SCÈNE XVIII
M. V12RTEUIL. DIDIER.
m. verteuil. — Ton maître est donc bien aise que je t'aie fait ce cadeau?
didier. — Oui , mon cher tuteur , il en est euchanté ; mais pour moi , cela me fait de la peine à présent.
m. verteuil. — En quoi donc, mon ami?
didier. — La pauvre Léonor ! Elle est peut-être fâchée de ce que j'ai une montre, et de ce qu'elle n'en a point. Je ne voudrais pas vous paraître indifférent pour vos bienfaits; mais si j'osais vous prier....
m. verteuil. — Généreux enfant! va, sois tranquille. Elle a reçu des boucles d'oreilles qui valent deux fois la montre.
didier. — 0 mon cher monsieur Verteuil ! combien je vous remercie I
m. verteuil. — Et je ne bornerai pas à ces bagatelles les témoignages de mon amitié.
didier. — Ah , tant mieux ! tant mieux !
m. verteuil. — Je vois avec regret que son éducation n'est propre qu'à lui préparer des chagrins.
didier. — Oui , ma chère tante imagine qu'un peu de dessin , de danse et de musique est tout ce qu'il y a de nécessaire dans le monde pour être heureux.
m. verteuil. — C'est à ces frivoles agrémens qu'elle sacrifie le soin de culti-
ver son esprit, et d'inspirer à son cœur les vertus qui peuvent seules lui attirer une véritable considération. Comme la raison de Léonor a été négligée , elle se contente aujourd'hui de quelques malins applaudissemens par lesquels on se joue de sa vanité. Mais lorsque , dans le progrès des années, elle verra combien d'instructions utiles, et quel temps précieux elle a perdus, c'est alors qu'elle rougira d'elle-même, et qu'elle maudira ses lâches flatteurs, qui paieront sa haine par leurs railleries et leurs mépris.
didier. — 0 mon Dieu ! vous me faites frémir pour elle.
m. verteuil. — Et puis, qui voudra se charger d'une femme remplie d'orgueil et dépourvue de connaissances; qui, loin de pouvoir établir l'ordre et l'économie dans une maison , renverserait la fortune la mieux assurée , par le goût du luxe et une profonde incapacité , également indigne de l'estime de son époux , de l'attachement de ses amis et du respect de ses enfans? Il faudra donc qu'elle demeure sur la terre , étrangère a tout ce qui l'entoure. Que deviendra-t-elle alors sans mes secours?
didier. — Oh ! je vous en conjure, ne lui retirez pas vos bontés !
m. verteuil. — Non , je veux au contraire assurer dès aujourd'hui son destin.
didier. — Oui, mon cher M. Verteuil , procurez-lui une éducation plus soignée. Elle ne manque point d'intelligence , et j'ose vous répondre de la bonté de son cœur.
m. verteuil. — Je le voudrais; mais dans son amollissement pourra-t-el!e adopter des principes plus sévères? Non, je vois qu'il vaut mieux m'occuper d'elle pour le temps où je ne serai plus.
didier — Ne me parlez point de ce malheur, je vous prie; les larmes me viennent aux yeux d'y penser. Non; vous