‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 190 sur 264 · VALENTIN · texte numérisé non relu

VALENTIN

valentin , le* voyant s'éloigner. — bon ! les voilà bien loin; je n'ai plus besoin de me contraindre, (llmcl le livre dans sa poche.) Que vont penser ces messieurs de mon application? Je voudrais bien être oiseau, et voler après eux, pour entendre les louanges qu'ils me donnent. (// se promène en bâillant sur la terrasse pendant un quart d'heure.) Je m'ennuie cependant a rester seul ici. Je puis faire mieux. Voilà le soleil couché, et j'entends

la compagnie qui revient; je vais me glisser dans le bois et m'y enfoncer de manière qu'on ait de la peine à me trouver. Maman enverra tous les domestiques me chercher avec des flambeaux. On ne parlera que de moi toute la soirée, et on me comparera avec ces grands philosophes qu'on a vus se perdre dans les forêts, égarés par leurs savantes rêveries. Mou aventure fera un beau bruit ! Allons allons. (// se jette dans le bois.)

SCÈNI- VIII.

M.etMad. DE VALENCE, M.DE REVEL, M. DE NANCÉ.

m. de revel. — Jc n'ai jamais goûté de plaisir plus pur et plus touchant.

m. de valence. — Le mien a doublé de charme , en le partageant avec vous , mes chers amis.

m. de nancé. — Le rossignol n'a pas interrompu ses chansons. Sa voix semble morne avoir pris , dans le crépuscule, un accent plus voluptueux et plus tendre.

Je suis lâché que madame de Valence ne paraisse plus avoir autant de plaisir a l'écouter.

Mmc de valence. — C'est que je suis inquiète de mon fils : je ne l'aperçois pas sur la terrasse. (Elle l'appelle.) Valentin ! il ne répond pas. [Elle aperçoit le jardinier et l'appelle.) Mathurin , as-tu vu mon fils?

MATiiiiRiN. — Oui , madame ; il y a un petit quart d'heure que jc l'ai vu tourner vers la forêt.

Mmc de valence. — Vers la forêt ! S'il allait s'y égarer! Mon ami, cours après lui , c» ramène-le-moi.

MATiiiiRix. — Oui, madame, j'y vais.

(// s'éloigne.)

Mmc de valence. — Monsieur de Valence , n'allez- vous pas avec lui?

m. de valence. — Non , madame, je

L AMI DES ENFANS

n'ai pas d'inquiétude , moi. Mathurin saura bien le retrouver.

Mme de valence. — Mais , s'il allait prendre un côté opposé 1 Je suis dans des transes !....

m. de nancé. — Tranquillisez-vous , madame ; M. de Revel et moi nous allons nous partager les deux côtés de la forêt , tandis que le jardinier prendra le milieu ; nous ne pouvons manquer de le joindre.

Mme de valence. — Ah , messieurs !

je n'osais vous en prier ; mais vous connaissez le cœur d'une mère.

m. de valence. — Ne vous donnez pas cette peine , messieurs , vous me désobligeriez.

m. de revel. — Vous ne trouverez pas mauvais, mon ami, que nous cédions aux instances de madame plutôt qu'aux vôtres.

m. de valence. — Je ne puis vous dissimuler que c'est contre mou gré.

m. de nancé. — Nous recevrons vos reproches à notre retour. (Ils marchent vers la forêt.)

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