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L AMI DES ENKANS.
» la vôtre. Mais s'il faut que je reste chez » M. Dupré, vous ne me refuserez pas la » permission de venir vous voir de temps » en temps, de causer un peu avec vous, » et de lire dans vos beaux livres : autre- » ment j'aurais bientôt oublié tout ce » que j'ai appris au collège ; et j'en au- » rais du regret, quoique ce ne soit pas » grand'ebose. Oh! ayez celte bonté, » monsieur le Principal. Dieu vous en » bénira , et je l'écrirai à maman , pour » la soulager dans ses chagrins , car elle » m'aime beaucoup, et je l'aime beaucoup » aussi. Peut-être qu'un jour...i
le principal. — Eh bien ! Maurice , ta lettre est-elle finie?
Maurice. — ÎSon, pas encore tout-àfait. J'ai plus de choses à dire que vous. Mais la voilà telle qu'elle est. Lisez.
le principal. — Comment ! c'est à moi qu'elle s'adresse ? Oh ! voilà qui est charmant. Non, mon cher Maurice, tu ne resteras pas chez M. Dupré , lu seras auprès de moi. je t'en donne ma parole. Retourne vers madame de Saint-Aulaire, présente-lui mes très-humbles respects, et remets-lui ma réponse. Tu me feras savoir ce qu'elle en aura dit.
macrice. — Quoi ! je serais assez heureux !....
le principal. — Va seulement ; et que Dieu t'accompagne.
malrice. — Oh! je cours, et je reviens. (Lui baisant la main.) Adieu, monsieur le Principal.
Rouen.
■ad. DE SAINT AULAIRE , MAURICE.
Mme DE SAINT-AULA1RE. — Kl) bien !
Maurice, m'apportes-tu une réponse?
HAunicB. — Oui, madame, la voici.
m""' de saint-aï i.aire. — Je suis curieuse de sa\nir ce qu'elle dil : rien de Irop favorable, je crains.
maurice. — Rien qui me fasse tort , j'en suis sûr.
Mme DE SAINT-AULAIRE Ut tOllt bas.
a Madame ,
» Vous ne pouviez me procurer &n » plus sensible plaisir que l'entretien de » cet aimable enfant. Sa physionomie » remplie de candeur et d'innocence , » l'esprit vif et plein de feu qui brille » dans ses yeux , et qui se répand dans » ses discours, m'ont pénétré d'attache- » ment pour lui. Son génie le destine à ■ un genre de vie plus élevé que celui où » la mort de son père et la pauvreté de » sa famille le forceraient de vivre. Je » vous félicite , madame , d'avoir choisi » pour objet de votre générosité, uu en- » fant qui donue de si belles espérances. » Le Ciel ne vous l'a pas adressé sans » dessein le jour de votre fête. Je suis » intimement persuadé que vous n'aurez » qu'à vous louer de sa conduite et de » ses sentimens ; et je m'estimerai fort » heureux de seconder , par mes soins , » vos généreuses dispositions.
» J'ai l'honneur, etc. »
Mme de saint- aulaire. — Le Principal ne me paraît content de toi qu'à demi.
Maurice. — Oh! il l'est tout-à-fait, madame , il me l'a dit, et je le vois aussi dans vos yeux.
Mme de saint -aulaire. — Comment, lu y vois cela, mon petit devin ! Mais parlons sérieusement; s'il se trouvait une personne qui prît soin de toi, et qui se chargeât de ton enlreticn et de ton éducation, que ferais-tu pour elle ?
Maurice. — Ce que je ferais?.... Je ne sais pas trop. Je ne peux rien par moi-même; mais je prierais pour elle du fond du cœur, et le jour et la nuit.
M1"0 de SAINT - aulaire 3 l'embrassfint. — Prie dore pour moi, mon cher fils, prie pour ta seconde mère.
L'AMI DES BNF ANS
maurice. — Pour vous, pour vous, maman ?
Mrae DE SAINT - AULAIRE. — Oui , je
veux l'être. Ton père est mort. Je remplirai sa place. Je ferai pour toi ce qu'il aurait fait. Tu reprendras tes études , et rien ne manquera à ton éducation.
maurice , se jetant à ses genoux. — Àh ! Dieu , mon Dieu ! maman , je ne peux plus parler.
Mme DE SAINT-AULAIRE. — Lève-toi ,
et viens dans mes bras. Si tu m'aimes , ne m'appelle plus que la maman, entends-tu , mon fils ?
macrice. — Oh ! oui, maman. Je suis dans le paradis.
Mme DE SAINT - AULAIRE. — Tu es
hors de toi-même. Tâche de te remettre, et allons nous promener dans mon jardin. J'ai à te parler de ta mère.
M. DUPRE, MAURICE.
M. dupré. — Où donc es-tu resté si long-temps ?
maurice. — Ah ! M. Dupré, si vous saviez
m. dupré. — Je sais, je sais, qu'il ne faut pas être si long - temps dans tes courses. Que cela ne t'arrive plus une autre fois. Est-ce que tu n'as pas trouvé madame de Saint-Aulaire ?
maurice. — Oh ! je l'ai trouvée , et j'ai trouvé en elle une seconde maman.
m. dupré — Quel galimatias vienstu me faire? Est-ce que tu es fou ?
maurice. — Non , non , je ne le suis pas. Je vais reprendre mes études; j'entrerai dans trois jours au collège, et maman de Saint-Aulaire viendra demain vous le dire a vous-même.
m. dupré. — Comment donc? est-ce que tu ne restes plus chez moi ?
maurice. — Je ne veux pas être marchand , je veux étudier.
m. dupré. — Ainsi tu n'es venu chez moi que pour tâcher d'en sortir. Tu y es, il faudra bien que tu y restes.
maurice. — Vous ne pourrez me refuser a maman , qui viendra me chercher.
m. dupré. — Croit-elle pouvoir , à sa fantaisie, venir enlever les gens chez leurs maîtres ?
maurice. — Mais, monsieur Dupré , sans vous fâcher, vous n'êtes pas mon maître, et je ne suis pas de vos gens.
M. dupré , s'avanç ant vers lui d'vn air et d'un geste menaçans. — Dis encore un mot, ingrat.
maurice. — Et que vous ai-je donc fait? Vous ai-je causé quelque perte?
m. dupré. — Tu m'as trompé ; je commençais à faimer, et je voudrais ne t'avoir jamais vu.
maurice. — Non , monsieur, je ne vous ai point trompé, je vous assure. Je serais resté chez vous , et je ne songeais pas h en sortir. Mais figurez-vous un moment à ma place. Si mon papa n'était pas mort, je ne serais pas serti du collège pour entrer dans votre maison. Une bonne dame prend pour moi le cœur de mon papa; je sors de votre maison pour rentrer au collège. Est-ce qu'il y a la de ma faute?
M. dupré. — Tu as raison. Mais pourquoi es-tu si aimable? Je m'accoutumais à te regarder comme mon fils.
maurice. — Embrassez - moi donc, monsieur Dupré.
m. dupré. Non. — Il m'en coûterait encore plus de tepeidre. (llsort.)
maurice. — Il est brusque, M- Dupre; mais c'est un brave homme. J'aurai du jegret à le quitter, et surtout ses enfans et sa femme. Mais il faut que j'écrive à maman. Oh ! comme elle va se réjouir en lisant ma lettre ! Je voudrais
L AMI DES EN FANS
qu'elle l'eût déjà dans les mains, et arriver auprès d'elle un moment après. (// se met à écrire.)
« Ma chère maman ,
« De la joie ! de la joie ! vous êtes hors » de peine, et moi aussi. ?s'e pleurez pas » trop de plaisir , pour pouvoir lire ma » lettre. Voici l'histoire de notre bon- • heur. M. Dupré m'a envoyé ce malin » porter des étoffes à une dame de Saint- » Aulaire. Oh ! l'excellente dame ! Ah ! si » vous étiez déjà ici 1 Savez -vous bien , » maman . que vous y viendrez avant huit » jours? Elle vous donnera un apparte- » ment dans son hôtel, et vous vivrez avec » elle ; et moi. j'irai au collège, et je vien- » drai vous voir tous les jours. Oh ! cesera » un plaisir 1 un plaisir I Vous souvenezb vous pourtant, lorsque je partis, comme » vous pleuriez ? Vous disiez que nous » nous embrassions peut-être pour la » dernière fois. Eh bien ! il ne tiendra » qu'à nous de nous embrasser mille fois » le jour. Maman doit vous envoyer de » l'argent pour faire le voyage : car elle » est aussi ma maman comme vous, et je » suis sûr que vous n'en serez pas fâchée. » Tout l'argent que vous recevrez pour- » tant n'est pas d'elle : il y a douze francs » de moi; elle me les avait donnés, et » moi. je vous les donne. Dépêchez-vous b bien à faire votre paquet; plus tôt vous ar- » riverez, plus nous serons contens. Je lui » ai dit tant de bien de vous, qu'elle désire b presque autant que moi de vous voir. » Partez, parlez; j'irai vous attendre à » l'arrivée de la diligence, pour vous » conter toute l'histoire, avant que vous » entriez chez elle; maiselle vous la coule b sans doute dans la lettre qu'elle vous » écrit aujourd'hui. Adieu, ma chère ma- » man. je craindrais que ma lettre ne fût
retardée d'un courrier, si je vousécrib vais loul ce que j'ai à vous dire.