‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 176 sur 264 · M. VERTEUIL. LEONOR, DIDIER · texte numérisé non relu

M. VERTEUIL. LEONOR, DIDIER

m. verteuil. — Eh bien! mon cher Didier, est-on content de toi dans ta pension?

didier. — C'est à mon maître de vous le dire. Je ne me crois pourtant pas mal dans son amitié.

m. verteuil. — Quelles sont à présent tes études?

didier. — Legrecetlelatin, d'abord; ensuite la géographie , l'histoire et les mathématiques.

léonor, à part. — Voilà bien des choses dont je savais à peine le nom.

m. verteuil. — Et y fais-tu quelques progrès ?

didier. — Oh! plus j'apprends, plus je vois que j'ai encore à m'instruire. Je ne suis pas le dernier de mes camarades, toujours.

m. verteuil. — Et le dessin, la danse, la musique?

didier. — De tout cela un peu aussi.

Je m'applique davantage dans cette saison à la musique et au dessin , parce que le maître dit qu'il ne faut pas faire trop d'exercice dans l'été. En revanche, pendant l'hiver , je pousse plus vigoureusement la danse, parce que l'exercice convient mieux alors.

m. verteuil. — Voilà qui rao paraît fort bien entendu.

didier. — D'ailburs je ne peux pas y donner beaucoup de temps. Je ne m'en occupe guère que dans mes heures de ré-

L AMI DES ENFANS

création , ou après avoir fini mes devoirs. L'essentiel , dit le maître , est de former mon cœur et d'enrichir mon esprit de belles connaissances, pour vivre honorablement dans le monde , me rendre utile à mon pays et à mes semblables , et devenir heureux moi-même par ee moyen.

m. verteuil , le prenant dans ses bras. — Embrasse-moi, mon cher Didier.

léonor, à part. — Si c'est là l'essentiel, ma tante Fa bien négligé.

didier. — Oh! mon cher M. Verteuil, je ne suis pas tout-à-fait si bon que vous l'imagineriez peut-être.

m. verteuil. — Comment cela , mon ami.

didier. — Je suis un peu étourdi , un peu dissipé. Par exemple, je brouille quelquefois mes heures , et je fais dans l'une ce que j'aurais dû faire dans l'autre. J'ai de la peine à me corriger de quelques mauvaises habitudes; et je retombe par légèreté dans des fautes qui m'ont cause dix fois du repentir.

m. verteuil. — Et y retomberas-tu encore?

didier. — Vraiment non, si j'y pense; mais j'oublie presque toujours mes bonnes résolutions.

m. verteuil. — Je suis fort aise, mon ami , que tu remarques toi-même tes défauts. Reconnaître ses défauts est le premier pas vers le bien. Qu'en penses-tu , Léonor ?

léonor. — Je pense que je ne suis ni étourdie, ni dissipée ; et que je n'ai pas les défauts de mon frère.

m. verteuil. — D'autres , peut-être?

léonor. — Ma tante ne m'en a jamais rien dit.

m. verteuil. — Elle devrait être la première à les apercevoir. Mais la tendresse nous aveugle quelquefois sur les imperfections de nos amis. Je ne dis pas cela pour te fâcher.

léonor , à part . — Le vilain homme !

il flatte mon frère ; et il n'a que des choses désagréables à me dire.

m. verteuil. — Restez ici, mes enfans , je vais voir si mon domestique a tire mes effets de la valise. J'ai quelque chose pour vous , et je serai bientôt de retour. (// sort.)

didier. — Oui, oui, nous vous attendrons. Ne tardez pas long-temps.

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