‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 185 sur 264 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

M. VERTEUIL. DIDIER, LÉONOR. qui s'élance hors du cabinet, et court se jeter au cou de son frère.

léonor. — 0 mon frère! mon cher Didier! ai-je mérité de ta part?....

didier. — Tout, ma chère Léouor, si tu veux répondre à mes souhaits et à ceux de notre digne bienfaiteur.

léonor. — Oui, je le ferai, je le ferai. Je vois combien la différence de notre éducation a élevé ton ame au-dessus de la mienne , quoique je sois l'aînée. Disposez de moi, monsieur Verteuil , selon votre amitié. Je veux aussi m'instruirc , et prendre mon frère pour modèle.

il. verteuil. —Tu feras ton bonheur si tu persistes dans cette sage résolution. Mais d'où naît ce changement dans tes idées?

léonor. — Ah! je viens d'entendre les vœux de Didier. Son noble désintéressement , son sacrifice généreux; j'ai tout entendu. Je n'ai plus contre lui aucun sentiment de jalousie. 11 sera toujours mon guide et mon meilleur ami.

didier. — Oui, ma sœur, je veux l'être .' j'en ferai toute ma gloire , tout mon plaisir.

m. verteuil. — De quels doux sentimens vous me pénétrez l'un et l'autre ! 0 chers enfans ! je ne sens plus de regret de n'en avoir pas eu moi-même.

Vous êtes dans mon cœur comme si je vous avais donné le jour. Je crois voir votre pèrequi, du hautdu ciel , tressaille de joie de m'avoir laissé ces gages de sa tendresse. (Léonor cl Didier se serrent les mains, et les arrosent de lamies.)

léonor.— Ne perdons pas un moment, mon cher bienfaiteur. Où est la personne donl vous m'avez parlé pour une meilleure éducation?

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T. A.tll DES l \TAVS.

m. verteuie. — Je te la ferai bientôt connaître. Je me propose de passer encore quelques jours auprès de vous, pour proparer de loin l'esprit de votre tante à seconder mes desseins. Il faut être bien attentifs à ne pas l'offenser : elle mérite toujours vos respects et votre reconnaissance. Elle s'est méprise, Léouor,sur le véritable objet de ton bonheur ; mais ses plus vifs désirs n'eu étaient pas moins de le rendre heureuse.

léo.nor. — Oui, je le sens; mais je renonce dès aujourd'hui a toutes les futilités dont elle m'avait occupée. Plus de musique, de danse, ni de dessin.

m. verteuil. — ÏN'on , ma chère amie; cultive toujours ces talens aimables.

Songe seulement qu'ils ne forment pas tout le mérite d'une femme. Ils peuvent la faire recevoir avec agrément dans la société, la délasser des travaux de sa maison , et lui en faire aimer le séjour, ajouter un lien de plus à l'attachement de son mari , la guider dans le choix des maîtres qu'elle donne à ses enfans, et accélérer leurs progrès. Ils ne sont dangereux pour elle que lorsqu'ils lui inspirent une vanité ridicule, qu'ils lui donnent le goût de la dissipation et du mépris pour les fonctions essentielles de sou état. Ce sont des fleurs dont il ne faut pas ensemencer tout son domaine , mais qu'on peut élever, pour ses plaisirs , a côté du champ qui produit d'utiles moissons.

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