.
m. verteuil. — Et y retomberas-tu encore?
didier. — Vraiment non, si j'y pense; mais j'oublie presque toujours mes bonnes résolutions.
m. verteuil. — Je suis fort aise, mon ami , que tu remarques toi-même tes défauts. Reconnaître ses défauts est le premier pas vers le bien. Qu'en penses-tu , Léonor ?
léonor. — Je pense que je ne suis ni étourdie, ni dissipée ; et que je n'ai pas les défauts de mon frère.
m. verteuil. — D'autres , peut-être?
léonor. — Ma tante ne m'en a jamais rien dit.
m. verteuil. — Elle devrait être la première à les apercevoir. Mais la tendresse nous aveugle quelquefois sur les imperfections de nos amis. Je ne dis pas cela pour te fâcher.
léonor , à part . — Le vilain homme !
il flatte mon frère ; et il n'a que des choses désagréables à me dire.
m. verteuil. — Restez ici, mes enfans , je vais voir si mon domestique a tire mes effets de la valise. J'ai quelque chose pour vous , et je serai bientôt de retour. (// sort.)
didier. — Oui, oui, nous vous attendrons. Ne tardez pas long-temps.