‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 214 sur 264 · FI! LE VILAIN CHARMANT · texte numérisé non relu

FI! LE VILAIN CHARMANT

claudixe. — Lucette, as-tu vu le nouveau chien de ma sœur ?

lucette. — Non, pas encore, ma chère amie.

Claudine. — Je te plains. C'est bien la pins drôle de petite bête qu'il y ait au monde.

lucette. — Est-il vrai ? Comment s'appelle-t-il ?

Claudine. — Charmant.

lucette. — Voilà déjà un nom bien joli.

Claudine. — Oh ! il est encore plus charmant que son nom.

lucette. — Et qu'a-t-il donc de si drôle?

Claudine. — D'abord, il n'est pas plus gros que mon poing.

lucette. — Je les aime bien de cette petite espèce.

Claudine. — Et puis on ne sait pour qui le prendre , si c'est une levrette ou un épagneul.

lucette. — Voilà qui est plaisant.

Claudine. — Si tu voyais donc sa grosse queue qui fait le bouquet , ses oreilles qui pendent jusqu'à terre , ses longues soies qui viennent se chiffonner sur ses yeux et sur son museau, et la chienne de physionomie qui perce là-dessous ! Il est à croquer.

lucette. — Et de quelle couleur estil , Claudine?

Claudine. — Café au lait tendre.

lucette. — Bon ! c'est la couleur de ce que j'aime le mieux pour mon déjeuner. Je n'en ai pas tous les jours. On ne me donne le plus souvent que du lait.

CLAUDINE. — Tout SeC?

lucette. — Hélas ! oui. Mais revenons à Charmant.

Claudine. — Il sait plus de tours qu'un Scaramouche. 11 donne la patte , et il distingue à merveille la droite delà gauche. Lorsqu'on lui jette un gant, il va le rapporter à la personne sans se tromper jamais.

lucette. — Que me dis- tu?

Claudine. — Ensuite il fait comme s'il était mort. Il se couche tout de son long , et il ne se relève pas qu'on ne lui ait fait signe de la main. On n'a qu'à lui mettre un petit balai entre les pattes, il monte la garde comme une sentinelle ; et il danse un menuet presque aussi bien que M. Rigaudon.

lucette. — Vraiment, voilà un chien fort bien appris ; mais , Claudine , est-il aussi bien doux et bien tranquille , et ne fait-il mal à personne?

Claudine. — Oh ! c'est une autre affaire. Lorsqu'il vient un étranger dans la maison , il se met à japper contre lui comme un fou. Et l'on a bien de la peine à l'empêcher de se jeter à travers ses jambes pour le mordre.

lucette. — C'est bon pour la nuit ; et encore si c'était à lui de garder la maison.

Claudine. — Il s'avise aussi quelquefois d'aller mordre le vieux chien de mon papa, sans que celui-ci lui ait fait de mal ; et il ne lui voit rien manger qu'il n'aille, de jalousie, lui arracher les morceaux de la gueule. Heureusement que Médor est un bon enfant !

lucette.— Comment, Claudine, voila

ce qu'il fait?

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